Islam

Mantic uttaïr, Songe d’un disciple de Bâyazid

Après que Bâyazid eut quitté le palais du monde, un de ses disciples le vit cette nuit-là même en songe, et demanda à ce pir excellent comment il avait pu échapper à Munkir et à Nakir. « Lorsque ces deux anges, répondit le sofi, m’ont interrogé, moi, malheureux, au sujet du Créateur, je leur ai dit : “Cette demande ne peut être parfaite ni de votre part, ni par rapport à moi, car si je dis : ‘Il est mon Dieu’, et voilà tout, ce discours n’exprimera qu’un désir de ma part. Mais il n’en serait pas ainsi si vous vouliez retourner auprès de Dieu et lui demander ce qu’il pense de moi. S’il m’appelle son serviteur, voilà mon affaire : vous saurez que je le suis en effet. Dans le cas contraire, il est évident que Dieu m’abandonne aux liens qui me serrent. Il n’est pas facile d’obtenir l’union avec Dieu. À quoi me servirait-il donc de l’appeler mon Seigneur ? S’il n’agrée pas mon service, comment aurais-je la prétention de l’avoir pour maître ? J’ai courbé, il est vrai, ma tête sous son pouvoir ; mais il faut encore qu’il m’appelle son esclave.” »
Si l’amour vient de son côté, c’est une preuve que tu es digne de cet amour ; mais lorsque l’amour vient de ton côté, c’est seulement parce qu’il te convient. Si Dieu se joint volontiers à toi, tu peux, à juste titre, être comme du feu par l’effet de ton contentement. C’est Dieu qui peut tout en cela et non l’homme : sache-le bien, ô toi qui es sans mérite ! Comment celui qui ignore les choses spirituelles trouvera-t-il l’intelligence de mes paroles ?

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire