Islam

Mantic uttaïr, Anecdote sur le Schaïkh Bû Ali Tuci

Bû Ali Tuci, qui était un des grands pirs de son siècle, marchait dans la vallée de la diligence et de l’attention. Je ne connais personne qui ait jamais reçu autant de grâces et qui soit arrivé à un tel degré d’honneur spirituel. Or il disait : « Dans l’autre monde, les malheureux damnés distingueront clairement les habitants du paradis, qui pourront leur dire d’une manière positive ce qu’il en est réellement des joies du paradis et du goût de l’unification. Or les bienheureux confesseront alors ceci : “Les joies vulgaires n’existent pas dans le ciel, parce que, dans ce séjour parfait, le soleil de la beauté divine nous est apparu. Lorsque cette beauté s’est manifestée à nous, les huit paradis ont été, par confusion, dans les ténèbres. Devant l’éclat de cette beauté qui dilate l’âme, il n’est resté de l’éternité bienheureuse ni nom ni trace.”
Lorsque les habitants du Paradis exprimeront ainsi leur position, les gens de l’enfer leur répondront : “Ô vous pour qui le ciel et le paradis ne sont plus rien ! nous sentons que ce que vous dites est réel ; car pour nous, qui habitons un lieu horrible, où nous sommes plongés dans le feu de la tête aux pieds, lorsque nous avons su d’une manière évidente que le déplaisir et la vexation avaient lieu à notre égard de la part de l’ami ; que nous avons appris que nous avons encouru la colère de Dieu et que c’est ainsi que nous avons été éloignés de sa face, notre cœur mécontent a enlevé de notre souvenir le feu de l’enfer par le feu du regret. Partout où ce feu-là produit son effet, il brûle l’âme et le cœur des amants. Celui que l’affliction assaille dans sa voie pourra-t-il manifester son zèle ? Il faut que tu supportes la douleur, l’affliction, la blessure. Il faut que tu y trouves du goût et le repos. Si tu arrives blessé dans ce lieu, tu seras le mahram du boudoir de l’âme. Si tu es blessé, ne le dis à personne, ajoute blessure sur blessure, et ne t’en plains pas.” »

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire