Un derviche était tourmenté par la violence de l’amour, et il était agité comme la flamme par sa passion. Son âme était dévorée par le feu de son amour, et les flammes de son cœur brûlaient sa langue. L’incendie courait de l’esprit au cœur ; la plus grande peine l’assaillait. Il était dans l’agitation au milieu du chemin ; il pleurait, et tenait, en gémissant, ce langage : « Le feu de mon amour brûle mon âme et mon cœur ; comment pleurerais-je lorsque ce feu a consumé toutes mes larmes ? »
Une voix du monde invisible lui dit : « Cesse désormais d’avoir ces prétentions. Pourquoi dire des absurdités relativement à Dieu ? » Le derviche répondit : « Comment aurais-je agi ainsi de moi-même ? Mais c’est Dieu lui-même, sans doute, qui a produit en moi ces sentiments. Un être tel que moi pourrait-il avoir l’audace et la témérité de prétendre posséder pour ami un être tel que lui ? Qu’ai-je fait, moi ? Quant à lui, il a fait ce qu’il a fait, et voilà tout. Lorsque mon cœur a été ensanglanté, il a bu le sang, et voilà tout. Puis il t’a poussé et t’a donné accès auprès de lui. Prends garde de ne rien mettre de toi-même dans ta tête. Qui es-tu, pour que, dans cette grande affaire, tu étendes un seul instant ton pied hors de l’humble tapis des derviches ? Si Dieu joue avec toi au jeu de l’amour, ô mon enfant ! c’est qu’il joue avec son ouvrage. Quant à toi, tu n’es rien et tu ne peux rien ; mais l’approche de la créature vers le Créateur effacera ta nullité. Si tu te mets toi-même en avant, tu seras libre à la fois de la religion et de la vie individuelle. »
MAHMÛD DANS UNE SALLE D’ÉTUVES.
Une nuit, Mahmûd, ayant le cœur serré, alla trouver un chauffeur de bain. Ce dernier le fit asseoir convenablement sur la cendre, étendit de la braise dans la salle pour le réchauffer, et ensuite se hâta de mettre devant lui du pain sec. Le roi avança la main et mangea avidement le pain ; puis il dit en lui-même : « Si cette nuit ce chauffeur s’était excusé de me recevoir, je lui aurais tranché la tête. » À la fin, lorsque le roi voulut se retirer, le chauffeur lui dit : « Tu as vu cet endroit ; tu as connu mon lit, ma nourriture et mon palais ; tu as été mon convive sans être prié. Si la même chose t’arrive une autre fois, viens aussitôt, en mettant promptement et vivement le pied dans le chemin. Quoique tu ne m’aimes pas, sois content ; dis au baigneur de bien étendre de la braise. En réalité, je ne suis ni plus ni moins que toi ; mais cependant, comment pourrais-je t’être comparé dans mon abjecte position ? »
Une nuit, Mahmûd, ayant le cœur serré, alla trouver un chauffeur de bain. Ce dernier le fit asseoir convenablement sur la cendre, étendit de la braise dans la salle pour le réchauffer, et ensuite se hâta de mettre devant lui du pain sec. Le roi avança la main et mangea avidement le pain ; puis il dit en lui-même : « Si cette nuit ce chauffeur s’était excusé de me recevoir, je lui aurais tranché la tête. » À la fin, lorsque le roi voulut se retirer, le chauffeur lui dit : « Tu as vu cet endroit ; tu as connu mon lit, ma nourriture et mon palais ; tu as été mon convive sans être prié. Si la même chose t’arrive une autre fois, viens aussitôt, en mettant promptement et vivement le pied dans le chemin. Quoique tu ne m’aimes pas, sois content ; dis au baigneur de bien étendre de la braise. En réalité, je ne suis ni plus ni moins que toi ; mais cependant, comment pourrais-je t’être comparé dans mon abjecte position ? »
Le roi du monde fut satisfait de ce langage, et sept autres fois il vint être le commensal de cet homme. La dernière fois, il l’engagea à lui demander enfin quelque chose. « Si ce mendiant venait à demander quelque chose, répondit-il, le roi ne le lui accorderait pas. » — « Demande, lui dit le roi, ce que tu voudras, quand ce serait de quitter ce chauffoir pour être roi. » — « Je désire seulement, répliqua-t-il, que le roi soit de temps en temps mon hôte. Ma royauté consiste à voir son visage ; la couronne de ma tête, c’est la poussière de ses pieds. Sire, tu dispenses bien des grâces de ta main ; mais jamais ce qui m’est arrivé n’est arrivé à aucun chauffeur de bains. Un chauffeur assis auprès de toi dans un chauffoir vaut mieux qu’un roi dans un jardin sans toi. Puisque c’est par ce chauffoir que m’est venu mon bonheur, ce serait une infidélité de ma part que de le quitter. C’est ici que ma réunion à toi s’est effectuée ; comment donnerais-je ce moment de bonheur pour le royaume des deux mondes ? Tu as rendu par ta présence ce chauffoir lumineux ; qu’y a-t-il de meilleur que toi-même que je puisse te demander ? Que périsse l’âme de celui dont le cœur inquiet peut choisir quelque chose de préférence à toi ! Je ne désire ni la royauté ni l’empire ; ce que je désire de toi, c’est toi-même. Il suffit que tu sois roi : ne me donne pas la royauté ; viens seulement quelquefois être mon hôte. »
Son amour t'est nécessaire, voilà le fait ; mais le tien ne peut que lui être à charge et incommode. Si tu aimes Dieu, recherche aussi d'être aimé de lui, ne retire pas ta main du pan de sa robe. Mais tandis que l’un recherche cet amour toujours ancien et toujours nouveau, l'autre désire deux oboles d'argent comptant des trésors du monde : il méconnaît ce qu'il possède ; il quête une goutte d'eau, tandis que l'Océan est à sa disposition.