Islam

Mantic uttaïr, Les deux porteurs d'eau

Un porteur d’eau chargé de son liquide vit en avant de lui un autre porteur d’eau, et tout de suite il lui demanda de l'eau. Mais ce dernier lui dit : « Ô toi qui ignores les choses spirituelles ! puisque toi-même tu as de l'eau, pourquoi n’en bois-tu pas ? » L'autre répliqua : « Donne-moi de l’eau, toi qui es en possession de la science spirituelle, car je suis dégoûté de ma propre eau. »
Adam avait le cœur rassasié des vieilles choses, et c'est ce qui l'engagea à se porter hardiment vers le blé, chose nouvelle pour lui. Il vendit toutes les vieilles choses pour un peu de blé ; il vendit tout ce qu'il avait pour du blé. Il devint borgne. La peine de l'amour s’éleva de son cœur à sa tête ; l'amour vint et frappa pour lui le marteau de la porte. Lorsqu'il fut anéanti dans l'éclat de l'amour, les choses vieilles et nouvelles disparurent à la fois, et il en fut ainsi de lui-même. Quand il ne lui resta plus rien, il agit sans rien ; ce qu'il possédait, il le joua pour rien. Mais il n'est donné ni à moi ni à tout le monde d'être dégoûté de soi et de mourir tout à fait à soi-même.

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire