Islam

Mantic uttaïr, Discours d’un Sofi mourant

Un philosophe religieux dit au moment où il était en proie aux angoisses de la mort : « Puisque je n’ai pas de viatique pour mon chemin, j’ai pétri honteusement une poignée d’argile, puis j’en ai fait une brique. J’ai pris aussi une fiole pleine de mes larmes, et j’ai gardé des haillons pour m’en faire un drap mortuaire. Vous me laverez d’abord avec l’eau de mes larmes, et vous placerez ensuite cette brique sous ma tête. J’ai trempé de mes pleurs ce drap mortuaire et je l’ai couvert, hélas ! d’écriture. Lorsque vous en aurez enveloppé mon corps pur, mettez-le en toute hâte en terre. Si vous agissez ainsi, il ne pleuvra sur mon tombeau, du sein des nuages, que des regrets, jusqu’à la résurrection. Sais-tu pourquoi de tels regrets auront lieu ? C’est qu’un moucheron ne peut vivre avec le vent. L’ombre recherche l’union avec le soleil ; elle ne peut la trouver, et la folie de l’amour devient ainsi absurde. Or, si l’absurdité est manifeste, on ne doit pas s’en occuper ; toutefois, quelle chose meilleure pourrait occuper l’esprit de celui qui ne se livrerait pas à ces pensées ? Je vois les difficultés s’accroître fortement pour moi à chaque instant : comment mon esprit s’en dégagera-t-il ? Qui est-ce qui est resté seul et isolé comme moi ? Qui est resté (comme moi) les lèvres sèches, quoique submergé dans l’Océan ? Personne n’est mon confident ni mon intime, personne ne partage mes peines et n’est mon… Mes vues désintéressées ne m’attirent cependant pas la sympathie d’aucun de ceux que je loue, et, au milieu des ténèbres qui m’environnent, je ne jouis pas de la bienveillante familiarité d’un… »

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire