Islam

Mantic uttaïr, Les oiseaux se concertent pour aller vers le Simorg

Lorsque tous les oiseaux eurent entendu cette histoire, ils se décidèrent à renoncer eux aussi à la vie. La pensée du Simorg enleva le repos de leur cœur ; son unique amour remplit le cœur des cent mille oiseaux. Ils firent le projet de se mettre en route, projet louable, pour lequel ils se préparèrent promptement. Tous dirent : « Actuellement il faut nous procurer avec notre argent un guide pour nouer et dénouer. Il nous faut un conducteur pour notre route, parce qu’on ne peut agir d’après ses propres idées. Il faut un excellent administrateur en un tel chemin, dans l’espoir qu’il puisse nous sauver de cette mer profonde. Nous obéirons de cœur à ce guide ; nous ferons ce qu’il dira, bon ou mauvais, pour qu’à la fin notre boule tombe, loin de cette place de vanterie, dans le maillet du Caucase. On rejoindra ainsi le majestueux soleil ; l’ombre du Simorg tombera sur nous. » À la fin les oiseaux dirent : « Puisque nous n’avons pas de chef reconnu, tirons au sort, c’est la meilleure manière. Celui sur qui tombera le sort sera notre chef ; il sera grand parmi les petits. » Lorsque ce tirage au sort fut résolu, le cœur des oiseaux impatients reprit de la tranquillité.
En effet, quand la chose fut décidée, l’effervescence se calma, et tous les oiseaux restèrent silencieux. Ils tirèrent donc au sort d’une
Tous acceptèrent pour guide la huppe aimante et résolurent de lui obéir, jusqu’à exposer leur vie, quoi qu’elle commandât. Tous dirent alors d’un commun accord : « La huppe est désormais notre chef, notre guide et notre conducteur dans cette voie. Nous recevrons ses ordres et nous lui obéirons ; nous n’épargnerons, pour lui être agréables, ni notre âme ni notre corps. »
Lorsque la huppe entreprenante arriva après sa nomination, on mit la couronne sur sa tête. Cent mille oiseaux accoururent dans le chemin ; ils étaient en si grand nombre qu’ils cachaient la lune et le poisson. Lorsqu’ils aperçurent, du chemin, l’entrée de la première vallée, ils s’envolèrent de frayeur jusqu’à la lune. La terreur de ce chemin s’empara de leur âme, un feu ardent s’empara de leur cœur. Ils soulevèrent tous à l’envi leurs plumes, leurs ailes, leurs pattes, leur tête. Tous, dans leur intention pure, renoncèrent à la vie ; en effet, leur tâche était lourde et le chemin long. C’était un chemin où l’on ne pouvait avancer et où, chose étonnante ! il n’y avait ni bien ni mal. Le silence et la tranquillité y régnaient ; il n’y avait ni augmentation ni diminution.
Cependant un des oiseaux demanda à la huppe : « Pourquoi ce chemin est-il désert ? » La huppe lui répondit : « C’est à cause du respect qu’inspire le roi, à la demeure duquel il conduit. »
Une fois le schaïkh Bayazid sortit de la ville, et il trouva partout un profond silence. La lune éclairait le monde, et par son éclat rendait la nuit brillante comme le jour. Le ciel était couvert de ses étoiles symétriquement groupées, et dont chacune avait ses fonctions spéciales. Le schaïkh marcha longtemps à travers les champs sans y trouver le moindre mouvement, et sans y voir personne. Il en fut ému et il dit : « Seigneur, un vif sentiment de peine agite mon cœur. Pourquoi une cour aussi sublime que la tienne est-elle sans adorateurs empressés ? » — « Cesse d’être étonné, lui dit une voix intérieure, le roi ne donne pas accès à sa cour à tout le monde. Sa dignité ne lui permet pas de recevoir les mendiants à sa porte. Lorsque le sanctuaire de notre splendeur répand son éclat, il repousse les insouciants endormis ; ceux qui doivent être admis à cette cour attendent pendant des années entières, jusqu’à ce qu’un d’eux sur mille puisse y avoir accès. »

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire