Judaïsme

Zohar I, Section Lekh-Lekha (fol. 90a-95b)

Rabbi Abba se leva, posa ses mains sur la tête du jeune homme et le bénit. Il dit ensuite : J’avais toujours pensé qu’on ne trouve de la sagesse que chez les justes qui en sont dignes. Je m’aperçois maintenant que, du vivant de Rabbi Siméon, même les enfants jouissent de la faveur de connaître la Sagesse suprême. Heureux toi, Rabbi Siméon ! Malheur à la génération qui ne te verra plus ! Ils restèrent assis jusqu’au point du jour et continuèrent l’étude de la doctrine.
Rabbi Abba commença alors à parler ainsi : Il est écrit : « Tout ton peuple est un peuple de justes, etc. » Ce verset a été expliqué par les collègues de la manière suivante : Pourquoi l’Écriture dit-elle : « Tout ton peuple est un peuple de justes » ? Tous les Israélites sont-ils donc justes ? N’y a-t-il pas parmi les Israélites tant de pécheurs et tant d’impies qui transgressent le commandement de l’Écriture ? Mais voici ce que nous avons appris à ce sujet dans les mystères de la tradition : Heureux le sort des Israélites qui offrent des sacrifices ; car la volonté du Saint, béni soit-il, est que les Israélites offrent leurs fils en holocauste le huitième jour de la naissance ; et, dès le moment que les enfants sont circoncis, ils participent à la bonne part du Saint, béni soit-il, ainsi qu’il est écrit : « Et le Juste est le fondement du monde. » Dès le moment où les enfants participent à la part du Juste, ils sont appelés Justes. Ainsi, au moment de la circoncision, tous les Israélites sont appelés « justes » ; c’est pourquoi l’Écriture ajoute : « ... Ils posséderont la terre pour toujours », ainsi qu’il est écrit : « Ouvrez-moi les portes du Juste afin que j’y entre » ; et un peu plus bas il est écrit : « C’est là la porte du Seigneur ; et les justes entreront par elle. » Ces paroles font allusion à ceux qui ont été circoncis ; car ils sont appelés « justes ». L’Écri-
Ils sont les rejetons que j’ai plantés, ce qui veut dire : ils sont les rejetons des plantes que le Saint, béni soit-il, a plantées dans le Jardin de l’Éden ; or, la terre ici-bas est une de ces plantes. C’est pourquoi les Israélites ont une bonne part dans le monde futur, ainsi qu’il est écrit : « Et les justes demeureront dans la terre éternellement. » L’Écriture dit : « Ils posséderont la terre pour toujours. » Que signifient les mots « pour toujours » ? Ces paroles ont le sens qui a été indiqué dans notre tradition, et que les collègues ont expliquée. Abraham n’avait point la lettre Hé dans son nom, tant qu’il n’eut été circoncis ; mais aussitôt après sa circoncision, la lettre Hé fut jointe à son nom et la Schekhina s’attacha à lui ; et c’est dès ce moment qu’il fut appelé Abraham. C’est pourquoi il est écrit : « Telle a été l’origine du ciel et de la terre lorsqu’ils furent créés. » Or, une tradition nous apprend qu’il ne faut pas lire « behibaram », mais « belle baram », ce qui veut dire : par Abraham. Comment peut-on dire que le ciel et la terre ont été créés par Abraham, qui est l’image de la Séphira « Grâce » (Hésed), alors que nous savons que le mot « behibaram » signifie que le ciel et la terre ont été créés par la Schekhina dont le Hé est le symbole ? Ces deux traditions ne sont pas en contradiction ; mais toutes les deux reviennent au même. Rabbi Jacob demanda à son père, Rabbi Abba : Nous savons que le Hé du mot « behibaram » est écrit, dans le Pentateuque, plus petit que les autres lettres, alors que le Hé du mot « halaïehovah » (qui commence le verset : « Est-ce ainsi, peuple fou et insensé, que vous témoignez votre reconnaissance envers le Seigneur ? ») s’écrit plus grand que les autres lettres du Pentateuque. Quelle différence y a-t-il entre ces deux Hé ? Rabbi Abba lui répondit : Le premier de ces Hé désigne le degré céleste dont l’année sabbatique est l’image, alors que le second Hé désigne le degré supérieur du ciel dont l’année jubilaire est l’image. C’est pour la même raison que la lune est tantôt pleine, et tantôt ébréchée : et c’est pourtant la même lune. Tel est également le mystère qui désigne la Schekhina, tantôt par un Hé écrit plus petit que les autres lettres, et tantôt par un Hé écrit plus grand.
Rabbi Abba dit : Heureux le sort des Israélites que le Saint, béni soit-il, a distingués des autres peuples, en leur donnant la marque de la circoncision ! Car quiconque est marqué de ce signe n’ira pas dans l’enfer, s’il le garde intact de manière convenable, c’est-à-dire s’il vit dans la chasteté, s’il n’entre sous la domination d’une autre puissance, c’est-à-dire sous la domination du démon, et, enfin, s’il ne viole le serment prêté au nom du Roi. Car quiconque viole la loi de la chasteté est aussi coupable que celui qui viole le serment prêté au nom du Saint, béni soit-il, ainsi qu’il est écrit : « Car ils ont violé la loi du Seigneur, puisqu’ils ont engendré des enfants bâtards. »
Rabbi Abba dit en outre : Au moment où l’homme fait entrer son enfant dans l’Alliance de la circoncision, le Saint, béni soit-il, appelle toutes les légions célestes et leur dit : Voyez quel fils j’ai créé dans le monde ! En ce moment, le prophète Élie parcourt le monde en quatre vols et arrive à l’endroit où a lieu la circoncision. C’est pourquoi nous avons appris que l’homme est tenu de placer un siège en l’honneur du prophète, dans la maison où a lieu la circoncision, et de dire : Ce siège est destiné au prophète Élie ; si on ne prononce pas ces mots, le prophète ne s’y assoit pas. Ensuite le prophète monte au ciel et témoigne de la circoncision au Saint, béni soit-il. Remarquez que l’Écriture dit d’abord : « Et le Seigneur, lui adressant sa parole, lui dit : Que fais-tu là, Élie ? » Et un peu plus bas : « Et il répondit : Je brûle de zèle pour toi, Seigneur, Dieu des armées (Sebaoth), parce que les enfants d’Israël ont abandonné ton alliance, etc. » Dieu parla ainsi à Élie : Je jure par ta vie que, partout où mes enfants imprimeront cette marque sacrée sur leur chair, tu seras présent ; et la même bouche, qui témoigne devant moi aujourd’hui que les enfants d’Israël ont abandonné l’Alliance, témoignera désormais qu’ils ont accompli cet acte de l’Alliance. Ceci corrobore la tradition, suivant laquelle le prophète Élie a été puni par le Saint, béni soit-il, parce qu’il s’était fait l’accusateur des enfants de Dieu.
Pendant qu’ils s’entretenaient ainsi sur les sujets de la doctrine, le jour se leva. Rabbi Abba et son fils s’apprêtèrent donc à partir. Le propriétaire de la maison leur dit : Achevez l’œuvre dont vous avez parlé cette nuit. Ils lui demandèrent le sens de ces paroles. Il leur répondit : Demain vous verrez le Maître, c’est-à-dire le prophète Élie qui sera présent ici. C’est ma femme qui me charge de vous demander cette faveur de différer votre départ ; car c’est demain que sera célébré le festin de la circoncision de mon fils qui vient de naître. Rabbi Abba répondit : Ceci est une invitation à une bonne œuvre : on nous invite à recevoir la Schekhina ; nous resterons. Ils y passèrent toute la journée. La nuit arrivée, le propriétaire de la maison invita tous ses amis, et tout le monde passa la nuit en se consacrant à l’étude de la doctrine. Personne ne dormit de toute la nuit. Le propriétaire de la maison, s’adressant à ses invités, leur dit : Je voudrais que chacun de vous fît entendre une idée nouvelle relative à la doctrine.
« Vous qui vous êtes signalés parmi les enfants d’Israël, en exposant volontairement votre vie au péril, bénissez le Seigneur. » Pour quelle raison Debora et Barac ont-ils commencé leur cantique par ce verset ? Mais nous savons, par une tradition, que le monde ne subsiste que grâce à l’Alliance, ainsi qu’il est écrit : « S’il n’y avait pas eu l’Alliance que j’ai faite avec le jour et avec la nuit, je n’aurais pas établi les lois qui régissent le ciel et la terre. » Ainsi, tant que les Israélites accomplissent l’œuvre de l’Alliance, c’est-à-dire l’acte de la circoncision, les lois qui régissent le ciel et la terre demeurent stables. Mais, pendant le temps où Israël abandonne la loi de l’Alliance, — ce dont Dieu nous préserve, — le ciel et la terre ne sont plus stables, et les bénédictions ne se répandent plus en ce monde. Remarquez que les autres peuples ne dominent jamais Israël que lorsque celui-ci abandonne cette loi fondamentale. Qu’est-ce qu’on entend par « abandonner cette loi fondamentale » ? On entend par là : quand les Israélites ne procèdent plus à l’acte de la « peria », qui consiste à rabaisser le prépuce pour mettre à nu le gland. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et les enfants d’Israël abandonnèrent le Seigneur, etc. » Et un peu plus bas : « Et le Seigneur les livra entre les mains de Sisara. » Ainsi, ces mots : « … Ils abandonnèrent le Seigneur » doivent être interprétés de cette façon : qu’ils abandonnèrent la loi de l’Alliance. Mais, lorsqu’arriva Debora qui rassasia Israël de cette parole (c’est-à-dire du rapport qu’il y a entre l’oppression d’Israël et son abandon de la loi de l’Alliance), l’ennemi d’Israël succomba. C’est pourquoi la tradition nous apprend que le Saint, béni soit-il, dit à Josué : Comment ! les Israélites sont incirconcis, ils ne pratiquent pas la loi de la « peria », ils ne mettent pas à nu le gland, en un mot ils n’entrent pas dans mon Alliance, et tu veux les faire entrer dans la terre sainte et y subjuguer leurs ennemis ? Non : « Renouvelle parmi les enfants d’Israël l’opération de la circoncision. » Tant que les Israélites n’ont pas pratiqué la loi de la « peria » et n’ont mis à nu la marque de l’Alliance, ils n’ont pas pu entrer dans la terre sainte, ni subjuguer leurs ennemis. Il en était de même pour Debora : dès qu’Israël eut été gratifié de nouveau de la marque de l’Alliance, il prit le dessus sur ses ennemis ; et les bénédictions recommencèrent à se répandre dans le monde. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Biproa peraoth » (c’est-à-dire : après qu’ils ont recommencé à pratiquer la loi de la « peria »), « bebithnadeb am » (c’est-à-dire : lorsque le peuple d’Israël eut été gratifié de nouveau de cette loi), « barcou Jéhovah » (c’est-à-dire : alors les bénédictions du Seigneur se répandirent de nouveau dans le monde).
Un autre invité se leva et commença à parler de la manière suivante : Il est écrit : « Moïse étant en chemin, le Seigneur se présenta à lui dans l’auberge, et il voulait lui ôter la vie. » À qui voulait-il ôter la vie ? Est-ce à Moïse ou à son fils ? — À Moïse. Le Saint, béni soit-il, parla ainsi à Moïse : Comment ! Tu veux affranchir le peuple d’Israël du joug des Égyptiens, tu veux vaincre un grand et puissant roi tel que Pharaon, et tu oublies de circoncire ton propre fils ? C’est pourquoi il voulait le tuer. Nous avons appris par une tradition que l’ange Gabriel descendit à ce moment, entouré d’une flamme, pour brûler Moïse ; en même temps un serpent sortit des flammes et voulait l’avaler. Pourquoi un serpent ? Le Saint, béni soit-il, dit ainsi à Moïse : Tu te proposes d’aller tuer le grand et puissant serpent, c’est-à-dire Pharaon, et tu ne circoncis pas ton propre fils ? Aussitôt Dieu fit signe au serpent d’avaler Moïse. Lorsque Sephora vit cela, elle circoncit son fils, et le serpent lâcha Moïse, ainsi qu’il est écrit : « Et Sephora prit aussitôt un “tzour” et circoncit son fils. » Que signifie le mot « tzour » ? Ce mot signifie « remède ». Et en quoi consistait ce remède ? L’Écriture ajoute : « Elle retrancha le prépuce de son fils. » Elle fut inspirée en ce moment par l’Esprit-Saint.
Un autre invité parla ainsi : Il est écrit : « Et Joseph dit à ses frères : Approchez-vous de moi. Et ils s’approchèrent de lui, etc. » Pourquoi Joseph dit-il à ses frères : « Approchez-vous de moi » ? Ils étaient pourtant près de lui ? Mais en voici la raison. Lorsque Joseph leur dit qu’il était leur frère, ceux-ci s’effrayèrent ; car ils le virent à la tête du royaume. Joseph leur dit : J’ai gagné le royaume grâce à cette marque de l’Alliance ; et il la leur fit voir ; c’est pourquoi il leur a dit : « Approchez-vous de moi… » Et l’Écriture ajoute : « … Et ils s’approchèrent de lui. » Et, en leur montrant son membre marqué de la circoncision, il leur dit : C’est ce membre qui m’a valu la royauté ; car je l’ai conservé pur. Nous en inférons que la royauté attend tous ceux qui conservent dans toute sa pureté cette marque de l’Alliance. D’où le savons-nous ? Nous le savons de Booz, ainsi qu’il est écrit : « Je te jure par le Seigneur ; dors-là jusqu’au matin. » L’esprit tentateur voulait séduire Booz. Mais celui-ci jura au nom du Seigneur de ne pas succomber à la tentation, et il conserva intacte la pureté de la marque de l’Alliance. C’est pourquoi il a été jugé digne de donner naissance à des rois qui dominaient sur tous les autres rois et d’être la souche du Roi-Messie qui est appelé du nom du Saint, béni soit-il.
Un autre invité commença à parler de la manière suivante : Il est écrit : « Quand les armées seraient campées contre moi, mon cœur ne serait point effrayé ; quand on me livrerait un combat, alors même j’aurais pleine confiance en celle-là (bezoth). » Que signifie le mot « celle-là » (bezoth) ? Il désigne la marque de l’Alliance que l’homme porte toujours, et qui est également imprimée en haut. C’est pourquoi David a dit : « … J’aurais pleine confiance en celle-là (bezoth) », c’est-à-dire dans la marque de l’Alliance, ainsi qu’il est écrit : « Voici (zoth) le signe de l’Alliance » ; et ailleurs : « Voici (zoth) l’Alliance que je fais avec vous. » Tous ces mots « zoth » désignent les mêmes degrés de l’essence divine ; car nous savons, par une tradition, que « ze » (mâle) et « zoth » (femelle) sont unis et ne se séparent jamais. Mais, objectera-t-on peut-être, tout le monde se trouve dans le même cas ; pourquoi donc David disait-il : « J’aurais pleine confiance en zoth », comme si « zoth » était exclusivement son bien ? Mais David s’était uni à elle, c’est-à-dire à la Schekhina, dont il était l’image, par la couronne royale qu’il possédait. Remarquez que c’était en raison de ce que le roi David n’a pas conservé le « zoth » dans toute sa pureté, que la royauté lui a été enlevée durant un certain temps ; c’est ainsi que la tradition nous l’apprend. « Zoth » est imprimé dans la royauté céleste, aussi bien que dans Jérusalem la ville sainte. À l’heure où David a abandonné le « zoth », lors de son péché avec Bethsabée, une voix céleste fit entendre ces paroles : David, tu seras séparé de la chose avec laquelle tu es attaché maintenant : tu seras chassé de Jérusalem et la royauté te sera ôtée. D’où le savons-nous ? Nous le savons des paroles de l’Écriture : « Je veux te susciter des maux qui naîtront de ta propre maison. » Ainsi, David fut puni par le même côté par lequel il avait péché. Or, si le roi David avait été si sévèrement puni pour s’être séparé du « zoth », qu’en serait-ce des autres hommes de ce monde ? Ceux-ci seront à plus forte raison sévèrement punis.
Un autre invité commença à parler de la manière suivante : Il est écrit : « Si le Seigneur ne m’eût assisté, il s’en serait peu fallu que mon âme ne fût tombée dans l’enfer (Doumâ). » Nous avons appris ce qui suit : Quelle est l’œuvre qui constitue le mérite des Israélites pour qu’ils n’aillent dans l’enfer et ne soient confiés aux mains de l’ange Doumâ, comme les peuples païens ? C’est la marque de l’Alliance. Car nous savons, par une tradition, qu’à l’heure où l’homme quitte ce bas monde, de nombreuses légions d’anges, chargés de punir les coupables, s’approchent de lui ; mais, dès qu’elles aperçoivent la marque sainte de l’Alliance, elles le quittent et ne s’emparent pas de lui pour le livrer entre les mains de Doumâ, qui fait descendre les hommes dans l’enfer ; car quiconque est livré entre les mains de ce dernier descend dans l’enfer. Ainsi, les anges d’en haut aussi bien que ceux d’en bas craignent cette marque sacrée ; et l’homme qui la conserve pure ne craint aucune rigueur ; car il est uni au nom du Saint, béni soit-il. C’est en raison de ce que le roi David n’a pas conservé dans toute sa pureté cette marque sacrée, que la royauté lui a été ôtée et qu’il fut chassé de Jérusalem. David craignait que les anges chargés d’exercer la rigueur contre les hommes ne s’emparassent de son âme et ne la missent entre les mains de Doumâ, ce qui aurait été pour elle la mort dans l’éternité. David eut cette crainte jusqu’au moment où le prophète Nathan lui annonça cette bonne nouvelle : « Le Seigneur aussi a transféré ton péché, et tu ne mourras point. » C’est alors que David s’écria : « Si le Seigneur ne m’eût assisté, il s’en serait peu fallu que mon âme ne fût tombée dans l’enfer. »
Un autre invité a commencé à parler de la manière suivante : Il est écrit : « Si je trouve grâce devant le Seigneur, il me répondra et me fera voir sa marque (otho) et son tabernacle. » Qui est-ce donc qui peut voir le Saint, béni soit-il ? Voici ce que la tradition nous apprend à ce sujet : Au moment où la punition fut décrétée contre lui, David savait que cette punition lui avait été infligée pour n’avoir pas conservé dans toute sa pureté la marque de l’Alliance, qui embrasse toutes les autres œuvres et qui synthétise tous les actes de l’homme ; car nul ne mérite le nom de juste, s’il ne conserve cette marque dans toute sa pureté. Aussi pria-t-il Dieu en disant : « Si je trouve grâce devant le Seigneur, il me répondra et me fera voir sa marque (otho) et son tabernacle. » Que voulait-il dire par le mot « otho » ? David a dit : Que Dieu daigne me faire voir sa marque sainte ; car je tremble depuis le moment où j’ai perdu la mienne. Qu’est-ce qu’on entend par la marque de Dieu ? La royauté et Jérusalem sont la marque de Dieu. Or, celui qui ne garde pas en toute pureté sa propre marque ne peut pas aspirer à la marque de Dieu. C’est pourquoi David priait Dieu de lui faire voir sa marque sainte, qui est la royauté, ainsi que son tabernacle, qui est Jérusalem ; car il avait perdu sa propre marque qui correspond à celle de Dieu.
Un autre invité a commencé à parler de la manière suivante : Il est écrit : « Et c’est dans ma chair que je verrai mon Dieu (Éloha). » Pourquoi Job disait-il : « ... Dans ma chair » ? Pourquoi ne disait-il pas « en moi » ? Mais Job parlait réellement de la chair. Et qu’est-ce qu’il entendait par là ? Il faisait allusion à la chair dont parle l’Écriture : « La chair sainte, ils l’ont souillée » ; et ailleurs : « L’Alliance que je fais avec vous sera marquée dans votre chair, comme le signe de l’Alliance éternelle. » Car nous savons, par une tradition, que toutes les fois que l’homme est marqué du signe sacré de l’Alliance, il voit le Saint, béni soit-il, lui-même ; car c’est en ce moment que l’âme sainte (neschamah) s’unit au corps de l’homme. Si l’homme est indigne et qu’il ne conserve pas dans toute sa pureté cette marque de l’Alliance, l’Écriture dit de lui : « Ils sont perdus par le souffle de Dieu (minischmath Éloha). » Car quiconque ne conserve dans toute sa pureté la marque du Saint, béni soit-il, perd également son âme. Mais la Schekhina ne se sépare jamais de celui qui est digne et qui conserve la marque dans toute sa pureté. Et quand la Schekhina se fixe-t-elle définitivement chez l’homme ? Lorsque celui-ci se marie, et quum signum foederis suum in locum ponit. Car nous savons par une tradition que les lettres Vav et Hé sont, pour cette raison, placées dans l’ordre alphabétique, l’une à côté de l’autre, parce que le Vav est le symbole du principe mâle, alors que le Hé est le symbole du principe femelle. Ces deux principes sont unis ensemble. Aussi, lorsque le mari et la femme sont unis, tous deux ne font qu’un ; et un rayon de grâce céleste les couvre. Ce rayon émane du côté du principe mâle. Il est appelé « hésed » (grâce), selon les paroles de l’Écriture : « La Grâce de Dieu (hésed El) dure toujours. » Car ce rayon sort de la Sagesse suprême et pénètre dans le principe mâle ; et celui-ci le communique au principe femelle. Nous savons, par une autre tradition, que les lettres du mot « Éloha » se décomposent de cette façon : El (אל) désigne la lumière de la Sagesse ; O (ו) désigne le principe mâle, et Hé (ה) désigne le principe femelle. Tous les trois unis ensemble ont le nom « Éloha ». L’âme sainte qui en émane ne reste attachée à l’homme qu’autant que celui-ci garde dans toute sa pureté la marque de l’Alliance ; et c’est pourquoi Job a dit : « Et c’est dans ma chair que je verrai mon Dieu (Éloha). » Car c’est grâce à la pureté de la chair que l’homme conserve l’âme. Aussi, heureux le sort des Israélites saints qui s’attachent au Saint, béni soit-il ! Heureux leur sort dans ce monde et dans le monde futur ! C’est d’eux que l’Écriture dit : « Vous vous êtes attachés au Seigneur, votre Dieu. » Et c’est pour cette raison que, ajoute l’Écriture : « ... Vous avez été conservés en vie jusqu’aujourd’hui. »
S’adressant aux invités, Rabbi Abba leur dit : Comment ! Vous possédez tant de lumière ; et vous demeurez dans ce village ! Ils lui répondirent : Quand les oiseaux quittent leur nid, ils ne savent pas où aller, ainsi qu’il est écrit : « Tel qu’est l’oiseau qui quitte son nid, tel est l’homme qui abandonne son pays. » Or, ce pays nous est propice pour l’étude de la doctrine. Voici notre coutume : nous dormons pendant la première moitié de la nuit et nous en consacrons la deuxième moitié à l’étude de la doctrine. Et quand le jour se lève, l’air embaumé des forêts avoisinantes et le murmure des eaux qui coulent dans les ruisseaux ouvrent notre esprit à l’étude de la doctrine et la gravent dans notre cœur. La rigueur céleste a sévi une fois dans ce pays ; un grand nombre de maîtres
illustres sont morts pour avoir négligé l’étude de la doctrine. C’est depuis cette époque que nous nous consacrons jour et nuit à l’étude de la doctrine dans ce pays qui nous est si propice ; et quiconque se séparerait de ce pays serait aussi insensé que s’il se séparait de la vie. Rabbi Abba éleva ses mains et les bénit. Ils sortirent ensemble jusqu’au lever du jour. Dès que le jour se leva, les invités dirent aux jeunes gens qui y étaient présents : Sortez pour voir s’il fait déjà grand jour. Et, dans ce cas, que chacun de vous communique à ce grand homme, c'est-à-dire à Rabbi Abba, quelque idée nouvelle relative à la doctrine. Ils sortirent et constatèrent le point du jour. L’un des jeunes gens dit : En ce jour un feu descendra d’en haut. Un autre ajouta : Le feu descendra sur cette maison. Un troisième, enfin, ajouta : Ce feu qui va descendre brûlera le vieillard qui est ici présent, c’est-à-dire Rabbi Abba. Rabbi Abba s’écria : Que Dieu nous en préserve ! Il fut effrayé de ces paroles et ne put articuler un seul mot. S’étant remis, il s’écria : Je vois que le ciel est en communication avec la terre, puisque ces jeunes gens savent prédire les événements qui auront lieu dans la journée. Et en effet les prédictions des jeunes gens se réalisèrent. Car les amis rassemblés dans la maison virent en ce jour la face de la Schekhina et furent ainsi entourés de feu. Quant à la prédiction concernant Rabbi Abba, elle se réalisa également ; car la joie qu’il éprouva à l’étude de la doctrine alluma son visage et le fit brûler comme le feu. Ils ne quittèrent la maison de toute la journée ; la maison était entourée d’une fumée épaisse ; et les amis qui y étaient réunis éprouvèrent une joie aussi vive que s’ils eussent reçu la doctrine, en ce jour-là même, au mont Sinaï. Leurs esprits étaient tellement absorbés par l’étude de la doctrine, qu’en sortant de la maison ils ne savaient si c’était jour ou nuit. Rabbi Abba dit alors : Pendant que nous sommes ensemble, que chacun de nous fasse entendre une idée nouvelle de sagesse, pour répandre du bien sur le maître de céans, qui célèbre aujourd’hui le festin de la circoncision.
Un des invités commença à parler de la manière suivante : Il est écrit : « Heureux celui que tu as choisi et pris à ton service ; il demeurera dans ton parvis. Nous serons remplis des biens de ta maison ; ton tabernacle est saint. » Ainsi, l’Écriture commence à se servir du mot « parvis », ensuite du mot « maison », et enfin du mot « tabernacle ». L’un est inférieur à l’autre et au-dessus de l’autre. D’abord il est dit : « Il demeurera dans ton parvis... », ainsi qu’il est écrit : « Et celui qui sera resté dans Sion et qui sera demeuré dans Jérusalem sera appelé saint. » Ensuite l’Écriture dit : « Nous serons remplis des biens de ta maison... », ainsi qu’il est écrit : « Par la Sagesse se bâtira la maison, et par l’Intelligence elle s’affermira. » L’Écriture ne dit pas : « La Sagesse bâtira la maison » ; car, s’il était écrit ainsi, on aurait compris que la Sagesse même est appelée maison ; mais l’Écriture dit : « Par la Sagesse se bâtira la maison » ; c’est une allusion au mystère exprimé dans les paroles : « Et un fleuve sort de l’Éden pour arroser le Jardin, etc. » Enfin, l’Écriture ajoute : « ... Ton tabernacle (hecal) est saint » ; c’est le plus haut de tous les degrés. Car nous savons, par une tradition, que le mot « hecal » signifie « he cal », ce qui veut dire « là est tout » ; car c’est le tabernacle qui fait l’union de tout. Le commencement du verset prouve en faveur de cette interprétation : « Heureux celui que tu as choisi et pris à ton service ; il demeure dans ton parvis... » Quiconque offre en holocauste son fils devant le Saint, béni soit-il, c’est-à-dire le soumet à la cérémonie de la circoncision, peut être assuré que le Saint, béni soit-il, agrée cette offrande, qu’il approche de lui l’enfant nouveau-né et qu’il choisit sa demeure dans l’intérieur des deux enceintes, c’est-à-dire dans le tabernacle qui est dans l’intérieur des deux enceintes susnommées. Et comme c’est l’enceinte intérieure qui fait l’union des deux enceintes extérieures, l’Écriture emploie le mot « hatzerekha » au pluriel ; car l’Écriture désigne les deux enceintes extérieures. C’est pour cette raison que les hommes zélés de l’ancien temps avaient coutume de réciter ce verset, lorsqu’ils offraient leurs enfants en holocauste, c’est-à-dire lorsqu’ils les faisaient circoncire. La récitation du verset se faisait de la manière suivante : Une partie de l’assistance commençait à réciter la première partie
du verset : « Heureux celui que tu as choisi et pris à ton service ; il demeurera dans ton parvis… » Sur quoi l’autre partie des assistants répondait : «… Nous serons remplis des biens de ta maison. » Enfin le père de l’enfant prononçait la bénédiction : « Sois béni, Seigneur, maître de l’univers, qui nous as sanctifiés et nous as commandé d’introduire l’enfant dans l’alliance d’Abraham notre père. » Sur quoi les assistants répondaient : « Que Dieu veuille que, de même que tu as fait entrer ton enfant dans l’Alliance, tu puisses le faire entrer dans celle de la doctrine, du mariage et des bonnes œuvres. » Nous savons, en outre, par une tradition, que l’homme doit d’abord commencer à prier pour soi-même, et ensuite pour les autres, ainsi qu’il est écrit : « Et qu’il prie pour soi, pour sa maison et pour toute l’assemblée d’Israël. » Ainsi, d’abord, la prière pour soi, et ensuite, celle pour les autres. Nous croyons qu’il faut suivre ce précepte, c’est-à-dire qu’après avoir prié pour nous-même, nous devons ensuite prier pour l’enfant qui vient de naître.
Rabbi Abba dit : En effet, le précepte est juste, et quiconque ne le suit pas s’exclut des dix dais que le Saint, béni soit-il, a destinés aux Justes dans le monde futur. C’est pourquoi ce verset des psaumes renferme dix mots, chacun plein de foi ; car chaque mot correspond à un des dais susnommés. Heureux votre sort, dans ce monde et dans le monde futur, car la doctrine est gravée dans votre cœur, comme si vous eussiez été présents, revêtus de vos corps, sur le mont Sinaï, au moment où la doctrine fut révélée à Israël.
Un autre invité a commencé à parler de la manière suivante : Il est écrit : « Tu me dresseras un autel de terre, et tu m’offriras dessus tes holocaustes, tes sacrifices de paix, etc. » Nous savons, par une tradition, que quiconque offre son fils en holocauste, c’est-à-dire le circoncit, a autant de mérite que s’il avait offert au Saint, béni soit-il, tous les holocaustes du monde et que s’il avait dressé l’autel le plus parfait. C’est pourquoi il convient de dresser, à l’usage de la circoncision, un autel de terre, qui consiste dans un vase rempli de terre sur laquelle on jette le prépuce retranché ; et cette œuvre est aussi agréable au Saint, béni soit-il, que si on lui avait offert des holocaustes et des sacrifices de brebis et de bœufs ; au contraire, l’œuvre de la circoncision lui est plus agréable que tous les sacrifices, ainsi qu’il est écrit : « Et tu m’offriras dessus tes holocaustes, tes sacrifices de paix, etc. » Et l’Écriture ajoute : « En tous lieux où je mentionnerai mon nom, je viendrai vers toi et je te bénirai. » Que signifient les mots : «… Où je mentionnerai mon nom » ? C’est une allusion à la marque de l’Alliance, ainsi qu’il est écrit : « Le mystère du Seigneur est connu à ceux qui le craignent, et il leur fait connaître son Alliance. » Ainsi, par l’« autel de terre », l’Écriture désigne le vase rempli de terre sur laquelle on jette le prépuce, ainsi que nous venons de le dire. Que dit l’Écriture plus loin ? « Si tu me fais un autel de pierres, tu ne le bâtiras point de pierres taillées ; car il sera souillé si tu y emploies le ciseau. » Ces paroles font allusion aux païens convertis au Judaïsme. Comme le païen sort d’un peuple endurci d’esprit et endurci du cœur, l’Écriture le désigne sous le nom d’« autel de pierres ». Que signifient les mots : « Tu ne le bâtiras point de pierres taillées » ? Ces paroles nous apprennent qu’il ne faut pas procéder à la circoncision d’un païen, avant qu’on ne l’ait amené à la connaissance du Saint, béni soit-il ; car si l’on circoncit un païen sans lui ôter cette dureté de cœur qui le rend impropre au service du Saint, béni soit-il, on ressemble à quelqu’un qui, pour amollir la pierre, la taille d’un côté et de l’autre ; l’intérieur n’en reste pas moins dur. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Tu ne le bâtiras point de pierres taillées. » Vous auriez beau tailler la pierre sur toutes ses faces, l’intérieur n’en resterait pas moins dur. Et l’Écriture ajoute : «… Car il sera souillé, si tu y emploies le ciseau. » L’Écriture veut dire que la circoncision serait inutile aux païens, si leur cœur dur n’est pas ramolli. Aussi, heureux le sort de celui qui fait agréer au Saint, béni soit-il, l’offre de son fils par la circoncision. Il convient que le père qui accomplit ce devoir se réjouisse durant toute la journée, ainsi qu’il est écrit : « Et que tous ceux qui mettent en toi leur espérance se réjouissent ; ils seront éternellement remplis de joie, et tu habiteras en eux ; et tous ceux qui aiment ton nom se glorifieront en toi. »
Un autre invité a commencé à parler de la manière suivante :
Il est écrit : « Et Abram était âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans ; et le Seigneur lui apparut et lui dit : Je suis le Dieu tout-puissant ; marche devant moi et sois parfait. » Ce verset demande à être examiné, car il présente plusieurs difficultés. D’abord, le Saint, béni soit-il, n’était-il donc jamais encore apparu à Abraham avant que celui-ci n’eût atteint l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans, pour que l’Écriture dise : « Et Abram était âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, et le Seigneur lui apparut » ? Ceci laisse supposer que Dieu ne lui était apparu que lorsqu’il eut cet âge, alors qu’il n’en est rien, ainsi qu’il est écrit précédemment : « Et le Seigneur dit à Abram… » ; et ailleurs : « Et le Seigneur dit à Abram… » ; et encore ailleurs : « Et il dit à Abram : Sache que ta postérité demeurera dans une terre étrangère, etc. » L’autre difficulté que présente ce verset est celle-ci : l’Écriture dit d’abord « quatre-vingt-dix ans » (schanah), au singulier ; et ensuite elle dit « et neuf ans » (schanim), au pluriel. Mais voici ce que la tradition nous apprend à ce sujet : tant qu’Abraham n’eut pas atteint cet âge, l’Écriture ne dit jamais que Dieu lui était apparu. Pourquoi ? Parce qu’il était endurci en raison du prépuce ; et c’est pourquoi le Saint, béni soit-il, ne s’est jamais révélé à lui de manière convenable. Ce n’est qu’après sa circoncision que Dieu s’est révélé à lui, ainsi qu’il est écrit : « Et le Seigneur lui apparut. » Pourquoi le Seigneur lui apparut-il ? Parce qu’il voulait lui révéler le rapport entre cette marque de l’Alliance et la Couronne sacrée. En outre, comme le Saint, béni soit-il, voulait faire sortir d’Abraham une postérité sacrée, il a fallu que lui-même fût sacré avant de donner naissance à sa postérité ; et comme ce n’était qu’à l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans qu’il devait avoir un fils, ce n’est qu’à cet âge qu’il fut favorisé de la révélation divine qui l’a sanctifié.
Voilà pourquoi Dieu ne lui apparut qu’à cet âge, et non pas avant. Une autre raison pour laquelle l’Écriture dit « quatre-vingt-dix ans », au singulier, est celle-ci : tant qu’Abraham n’a pas atteint l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans, toutes ses années ne comptaient que pour une seule, tant elles étaient peu remplies ; mais, dès qu’il a atteint cet âge, ses années commencèrent à compter. L’Écriture dit : « Et le Seigneur lui apparut et lui dit : Je suis le Dieu tout-puissant (Schadaï). » Pourquoi Dieu n’a-t-il jamais dit encore à Abraham : « Je suis le Dieu tout-puissant (Schadaï) » ? Mais voici ce que la tradition nous apprend à ce sujet : le Saint, béni soit-il, a créé des couronnes inférieures, dépourvues de toute sainteté. Tous ceux qui sont incirconcis sont souillés par ces couronnes et en portent la marque. Et quelle est cette marque ? Ils portent la marque des lettres Schin et Daleth, mais aucune autre lettre en plus. C’est pourquoi ils sont souillés et le démon s’attache à eux. Mais, dès que les hommes sont circoncis, ils sortent de cette sphère et entrent sous les ailes de la Schekhina. C’est alors que le Yod, symbolisé par la marque sacrée de l’Alliance, s’imprime sur leur corps ; et ils deviennent ainsi marqués, entre le Schin et le Daleth, du Yod ; le nom sacré de « Schadaï » est alors complet. C’est pourquoi il est écrit à l’occasion de la circoncision : « Je suis le Dieu tout-puissant (Schadaï). » Dieu ajouta : « Marche devant moi, et sois parfait (thamim). » Le mot « thamim » signifie également « complet ». Dieu dit ainsi à Abraham : Jusqu’aujourd’hui, ta marque était incomplète, puisqu’elle ne portait que les signes des lettres Schin et Daleth ; circoncis-toi et complète ta marque par le signe du Yod ; tu seras alors marqué du nom complet de « Schadaï » ; et quiconque est marqué de ce nom est béni par ce nom, ainsi qu’il est écrit : « Que le Dieu tout-puissant (Schadaï) te bénisse. » Qui est le Dieu tout-puissant (Schadaï) ? C’est Celui d’où émanent toutes les bénédictions, Celui qui domine sur toutes les couronnes inférieures, Celui enfin devant qui tout est saisi de frayeur. C’est pour cette raison que tous ceux qui ne sont pas du côté de la sainteté s’éloignent de celui qui est circoncis et ne peuvent avoir aucune prise sur lui. Mais il y a plus : il ne descendra jamais dans l’enfer, ainsi qu’il est écrit : « Tout ton peuple est un peuple de justes, etc. »
Rabbi Abba s’écria : Heureux votre sort dans ce monde et dans le monde futur ; heureux également mon sort d’avoir été favorisé d’entendre ces paroles de votre bouche. Vous êtes tous des saints ; vous êtes tous des enfants du Dieu saint ; c’est de vous que l’Écriture dit : « L’un dira : Je suis au Seigneur ; l’autre se glorifiera du nom de Jacob ; un autre écrira de sa main : Je suis au Seigneur, et il se fera gloire de porter le nom d’Israël. » Chacun de vous s’unit au Roi sacré et suprême ; vous êtes les grands docteurs et les grands maîtres de ce pays qui est appelé « le pays de la vie », pays dont les grands hommes tirent leur nourriture sacrée.
Un autre invité a commencé à parler de la manière suivante :
Il est écrit : « Heureuse la terre dont le roi est d’une race libre et dont les princes ne mangent qu’à l’heure marquée pour se nourrir. » Et précédemment il est écrit : « Malheur à la terre dont le roi est un enfant et dont les princes mangent le matin. » Ces deux versets semblent se contredire ; mais leur contradiction n’est qu’apparente. Le verset : « Heureuse la terre... » désigne le pays céleste qui domine sur tous les « Hayoth » célestes ; et c’est pourquoi il est appelé « le pays de la vie » (haïm) ; et c’est de lui que l’Écriture dit : « C’est le pays (eretz) que le Seigneur ton Dieu a toujours visité » ; et ailleurs il est écrit : « C’est un pays où tu mangeras ton pain sans que tu en manques jamais. » C’est en mangeant ce pain, précisément, que l’homme ne manquera de rien. Et pourquoi ? L’Écriture répond : « ... Parce que le roi est d’une race libre. » Ces paroles désignent le Saint, béni soit-il, ainsi qu’il est écrit : « Voici ce que dit le Seigneur : Mon fils aîné, Israël... » Pourquoi Dieu est-il appelé « Fils libre » ? En raison des paroles de l’Écriture : « Car cette année est une année jubilaire, et vous la sanctifierez. » Et précédemment il est écrit : « Vous sanctifierez la cinquantième année et vous publierez la liberté à tous les habitants du pays. » Or, comme toute liberté vient du degré céleste appelé « Jobel », Dieu est appelé « Fils libre » (ben horin), attendu que toute liberté émane de lui. Mais, objectera-t-on peut-être : S’il en est ainsi, l’Écriture aurait dû l’appeler « Fils de la liberté » (ben herouth), au lieu de « Fils libre » (ben horin) ? Voici ce que le mystère de la tradition nous apprend à ce sujet : Lorsque le Yod s’unit avec le Hé, ils donnent naissance au fleuve céleste, ainsi qu’il est écrit : « Et un fleuve sort de l’Éden pour arroser le Jardin. » Mais que l’on ne dise pas : Lorsque le Yod s’unit avec le Hé (ce qui peut faire supposer la possibilité qu’ils ne s’unissent pas) ; mais la vérité est qu’ils sont réellement unis. Et c’est pourquoi l’Écriture dit : le « Fils libre ». Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Heureuse la terre dont le roi est le Fils libre et dont les princes ne mangent qu’à l’heure marquée pour se nourrir », c’est-à-dire : dont les princes s’en nourrissent avec joie, avec sainteté et avec recueillement. Et précédemment l’Écriture a dit : « Malheur à la terre dont le roi est un enfant. » Ce verset désigne la terre inférieure. Car une tradition nous apprend que tous les pays habités par les peuples païens sont régis par de grands chefs qui ont à leur tête celui dont l’Écriture dit : « J’étais enfant et je suis vieux maintenant, et je n’ai point vu encore que le juste ait été abandonné. » Or, d’après la tradition, ces paroles ont été prononcées par le chef du monde, c’est-à-dire par le démon. Donc le démon est appelé « enfant » (naar). C’est pourquoi l’Écriture dit : « Malheur à la terre dont le roi est un enfant. » Car malheur au monde qui tire sa nourriture de ce côté. Et quand Israël est dans l’exil, il ressemble à quelqu’un qui tire sa nourriture d’un domaine qui n’est pas le sien. L’Écriture ajoute : « ... Et dont les princes mangent le matin. » Car ils ne s’alimentent que le matin et à aucune autre heure du jour. D’après la tradition, la rigueur règne dans le monde le matin au lever du soleil et le soir à son déclin, à cause des païens qui, en adorant cet astre, irritent Dieu. Et quelle est la cause de ces maux ? C’est parce que le roi est un enfant, ce qui veut dire : parce que celui qui est appelé « enfant » règne sur la terre. Mais, vous tous qui êtes ici, vous êtes des hommes dignes, des amis de la vérité, des hommes saints, enfants du Roi sacré ; vous ne tirez pas votre nourriture de ce côté, mais du côté saint et supérieur ; c’est de vous que l’Écriture dit : « Vous vous êtes attachés au Seigneur votre Dieu, et vous avez tous été conservés en vie jusqu’aujourd’hui. »
Rabbi Abba a commencé à parler de la manière suivante : Il est écrit : « Je chanterai à mon bien-aimé le cantique de mon ami, pour sa vigne. Mon bien-aimé avait une vigne à Qeren ben Schamen. Il l’environna d’une haie ; il en ôta les pierres, et la planta d’un plant rare et excellent. » Ce verset demande un examen attentif ; car il présente les difficultés suivantes : d’abord, pourquoi l’Écriture dit-elle « cantique » ? C’est plutôt « réprimande » qu’elle aurait dû dire. Ensuite, pourquoi dit-elle : « Je chanterai à mon bien-aimé », au lieu de dire « à mon ami », comme elle dit ensuite : « le cantique de mon ami » ? Et enfin, que signifient les mots : « Mon bien-aimé avait une vigne à Qeren ben Schamen » ? J’ai cherché dans toute l’Écriture sainte, et je n’ai trouvé nulle part un pays appelé Qeren ben Schamen. Ce verset a été interprété par les collègues de diverses façons, toutes excellentes. En voici la première. Les mots : « Je chanterai à mon bien-aimé... » désignent Isaac, appelé « bien-aimé », même avant sa venue dans ce monde. Pourquoi était-il appelé « bien-aimé » ? Une tradition nous apprend que le Saint, béni soit-il, aimant Isaac d’une manière toute particulière, en a différé la naissance jusqu’après la circoncision d’Abraham, son père, jusqu’à ce que celui-ci fût devenu complet en ajoutant un Hé à son nom ; ce Hé fut également ajouté au nom de Sarah. L’augmentation du Hé dans les noms d’Abraham et de Sarah demande une explication. Que Sarah ait vu son nom augmenté d’un Hé, c’est dans l’ordre, parce que le Hé est le symbole du principe femelle ; mais pourquoi le nom d’Abraham fut-il enrichi d’un Hé, au lieu de l’être d’un Yod, symbole du principe mâle, puisqu’Abraham était un mâle ? Mais derrière ce fait est caché un mystère suprême : Abraham monta jusqu’à l’échelle suprême et s’inspira du Hé supérieur qui est le principe mâle. Car il y a un Hé supérieur et un Hé inférieur ; l’un est mâle et l’autre femelle. C’est pourquoi Abraham monta vers le Hé supérieur, alors que Sarah descendit vers le Hé inférieur. Il est également écrit : « Et Dieu dit à Abram : c’est ainsi que se multipliera ta race. » Ainsi, Dieu parla à Abraham de la multiplication de sa propre race, parce qu’Abraham avait atteint le Hé supérieur qui est également mâle ; or, quiconque entre dans ce Hé devient également mâle. C’est pour cette raison que tout païen circoncis est appelé « converti juste », parce qu’il ne descend pas de la souche sacrée qui avait été circoncise. C’est pour la même raison que tout païen qui se fait circoncire obtient pour nom patronymique celui d’Abraham. C’est pourquoi Dieu dit à Abraham : « C’est ainsi que sera ta race », ce qui veut dire : elle sera le nom de tous les païens qui entreront dans l’Alliance de la circoncision. Voici la raison pour laquelle le nom d’Abraham fut également augmenté d’un Hé ; car, si Sarah seule avait obtenu le Hé, les enfants qu’Abraham aurait engendrés dans ce cas n’auraient été que des enfants d’« ici-bas », c’est-à-dire des païens convertis, enfants désignés par le mot « coh ». Mais grâce à l’union des deux Hé, le Hé supérieur ajouté au nom d’Abraham avec le Hé inférieur ajouté au nom de Sarah, Abraham a pu engendrer des enfants d’« en haut » (c’est-à-dire sortant de la souche sacrée même). L’union des deux Hé donna naissance au Yod ; c’est pourquoi le Yod est la première lettre du nom d’Isaac, image du principe mâle. C’est à partir d’Isaac que le principe mâle commença à se répandre dans le monde, ainsi qu’il est écrit : « Car c’est d’Isaac que sortira la race qui doit porter ton nom. » Isaac à son tour engendra des enfants d’« en haut », ainsi qu’il est écrit : « Tu donnes la vérité à Jacob. » Et Jacob a achevé toute l’œuvre. Mais, objectera-t-on peut-être : Abraham n’a-t-il donc fait

Source Sepher ha-Zohar, tome I, trad. Jean de Pauly (1906), archive.org SepherHaZoharLeLivre1 (OCR corrigé) · Sommaire