Islam

Mantic uttaïr, Départ des oiseaux

Tous les oiseaux, par la terreur et la crainte du chemin, eurent leurs plumes et leurs ailes pleines de sang, et poussèrent des gémissements. Ils virent une route sans terme ; ils éprouvèrent la peine de l’amour, et ils n’y virent pas de remède. Le vent du détachement des choses terrestres soufflait tellement en ce lieu, que le ciel en avait sa voûte brisée. Dans ce chemin désert, où le paon du firmament ne sert de rien, comment un oiseau (autre que la huppe) pourrait-il rester un seul instant ? Aussi ces oiseaux, dans la crainte que la vue de ce chemin leur faisait éprouver, entourèrent-ils, réunis en un même endroit, la huppe, et hors d’eux-mêmes, devenus tous ses disciples pour la voie spirituelle, ils lui dirent : « Ô toi qui connais ce chemin ! nous n’ignorons pas qu’on ne peut se présenter devant le roi que d’une manière très-respectueuse. Mais toi, qui as souvent été en présence de Salomon, et qui t’es assise sur le tapis royal, tu connais tous les usages de l’étiquette, tu sais où il y a incertitude et où il y a assurance. Tu as vu aussi les montées et les descentes de cette route, et tu as volé bien des fois autour du monde. Puisque, au moyen de notre argent, tu es aujourd’hui notre imam pour lier et délier, nous voudrions te voir monter ici sur le minbar. Instruis-nous, nous… »

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire