Islam

Mantic uttaïr, Anecdote sur le schaïkh de Nasrâbâd

Un sentiment profond d’amour pour Dieu s’empara du schaïkh de Nasrâbâd, et il fit quarante fois à pied le pèlerinage de la Mecque. Quand ses cheveux furent blanchis par l’âge, on voyait son corps amaigri revêtu seulement de l’izâr ; mais la chaleur était dans son esprit.
«prit et dans son cœur. Il s'était ceint du zunnar et il tenait la main ouverte. Il fit alors, sans prétention ni forfanterie, le tour du pyrée des Guèbres. On lui dit : « Ô grand personnage du temps ! n'as-tu pas honte d'agir ainsi ? Après avoir fait tant de pèlerinages et tant d’excellentes choses, le résultat de tout cela aboutirait-il donc à l’infidélité ? Un tel acte provient de ton inexpérience ; mais à cause de toi les spiritualistes auront un mauvais renom. « Quel est donc ce schaïkh (dira-t-on) qui est auprès de ce chemin ? » Ne sais-tu donc pas que ceci est un pyrée ? »
« Ma situation, répondit le schaïkh, est devenue difficile. Le feu est à ma maison et mon mobilier est perdu. Ce feu a livré ma moisson au vent ; il a livré au vent de la destruction mon nom et mon honneur. J’en suis devenu fou ; je ne sais quel stratagème employer actuellement. Lorsqu’un tel feu parvient à mon âme, comment mon corps et mon honneur pourront-ils y résister ? Et tant que je serai absorbé par de telles pensées, je serai également dégoûté du pyrée et de la caaba. Si l’étonnement (spirituel) s’empare tant soit peu de toi, cent afflictions t’assailliront comme elles m’assaillent moi-même. »

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire