Ô Attar (parfumeur)! tu as répandu constamment dans le monde le contenu de la vessie du musc des secrets. Les horizons du monde sont remplis de tes parfums (’atr), et les amants qui habitent le monde sont pleins de trouble à cause de toi. Tantôt tu pousses les soupirs du pur amour, tantôt tu fais entendre des plaintes auprès du rideau qu'assaillent les véritables amants. Tes vers leur offrent un capital; puissent-ils s'en parer comme d'un bijou! Ceci est ton sceau comme la lumière est le sceau du soleil, c'est à savoir : « le Langage des oiseaux (Manac uttair) » et « les Séances des oiseaux (Macdmdt uttiyür?) ». Ce sont les séances (ou les stations) du chemin de la stupéfaction, ou, peut-être mieux, le diwän (recueil de poésies) du vertige.
Entre avec amour dans ce diwân, livre avec abandon ton âme, et introduis-toi dans ce palais. Dans un tel hippodrome, où l'âme ne s'est pas montrée, dans cet hippodrome qui ne fut même jamais visible, si tu n'entres pas avec affection, tu n'en apercevras pas même la poussière. Lorsque le Duldul de ton amour vient à galoper, si tu désires quelque chose, agis en conformité de ton désir. Tant que le dégoût (des choses du monde) ne sera pas ta nourriture, comment ton cœur ébahi pourra-t-il vivre? Excite en toi le sentiment de l'amour, car il est le remède à tes maux, il est le remède de l'âme dans les deux mondes. Ô toi qui es en marche dans le chemin spirituel! ne lis pas mon livre comme une production poétique ou de magisme, mais lis-le comme se rapportant à l'amour spirituel, et juge, par une seule sensation de ton amour, de ce que peuvent être mes cent douleurs amoureuses. Celui-là lancera jusqu'au but la boule du bonheur, qui lira (mon livre) animé de cet amour. Laisse là l'abstinence et la vulgarité; il ne faut ici que l'amour, oui, l'amour et le renoncement. Quiconque possède cet amour, qu'il n'ait pas d'autre remède que de renoncer à son âme. Il faut que l’homme (de la voie spirituelle) soit altéré, affamé et sans sommeil, et tellement altéré qu'il ne puisse de toute éternité parvenir à apaiser sa soif.
Celui qui n’a pas goûté le parfum de mon discours n'a pas eu le moindre accès dans le chemin des amants. Celui au contraire qui l'aura lu avec soin deviendra un homme d'action, et celui qui l'aura bien compris sera digne d'entrer dans la voie que j'annonce. Les gens extérieurs sont comme noyés par l'effet de mon discours, mais les gens du sens spirituel sont en possession des secrets qu'il contient. Mon livre est l'ornement du siècle; il est à la fois un cadeau pour les gens distingués et pour le vulgaire. Si un homme froid comme glace voyait ce livre, il s'élancerait vivement comme le feu hors du voile qui lui cache le mystère. Mes vers ont une particularité étonnante, qui est de donner de plus en plus du profit à mesure qu’on les lit. Si tu as l'occasion de
Les parcourir souvent, ils te plairont certainement chaque fois davantage. Le voile de cette épouse du harem ne sera écarté que graduellement dans la place d'honneur de la grâce. Un état extatique tel que le mien ne sera jamais tracé par le calame sur du papier jusqu’à la résurrection. J’ai répandu les perles de l’océan de la contemplation ; je m’en suis parfaitement acquitté, et mon livre en est la preuve ; mais si je me louais trop moi-même, quelqu’un approuverait-il l’éloge que je ferais de moi ? Celui qui est impartial à mon égard reconnaîtra mon mérite, car la lumière de ma pleine lune n’est pas cachée. J’ai dû signaler avec quelque détail ma position ; et celui qui apprécie l’éloquence me traitera sans doute avec justice. Je resterai, sinon par moi-même, du moins par les perles poétiques que j’ai répandues sur la tête des hommes, jusqu’à la résurrection. J’ai laissé un souvenir sur la langue des mortels jusqu’au jour du compte, et mon livre sera ce souvenir. Les coupoles du ciel viendraient à se dissoudre qu’il ne se perdrait cependant pas un point de ce poème mémorable. Celui à qui ce livre pourra montrer la voie rejettera bien loin de lui le voile qui lui cache la vérité. S’il éprouve du bien-être par la lecture attentive de ce poème, il devra se souvenir de l’écrivain dans ses prières. J’ai parsemé çà et là les roses de ce jardin spirituel. Souvenez-vous de moi en bien, ô mes amis ! Chaque spiritualiste a manifesté ses vues d’une manière particulière, puis il a bientôt disparu. Moi aussi, comme mes devanciers, j’ai manifesté l’oiseau de mon âme à ceux qui sont endormis. Si le sommeil qui a rempli ta longue vie t’a privé de ce discours, ton âme sera cependant un instant réveillée par le secret qu’il révèle. Je sais, sans aucun doute, que mon désir s’effectuera, que mon chagrin et mon inquiétude cesseront. Je me suis brûlé comme la mèche afin d’éclairer comme elle un monde de gens. Mon cerveau s’est enfumé comme la niche dans laquelle est placée la lampe ; le flambeau de l’éternité brille devant moi. Jusques à quand la lampe matérielle brûlera-t-elle ? Le jour je n’ai pas faim, la nuit je n’ai pas de sommeil ; il n’est pas resté d’eau à mon cœur à cause du feu qui dévore mon âme. Je me suis dit à moi-même : « Ô toi qui parles beaucoup ! au lieu de tant parler, frappe ton corps et cherche les secrets. » Mon cœur répond : « Je suis plongé dans le feu, ne m’accuse pas ; je brûle si je ne parle pas. L’océan de mon âme agite ses flots de mille manières ; comment pouvoir rester un seul moment silencieux ? Je ne m’enorgueillis pas à ce sujet au-dessus de personne, mais ces pensées m’occupent entièrement. Quoique cet amour ne quitte pas mon cœur, que puis-je dire, puisque je ne suis pas initié à la chose ? Mais quels sont tous ces vains récits, et que prétendent ces hommes souillés d’égoïsme ? Que sortira-t-il d’un cœur qui a été occupé de ces vanités, si l’on met en oubli mon discours ? Il faut se déterminer à renoncer cent fois à la vie et à demander pardon de toutes ces vanités. Si tu veux que l’océan de l’âme reste dans une agitation salutaire, il faut savoir renoncer à la vie et garder le silence. »
Le théologien à l’agonie
Un savant théologien étant à l’agonie dit : « Ah ! si j’avais su auparavant quel plus haut degré d’honneur il y a à écouter qu’à parler, aurais-je perdu ma vie à discourir ? Un discours serait-il aussi excellent que l’or, qu’il vaudrait mieux ne pas le dire. »
L’action est le propre des hommes dignes de leur mission. Au lieu de parler, ne vaut-il pas mieux se livrer à l’amour divin ? Si tu avais, comme les hommes spirituels, un tendre amour pour la religion, tu trouverais vrai ce que je dis. Puisque ton cœur est étranger à l’amour, tout ce que je dis te paraît fabuleux. Endors-toi avec abandon comme un homme qui rejette les pratiques extérieures de la religion, et je te débiterai mes agréables récits. Si Attar t’en a fait qui t’aient charmé, le sommeil te viendra agréablement. Dors donc à ton aise : j’ai répandu assez d’huile sur du sable ; j’ai attaché assez de perles au cou des pourceaux. Assez souvent j’ai préparé cette table, et je m’en suis cependant levé affamé. Assez souvent j’ai admonesté mon âme, et elle n’a pas obéi ; je lui ai donné des médicaments, et ils n’ont pas produit d’effet. Comme rien n’a pu me réussir, j’ai lavé mes mains de moi-même et je suis resté à l’écart. Il a fallu que l’attraction divine m’ap…
Un savant théologien étant à l’agonie dit : « Ah ! si j’avais su auparavant quel plus haut degré d’honneur il y a à écouter qu’à parler, aurais-je perdu ma vie à discourir ? Un discours serait-il aussi excellent que l’or, qu’il vaudrait mieux ne pas le dire. »
L’action est le propre des hommes dignes de leur mission. Au lieu de parler, ne vaut-il pas mieux se livrer à l’amour divin ? Si tu avais, comme les hommes spirituels, un tendre amour pour la religion, tu trouverais vrai ce que je dis. Puisque ton cœur est étranger à l’amour, tout ce que je dis te paraît fabuleux. Endors-toi avec abandon comme un homme qui rejette les pratiques extérieures de la religion, et je te débiterai mes agréables récits. Si Attar t’en a fait qui t’aient charmé, le sommeil te viendra agréablement. Dors donc à ton aise : j’ai répandu assez d’huile sur du sable ; j’ai attaché assez de perles au cou des pourceaux. Assez souvent j’ai préparé cette table, et je m’en suis cependant levé affamé. Assez souvent j’ai admonesté mon âme, et elle n’a pas obéi ; je lui ai donné des médicaments, et ils n’ont pas produit d’effet. Comme rien n’a pu me réussir, j’ai lavé mes mains de moi-même et je suis resté à l’écart. Il a fallu que l’attraction divine m’ap…
Ô mon cœur ! reçois cet avertissement au milieu de ce tourbillon de malheur. Reste attentif et vigilant, car la mort est à tes trousses. Je t’ai fait entendre le langage des oiseaux et tous leurs discours. C’est à toi de comprendre, ô ignorant ! Les oiseaux sont du nombre des amants, lorsqu’ils s’envolent de leur cage avant la mort. Chacun d’eux s’est expliqué et énoncé différemment, car chacun a une manière particulière de s’exprimer. Il a trouvé avant le Simorg la pierre philosophale, celui qui a compris le langage de tous ces oiseaux.
Comment connaîtras-tu le bonheur des spiritualistes au milieu de la sagesse des Grecs ? Tant que tu ne te sépareras pas de cette prétendue sagesse, comment auras-tu la sagesse de la foi ? Quiconque mentionnera cette sagesse dans le chemin de l’amour dont je parle ignore cet amour célébré dans le divan de la foi. Je préfère ici le kaf de « l’impiété » (kufr), relativement à la contemplation, au fa de « la philosophie » (falsafa) ; car si l’on écartait le rideau qui couvre l’impiété, il te serait facile de t’en garantir, tandis que, si l’on discute selon la science de la dialectique, on ne peut guère s’adresser qu’aux savants.
Comment connaîtras-tu le bonheur des spiritualistes au milieu de la sagesse des Grecs ? Tant que tu ne te sépareras pas de cette prétendue sagesse, comment auras-tu la sagesse de la foi ? Quiconque mentionnera cette sagesse dans le chemin de l’amour dont je parle ignore cet amour célébré dans le divan de la foi. Je préfère ici le kaf de « l’impiété » (kufr), relativement à la contemplation, au fa de « la philosophie » (falsafa) ; car si l’on écartait le rideau qui couvre l’impiété, il te serait facile de t’en garantir, tandis que, si l’on discute selon la science de la dialectique, on ne peut guère s’adresser qu’aux savants.
Si tu veux éclairer ton cœur par cette sagesse, pourquoi tout brûler comme Omar ? Puisque le flambeau de la foi a brûlé la sagesse des Grecs, il ne faut pas vendre le flambeau de ton esprit pour cette science. La sagesse spirituelle suffit à l’homme de la foi : jette donc de la poussière sur les Grecs dans ton ardent amour pour la foi.
Jusques à quand continueras-tu ton discours, ô Attar ? Tu n’es pas l’homme de cette admirable chose. Tâche de sortir sans souillure de ta propre existence, sois poussière par ton anéantissement sur la face de la terre. Tant que tu ne seras pas foulé aux pieds par les gens les plus vils, tu ne seras pas la couronne de la tête de tout le monde. Anéantis-toi, afin que tous les oiseaux du chemin spirituel te mènent à leur suite jusqu’au noble but de leur voyage. Le discours que tu tiens doit te servir de directeur dans la voie ; car ce discours n’est pas à la portée de tout le monde. Quoique je ne sois rien à l’égard des oiseaux du chemin, j’en fais mention, et voilà tout. À la fin la poussière de cette caravane viendra jusqu’à moi, et, de ces êtres qui sont partis, l’amour m’arrivera.
Jusques à quand continueras-tu ton discours, ô Attar ? Tu n’es pas l’homme de cette admirable chose. Tâche de sortir sans souillure de ta propre existence, sois poussière par ton anéantissement sur la face de la terre. Tant que tu ne seras pas foulé aux pieds par les gens les plus vils, tu ne seras pas la couronne de la tête de tout le monde. Anéantis-toi, afin que tous les oiseaux du chemin spirituel te mènent à leur suite jusqu’au noble but de leur voyage. Le discours que tu tiens doit te servir de directeur dans la voie ; car ce discours n’est pas à la portée de tout le monde. Quoique je ne sois rien à l’égard des oiseaux du chemin, j’en fais mention, et voilà tout. À la fin la poussière de cette caravane viendra jusqu’à moi, et, de ces êtres qui sont partis, l’amour m’arrivera.
Un homme religieux âgé dit un jour à un sofi : « Pourquoi rapportes-tu si souvent les discours des hommes de Dieu ? » — Il répondit : « Ce que disent des hommes engagés dans la voie spirituelle sera toujours agréable à ma bouche. Quoique je ne sois pas de leur nombre, je répète ce que je leur ai entendu dire, et je suis content d’agir ainsi. »
Si je n’ai du sucre que le nom, cela vaut encore mieux que d’avoir du poison dans le gosier. Tout mon divan est de la folie (diménagui) ; la raison n’a rien à faire avec mes discours. Je ne sais ce que je dois dire ; chose étonnante, je cherche des choses qui ne sont pas perdues. Dans ma folie j’ai laissé la fortune, et j’ai récité la leçon des désœuvrés insouciants. S’ils me disent : « Ô toi qui t’es égaré dans le chemin ! demande de toi-même excuse pour tes propres fautes », j’ignore comment chose pourra se faire convenablement, et si je puis m’excuser de cent vies mal employées. S’il m’était donné de marcher ferme dans le chemin spirituel, le schin de mes vers deviendrait à jamais pour moi le sin du mystère. Si j’étais entré une bonne fois dans ce chemin,
Si je n’ai du sucre que le nom, cela vaut encore mieux que d’avoir du poison dans le gosier. Tout mon divan est de la folie (diménagui) ; la raison n’a rien à faire avec mes discours. Je ne sais ce que je dois dire ; chose étonnante, je cherche des choses qui ne sont pas perdues. Dans ma folie j’ai laissé la fortune, et j’ai récité la leçon des désœuvrés insouciants. S’ils me disent : « Ô toi qui t’es égaré dans le chemin ! demande de toi-même excuse pour tes propres fautes », j’ignore comment chose pourra se faire convenablement, et si je puis m’excuser de cent vies mal employées. S’il m’était donné de marcher ferme dans le chemin spirituel, le schin de mes vers deviendrait à jamais pour moi le sin du mystère. Si j’étais entré une bonne fois dans ce chemin,
Comment aurais-je été ainsi absorbé dans mes vers ? M’occuper à faire des vers fut un vain prétexte pour ne pas entrer résolûment dans cette voie, comme c’est une folie que de se regarder soi-même. N’ayant trouvé dans le monde aucun mahram, j’ai récité mes vers à voix basse. Si tu crois être en possession du secret, cherche-le encore, applique-y ton existence, verse ton sang et cherche-le sans cesse. Je n’ai répandu des larmes de sang qu’afin de sourire d’amour. Si tu as le sentiment instinctif de la magie difficile de mes vers, agrée l’odeur pénétrante de mon langage. Celui qui est charmé de tout ce qui est remarquable considérera comme de la thériaque ce langage élevé. Quoique je sois parfumeur (’attar) et marchand de thériaque, je brûle mon cœur et j’en donne le sang comme du vin ; mais les gens à qui j’ai affaire sont dépourvus de science et de goût, et c’est pour cela que je suis forcé de ronger solitairement mon foie. Lorsque je prends du pain sec sur ma nappe, j’emploie pour bouillon les pleurs de mes yeux, et j’y sers mon cœur grillé, afin d’avoir un instant Gabriel pour mon hôte. Or, puisque Gabriel est mon commensal, comment pourrais-je rompre le pain avec les méchants ? Je ne veux le pain d’aucun méchant ; ceci est mon pain et ce qui l’accompagne. La richesse de mon cœur augmente ma vie ; la vérité est mon trésor impérissable. Comment celui qui peut posséder ce trésor ira-t-il supplier un homme bas et vil ? Grâce à Dieu, je ne suis pas courtisan ; je ne me suis lié avec aucun indigne. Mettrai-je perfidement des chaînes à mon cœur et donnerai-je le nom de « Seigneur » à toute dualité ? Je n’ai mangé la nourriture d’aucun injuste, et je n’ai pas attaché mon nom à un livre quelconque. Mon but élevé est de louer l’Être éternel ; pour la nourriture de mon corps la force de mon âme suffit. Mes chefs spirituels m’ont fait venir devant eux. Jusques à quand prendront-ils de l’importance à mon égard ? Afin d’être libre des choses du monde, je suis resté joyeux au milieu de cent épreuves. Je ne fais aucune attention au cercle des gens mal intentionnés envers moi, qu’ils me louent ou qu’ils me blâment. Je suis tellement absorbé par mon amour spirituel, que je secoue la main de tous les horizons. Si tu entendais le récit de mes regrets et de mes douleurs, tu en serais plus étonné que moi-même. Mon âme et mon corps s’en sont allés, ou, pour mieux dire, il ne leur reste en partage que le chagrin et les regrets.
« Ange ! Je n’ai ni le cœur d’un ami ni mon propre cœur ; je ne suis enclin ni au bien ni au mal ; je n’ai pas envie de goûter les mets du roi et de m’exposer ainsi aux soufflets du portier. Je ne puis me résoudre à rester seul un instant, et à demeurer éloigné de cœur des gens du monde un seul moment. Ma position est sens dessus dessous, comme le dit de lui-même le pîr (dont l’histoire suit) : »
PAROLES D’UN PÎR. V. 4570.
PAROLES D’UN PÎR. V. 4570.
Un homme foncièrement religieux disait un jour : « J’ai constamment vécu hors de moi pendant trente années entières, livré à un chagrin occulte, comme Ismaël (Isaac), lorsque son père voulut lui trancher la tête. Que deviendra l’homme qui a passé sa vie entière comme l’instant pénible qu’eut à supporter Ismaël ? Quelqu’un sait-il comment on peut passer la vie, nuit et jour, au milieu de cette prison et de cette peine ? Tantôt je brûle dans l’attente comme la bougie ; tantôt je pleure comme la pluie au commencement du printemps. Lorsque tu vois la clarté de la bougie, tu es content, et tu ne t’aperçois pas que ce n’est que du feu. Quiconque se bornera à me regarder à l’extérieur, comment pourra-t-il jamais s’introduire dans l’intérieur de mon cœur ? Agité comme la boule du mail dans la courbure du maillet, je ne distingue pas la fin du commencement, ni le commencement de la fin. Je ne vois pas d’utilité à mon existence, car ce que j’ai fait et ce que j’ai dit n’est rien. Hélas ! je n’ai de secours de personne, ma vie s’est perdue dans l’inaction. Lorsque j’aurais pu agir, je ne l’ai pas su, et de quelle utilité m’a été ma science, puisque lorsque j’ai su agir, je ne l’ai pu. Actuellement la faiblesse et le désespoir sont seuls mon partage ; j’ignore tout à fait comment m’y prendre pour sortir de cette situation. »
AUTRE ANECDOTE SUR… V. …
Lorsque Schabli fut mort, un homme de bien le vit en songe et lui dit : « Ô fortuné ! comment Dieu t’a-t-il traité ? » — Il répondit : « Quoique j’eusse dans mon compte des choses fâcheuses, comme Dieu a vu que j’étais ennemi de moi-même, il a considéré mon abattement, ma faiblesse et mon désespoir. Il en a eu donc pitié, et dans sa générosité il m’a entièrement pardonné. »
Lorsque Schabli fut mort, un homme de bien le vit en songe et lui dit : « Ô fortuné ! comment Dieu t’a-t-il traité ? » — Il répondit : « Quoique j’eusse dans mon compte des choses fâcheuses, comme Dieu a vu que j’étais ennemi de moi-même, il a considéré mon abattement, ma faiblesse et mon désespoir. Il en a eu donc pitié, et dans sa générosité il m’a entièrement pardonné. »
Ô mon Créateur ! je suis à ton égard un malheureux voyageur, et tel envers toi qu’une fourmi boiteuse qui serait tombée dans un puits. J’ignore si je suis de tes élus ; j’ignore où je suis, qui je suis et ce que je suis. Je suis faible, malheureux et dans le dénuement. Je suis un indigent sans repos et en même temps sans énergie. J’ai passé ma vie plongé dans le sang de mon cœur et je n’ai pas profité de cette vie qui m’a été départie. J’ai reçu la rétribution de tout ce que j’ai fait ; ma vie est arrivée à son terme et mon âme est sur mes lèvres. J’ai perdu à la fois les choses spirituelles et les choses temporelles. Je n’ai possédé ni la forme extérieure ni le sens véritable des choses. Je ne suis resté ni infidèle ni musulman. Je suis demeuré stupéfait entre la foi et l’infidélité. Que dois-je donc faire, n’étant ni musulman ni infidèle ? Que dois-je donc faire ? car la tête me tourne et je suis troublé. Je n’ai pu franchir la porte étroite du mystère, et j’ai appuyé mon visage sur le mur de la réflexion. Oh ! ouvre à moi, qui suis désespéré, cette porte ; indique à moi, qui suis égaré, un chemin.
Le serviteur de Dieu qui n’a pas de viatique pour la voie (spirituelle) ne doit pas cesser de pleurer et de gémir. Tu peux anéantir tes fautes par le feu de tes soupirs, et laver avec tes larmes ton noir divân. Dis de venir à celui qui peut verser des rivières de pleurs, car il est digne de ce rang élevé ; mais dis à celui dont les yeux ne peuvent verser des larmes de sang, qu’il n’a rien à faire avec moi.
ANECDOTE ALLÉGORIQUE.
Un pîr qui cheminait rencontra par hasard dans sa route des spiritualistes parmi lesquels il était question d’argent comptant, qu’ils paraissaient s’arracher l’un à l’autre. Ce pîr demanda tout aussitôt à ces gens de lui dire ce que c’était que cet argent. Un d’entre eux lui répondit : « Ô pîr voyageur ! sache qu’un malheureux a passé ici. Il a poussé de son cœur un chaste soupir et il est mort ; il a versé de chaudes larmes sur la terre et il est mort. Actuellement nous nous arrachons l’un à l’autre, dans le chemin du chagrin, ces larmes chaudes et ces froids soupirs. »
ANECDOTE ALLÉGORIQUE.
Un pîr qui cheminait rencontra par hasard dans sa route des spiritualistes parmi lesquels il était question d’argent comptant, qu’ils paraissaient s’arracher l’un à l’autre. Ce pîr demanda tout aussitôt à ces gens de lui dire ce que c’était que cet argent. Un d’entre eux lui répondit : « Ô pîr voyageur ! sache qu’un malheureux a passé ici. Il a poussé de son cœur un chaste soupir et il est mort ; il a versé de chaudes larmes sur la terre et il est mort. Actuellement nous nous arrachons l’un à l’autre, dans le chemin du chagrin, ces larmes chaudes et ces froids soupirs. »
Ô Dieu ! je répands beaucoup de larmes, je pousse beaucoup de soupirs, et la chose me vient en aide, puisque je ne possède rien. Si les pleurs et les soupirs ont cours là (où tu es), ton serviteur a cette marchandise. Purifie donc l’emplacement de mon âme par mes soupirs, et nettoie, au moyen de mes pleurs, mon diwân. Je suis resté le pied lié dans le puits et dans la prison (du monde) ; qui est-ce qui m’en retirera, si ce n’est toi ? Mon corps emprisonné a été souillé ; mon cœur, tourmenté par le chagrin, a été flétri. Si je suis venu dans ta voie aussi abattu, pardonne-moi, car j’arrive du puits et de la prison.
Un sage disait : « Si Dieu glorieux m’interroge dans la plaine de la résurrection en ces mots : “Ô toi qui parais harassé de fatigue ! qu’as-tu apporté du chemin que tu as parcouru ?” — Je répondrai : “Ô Dieu ! que peut-on apporter d’une prison ? Je suis arrivé ici de la prison (du monde) où j’étais plongé dans le malheur, je suis arrivé dans l’ébahissement, perdu complètement de la tête aux pieds. Je n’ai que du vent dans la main, et je suis la poussière du seuil de ta porte ; je suis l’esclave et le prisonnier de ton chemin. J’espère que tu ne me vendras pas, et que tu me revêtiras du manteau de ta faveur.” »
Un sage disait : « Si Dieu glorieux m’interroge dans la plaine de la résurrection en ces mots : “Ô toi qui parais harassé de fatigue ! qu’as-tu apporté du chemin que tu as parcouru ?” — Je répondrai : “Ô Dieu ! que peut-on apporter d’une prison ? Je suis arrivé ici de la prison (du monde) où j’étais plongé dans le malheur, je suis arrivé dans l’ébahissement, perdu complètement de la tête aux pieds. Je n’ai que du vent dans la main, et je suis la poussière du seuil de ta porte ; je suis l’esclave et le prisonnier de ton chemin. J’espère que tu ne me vendras pas, et que tu me revêtiras du manteau de ta faveur.” »
Tu me purifieras de toute souillure et tu joindras ma cendre à l’islamisme. Quand mon corps sera caché dans la poussière et la brique, daigne ne t’occuper ni du bien ni du mal que j’aurais pu faire. Puisque tu m’as créé gratuitement, tu dois me pardonner gratuitement.
Lorsque Nizâm ul-Mulk fut à l’agonie, il dit : « Ô mon Dieu ! je m’en vais entre les mains du vent. »
Ô mon Créateur et mon Seigneur ! je te prie par les mérites de celui que je sais avoir dit tes paroles (Mahomet), de celui dont j’ai accepté la loi, que j’ai soutenu et aimé. Je me suis attaché à acheter ta faveur, et je ne t’ai jamais vendu pour personne ; j’ai cherché avec empressement à acheter ta faveur, et je ne t’ai pas vendu comme tant d’autres. Ah ! rachète-moi à ton tour au dernier moment. Tu es l’ami de ceux qui n’ont pas d’amis ; secours-moi. Ô mon Dieu ! en ce dernier instant, accorde-moi ton assistance, car, alors, il n’y aura pour moi personne autre que toi. Mes vertueux amis auront les yeux pleins de larmes de sang lorsqu’ils auront éloigné leurs mains de ma poussière. Dans ce moment, tends-moi une main généreuse pour que je puisse saisir vivement le pan de la robe de ta bonté.
Lorsque Nizâm ul-Mulk fut à l’agonie, il dit : « Ô mon Dieu ! je m’en vais entre les mains du vent. »
Ô mon Créateur et mon Seigneur ! je te prie par les mérites de celui que je sais avoir dit tes paroles (Mahomet), de celui dont j’ai accepté la loi, que j’ai soutenu et aimé. Je me suis attaché à acheter ta faveur, et je ne t’ai jamais vendu pour personne ; j’ai cherché avec empressement à acheter ta faveur, et je ne t’ai pas vendu comme tant d’autres. Ah ! rachète-moi à ton tour au dernier moment. Tu es l’ami de ceux qui n’ont pas d’amis ; secours-moi. Ô mon Dieu ! en ce dernier instant, accorde-moi ton assistance, car, alors, il n’y aura pour moi personne autre que toi. Mes vertueux amis auront les yeux pleins de larmes de sang lorsqu’ils auront éloigné leurs mains de ma poussière. Dans ce moment, tends-moi une main généreuse pour que je puisse saisir vivement le pan de la robe de ta bonté.
Salomon, malgré sa parfaite sagesse, fit humblement un jour cette demande à une fourmi boiteuse : « Parle, lui dit-il, toi qui es plus imprégnée que moi des doctrines spirituelles ; quelle est l’argile qui se mêle le mieux au chagrin ? » La fourmi boiteuse donna aussitôt cette réponse : « C’est, lui dit-elle, la dernière brique de l’étroite tombe ; car, en effet, la dernière brique qu’on placera en terre pour sépulture mettra fin à toutes les espérances, même aux plus innocentes. »
Ô pure essence ! lorsque, étant sous la terre, je n’attendrai plus rien des créatures et que la brique couvrira mon visage, oh ! alors ne détourne pas de moi ta face bienveillante. Lorsque moi, désolé, je porterai en terre mon visage, n’y porte absolument rien contre moi. Oh ! oui, j’espère, ô mon Dieu ! que tu n’apporteras à mon visage rien de fâcheux, malgré les grandes fautes que j’ai commises. Toi, ô mon Créateur ! tu es le généreux par excellence, pardonne ce qui s’est passé, oh ! pardonne-le !
Ô pure essence ! lorsque, étant sous la terre, je n’attendrai plus rien des créatures et que la brique couvrira mon visage, oh ! alors ne détourne pas de moi ta face bienveillante. Lorsque moi, désolé, je porterai en terre mon visage, n’y porte absolument rien contre moi. Oh ! oui, j’espère, ô mon Dieu ! que tu n’apporteras à mon visage rien de fâcheux, malgré les grandes fautes que j’ai commises. Toi, ô mon Créateur ! tu es le généreux par excellence, pardonne ce qui s’est passé, oh ! pardonne-le !
À Mahnah, étant un jour au bain, s'aperçut que son baigneur était un homme étranger aux choses spirituelles. Cet homme nettoya le schaïkh le mieux qu'il put, réunit tout ce qu’il avait enlevé et le montra au dévot. « Ô schaikh, lui dit-il, âme pure, qu’y a-t-il dans le monde de comparable à la générosité ? » — « C'est, répondit le schaïkh, de cacher l’ordure et de ne pas la mettre devant les yeux des gens. » Cette réponse était au-dessus de l'intelligence du baigneur ; toutefois il tomba aux pieds du saint et il confessa son ignorance. Alors le schaïkh le servit à son tour et lui demanda pardon.
Ô Créateur ! Conservateur ! Dispensateur ! Roi qui accomplis mes désirs et qui es généreux ! puisque ta libéralité envers les créatures du monde n'est qu'une rosée de l'océan de ta bonté, tu es l'aide absolu par ton essence même, et ta générosité est telle qu'on ne saurait la décrire. Pardonne ma légèreté et ma hardiesse, et ne me remets pas sous les yeux mon impureté.
Ô Créateur ! Conservateur ! Dispensateur ! Roi qui accomplis mes désirs et qui es généreux ! puisque ta libéralité envers les créatures du monde n'est qu'une rosée de l'océan de ta bonté, tu es l'aide absolu par ton essence même, et ta générosité est telle qu'on ne saurait la décrire. Pardonne ma légèreté et ma hardiesse, et ne me remets pas sous les yeux mon impureté.