Judaïsme

Zohar I, Section Lekh-Lekha (fol. 87a-90a)

Il lui donna la dîme de tout. » Que signifient les mots : « La dîme de tout » ? L’Écriture veut dire : la dixième partie de cette région d’où émanent les bénédictions ; et cette région s’appelle « Tout ». D’après une autre interprétation, les mots : « Et il lui donna la dîme de tout » signifient que le Saint, béni soit-il, donna la dîme à Abraham. Et en quoi consistait cette dîme ? Elle consistait dans le degré séphirothique sur lequel est basée toute la foi, et qui est la source de toutes les bénédictions. Or, en accordant à Abraham la faculté d’atteindre cette Séphirâ, il lui donna ainsi la dîme qui consiste dans le prélèvement d’un sur dix et de dix sur cent. C’est après avoir reçu cette dîme qu’Abraham a atteint le plus haut degré qu’il soit permis à un homme d’atteindre. Rabbi Éléazar dit à ce juif : Tes paroles sont exactes. Il lui demanda ensuite : Quel est ton métier ? Le juif répondit : J’étais maître d’école dans ma ville natale ; mais lorsque Rabbi Yossé, du village de Ilanen, vint dans ma ville, les habitants retirèrent leurs enfants de chez moi et les mirent à son école. Or, bien que les habitants de ma ville eussent consenti à continuer à m’accorder les mêmes appointements que j’avais touchés lorsque j’étais maître d’école, j’ai jugé au-dessous de ma dignité d’accepter une rémunération pour rien ; et c’est pourquoi je me suis engagé pour servir de guide au docteur de la loi que voici. Rabbi Éléazar lui dit : Tu as besoin de la bénédiction de mon père, pour voir ta situation améliorée. Ils se rendirent donc auprès de Rabbi Siméon. Le juif étudiait toute la journée en présence de Rabbi Siméon. Un jour, il s’occupait des lois relatives au lavage des mains. À cette occasion, Rabbi Siméon dit : Quiconque ne lave pas ses mains d’une manière convenable sera puni, et en haut, et ici-bas ; et la punition d’ici-bas consistera dans la pauvreté. Et de même que la punition de celui qui ne se lave pas les mains de manière convenable s’étend et au ciel et sur la terre, de même la bénédiction qui se répand sur celui qui les lave de manière convenable est double, car il est béni et dans le ciel et sur la terre ; la bénédiction sur la terre consiste dans la richesse.
Un jour, Rabbi Siméon vit ce juif verser une grande abondance d’eau sur ses mains. Rabbi Siméon s’écria : « Remplis ses mains de tes bénédictions. » À partir de ce jour, ce juif devint riche ; car il a trouvé un trésor. Il a consacré le reste de sa vie à l’étude de la doctrine ; il faisait tous les jours la charité aux pauvres, à l’égard desquels il se montra affable. Rabbi Siméon lui appliqua le verset suivant : « Mais pour toi, tu te réjouiras dans le Seigneur ; tu trouveras tes délices dans le sein d’Israël. »
Il est écrit : « Après cela le Seigneur parla à Abraham dans une vision. » Rabbi Yehouda a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : L’Écriture dit : « Je suis à mon bien-aimé ; et son cœur se tourne vers moi. » Ce verset a été expliqué de cette façon : Nul mouvement ne se produit au ciel sans l’impulsion préalable venue d’en bas. De même, les bénédictions d’en haut ne peuvent être efficaces ici-bas que lorsqu’il existe déjà quelque chose de réel, c’est-à-dire que, pour obtenir la bénédiction céleste, il faut déjà posséder quelque chose ; car la bénédiction ne peut avoir aucun effet sur le vide. D’où le savons-nous ? Nous le savons de la femme d’Abdias à qui le prophète Élisée avait demandé : « Dis-moi, qu’as-tu dans ta maison ? » Car les bénédictions d’en haut ne peuvent s’étendre sur le vide. Aussi, l’Écriture ajoute-t-elle : « Elle répondit : Ta servante n’a dans sa maison qu’un peu d’huile pour oindre (asoukh schamen). » Que signifie le mot « asoukh » ? La femme avait dit : La quantité de mon huile n’est pas plus grande que celle qu’il faut pour s’en frotter le petit doigt. Le prophète lui répondit : Tes paroles me rassurent ; car je ne savais pas comment faire pour attirer les bénédictions d’en haut sur une maison où il n’y a rien. Mais, puisque tu as un peu d’huile, les bénédictions pourront se répandre sur ta maison. D’où le savons-nous ? Nous le savons des paroles de l’Écriture : « C’est
comme la bonne huile qui fut répandue sur la tête d’Aaron... » Et un peu plus bas : « ... Car c’est là que le Seigneur a ordonné que fût la bénédiction. » Mais, objectera-t-on peut-être, dans le verset qu’on vient de citer, il est question de rosée, et non pas d’huile, ainsi qu’il est écrit : « ... Comme la rosée du mont Hermon, qui descend sur la montagne de Sion. » À ceci nous répondrons : Les mots « huile » et « rosée », mentionnés dans ce verset, désignent la même chose. Car la rosée céleste est puisée par le Saint, béni soit-il, à la source de l’huile céleste. La source d’huile se trouve au côté droit. Il y a deux sources : l’une de vin et l’autre d’huile. Chacune de ces sources se dirige vers une autre direction ; celle du vin se dirige du côté gauche et celle de l’huile du côté droit. Or, comme c’est du côté droit que les bénédictions se répandent dans ce monde, c’est avec de l’huile qu’il faut oindre les rois sacrés ; et c’est par l’huile que les bénédictions se répandent en ce bas monde. Remarquez que c’est grâce à l’huile d’en haut que la descendance de David et de Salomon a été bénie. D’où le savons-nous ? Nous le savons par cette analogie des mots. Ici l’Écriture dit : « ... Et l’huile s’arrêta (va-ïaamod) » ; et ailleurs il est écrit : « En ce jour-là, le rejeton de Jessé sera exposé comme un étendard (omed lenes) devant tous les peuples. »
Remarquez que nous inférons, de la table sur laquelle était exposé le pain de proposition, que la bénédiction céleste, qui procure la nourriture aux hommes, ne peut avoir d’effet que s’il y a déjà quelque chose ; c’est pourquoi la table ne devait jamais rester dépourvue du pain de proposition, pas même durant une seconde. C’est également pour cette raison qu’on ne doit jamais prononcer la bénédiction à table si celle-ci est complètement desservie ; car les bénédictions d’en haut ne se répandent pas sur une table desservie. Remarquez que l’Écriture dit : « Je suis à mon bien-aimé, et son cœur se tourne vers moi », ce qui veut dire qu’il faut d’abord être à Dieu, et que ce n’est qu’ensuite que Dieu se tourne vers l’homme. D’après une autre interprétation, les mots : « Je suis à mon bien-aimé » ont la signification suivante. Nous savons, par une tradition, que la Schekhina ne réside pas parmi les coupables ; ce n’est que lorsque l’homme fait un effort pour s’amender et pour s’approcher du Saint, béni soit-il, que la Schekhina s’attache à lui. C’est pourquoi l’Écriture dit d’abord : « Je suis à mon bien-aimé » ; et ce n’est qu’après qu’elle ajoute : « ... Et son cœur se tourne vers moi. » Car ce n’est que lorsque l’homme fait un effort pour améliorer sa vie que le ciel lui vient en aide et lui permet d’en venir à bout.
Remarquez que les paroles de l’Écriture : « Après cela ... », ont la signification suivante. Après qu’Abraham eut poursuivi les rois que le Saint, béni soit-il, se chargea de tuer, il fut saisi d’une grande crainte ; car il s’était dit : — Peut-être (ce qu’à Dieu ne plaise) ai-je diminué la récompense à laquelle j’avais droit en raison des conversions que j’ai opérées parmi mes contemporains ; peut-être ai-je diminué cette récompense pour avoir été la cause de la mort de ces hommes. Aussitôt le Saint, béni soit-il, lui dit : « Ne crains point, Abram ; je suis ton protecteur, et ta récompense est infiniment grande. » Dieu dit à Abraham : Tu recevras une récompense pour avoir causé la mort de ces hommes ; car ceux-ci n’auront aucune part dans l’éternité. L’Écriture dit : « Après cela, le Seigneur parla à Abram dans une vision. » Que signifie le mot « vision » ? Dieu apparut à Abraham à ce degré de l’essence divine qui embrasse toutes les autres formes. Rabbi Siméon dit : Remarquez qu’avant la circoncision d’Abraham, Dieu ne lui apparut ni ne lui parla qu’à un seul degré de l’essence divine. Et quel était ce degré ? C’était le degré appelé « vision » (mahze), ainsi qu’il est écrit : « ... Qui a vu les visions (mahze) du Tout-Puissant. » Mais après sa circoncision, tous les autres degrés de l’essence divine vinrent s’ajouter au premier degré qu’Abraham avait aperçu autrefois ; et c’est sous cette apparition que Dieu lui parla dorénavant, ainsi qu’il est écrit : « Et
Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob comme le Dieu Tout-Puissant, alors qu’avant sa circoncision Abraham n’avait jamais aperçu l’essence divine à tous ses degrés. Mais, objectera-t-on peut-être, il est pourtant écrit : « Et le Seigneur apparut à Abram » ; et un peu plus bas il est écrit : « Et Abram alla encore plus loin, marchant toujours et s’avançant vers le midi » ; et il est également écrit : « Abram dressa en ce lieu-là un autel au Seigneur, qui lui était apparu. » Or toutes ces paroles ont été interprétées précédemment dans le sens qu’Abraham avait vu tous les degrés de l’essence divine. Comment peut-on donc prétendre maintenant qu’avant sa circoncision Abraham n’avait aperçu qu’un seul degré de l’essence divine ? À cette objection nous répondrons ce qui suit : Remarquez qu’avant, le Saint, béni soit-il, avait accordé à Abraham toute la sagesse nécessaire pour connaître la Sagesse, pour s’y attacher et pour pénétrer le mystère de la Foi ; mais lorsqu’il adressa la parole à Abraham, il ne lui apparut qu’au degré inférieur de l’essence divine. Ce n’est qu’après la circoncision d’Abraham que Dieu lui adressa la parole en lui apparaissant sous tous les degrés, en faisant joindre les degrés supérieurs de l’essence divine aux degrés inférieurs. C’est alors qu’Abraham est arrivé au plus haut degré, ainsi que nous l’avons dit. Remarquez que, tant que l’homme n’est pas circoncis, il ne peut s’unir au nom du Saint, béni soit-il ; mais, dès qu’il est circoncis, il entre dans ce nom et s’unit avec lui. Mais, objectera-t-on peut-être, Abraham s’était pourtant uni à Dieu avant d’être circoncis ! À ceci nous répondrons ce qui suit : En effet, Abraham s’était bien uni à Dieu avant sa circoncision ; mais cette union n’était pas parfaite ; ce n’est que par le grand amour que Dieu avait pour Abraham qu’il lui permit de s’unir à lui avant sa circoncision ; mais en même temps il lui donna l’ordre de se circoncire ; et ce n’est qu’après sa circoncision qu’il a atteint tous les degrés en s’unissant à Dieu par un lien indissoluble. Car c’est l’alliance de la circoncision qui constitue le lien le plus solide entre l’homme et Dieu ; ce lien embrasse tous les autres liens. C’est pourquoi avant la circoncision d’Abraham Dieu ne lui apparut qu’en vision, ainsi qu’on vient de le dire. Remarquez que le monde n’a été créé que par l’Alliance, ainsi qu’il est écrit : « Bereschith bara Élohim. » Il résulte de ces paroles que le monde a été basé sur l’Alliance ; et ailleurs il est écrit : « S’il n’y avait pas eu l’Alliance que j’ai faite avec le jour et avec la nuit, je n’aurais pas établi les lois qui régissent le ciel et la terre. » Car le but de l’Alliance est qu’il n’y ait aucune séparation entre le jour et la nuit. Rabbi Éléazar dit : Le Saint, béni soit-il, n’a créé le monde que sous condition. Il dit : Si Israël accepte la doctrine, c’est bien ; sinon, je replongerai le monde dans le tohu et bohu. Et, en effet, le monde ne devint stable que lorsqu’Israël reçut la doctrine au mont Sinaï ; ce n’est qu’à partir de ce jour que le monde s’affermit. C’est également à partir de ce jour que le Saint, béni soit-il, crée des mondes. Qu’entend-on par ces mots : « … crée des mondes » ? Cela veut dire qu’il fait les unions matrimoniales ; car c’est depuis ce jour que le Saint, béni soit-il, fait les unions, en disant : Que la fille d’un tel soit l’épouse d’un tel. Tels sont les mondes qu’il ne cesse de créer. Remarquez que l’Écriture dit : « Je suis ton protecteur. » L’Écriture se sert du mot « anochi » ; car il désigne le degré de l’essence divine auquel Abraham s’était attaché auparavant.
Il est écrit : « Et Abram dit : Seigneur Dieu, que me donnes-tu ? » L’Écriture se sert du mot Adonaï, nom divin composé des lettres Aleph, Daleth, Vav, Noun et Yod ; et elle se sert
également du mot Jéhovah, nom composé du Yod et du Hé et de Hé et de Vav pourvus des points-voyelles du nom Élohim. L’Écriture nous indique ainsi le mystère de l’union des mondes : l’union du monde d’en haut « Adonaï », avec celui d’en bas « Élohim ».
Abraham dit à Dieu : « Que me donnes-tu ? Et je mourrai sans enfants. » Abraham dit à Dieu : Je n’ai point de fils, et j’ai appris que quiconque ne laisse point de fils en ce monde est appelé « ariri » (isolé, sans enfants), ainsi qu’il est écrit : « Ils mourront sans enfants (aririm). » Pourquoi Abraham parlait-il de cette façon à Dieu ? Pourquoi disait-il au Saint, béni soit-il : « Que me donnes-tu ? » Ces paroles laissent à supposer — s’il est permis de s’exprimer ainsi — qu’Abraham n’avait point de foi en le Saint, béni soit-il ! Voici l’explication : le Saint, béni soit-il, avait dit à Abraham : « Je suis ton protecteur », dans ce bas monde, « et ta récompense est infiniment grande », dans le monde futur. C’est pourquoi Abraham répondit à Dieu : Comment pourrais-je avoir une récompense dans le monde futur, alors que, d’après la loi de la Sagesse, aucun homme ne pourra prétendre à cette récompense, s’il ne laisse un fils dans ce monde ? C’est pourquoi Abraham a dit : « Que me donnes-tu ? Et je mourrai sans enfants. » Nous inférons, de ces paroles d’Abraham, que l’homme que Dieu n’a pas jugé digne d’avoir des enfants en ce monde ne sera pas non plus jugé digne de pénétrer dans le parvis du monde futur. Abraham avait prévu, grâce à ses connaissances astrologiques, qu’il n’aurait pas d’enfants. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et Dieu l’a fait sortir dehors, etc. » Le Saint, béni soit-il, dit à Abraham : « Ne regarde pas ces étoiles ; mais fie-toi en mon nom, et tu auras un fils. » Dieu ajouta : « ... Ainsi (coh) se multipliera ta race. » Le mot « coh » désigne un nom sacré qui accorde aux hommes les enfants ; c’est à ce nom, disait Dieu à Abraham, que tu dois t’adresser, mais non pas à un autre côté. « Coh » est la porte des prières ; c’est dans ce nom divin que l’homme trouve sa bénédiction ; c’est dans ce nom divin que l’homme verra ses vœux exaucés. « Coh » est du côté de la « puissance » ; car Isaac vient du côté de la « puissance » qui est appelée « coh ». C’est de « coh », disait Dieu à Abraham, qu’arrivent les fruits en ce bas monde, mais non pas du côté des étoiles et autres corps célestes. C’est pourquoi l’Écriture ajoute : « Et Abram crut en Dieu », ce qui veut dire : il s’attacha au monde d’en haut et non pas à celui d’en bas. Il crut en Dieu, et non pas aux étoiles et autres corps célestes ; il crut en Dieu qui lui avait promis de l’élever à ce degré qui lui permettrait d’avoir des enfants en ce monde. L’Écriture ajoute : « ... Et sa foi lui fut imputée à justice. » L’Écriture se sert du mot « lui fut imputée », car, bien que ce fût le devoir d’Abraham de croire en Dieu, le nom divin de « coh » lui imputa cette foi à justice, comme œuvre de surérogation. D’après une autre interprétation, les paroles : « ... Et sa foi lui fut imputée à justice » signifient qu’Abraham avait uni le monde d’en haut avec celui d’en bas.
Remarquez que ce n’est que lorsqu’il eut le nom d’Abraham qu’il a pu avoir des enfants ; mais il ne pouvait en avoir tant qu’il portait le nom d’Abram. Mais, objectera-t-on peut-être, il a pourtant engendré Ismaël pendant qu’il portait le nom d’Abram ! À ceci nous répondrons : Il a bien engendré un fils pendant qu’il s’appelait Abram ; mais il n’a pu engendrer le fils que le Saint, béni soit-il, lui avait promis qu’après qu’il eut reçu le nom d’Abraham. Tant qu’il a porté le nom d’Abram, il n’a pu qu’engendrer un fils pour ce bas monde ; ce n’est que lorsqu’il reçut le nom d’Abraham, et qu’il rentra ainsi dans l’Alliance avec Dieu, qu’il put engendrer un fils pour le monde d’en haut. Tel est le sens des paroles : « Abram ne peut pas engendrer ; Abraham seul engendre », c’est-à-dire : Abraham engendre un fils pour le monde d’en haut, tel qu’Isaac.
« Et Abram était âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, etc. » Rabbi Abba a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit : « Y a-t-il un autre Dieu que le Seigneur ? Y a-t-il un autre fort (tzour) que notre Dieu ? » C’est le roi David qui a rédigé ce verset : « Y a-t-il un autre Dieu que le Seigneur ? » Quel est le souverain, ou le chef, qui puisse faire quelque chose sans le consentement du Seigneur et sans en avoir reçu l’ordre du Saint, béni soit-il ? Car nul souverain n’est libre de ses actes et ne peut rien faire de sa propre initiative. David a ajouté : « Y a-t-il un autre fort que notre Dieu ? » Qui peut accomplir un acte de force sans Dieu, entre les mains de qui se trouve toute la force ?
D’après une autre interprétation, par les paroles : « Y a-t-il un autre Dieu que le Seigneur ? », David voulait dire que tout est au pouvoir du Saint, béni soit-il, et non pas comme le pensent certains hommes qui s’imaginent prévoir l’avenir en consultant le cours des astres ; car le cours des astres indique bien des choses, mais le Saint, béni soit-il, les change selon sa volonté. David a ajouté : « Y a-t-il un autre fort (tzour) que notre Dieu ? » Ces paroles ont déjà été expliquées de cette façon : Il n’y a point de peintre comparable au Saint, béni soit-il, qui sait peindre une figure dans l’intérieur d’une autre, et qui sait donner à sa peinture toute la perfection, en l’animant d’une âme céleste, pareille à la perfection d’en haut. C’est pourquoi David a dit : « Y a-t-il un autre peintre (tzour) que notre Dieu ? » Remarquez que, par le désir que l’homme éprouve pour la femme et la femme pour l’homme, au moment de leur union, leurs semences se confondent et produisent un enfant renfermant en lui les deux figures ; car le Saint, béni soit-il, forme toujours l’enfant de manière à ce qu’il tienne et du père et de la mère. C’est pourquoi il convient à l’homme de se sanctifier au moment de l’union conjugale, pour que l’enfant qui va naître ait sa figure complète et de manière convenable.
Rabbi Hiyya dit : Remarquez combien grandes sont les œuvres du Saint, béni soit-il, qui se manifestent dans l’art de la création de l’homme ; car la forme de l’homme correspond à la forme céleste. Or le Saint, béni soit-il, crée chaque jour des mondes, en ce sens qu’il fait des unions, en unissant ceux qui doivent être unis ; il forme également les figures des hommes avant que ceux-ci ne viennent au monde.
Remarquez les paroles suivantes de Rabbi Siméon : Il est écrit : « Voici le livre des enfants d’Adam. » Adam avait-il donc un livre ? Mais ces paroles ont déjà été expliquées de cette façon : Le Saint, béni soit-il, fit prévoir à Adam toutes les générations futures, ainsi que les grands maîtres qui seraient à la tête de chaque génération. Mais de quelle façon Dieu les fit-il voir à Adam ? Est-ce que Dieu lui a simplement permis de prévoir, grâce à l’Esprit Saint, que telle et telle génération existeraient dans le monde ? Est-ce simplement à l’aide du mystère de la Sagesse qu’Adam avait prévu ce qui se passerait dans le monde ? Non pas. Adam avait vu, de ses propres yeux, les figures de tous les hommes futurs. Comment pouvait-il les voir ? Dès le jour de la création du monde, toutes les
âmes destinées à animer les hommes de ce monde existent devant le Saint, béni soit-il ; et chacune a la forme semblable à celle du corps de l’homme qu’elle est destinée à animer plus tard en ce bas monde. De même, le Saint, béni soit-il, pourvoit toutes les âmes des Justes, après qu’elles quittent ce bas monde, d’une enveloppe autre que le corps, mais en ayant pourtant la forme. Ainsi Adam a pu voir, de ses propres yeux, tous les hommes futurs.
Mais que l’on n’imagine pas que les âmes destinées à animer les hommes futurs n’étaient mises en présence de Dieu qu’au moment où il voulait les montrer à Adam. Il n’en est rien. Toutes les paroles du Saint, béni soit-il, durent éternellement. Or, comme il avait ordonné aux âmes de paraître devant lui pour être montrées à Adam, elles restent toujours en présence de Dieu, jusqu’à l’heure où elles descendent en ce bas monde. C’est de la même manière qu’on explique le verset suivant : « Cette alliance que je fais aujourd’hui, ce serment que je confirme de nouveau n’est pas pour vous seuls, mais pour tous ceux qui sont avec nous aujourd’hui et pour tous ceux qui ne sont pas avec nous aujourd’hui. » Ces paroles ont été expliquées de cette façon : Que les âmes de tous les hommes destinés à naître dans ce monde se trouvaient réunies là. Ce verset mérite qu’on l’examine. L’Écriture dit : « … Et pour tous ceux qui ne sont pas avec nous aujourd’hui. » Ces paroles semblent faire allusion aux hommes futurs qui naîtront de ceux qui étaient présents ; c’est pourquoi, dans le second membre de la phrase, où il est question des absents, l’Écriture n’emploie pas le mot « omed », ainsi qu’elle le fait dans le premier membre du verset où il est question des présents. Ainsi, il résulte de ce verset que toutes les âmes des hommes futurs étaient présentes là ; mais elles étaient invisibles ; le sens du verset est donc le suivant : « … Et pour tous ceux qui ne sont pas », c’est-à-dire : pour tous les hommes qui ne sont pas encore nés. Et l’Écriture ajoute : « … Avec nous aujourd’hui », c’est-à-dire : leurs âmes sont présentes avec nous aujourd’hui. Mais, puisque les âmes des hommes futurs pouvaient, grâce à leurs formes, être vues par Adam, pourquoi ne pouvaient-elles être vues au moment de l’Alliance ? Mais la vérité est qu’au moment où la loi a été donnée à Israël, celui-ci a vu les degrés supérieurs de l’essence divine ; et le désir d’Israël était si grand de contempler la gloire de son Maître qu’il n’a vu que la lumière du Saint, béni soit-il, et non pas celle que répandaient les âmes des hommes qui y étaient présentes. Ainsi, toutes les âmes des hommes destinés à naître se tiennent dès la création du monde en la présence du Saint, béni soit-il ; et chacune a la même forme que le corps qu’elle est destinée à animer. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Tes yeux m’ont vu lorsque j’étais encore informe ; et tous sont écrits dans ton livre… » Pourquoi David disait-il : « Tes yeux m’ont vu lorsque j’étais encore informe » ? — Parce que la forme des âmes avant leur descente dans ce bas monde ressemble à celle des corps qu’elles animent. C’est pourquoi David a dit également : « Y a-t-il un autre peintre que notre Dieu ? » c’est-à-dire : y a-t-il un peintre qui sache faire une peinture dans une autre à l’exemple du Saint, béni soit-il ? D’après une autre version, les paroles : « Y a-t-il un autre Dieu que le Seigneur (Éloha) ? » font allusion au mystère du nom sacré « El » qui est la synthèse de tous les degrés de l’essence divine. Mais, objectera-t-on peut-être, « El » désigne pourtant un degré particulier, puisque l’Écriture dit : « Dieu (El) se met en colère tous les jours. » À ceci nous répondrons ce qui suit : Remarquez qu’il n’y a point de « El » sans « Jéhovah » ; l’un n’est jamais séparé de l’autre et n’en sera jamais séparé. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Y a-t-il un Dieu « El » sans le Seigneur (Jéhovah) ? Y a-t-il un fort (tzour) sans Élohenou ? » Car le « tzour » n’est pas non plus séparé de « El » et de « Jéhovah » ; et tous ne forment qu’un, ainsi qu’il est écrit : « Reconnais en ce jour, et que cette pensée soit toujours gravée dans ton cœur, que Jéhovah est un avec Élohim, etc. » Remarquez que, tant qu’Abraham n’a pas été circoncis, Dieu ne s’est révélé à lui qu’en une vision seulement, ainsi que nous l’avons déjà dit, puisqu’il est écrit : « Le Seigneur parla à Abram dans une vision (bamahzeh). » Le mot « bamahzeh » désigne le degré de l’essence divine qui reflète toutes
les figures célestes, ainsi que nous l’avons dit ; et ce « mahzeh » renferme le mystère de l’Alliance. Mais, objectera-t-on peut-être : Comment peut-il se faire que ce « mahzeh » reflète tous les autres degrés de l’essence divine, alors que nous avons dit précédemment que, tant qu’Abraham n’avait pas été circoncis, Dieu ne s’était révélé à lui que par le degré inférieur, sans lui montrer les autres degrés ? Or, l’apparition pour laquelle l’Écriture se sert des mots : « Et Dieu parla à Abram dans une vision (bamahzeh) » avait lieu avant la circoncision d’Abraham ! Mais la vérité est que le degré inférieur sous lequel Dieu se révéla à Abraham avant sa circoncision reflète les autres degrés. Ainsi, bien qu’Abraham n’eût pas encore été circoncis à cette époque, il a pu apercevoir les autres degrés de l’essence divine dans le degré inférieur qui les reflète tous. Un degré de l’essence divine se trouve du côté droit et est de couleur blanche ; l’autre degré se trouve du côté gauche et est de couleur rouge ; et le troisième degré de l’essence divine reflète les deux couleurs précédentes, et on peut apercevoir en lui les couleurs des deux degrés qui sont au-dessus de lui. C’est dans ce troisième degré de l’essence divine que Dieu se révéla à Abraham et lui adressa la parole, bien que celui-ci n’eût pas encore été circoncis. Mais après sa circoncision, l’Écriture dit : « Jéhovah apparut à Abram. » Remarquez que, pour Balaam, l’Écriture emploie le mot « mahzeh Schadaï », alors que, pour Abraham, l’Écriture se sert seulement du mot « mahzeh ». Quelle différence y a-t-il entre ces deux expressions ? L’expression « mahzeh Schadaï » désigne les anges qui sont au-dessous du trône de Dieu : telle était la vision de Balaam ; alors que le mot « mahzeh » seul désigne le ciel, ce degré de l’essence divine qui reflète les autres degrés. C’est pourquoi l’Écriture se sert pour Abraham du mot « mahzeh » seul, alors que pour Balaam elle emploie le terme de « mahzeh Schadaï ». Ainsi, avant sa circoncision, Abraham n’avait aperçu que le degré de l’essence divine que nous venons d’indiquer ; mais, après sa circoncision, l’Écriture dit : « Et Jéhovah apparut à Abram, etc. » C’est alors qu’il vit tous les degrés de l’essence divine qui sont au-dessus du degré qu’il avait aperçu précédemment. C’est sous ce degré que Dieu parla à Abraham ; et c’est grâce à la vision de ce degré qu’Abraham, montant d’échelle en échelle, est arrivé à pénétrer dans l’Alliance sacrée, où il a pu voir tous les degrés de l’essence divine.
Remarquez que, lorsqu’Abram se fut circoncis, il se sépara du prépuce, symbole du monde impur, et rentra dans l’Alliance sacrée ; il rentra dans cette Alliance sur laquelle le monde est basé ; et puisqu’il y est entré, il s’ensuit que le monde est également basé sur lui. C’est pourquoi il est écrit : « S’il n’y avait pas eu l’Alliance que j’ai faite avec le jour et avec la nuit, je n’aurais pas établi les lois qui régissent le ciel et la terre. » Ainsi, le monde est basé sur l’Alliance. Et il est également écrit : « Telle est l’origine du ciel et de la terre, lorsqu’ils furent créés (behibaram). » Or, le mot « behibaram » doit être lu en deux mots, « behe baram », ce qui veut dire « par Abraham ». Ces deux versets renferment le même mystère. Au moment où le Saint, béni soit-il, montra à Adam toutes les générations futures, Adam vit chaque âme sous la même forme que devait avoir le corps de l’homme qu’elle était destinée à animer. Remarquez qu’une tradition nous apprend que, lorsqu’Adam aperçut David, pour lequel aucune durée de vie n’était fixée, il s’en inquiéta ; et c’est pourquoi il lui céda soixante-dix ans de sa propre existence. C’est pourquoi Adam, qui devait vivre mille ans, n’en a vécu que neuf cent trente, attendu que soixante-dix ans en ont été soustraits pour la vie de David. Ce fait constitue un mystère de la Sagesse : David n’a point de vie qui lui soit propre ; il n’a que les soixante-dix ans soustraits à Adam. Ce fait est motivé par un mystère ; car tout ce qui se passe en ce bas monde est l’effet du mystère suprême. Remarquez en outre que toutes les âmes se tiennent en haut par paires, c’est-à-dire que celle qui doit animer l’homme se tient à côté de celle qui doit animer la femme. Et lorsqu’elles descendent en ce bas monde, le Saint, béni soit-il, les unit de nouveau. Rabbi Isaac dit : Le Saint, béni soit-il, opère les unions matrimoniales en disant : « Que la fille d’un tel soit l’épouse d’un tel. » Rabbi Yossé demanda : Dans quel but nous apprend-on que les âmes des époux étaient déjà unies en haut, puisque nous le savons déjà par les paroles de l’Écriture : « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil » ; car, de ces paroles, il résulte clairement que les unions ici-bas existaient déjà ! Rabbi Yehouda répondit : L’Écriture dit qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil ; mais au ciel il se passe bien des choses nouvelles. Rabbi Yossé demanda en outre : Pourquoi Dieu a-t-il besoin de proclamer que la fille d’un tel est l’épouse d’un tel, alors que Rabbi Hizqiya avait dit au nom de Rabbi Hiyâ qu’au moment même où un des conjoints vient au monde, l’autre lui est destiné ?
Rabbi Abba dit : Heureux le sort des justes dont les âmes entourent le Roi saint, avant leur descente en ce bas monde. Car nous savons par une tradition qu’au moment où le Saint, béni soit-il, fait descendre les âmes en ce bas monde, celles-ci sont toutes classées par paires, composées de mâle et femelle. L’âme mâle est unie avec l’âme femelle. Ainsi unies, toutes ces paires d’âmes sont confiées à l’ange messager préposé à la grossesse des femmes. Cet ange porte le nom de « Nuit ». Dès que les âmes sont confiées à cet ange, elles se séparent ; tantôt c’est l’âme mâle qui anime l’homme d’abord, tantôt c’est l’âme femelle qui anime la femme d’abord. Et lorsqu’arrive le temps du mariage, le Saint, béni soit-il, qui connaît ces esprits et ces âmes, les unit de nouveau comme auparavant ; il en proclame l’union. Aussi, lorsque les conjoints s’unissent, ils ne forment qu’un seul corps et une seule âme ; le côté droit est alors uni au côté gauche d’une manière convenable. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. » Mais, objectera-t-on peut-être : Nous savons pourtant, par une tradition, que les mariages sont subordonnés à la conduite de l’homme ! En effet, ils le sont ; car, si l’homme est digne et qu’il pratique de bonnes œuvres, il jouit de la faveur d’être uni en mariage à cette femme dont l’âme était unie à la sienne avant sa descente sur la terre. Rabbi Hiya demanda : Où faut-il qu’un homme de bonne conduite aille chercher l’épouse qui lui est destinée ? Rabbi Abba lui répondit : Nous savons, par une tradition, que l’homme est tenu de sacrifier toute sa fortune pour obtenir en mariage la fille d’un docteur de la loi ; car c’est aux docteurs de la loi que Dieu confie le dépôt des bonnes âmes. Un des mystères de la tradition nous apprend que les hommes, dont les âmes sont déjà pour la seconde fois sur la terre, peuvent, grâce à des prières adressées au ciel, obtenir en mariage des femmes dont les âmes sont les âmes sœurs d’autres hommes. Tel est le sens des paroles des collègues : « Il est interdit d’épouser une femme durant les jours de fête ; mais il est permis de procéder aux fiançailles, de crainte qu’un autre homme ne prévienne le fiancé, en adressant des prières au ciel à ce sujet. » Les collègues ont très bien dit. Ils se servent du terme « de crainte qu’un autre » ; par ce mot « autre » ils désignent un homme dont l’âme est revenue pour la seconde fois sur la terre. C’est pour cette raison que les mariages constituent pour le Saint, béni soit-il, un travail ardu ; car, dans tous les cas, c’est-à-dire que ce soit l’homme dont l’âme est l’âme-sœur de la femme qui l’épouse, ou que ce soit un homme dont l’âme est revenue pour la seconde fois sur la terre qui l’épouse, le mariage est toujours équitable, ainsi qu’il est écrit : « … Car les voies du Seigneur sont droites. » Rabbi Yehouda fit demander à Rabbi Éléazar : Nous connaissons le mystère qui préside aux mariages ; mais nous nous demandons où les hommes, dont les âmes émigrent pour la seconde fois sur la terre, trouvent des femmes dont les âmes soient sœurs des leurs. Rabbi Éléazar lui manda cette réponse : Il est écrit : « Où prendront-ils des femmes ? Car nous avons juré tous ensemble que nous ne leur donnerions point nos filles. » Et un peu plus bas il est écrit : « Allez, leur dirent-ils ; cachez-vous dans les vignes. Et lorsque vous verrez les filles de Silo, qui viendront danser selon la coutume, sortez tout d’un coup des vignes, et que chacun de vous en prenne une pour sa femme. » Cette section biblique, relative aux descendants de Benjamin, nous prouve qu’on peut arriver par un effort à épouser une femme dont l’âme est la sœur de celle d’un autre homme. C’est pourquoi la tradition nous apprend qu’on peut procéder aux fiançailles durant la fête, de crainte d’être prévenu par un autre, qui adresserait des prières au ciel pour obtenir cette femme. Or, l’âme de cet autre qu’on craint n’est pourtant pas la sœur de la femme en question ; et pourtant on appréhende que, grâce à sa prière, il n’obtienne cette femme en mariage. Mais, en réfléchissant bien, tu trouveras le mystère qui régit les mariages. Ceci est également le cas d’un homme mort sans enfants, dont la femme est tenue, d’après la loi, d’en épouser le frère. Or, si cette femme, après avoir épousé le frère de son mari, vient à mettre au monde un fils, ce fils est animé de l’âme de son père, qui revient pour la seconde fois sur la terre. Ce fils ne trouve aucune femme dont l’âme soit sœur de la sienne, attendu que l’âme-sœur de la sienne anime sa propre mère. C’est pourquoi les collègues ont dit : Il est permis de procéder aux fiançailles même durant les jours de fête, de crainte d’être prévenu par un autre, grâce à des prières adressées au ciel à ce sujet ; car, grâce à des prières, on peut obtenir en mariage une femme dont l’âme est sœur de celle d’un autre homme. Cependant ce dernier cas ne peut arriver que lorsque l’homme, dont l’âme est sœur de celle de la femme, est un coupable, et que l’autre, qui veut le prévenir, est un juste. À la réception de cette réponse, Rabbi Yehouda s’écria : Maintenant je comprends pourquoi les mariages constituent pour le Saint, béni soit-il, un travail ardu ! Heureux le sort d’Israël, à qui la doctrine apprend les voies du Saint, béni soit-il, ainsi que tous les secrets et tous les
Heureux le sort de celui qui se consacre à l’étude de la doctrine et ne s’en sépare jamais ! Car quiconque s’en sépare, ne fût-ce que pendant une heure, fait tout comme s’il se séparait de la vie, ainsi qu’il est écrit : « … Car elle constitue ta vie et ta longévité. » Et ailleurs il est écrit : « … Car tu y trouveras la longévité, la multiplication des années de ta vie et la paix. »
Il est écrit : « Et Abram avait l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans, etc. » Rabbi Yossé a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit : « Tout ton peuple est un peuple de justes ; ils posséderont la terre pour toujours… » Le sort des Israélites est plus heureux que celui des autres peuples ; car le Saint, béni soit-il, les appelle « justes ». Car nous avons appris, par une tradition, qu’il y a cent vingt-huit mille anges ailés qui parcourent au vol tout le monde et qui y recueillent toutes les voix qui s’y font entendre. Et nous savons, par une tradition, que tout acte accompli dans ce monde produit une voix ; et ce sont ces voix, produites par les actes, que les anges recueillent et apportent ensuite devant leur Maître qui les juge selon qu’elles sont bonnes ou mauvaises. C’est à ce mystère que font allusion les paroles de l’Écriture : « … Parce que les oiseaux du ciel rapportent la voix ; et ceux qui ont des ailes publient ce que l’on dit. » À quelle heure les voix rapportées par les anges sont-elles jugées au ciel ? Rabbi Hiyâ dit : Au moment où l’homme dort et que son âme, se séparant de lui, monte au ciel pour témoigner de ses actes : c’est à cette heure que les voix rapportées par les anges sont jugées au ciel, ainsi qu’il est écrit : « Tiens fermée la porte de ta bouche, même à celle qui dort auprès de toi. » Ces paroles désignent l’âme ; et pourquoi ? — Parce qu’elle témoigne des actes de l’homme. Rabbi Yehouda dit : L’âme témoigne durant la nuit de tous les actes que l’homme a accomplis durant le jour précédent. Nous avons appris que Rabbi Éléazar a dit ce qui suit : Durant la première heure de la nuit, après que le jour a cessé et que le soleil s’est couché, les anges, gardant les clefs des portes à travers lesquelles passe le soleil, vont fermer les douze portes qui restent ouvertes durant toute la journée. Une voix retentit alors qui rassemble tous ces gardiens des portes. Ils se réunissent alors et montent en haut silencieusement, sans qu’aucun d’eux ouvre la bouche. C’est en ce moment que les anges chargés de recueillir les voix produites par les actes des hommes parcourent le monde au vol. La lune commence à éclairer la terre, et les anges sonnent du cor ; le premier son est uniforme, et le second est brisé et produit l’effet d’une plainte. Au bout de quelques instants, ils sonnent du cor pour la deuxième fois ; alors de nombreux anges entonnent des hymnes et des louanges devant leur Maître, et le jugement du monde commence. Ainsi, lorsque les hommes dorment, leurs âmes quittent les corps et montent au ciel pour y témoigner des actes des hommes. Lorsqu’un homme est trouvé coupable, le Saint, béni soit-il, lui fait grâce et lui renvoie quand même son âme. À minuit, lorsque le coq se réveille, le vent, qui souffle alors du côté du nord-est, est subitement arrêté par un courant de grâce qui arrive en sens inverse du côté du sud. C’est alors que le Saint, béni soit-il, se complaît dans la présence des justes au Jardin de l’Éden. Heureux le sort de l’homme qui se lève à cette heure pour se consacrer à l’étude de la doctrine ! car le Saint, béni soit-il, ainsi que tous les justes présents dans le Jardin de l’Éden, sont attentifs à sa voix, ainsi qu’il est écrit : « Ô toi, qui habites dans les jardins, tes amis sont attentifs à écouter ; fais-moi entendre ta voix. » Mais il y a plus : le Saint, béni soit-il, couvre l’homme qui se lève à minuit pour se consacrer à l’étude de la doctrine d’un rayon de grâce qui lui sert de gardien en ce monde ; car tous les anges d’en haut et d’en bas sont tenus de garder l’homme couvert de ce rayon de grâce, ainsi qu’il est écrit : « Le Seigneur envoie sa miséricorde durant le jour ; et je lui chante un cantique d’actions de grâces durant la nuit. » Rabbi Hizqiya dit : Quiconque se consacre
à l’étude de la doctrine durant l’heure de minuit est certain d’avoir souvent une part de la vie éternelle. Rabbi Yossé demanda : Que signifie le mot « souvent » ? Rabbi Hizqiya lui répondit : Voici ce que j’ai appris : Chaque minuit, lorsque le Saint, béni soit-il, pénètre dans le Jardin de l’Éden, toutes les plantes du Jardin sont arrosées plus abondamment que d’habitude par le fleuve appelé « fleuve Qedoumim », et aussi « fleuve des Délices », dont les eaux ne cessent jamais de couler. Ainsi, l’homme qui se lève à minuit et qui se consacre à l’étude de la doctrine est, — s’il est permis de s’exprimer ainsi, — arrosé par ce fleuve avec les autres plantes du Jardin de l’Éden, ce qui est, du reste, équitable ; car, du moment que les justes présents dans le Jardin de l’Éden écoutent la voix de celui qui se lève à minuit, et en jouissent, il n’est que juste qu’ils lui accordent de leur côté une partie du fleuve qui les arrose. C’est pourquoi il est dit que celui qui se lève à minuit est certain d’avoir « souvent » une part de la vie éternelle, attendu qu’il reçoit sa part du fleuve céleste chaque nuit.
Rabbi Abba se rendait une fois de Tibériade dans la résidence de son beau-père, qui servait de lieu de rendez-vous aux docteurs de la loi. Son fils, Rabbi Jacob, l’accompagnait. Ils arrivèrent au village de Tarscha, où ils décidèrent de passer la nuit. Au moment d’aller se coucher, Rabbi Abba demanda au propriétaire de la maison : Y a-t-il dans cette maison un coq ? Le propriétaire de la maison lui dit : Pourquoi me demandez-vous cela ? Rabbi Abba lui répondit : Pour que je puisse me lever à l’heure exacte de minuit. L’autre lui répondit : Tu n’as pas besoin d’un coq pour cela ; j’ai dans ma maison un objet qui marque l’heure de minuit : je remplis d’eau les plateaux de la balance placée devant mon lit. L’un de ces plateaux est pourvu d’un trou par où l’eau s’échappe goutte à goutte. À l’heure de minuit, le plateau troué étant complètement vide, l’autre qui le contrebalance retombe, et, en retombant, il produit un son entendu dans toute la maison ; nous savons alors
que c’est l’heure exacte de minuit. J’avais autrefois dans ma maison un vieillard qui avait coutume de se lever chaque minuit pour se consacrer à l’étude de la doctrine, et c’est lui qui a inventé ce procédé pour son usage personnel. Rabbi Abba s’écria : Béni soit le Seigneur qui dirigea mes pas dans cette maison. À minuit, le plateau de la balance, en tombant, produisit, en effet, un bruit. Rabbi Abba et Rabbi Jacob, en se levant, entendirent le propriétaire de la maison, assis sur le seuil de sa porte avec ses deux fils, parler ainsi : Il est écrit : « Minuit, je me lève pour te louer sur les jugements de ta justice. » Pourquoi David dit-il : « Minuit, je me lève… », au lieu de : « À minuit, je me lève… » ? Mais, en vérité, c’est le Saint, béni soit-il, lui-même, que David désigne par ce mot. Les fils demandèrent : Le Saint, béni soit-il, est-il donc appelé « Minuit » ? Le père leur répondit : Oui, car c’est à l’heure exacte de minuit qu’on peut trouver le Saint, béni soit-il, et en obtenir l’aide ; car c’est l’heure où il pénètre dans le Jardin de l’Éden pour s’y délecter avec les justes. Rabbi Abba dit alors à son fils Rabbi Jacob : Il est certain que nous nous associerons à la Schekhina, si nous nous unissons à ces gens-là. Ils s’approchèrent donc et s’assirent à côté du propriétaire de la maison, en lui disant : Répète-nous la parole que tu viens de dire ; car elle est excellente. De qui l’as-tu apprise ? Le propriétaire de la maison leur répondit : Je l’ai apprise du vieillard qui habitait ma maison. Ce même vieillard m’a appris, en outre, que, durant les premières trois heures de la nuit, les anges chargés de recueillir les témoignages en vue du jugement des hommes parcourent au vol ce bas-monde. À l’heure exacte de minuit, le Saint, béni soit-il, apparaît au Jardin de l’Éden. Tous les châtiments qui frappent les hommes en ce bas-monde, ainsi que toutes les ordonnances du monde supérieur, n’ont lieu qu’à l’heure de minuit. D’où le savons-nous ? Nous le savons d’Abraham, ainsi qu’il est écrit : « Et il sépara pour eux la nuit, et, fondant sur eux avec ses serviteurs, il les défit. » Et,
pour indiquer l’heure du fléau d’Égypte, l’Écriture dit : « Sur le milieu de la nuit, le Seigneur frappa tous les premiers-nés de l’Égypte. » On en trouve plusieurs exemples dans l’Écriture. C’est ce que David savait. D’où le savait-il ? Voici ce que le vieillard m’a appris à ce sujet : La royauté de David en dépendait ; et c’est pourquoi il se levait à l’heure de minuit et chantait des louanges. C’est pour cette raison qu’il appelle le Saint, béni soit-il, lui-même, « Minuit ». David ajoute : « ... Pour te louer sur les jugements de ta justice », attendu que tous les jugements célestes ont lieu à l’heure de minuit ; or, le pouvoir royal est l’image des jugements d’en haut ; c’est pourquoi David se levait à cette heure et chantait des cantiques. Rabbi Abba se leva et embrassa le propriétaire de la maison en lui disant : En vérité, c’est exact, ce que tu viens de dire ; béni soit le Seigneur qui a dirigé mes pas ici.
Remarquez que la nuit est l’heure des jugements en tous lieux, en haut aussi bien qu’en bas ; c’est ainsi que nous l’avons appris et c’est ainsi que la chose a été enseignée en présence de Rabbi Siméon. Un des jeunes fils du propriétaire demanda : S’il en est ainsi, pourquoi David a-t-il dit : « Au milieu de la nuit » ? Son père lui répondit : Nous venons d’expliquer que c’est parce que la royauté céleste se fait sentir à l’heure de minuit. Le fils reprit : J’ai entendu à ce sujet une autre explication. Rabbi Abba lui dit : Parle, cher enfant ; car j’espère retrouver dans tes paroles la voix de la Lampe. Le jeune fils du propriétaire commença à parler ainsi : J’ai entendu que la nuit est l’heure des jugements de la royauté ; durant la nuit, les jugements sont en tous lieux, en haut aussi bien qu’en bas. Ce qui fait dire à David « au milieu », c’est que le milieu de la nuit s’alimente et de rigueur et de clémence ; car la première moitié de la nuit est l’heure des rigueurs, et la seconde moitié de la nuit fait rayonner de joie les visages du côté de la Clémence. C’est pourquoi David a dit : « Au milieu de la nuit... »

Source Sepher ha-Zohar, tome I, trad. Jean de Pauly (1906), archive.org SepherHaZoharLeLivre1 (OCR corrigé) · Sommaire