Islam

Mantic uttaïr, Le Schaïki qui refuse de boire

Un homme d’idées élevées et les yeux fixés sur la voie spirituelle n’acceptait jamais à boire de la main de personne. Quelqu’un lui dit : « Ô toi qui es en rapport avec Dieu ! pourquoi ne veux-tu jamais accepter à boire ? » — « C’est, répondit-il, que je vois debout, devant moi, la mort prête à s’emparer au plus vite du breuvage que j’accepterais. Avec une telle perspective, le breuvage que je prendrais serait du poison pour moi. Dans de telles circonstances, comment un breuvage peut-il être agréable ? Il ne serait pas seulement pour moi une médecine, mais… »
Ce qui n’a qu’un instant de stabilité ne vaut pas un demi-denier, quand même ce serait l’univers lui-même. Comment avoir confiance en une chose qui dure si peu, et qui est même un pur néant ? Si tu es animé d’une noble ambition, cesse de te complaire dans le désir d’un moment de jouissance, et, quand ton état est obscurci par l’insouciance, ne te plains pas si elle ne dure qu’un instant. Ta peine et ton affliction sont glorieuses et non avilissantes. Les souffrances qu’ont endurées les prophètes ne sont rien au prix de Karbala. Ce qui à l’extérieur a paru une peine est en réalité un trésor pour le voyant. Cent faveurs t’arrivent à chaque instant ; le monde entier est rempli pour toi des bienfaits célestes. Toutefois tu ne te souviens pas de ces bienfaits, tu n’y fais pas attention. Où est l’indice de ton amour ? Tu n’es de la tête aux pieds qu’une peau qui enveloppe un obscur cerveau.

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire