Islam

Mantic uttaïr, La clef perdue

Un sof entendit, tout en marchant, des cris que poussait un individu qui avait perdu une clef et qui disait : « Quelqu’un n’a-t-il pas trouvé ici une clef ? Ma porte est fermée et je suis dans la poussière du chemin. Si ma porte reste fermée, que faut-il que je fasse ? Dois-je continuer de me tourmenter ? Que faut-il donc que je fasse ? »
« Pourquoi t’affliger ? lui dit le sofi ; puisque tu connais ta porte, reste auprès d’elle bien qu’elle soit fermée. Si tu demeures longtemps assis à côté de cette porte fermée, il n’est pas douteux que quelqu’un ne finisse par te l’ouvrir. Ton affaire est facile et la mienne est difficile, car mon âme se consume dans sa stupéfaction. Il n’y a à mon affaire ni tête ni pied ; il n’y a ni porte ni clef. Plût à Dieu que je pusse aller en toute hâte et trouver la porte ouverte ou fermée ! »
L’homme n’a en partage que l’imagination ; personne ne connaît le véritable état des choses. À celui qui vous dit : « Que ferai-je ? » dites : « Ne fais pas ce que tu as fait ; n’agis pas comme tu as agi jusqu’à présent. »
Celui qui entre dans la vallée de l’étonnement entre à chaque instant dans une douleur telle qu’elle suffirait à affliger cent mondes. Mais jusques à quand supporterai-je l’affliction et le trouble d’esprit ? Puisque je me suis égaré, où porterai-je mes pas ? Je l’ignore, mais plût à Dieu que je le susse ! Et si je le savais, je serais dans la stupéfaction ! Ici la plainte de l’homme est une action de grâce, l’infidélité est devenue la foi et la foi l’infidélité.

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire