Islam

Rûmî, Divan (Hastie), Gazel 13 — Discordia Concors

Je vis l’Aigle, s’élevant vers le Soleil, fendre les airs ;
Et, assis dans l’ombre, un couple de tourterelles roucouler.
Je vis les nuages courir en troupe, sauvages, par-dessus les cieux ;
Et les agnelets se rassembler, gracieux, tout près du Berger.
J’entendis les étoiles demander : Quand nous élèverons-nous de nouveau ?
Et les bourgeons, repliés dans leurs graines, soupirer : L’Amour se soucie-t-il de nous ?
Je vis un brin d’herbe fleurir au matin et se flétrir la nuit ;
Tandis que les cèdres bravaient mille ans les tempêtes déchaînées.
Je vis les vagues du vieil océan, couronnées d’écume comme des rois,
Puis rejetées des rochers, retomber comme des pénitents en prière.
Je vis une goutte de rosée étinceler, sans craindre le danger ;
Mais bientôt consumée, elle disparut, rare joyau brillant comme le soleil.
Je vis les hommes, serrés les uns contre les autres, bâtir de nouvelles villes et de nouveaux châteaux ;
Et des fourmis grouillantes entasser des monticules de vivres amassés pour l’hiver.
Je vis le cheval de guerre caracoler et piétiner le grain doré ;
Et tous ses sabots furent rougis du sang du désespoir amoureux.
Je vis l’hiver tisser avec des flocons un linceul de mort ;
Et le printemps trouva la Terre en deuil, nue, seule et dépouillée.
J’entendis le métier du temps bourdonner, tissant le voile assombri du soleil ;
Je vis un ver tisser son propre repaire dans les fils de la vie.
Je vis le plus grand devenir le plus petit, et le plus petit, le plus grand ;
Car Dieu avait empreint de Sa ressemblance toutes les choses qui furent.

Source Rûmî, Divan, « The Festival of Spring », gazels rendus en anglais par William Hastie (1903), d’après Rückert, gutenberg.org #57068 — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire