davantage? L’Écriture dit pourtant : « ... Et tu donnes la grâce à Abraham » ? L’Écriture veut dire qu’Abraham a exercé la miséricorde envers les hommes ; mais pour la sanctification de la race, c’est Isaac qui y a contribué le plus. C’est pour cette raison qu’Abraham ne fut circoncis qu’à l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans. Ce mystère est connu ; et nous le trouvons dans notre tradition. C’est également pour cette raison qu’Isaac a uni la rigueur dont il est l’image à la clémence d’Abraham ; ainsi Jacob, sorti d’Abraham et d’Isaac, réunit en sa personne la rigueur et la grâce ; il tient et de l’un, et de l’autre ; il tient et d’en haut, et d’en bas ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Tu es Israël en qui je me glorifie. » Car il unissait en sa personne le haut et le bas.
Voici pourquoi l’Écriture dit « cantique » dans le verset : « Je chanterai à mon bien-aimé le cantique... » Ce verset parle d’Isaac, image du principe mâle, qui était appelé « bien-aimé » encore avant sa venue au monde. D’après une autre interprétation, les paroles : « Je chanterai à mon bien-aimé... » désignent Abraham, ainsi qu’il est écrit : « Que fait mon bien-aimé dans ma maison ? » Or, c’est Abraham qui a mérité la part dont sa race a hérité. Il est vrai que ce dernier verset se pourrait également appliquer à Isaac. Les paroles suivantes : « ... Le cantique de mon ami, pour sa vigne » désignent le Saint, béni soit-il, qui est appelé « ami », ainsi qu’il est écrit : « Mon ami (dodi) éclate par sa blancheur et par sa rougeur. » Ainsi, la « bien-aimée » (yedidi) s’unit avec l’« ami » (dodi) ; et, de cette union du principe femelle avec le principe mâle, sort la vigne plantée, ainsi qu’il est écrit : « Mon bien-aimé avait une vigne à Qeren ben Schamen. » Que signifie « Qeren ben Schamen » ? Ce nom indique et l’origine de cette vigne et sa nature. « Qeren » a la même signification que le mot « Qeren » dans le verset suivant : « Et lorsque les trompettes du Jubilé sonneront... » Ainsi, la vigne a pour origine le Jubilé, ou la délivrance. Et cette trompette de délivrance s’unit avec le principe mâle appelé « ben Schamen ». Que signifie « ben Schamen » ? Ce mot a la même signification que le mot « Fils libre ». Toutes ces deux dénominations ont la même signification. Il est appelé « ben Schamen » (Fils de l’huile), parce que c’est de lui que sort la source d’huile, laquelle sert à l’alimentation de toutes les lampes célestes ; à force de faire couler l’huile en abondance, l’intensité de la lumière des lampes célestes augmente. Enfin, cette huile est cueillie dans une corne, pour servir à la fonction des rois ; cette corne est appelée la « corne du Jubilé ». C’est pourquoi nulle onction d’un roi n’a lieu que par l’huile de la corne ; et c’est également pour cette raison que le règne de David est de longue durée, parce qu’il a été oint avec l’huile de la corne.
L’Écriture ajoute : « Il l’environna d’une haie (vaïazqehou). » L’Écriture veut dire qu’il l’a rendue semblable à une bague qui entoure le doigt de tous côtés . Les paroles : « Il en ôta les pierres... » signifient qu’il se sépara de tous les grands, de tous les chefs célestes de tous les peuples païens, de toutes les « couronnes inférieures » (c’est-à-dire des esprits démoniaques), et il choisit pour son patrimoine cette vigne, ainsi qu’il est écrit : « Il a choisi son peuple pour être son patrimoine ; il a pris Jacob pour son partage. » Les paroles : « ... Et la planta d’un plant rare et excellent » ont la même signification que celles du verset suivant : « Pour moi je t’avais plantée comme une vigne choisie (soreq), toute (couloh) plantée de vérité. » Le mot « couloh » est écrit avec un Hé ; car c’est à partir du moment où Abraham a atteint le degré du Hé, qu’il a commencé à engendrer des « enfants d’en haut » ; c’est grâce au Hé qu’Abraham a donné naissance à une race parmi laquelle a été plantée la vérité, ainsi qu’il est écrit : « ... Toute (couloh) plantée de vérité. » Le verset : « C’est ainsi (coh) que sera ta race » renferme le même mystère. Heureux le sort d’Israël qui a reçu cet héritage sacré.
Le second membre du verset contient ces mots : « Il y bâtit une tour. » Que signifie cette tour ? On entend par « tour » Celui désigné dans le verset suivant : « Le nom du Seigneur est une forte tour ; c’est à cette
tour que le Juste a recours, et il y trouve une haute forteresse. » En effet, le Juste a recours à cette tour. Enfin, l’Écriture ajoute : « ... Et il y lit un pressoir. » Ces paroles désignent la porte du Juste, ainsi qu’il est écrit : « Ouvrez-moi la porte du Juste. » D’où savons-nous que tout Israélite pénètre, au moment de sa circoncision, dans ces deux endroits, c’est-à-dire dans la tour du Juste et dans la porte du Juste ? D’où savons-nous que quiconque offre son fils en holocauste, c’est-à-dire le fait circoncire, le fait entrer dans le nom sacré sur lequel sont basés le ciel et la terre ? Nous le savons par les paroles du verset suivant : « S’il n’y avait pas eu l’Alliance que j’ai faite avec le jour et avec la nuit, je n’aurais pas établi les lois qui régissent le ciel et la terre. » Le maître de la maison, qui vient de célébrer maintenant la fête de la circoncision, a été favorisé de tous ces bienfaits, puisqu’il vient de contempler aujourd’hui le Saint, béni soit-il, face à face. Heureux notre sort d’avoir été favorisés de cette belle journée, et heureux également ton sort d’avoir été avec nous. J’applique à ton fils qui vient de naître le verset suivant : « Car c’est moi qui ai créé pour ma gloire tous ceux qui invoquent mon nom ; c’est moi qui les ai formés et qui les ai faits », ainsi que cet autre verset : « Tous tes enfants seront instruits du Seigneur, et ils jouiront de l’abondance de la paix. »
Tous les invités accompagnèrent Rabbi Abba sur un parcours de trois lieues. Ils lui dirent : L’homme qui vient de célébrer la fête de la circoncision et qui t’a donné l’hospitalité a obtenu toutes ces faveurs célestes à la suite d’une bonne œuvre qu’il a accomplie. Rabbi Abba demanda : Quelle est cette bonne œuvre ? L’amphitryon lui-même lui répondit : Ma femme était mariée à mon frère ; comme celui-ci était mort sans laisser d’enfants, je l’ai épousée, conformément à la prescription de la loi ; et c’est mon premier fils que j’ai d’elle et à qui je viens de donner le nom de mon frère défunt. Rabbi Abba lui dit : À partir d’aujourd’hui tu l’appelleras du nom de Ydi. Cet enfant est devenu ensuite le docteur illustre connu sous le nom de Ydi, fils de Jacob. Rabbi Abba donna sa bénédiction à ceux qui l’avaient accompagné et continua son chemin. Lorsqu’il rapporta tout ce qu’il avait entendu à Rabbi Éléazar, celui-ci craignait d’en faire part à Rabbi Siméon, son père.
Un jour que Rabbi Abba était assis en présence de Rabbi Siméon, ce dernier parla ainsi : Que signifient les paroles de l’Écriture : « Abram se prosterna le visage contre terre, et Dieu lui dit : C’est moi qui te parle : je ferai alliance avec toi, etc. » Ces paroles nous apprennent que, tant qu’Abraham n’avait pas été circoncis, il devait se prosterner le visage contre terre, quand Dieu lui parlait ; mais, dès qu’il fut circoncis, il pouvait se tenir debout, sans éprouver aucune crainte. Les paroles : « ... Je ferai mon alliance avec toi » signifient : je ferai cette alliance quand tu seras circoncis. Rabbi Abba dit à Rabbi Siméon : Si mon maître le permet, je lui communiquerai des choses excellentes que j’ai entendues à ce sujet. Rabbi Siméon lui répondit : Parle. Rabbi Abba répliqua : Je crains que je ne devienne la cause des châtiments des autres. Rabbi Siméon lui répondit : Qu’à Dieu ne plaise que pareille chose arrive ; car il est écrit : « Quelque mal qu’on lui annonce, il sera sans crainte. » Rabbi Abba lui raconta tout ce qui lui était arrivé et lui exposa toutes les paroles qu’il avait entendues. Rabbi Siméon s’écria alors : Comment ! Tu savais tant d’excellentes choses et tu ne me les as pas encore dites ! J’ordonne que d’ici trente jours tu te trouves en présence de telles difficultés dans l’étude qu’elles te fassent oublier les paroles que tu viens de me rapporter ; l’Écriture ne dit-elle pas : « N’empêche point de faire le bien à celui qui est capable d’en jouir, lorsque tu peux le faire ! » Ce que Rabbi Siméon ordonna est en effet arrivé. Rabbi Siméon dit en outre : J’ordonne que ces paroles soient divulguées également parmi nos collègues à Babylone. Rabbi Abba s’en affligea. L’ayant rencontré un jour, Rabbi Siméon lui dit : Je lis sur ton visage la tristesse de ton âme. Rabbi Abba lui répondit : Ce n’est pas pour moi que je suis affligé, mais pour eux. Rabbi Siméon lui répondit : Qu’à Dieu ne plaise que les amis à Babylone soient punis pour divulgation de mystères ; car les mystères connus des collègues sont gardés secrètement dans leurs cœurs et ne se communiquent que parmi nous autres, à qui le Saint, béni soit-il, a donné la permission de nous en occuper ; et c’est par nous que les mystères seront révélés.
Rabbi Yossé dit : Il est écrit : « Alors ta lumière éclatera comme l’aurore, etc. » Le Saint, béni soit-il, proclamera un jour ce verset qui vise ses enfants, et il dira : « Alors ta lumière éclatera comme l’aurore, et ta guérison sera prompte ; ta justice marchera devant toi, et la gloire du Seigneur t’accueillera. »