Islam

Mantic uttaïr, L’Esclave reconnaissant

Un roi, bienveillant de son naturel, donna un jour un fruit à un de ses esclaves. Celui-ci se mit à manger ce fruit avec plaisir en disant qu’il n’avait jamais goûté un fruit plus délicieux. Ces paroles donnèrent au roi le désir d’en manger aussi, et il demanda à l’esclave de lui donner la moitié de ce fruit qu’il trouvait si excellent. Ce dernier remit donc au roi cette moitié, et, lorsque le monarque y eut goûté, il trouva ce fruit amer. Il fronça le sourcil, et exprima son étonnement de ce que son esclave avait trouvé douce une telle amertume. Mais cet esclave, qui était entré dans la voie du spiritualisme, lui répondit : « Sire, j’ai reçu de ta main des dons si nombreux, que je ne saurais refuser le fruit amer que tu me donnes. Si à chaque instant un trésor me parvient de ta main, pourquoi m’affligerais-je d’une seule amertume ? Puisque je suis comblé de tes bienfaits, pourquoi une amertume m’éloignerait-elle de toi ? »
De même, ô serviteur de Dieu ! si tu éprouves de la peine dans la voie spirituelle, sois persuadé que c’est un trésor pour toi. La chose semble sens dessus dessous ; mais alors ne dois-tu pas agir comme cet esclave ? Quand est-ce que les gens expérimentés dans la voie spirituelle, qui marchent d’un pied ferme dans cette voie, ont goûté une bouchée des choses célestes sans qu’elle ait été teinte du sang du cœur ? Tant qu’on ne se sera pas assis pour manger à la fois le pain et le sel, on ne pourra rompre le pain seul sans une grande énergie.

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire