Islam

Mantic uttaïr, La cinquième vallée, ou vallée de l’unité (Tauhid)

« Tu auras ensuite à traverser, continua la huppe, la vallée de l’unité, lieu du dépouillement de toutes choses et de leur unification. Tous ceux qui lèvent la tête dans ce désert la tirent d’un même collet. Quoique tu voies beaucoup d’individus, il n’y en a en réalité qu’un petit nombre ; que dis-je ? il n’y en a qu’un seul. Comme cette quantité
RÉPONSE D’UN FOU SPIRITUEL
Un homme éminent dit à un fou spirituel : « Qu'est-ce que le monde ? Explique-moi ! » — « Ce monde, dit le fou, qui est plein d'honneur et d'infamie, ressemble à un palmier fait avec de la cire empreinte de cent couleurs. Si quelqu'un manie cet arbre, il redevient une masse informe de cire. Puisque c'est la cire seule qui compte, va, et sois convaincu que les couleurs que tu admirais ne valent pas une obole. Puisqu'il y a unité, il ne peut y avoir dualité ; là ni le moi ni le toi ne peuvent surgir. »
Une vieille femme alla un jour auprès de Bû Al et lui offrit une feuille de papier doré en lui disant : « Accepte ceci de moi. » Le schaïkh lui dit : « Je me suis engagé à ne rien accepter de personne, si ce n'est de Dieu. » La vieille répliqua aussitôt à Bû Al : « Où as-tu appris à voir double ? Tu n'es pas homme à pouvoir, dans ce chemin, lier ou délier. Verrais-tu, en effet, plusieurs objets, si tu n'étais louche ? L'œil de l'homme n'aperçoit là rien d'accessible aux sens. Il n'y a ni caaba ni pagode. Apprends par ma bouche la doctrine véritable, c'est-à-dire l'éternelle existence de l'être (infini). On ne doit voir jamais personne autre que lui, et on ne doit reconnaître comme permanent personne autre que lui. On est en lui, par lui et avec lui, et on peut aussi être en dehors de ces trois phases. Quiconque ne s'est pas perdu dans l'océan de l'unité serait-il Adam lui-même, qu'il n'est pas digne d'appartenir à l'humanité. Qu'on fasse partie des bons ou des méchants, on possède toujours un soleil de grâce dans le giron du monde invisible. À la fin, un jour viendra où ce soleil vous prendra avec lui et rejettera le voile qui le couvre actuellement. Or sache positivement que le bien et le mal sont dévoilés à celui qui est parvenu à ce soleil. Tant que tu vivras individuellement, le bien et le mal existeront pour toi ; mais, lorsque tu seras perdu (dans le soleil de l'essence divine), tout sera amour. Si tu restes en arrière dans ta propre existence, tu verras beaucoup de bien et beaucoup de mal dans ton long chemin. Tant que tu n'arriveras pas de ce néant à la vision céleste, tu seras retenu par ton individualité. Plût à Dieu que tu fusses actuellement comme tu étais avant d'exister individuellement ! c'est-à-dire, dans le néant de l'existence. Sois entièrement purifié des mauvaises qualités ; puis sois comme la terre, avec du vent dans la main. Ne sais-tu pas qu'il y a dans tout corps des impuretés et des ordures ? Le serpent et le scorpion sont en toi derrière le voile, ils sont endormis et comme anéantis ; mais, si tu les touches tant soit peu, chacun d'eux aura la force de cent dragons. C'est ainsi qu'il y a pour chacun de nous un enfer plein de serpents. Si tu n'agis pas, ils agissent infernalement. Si tu te garantis de ces animaux immondes, tu dormiras paisiblement sur la terre ; sinon, ces serpents et ces scorpions te mordront violemment sous la poussière même du tombeau, jusqu'au jour du compte.
Mais, ô huppe, cesse tes discours métaphoriques et reprends la description de la mystérieuse vallée de l'unité. Lorsque le voyageur spirituel est entré dans cette vallée, il dispa

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire