Islam

Mantic uttaïr, La vieille mère et la jeune fille

Une mère pleurait sur le tombeau de sa fille. Un passant qui la vit s’écria : « Cette femme est vraiment supérieure aux hommes, car elle sait ce que nous ne savons pas ; c’est-à-dire, loin de qui l’on reste éloigné et perdu, et comment on devient ainsi impatient. Heureuse la personne qui connaît l’état des choses et qui sait sur qui elle doit pleurer ! Quant à moi, pauvre affligé, ma situation est bien pénible. Jour et nuit je suis assis dans le deuil. J’ignore si je dois me livrer à la douleur ou sur qui je dois pleurer comme la pluie. Je ne sais pas même de qui je suis éloigné, tant mon trouble est grand, hors de moi comme je le suis. Cette femme remporte la boule de l’excellence sur des milliers de personnes comme moi, parce qu’elle a trouvé l’odeur de l’être qu’elle a perdu ! Pour moi, je n’ai pas trouvé cette odeur, aussi le chagrin a-t-il répandu mon sang et m’a-t-il fait périr dans ma stupéfaction. En un tel lieu, où le cœur n’a pas accès, lieu qui est même invisible, la raison a lâché ses rênes et l’on n’a plus trouvé la porte du logis de la pensée. Quiconque arrivera en ce lieu aura la tête perdue ; il ne trouvera pas d’ouverture à cette enceinte de quatre murs. Mais, si quelqu’un venait à trouver son chemin, il trouverait en un instant et entièrement le secret qu’il cherche. »

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire