Islam

Mantic uttaïr, L’amant et la maîtresse

Notre état n'est pas différent. Tu vois les défauts parce que tu n'aimes pas et que tu n'es pas susceptible d'éprouver ce sentiment. Si tu avais la moindre connaissance de ce que c'est que l'amour, les défauts de l'objet aimé te paraîtraient de bonnes qualités.
L'AMANT ET LA MAÎTRESSE.
Un homme brave et impétueux comme un lion fut pendant cinq ans amoureux d'une femme. Cependant on distinguait une petite taie à l'œil de cette belle ; mais cet homme ne s'en apercevait pas, quoiqu'il contemplât fréquemment sa maîtresse. Comment en effet cet homme, plongé dans un amour si violent, aurait-il pu s'apercevoir de ce défaut ? Toutefois son amour finit par diminuer ; une médecine guérit cette maladie. Lorsque l'amour pour cette femme eut été altéré dans le cœur de celui qui l'aimait, il reprit facilement son pouvoir sur lui-même. Il vit alors la difformité de l'œil de son amie, et lui demanda comment s'était produite cette tache blanche. « Dès l'instant, répondit celle-ci, que ton amour a été moindre, mon œil a laissé voir son défaut. Lorsque ton amour a été défectueux, mon œil l'est aussi devenu pour toi. Tu as rempli ton cœur de trouble par l'aversion que tu éprouves actuellement ; mais regarde, ô aveugle de cœur ! tes propres défauts. Jusques à quand rechercheras-tu les défauts d'autrui ? Tâche plutôt de t'occuper de ceux que tu caches soigneusement. Lorsque tes fautes seront lourdes pour toi, tu ne feras pas attention à celles d'autrui. »
LE PRÉFET DE POLICE
Le préfet de police frappa un jour un homme ivre. Ce dernier lui dit : « Ne fais pas tant de fracas, car tu te permets aussi des choses illicites ; tu apportes l'ivresse et la jettes dans le chemin. Tu es toi-même beaucoup plus ivre que moi ; mais personne ne s'aperçoit de cette ivresse. Ainsi désormais ne me tourmente pas, et demande aussi justice contre toi-même. »

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire