Judaïsme

Zohar I, Section Lekh-Lekha (fol. 82b-87a)

Il est écrit : « Et le Seigneur dit à Abram, après que Lot se fut séparé d’avec lui, etc. » Rabbi Abba a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit : « Jonas résolut d’aller à Pharsis pour fuir de devant la face du Seigneur. » Malheur à celui qui croit pouvoir se cacher devant le Saint, béni soit-il, dont l’Écriture dit : « C’est moi qui remplis le ciel et la terre, dit le Seigneur. » Comment Jonas a-t-il donc pu croire se cacher devant Dieu ? Voici ce qu’il en est : Il est écrit : « Ma colombe se retire dans les creux de la pierre, dans les enfoncements de la muraille. » « Ma colombe » désigne le Synode d’Israël. « Les creux de la pierre » désignent Jérusalem ; car de même que la pierre est plus dure que le reste du sol, de même Jérusalem est plus élevée et plus forte que le reste de la terre. « Dans les enfoncements de la muraille » désignent cette partie du temple qui est appelée le « Saint des Saints » et qui constitue le cœur du monde. Et c’est pourquoi l’Écriture dit : « … Dans les enfoncements de la muraille » ; car elle désigne la Schekhina qui résidait dans le Saint des Saints et qui, à l’exemple d’une femme vertueuse et fidèle à son mari, ne quittait jamais son habitation, ainsi qu’il est écrit : « Ton épouse sera comme une vigne fertile appuyée sur un mur de ta maison, etc. » De même, le Synode d’Israël ne séjourna jamais hors de la Palestine, si ce n’est lorsque la Schekhina elle-même en fut exilée. Et c’est précisément parce que la Schekhina est exilée de Jérusalem et réside parmi les autres peuples, que ces autres peuples jouissent de grands biens et d’une grande paix.
Remarquez qu’à l’époque où Israël résidait dans la Terre Sainte, tout se trouvait à l’état normal ; le Trône céleste appuyé sur Israël était parfait ; Israël accomplissait ses devoirs envers Dieu ; et ses œuvres, fendant l’air, s’élevaient jusqu’à Dieu. Car Israël avait été le seul au monde qui put associer la terre à ses devoirs envers Dieu. C’est pourquoi les autres peuples qui s’adonnaient à l’idolâtrie se tenaient éloignés d’Israël et ne pouvaient le dominer comme maintenant, attendu que tous les autres peuples du monde n’obtenaient leur nourriture que par le canal d’Israël.
Mais, objectera-t-on, il y avait pourtant, même durant l’existence du temple, plusieurs rois païens qui dominèrent le monde ! À ceci nous répondrons ce qui suit : Remarquez que, durant l’existence du premier temple, Israël n’avait pas encore souillé la Terre Sainte ; aussi aucun peuple ne pouvait-il dominer sur ce pays, attendu que tous les peuples n’obtenaient leur nourriture que par le canal d’Israël. Mais après qu’Israël eut souillé la Terre Sainte par suite de ses péchés, il a — s’il est permis de s’exprimer ainsi — chassé la Schekhina de sa résidence ; et celle-ci choisit une autre résidence. C’est pourquoi les autres peuples dominent maintenant sur Israël.
Remarquez que la Terre Sainte n’est soumise à aucun autre chef céleste qu’au Saint, béni soit-il, lui-même. Mais au moment où Israël a péché en brûlant l’encens à de faux dieux, il a — s’il est permis de s’exprimer ainsi — chassé la Schekhina de sa résidence et il mêla les faux dieux à la Schekhina, qui alla s’établir chez les autres peuples. C’est pourquoi les autres peuples acquirent le droit de le dominer parce qu’il avait brûlé de l’encens (kethoreth) aux faux dieux. Le mot « kethoreth » signifie nœud, lien, union avec les faux dieux. C’est à cause de cette union que les autres peuples dominent et que les prophéties ont cessé, et que toutes les échelles supérieures ne dominent plus dans le monde, et que la domination appartient toujours aux autres peuples, parce qu’ils ont attiré la Schekhina vers eux. Voici pourquoi, durant l’existence du second
Temple, la domination des autres peuples n’a cessé de s’exercer sur Israël, et qu’elle s’exerce à plus forte raison durant l’exil de la Schekhina parmi les autres nations. Car, comme la Schekhina réside maintenant chez les autres peuples, et comme ces autres peuples habitent des pays gouvernés par divers chefs célestes, ceux-ci tirent la nourriture céleste de la Schekhina qui réside parmi eux.
C’est pourquoi, à l’époque où Israël habitait la Terre Sainte et observait les commandements du Saint, béni soit-il, la Schekhina, telle une femme vertueuse, restait constamment enfermée dans la maison et ne se montrait jamais dehors. Aussi, tous les prophètes de cette époque n’ont-ils pu recevoir le don de la prophétie que dans le pays où résidait la Schekhina. C’est pourquoi Jonas se sauva hors de la Terre Sainte pour ne pas recevoir le don de la prophétie et pour ne pas être chargé de la mission par le Saint, béni soit-il. Mais, objectera-t-on, nous avons vu pourtant que la Schekhina s’était révélée à Babylone, qui est hors de la Palestine. À cette objection, il a été déjà répondu ce qui suit : L’Écriture a dit : « La parole du Seigneur était (le mot « était » est répété deux fois : hayo, haya) adressée à Ézéchiel, fils de Bouzi le prêtre, dans le pays des Chaldéens, près du fleuve de C’bar. » Par la répétition du mot « était », l’Écriture nous indique que la parole de Dieu était adressée cette fois-ci en ce lieu, mais qu’elle n’avait jamais été adressée en ce lieu avant cette fois-ci, depuis le jour où le temple de Jérusalem a été bâti. Cette prophétie était exigée en ce moment-ci. L’Écriture ajoute : « … Près du fleuve de C’bar », ce qui veut dire que la Schekhina y était déjà apparue depuis la création du monde ; car la Schekhina s’était déjà manifestée près de ce fleuve avant que le temple de Jérusalem ne fût bâti, ainsi qu’il est écrit : « Et le fleuve sort de l’Éden pour arroser le Jardin ; et de là ce fleuve se divise en quatre canaux. »
Or, le fleuve C’bar est un de ces quatre canaux. La Schekhina y apparaît parfois, lorsqu’Israël, dans sa détresse, en a besoin ; mais elle n’y paraît jamais sans cette circonstance. Ainsi, pour éviter l’apparition de la Schekhina, Jonas partit de la Terre Sainte et s’enfuit, ainsi qu’il est écrit : « … Pour fuir de devant la face du Seigneur » ; et un peu plus loin il est écrit : « Car les hommes avaient su de lui-même qu’il fuyait de devant la face du Seigneur. » Remarquez que, de même que la Schekhina n’apparaît que dans le lieu qui lui convient, elle n’apparaît ni ne se manifeste qu’à l’homme qui lui convient. Car depuis le jour où Lot a résolu de reprendre sa mauvaise vie, l’Esprit-Saint a quitté Abraham. Mais aussitôt que Lot se sépara de lui, l’Esprit-Saint retourna vers celui qu’il avait quitté, ainsi qu’il est écrit : « Et le Seigneur dit à Abram, après que Lot se fut séparé d’avec lui, etc. »
Remarquez que, lorsqu’Abraham s’était aperçu que Lot avait repris sa mauvaise vie, il en fut effrayé et s’était dit : Peut-être — ce qu’à Dieu ne plaise — ai-je perdu ma part de sainteté que le Saint, béni soit-il, m’avait accordée, par suite des rapports que j’ai eus avec Lot. Mais aussitôt qu’il s’en sépara, Dieu lui dit : « Lève tes yeux et regarde du lieu où tu es. » Que signifient les mots « du lieu où tu es » ? Dieu lui dit : Tu es revenu maintenant au rang où tu étais avant tes rapports avec Lot, et tu es revenu à la foi parfaite. Dieu ajouta : « … Au nord et au sud, à l’est et à l’ouest. » C’est une allusion aux voyages faits par Abraham auparavant, ainsi qu’il est écrit : « Il retourna par le même chemin qu’il était venu » ; et l’Écriture dit ailleurs : « … Marchant toujours et s’avançant vers le sud. » Abraham a ainsi atteint l’échelle suprême et retrouvé la foi parfaite qu’il avait auparavant. Aussi, Dieu lui annonça-t-il la bonne nouvelle qu’il ne se séparerait jamais plus de lui, ni de ses enfants, ainsi qu’il est écrit : « Je te donnerai à toi et à ta postérité pour jamais tout le pays que tu vois. »
Que signifient les mots « que tu vois » ? Ces paroles font allusion à l’échelle suprême qui lui était apparue, ainsi qu’il est écrit : « Abram dressa en ce lieu-là un autel au Seigneur qui lui était apparu. » Cette échelle est la synthèse de toutes les autres échelles. C’est pourquoi Dieu dit à Abraham : « … Tout le pays que tu vois. »
Rabbi Éléazar se trouvait une fois dans une auberge, à Loud. Rabbi Hizqiya s’y rencontra avec lui. Rabbi Éléazar s’étant levé durant la nuit pour se mettre à l’étude de la doctrine, Rabbi Hizqiya en fit autant. Rabbi Éléazar fit alors remarquer à Rabbi Hizqiya qu’une auberge offre cet avantage que les hommes d’étude, éloignés les uns des autres, s’y rencontrent parfois. Rabbi Éléazar a ensuite ouvert sa conférence de la manière suivante :
Il est écrit : « Tel qu’est un pommier entre les arbres des forêts, tel est mon bien-aimé entre les enfants des hommes. Je me suis reposée sous l’ombre de celui que j’avais ardemment désiré, et son fruit est doux à ma bouche. » Le « pommier » désigne le Saint, béni soit-il, qui est ardemment désirable et qui se distingue par sa couleur de tous les autres arbres, dont aucun ne peut lui être comparé. Oui, il se distingue de tous les autres, car il n’y en a aucun qui lui soit comparable ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « L’ombre de celui que j’avais ardemment désiré... » L’Écriture spécifie : « Son ombre » (becilo), afin d’indiquer qu’on désire se reposer sous l’ombre de Dieu, mais non pas sous l’ombre d’un autre ; sous l’ombre de Dieu, mais non pas sous l’ombre des autres chefs célestes. L’Écriture dit : « J’avais ardemment désiré... » Depuis quand ? Depuis le jour où Abraham est venu au monde ; car il soupirait auprès de Dieu avec amour, ainsi qu’il est écrit : « Abraham, mon ami... » Enfin, l’Écriture ajoute : « ... Et son fruit est doux à ma bouche. » Ces paroles désignent Isaac, qui est le fruit saint. Selon une autre interprétation, les paroles : « Je me suis reposée sous l’ombre de celui que j’avais ardemment désiré » désignent Jacob ; et les paroles : « ... Et son fruit est doux à ma bouche » désignent Joseph le Juste, qui a produit des fruits saints dans ce monde. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Voici les enfants de Jacob : Joseph... » ; car les enfants de Joseph constituaient la quintessence de la descendance de Jacob ; et c’est pour cette raison qu’Israël est appelé du nom d’Éphraïm, ainsi qu’il est écrit : « Éphraïm n’est-il pas mon fils que j’ai honoré et un enfant que j’ai élevé avec tendresse ? »
D’après une autre version encore, les paroles « ... Tel un pommier parmi les arbres des forêts » désignent Abraham qui ressemblait au pommier, parce qu’il répandait une bonne odeur et se distinguait de tous les hommes de sa génération par sa foi parfaite ; il se distinguait en haut aussi bien qu’en bas, ainsi qu’il est écrit : « Abraham était seul. » Pourquoi était-il seul ? Parce qu’il n’y avait aucun autre homme dans ce monde qui ait eu la foi en le Saint, béni soit-il, en dehors de lui. Rabbi Hizqiya objecta alors à Rabbi Éléazar : Il est pourtant écrit : « ... Et les âmes qu’ils ont faites à Haran. » Or, ces mots se rapportent aux hommes qu’Abraham avait convertis durant son séjour à Haran. Rabbi Éléazar lui répondit : Pourtant, ceux mêmes qu’Abraham avait convertis n’ont jamais atteint ce degré de foi qu’Abraham lui-même avait eu. Ensuite, se ravisant, Rabbi Éléazar lui dit : J’ai en outre entendu dire qu’Abraham n’a reçu le nom d’« unique » qu’après la naissance d’Isaac et de Jacob ; ce n’est que l’union de ces trois pères du monde qui a valu à Abraham le nom d’« unique ». C’est pourquoi Abraham est comparé à un pommier, parce qu’il s’est distingué de tous les habitants du monde. Rabbi Hizqiya lui répondit : Tes paroles sont exactes.
Suivant une autre version, les paroles : « ... Tel qu’est un pommier entre les arbres des forêts » désignent le Saint, béni soit-il. Les paroles : « ... Tel est mon bien-aimé entre les enfants » désignent également le Saint, béni soit-il. Et les paroles : « Je me suis reposée sous son ombre » se rapportent également au Saint, béni soit-il. Les paroles : « Que j’avais ardemment désiré » dési
…gnent le jour où le Saint, béni soit-il, se révéla sur le mont Sinaï et où Israël a reçu la doctrine, en s’écriant : « Nous ferons et nous écouterons tout ce que le Seigneur a dit. » Les paroles : « … Et son fruit est doux à ma bouche » désignent le fruit des paroles de la doctrine, dont l’Écriture dit qu’il est plus doux que le miel. Enfin, d’après une autre version, les paroles : « … Et son fruit est doux à ma bouche » désignent les âmes des justes qui sont toutes le fruit des œuvres du Saint, béni soit-il, et qui séjournent avec lui en haut. Remarquez que toutes les âmes dans ce monde, qui constituent le fruit des œuvres du Saint, béni soit-il, ne forment, avant leur descente sur la terre, qu’une unité, ces âmes faisant toutes partie d’un seul et même mystère. Et lorsqu’elles descendent en ce bas monde, elles se séparent en mâles et femelles ; et ce sont les mâles et les femelles qui s’unissent. Remarquez, en outre, que le désir de la femelle pour le mâle produit un esprit vital et que le désir du mâle pour la femelle reproduit également un esprit. Or, comme le désir du corps éveille également le désir de l’âme, il s’ensuit que la naissance d’un mâle et d’une femelle doit nécessairement provoquer la descente d’une âme mâle et femelle. Et lorsque les âmes descendent en ce monde, l’âme mâle et l’âme femelle sont unies ensemble. Ce n’est qu’après leur descente en ce monde qu’elles se séparent, chacune de son côté, et vont animer deux corps différents, celui d’un homme et celui d’une femme. Et c’est le Saint, béni soit-il, qui les unit de nouveau ensuite, lors du mariage. La charge des unions entre les hommes et les femmes n’est confiée à aucun chef céleste ; c’est le Saint, béni soit-il, lui-même, qui les opère, car c’est lui seul qui sait le faire d’une manière convenable. Heureux le sort de l’homme qui mène une vie convenable et marche dans la voie de la vérité ; car il unit une âme avec une autre, telles qu’elles l’étaient avant leur descente sur la terre, attendu que ce n’est que lorsque l’homme marche dans la bonne voie qu’il est un homme parfait. C’est pourquoi l’Écriture dit : « … Et son fruit est doux à ma bouche. » L’Écriture nous apprend que le fruit de Dieu est doux à la bouche de celui qui le mange ou, en d’autres termes, que celui qui marche dans la voie de Dieu est béni ; car le bonheur et le malheur des hommes, ici-bas, ne dépendent que de leur propre conduite.
Rabbi Hizqiya dit alors à Rabbi Éléazar : Voici ce que j’ai entendu dire : L’Écriture dit : « C’est moi qui te ferai porter ton fruit. » Le Saint, béni soit-il, dit au Synode d’Israël : « C’est moi, certes, qui te ferai porter ton fruit. » L’Écriture ne dit pas « mon fruit », mais « ton fruit ». Car le désir de la femelle pour l’homme produit un esprit vital ; le désir du mâle produit un autre esprit ; ces deux esprits s’unissent ensemble. Or, comme le fruit de la femelle n’est dû qu’à la force du mâle, Dieu dit au Synode d’Israël : « C’est moi qui te ferai porter ton fruit. » Car c’est grâce à la force du mâle que la femelle produit des fruits. D’après une autre version, ce verset doit être interprété de la manière suivante : Comme c’est grâce au désir de la femelle pour le mâle que celui-ci produit des fruits (car, sans le désir de la femelle, le mâle ne produirait jamais de fruit), Dieu dit au Synode d’Israël : « C’est moi qui te ferai porter tes fruits », en provoquant le désir de la femelle.
Il est écrit : « En ce temps-là Amraphel, roi de Sennaar, etc. » Rabbi Yossé a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit : « Qui (Mi) a fait sortir le Juste de l’Orient et qui l’a appelé en lui ordonnant de le suivre. » Ce verset a déjà été expliqué par les collègues ; mais il renferme aussi une allusion au mystère de la Sagesse. Car nous savons par une tradition que le Saint, béni soit-il, a fait sept firmaments en haut, afin d’y être glorifié ; car tous ces firmaments ont pour but de nous faire connaître le mystère de la Foi suprême. Remarquez que le firmament supérieur aux autres est caché et mystérieux ; et c’est lui qui régit tous les autres. Et comme nul n’en connaît l’essence, il n’est désigné que par le mot interrogatif « Qui » (Mi), ainsi qu’il est écrit : « Du sein de “Qui” (Mi) la glace est sortie. » Ce verset a déjà été expliqué ailleurs. Les paroles de ce verset désignent le firmament
supérieur 86* qui régit tous les sept. Le firmament inférieur, qui est au-dessous de tous les autres, n’a pas de lumière qui lui soit propre; et c’est à cause de cela qu’il s’attache aux firmaments qui sont au-dessus de lui pour en recevoir la lumière. Aussi est-il désigné par les deux lettres « i » et « m », qui forment ensemble le mot « ïam » (mer). Ainsi, le firmament inférieur constitue la mer (ïam) du firmament supérieur qui porte le nom de « Mi » (Qui). Car tous les autres firmaments versent leur lumière dans ce firmament inférieur, tels des fleuves qui versent leurs eaux dans la mer. Donc, le firmament inférieur constitue la mer céleste qui produit des fruits et des poissons selon leur espèce; et c’est de lui que David a dit : « Dans cette mer si grande et d’une si vaste étendue se trouve un nombre infini de poissons, de grands et petits hayoth. » C’est également à ce mystère que font allusion les paroles de l’Écriture : « Qui (Mi) a fait sortir le Juste de l’Orient et Qui l’a appelé en lui ordonnant de le suivre. » Les paroles : « Qui (Mi) a fait sortir le Juste de l’Orient » font allusion à Abraham; et les paroles : « … Et Qui l’a appelé en lui ordonnant de le suivre » désignent le firmament inférieur aux autres, qui est devenu la mer des firmaments supérieurs. L’Écriture ajoute : « Il a terrassé les peuples devant lui. » À qui ces paroles font-elles allusion? Elles font allusion au firmament inférieur mentionné, qui venge les opprimés et fait tomber les ennemis; c’est de ce firmament que David fit l’éloge en disant : « Tu as fait tourner le dos à mes ennemis devant moi et tu as exterminé ceux qui me haïssaient. » Ainsi, les paroles : « Il a terrassé les peuples devant lui » désignent les peuples qu’Abraham a poursuivis et que le Saint, béni soit-il, s’est chargé de tuer. Les paroles : « Et il l’a rendu le Maître des rois » signifient que Dieu l’a rendu maître des chefs célestes chargés de gouverner les autres peuples du monde; car lorsque le Saint, béni soit-il, châtie un peuple, il le châtie en haut et en bas, c’est-à-dire : il châtie en même temps son chef céleste.
83* L’Écriture ajoute : « Il les a poursuivis, il a passé en paix sans laisser de trace de son passage. » Les mots : « Il les a poursuivis » désignent Abraham; car Abraham les a poursuivis, et le Saint, béni soit-il, marchait devant lui et les tuait, ainsi que l’Écriture dit : « La paix marchait devant »; or, le Saint, béni soit-il, est appelé « paix ». L’Écriture dit : « … Sans laisser de trace de son passage. » Faut-il donc admettre qu’Abraham a passé ce pays porté par des nuages, ou dans un char attelé de chevaux, pour qu’il ait pu passer sans que ses pieds eussent touché la route? Mais l’Écriture nous indique que ce n’était pas un ange ou un messager céleste quelconque qui marchait devant Abraham, mais le Saint, béni soit-il, lui-même, ainsi que l’Écriture dit : « … Ses pieds. » Or, que signifie le mot « pieds »? — Les anges qui sont au-dessous du Saint, béni soit-il, ainsi qu’il est écrit : « En ce jour-là, il posera ses pieds sur la montagne des Oliviers, etc. » Selon une autre interprétation, les paroles : « Qui (Mi) a fait sortir le Juste de l’Orient » ont la signification suivante : Remarquez qu’au moment où le Saint, béni soit-il, créa le monde, il avait déjà décidé de s’attacher Abraham, parce que celui-ci a été destiné à donner naissance à Jacob, duquel devaient sortir les douze tribus, toutes menant une vie agréable au Saint, béni soit-il. L’Écriture ajoute : « … Et Qui l’a appelé en lui ordonnant de le suivre. » Car le Saint, béni soit-il, a maintes fois appelé le nom d’Abraham dès le jour de la création du monde, ainsi qu’il est écrit : « Qui dès le commencement du monde appelle les races futures. » C’est pourquoi l’Écriture dit : « … Et a appelé le Juste à ses pieds », ce qui veut dire qu’il l’a appelé pour faire sa volonté et s’attacher à lui, ainsi qu’il est écrit : « Sors, toi et tout le peuple qui est à tes pieds. » D’après une autre version encore, les paroles : « Qui a fait sortir de l’Orient… » désignent la lumière du soleil qui se lève à l’Orient; car toute l’intensité de la lumière qui inonde le sud
vient de l’Orient où la lumière se lève. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Mi heïr », ce qui veut dire : Quelle est la lumière qui inonde le sud ? Et l’Écriture répond : « De l’Orient » ; car il plaît au firmament supérieur d’accorder la lumière d’abord à l’Orient. L’Écriture ajoute : « Le Juste l’appelle à ses pieds », paroles qui désignent l’Ouest ; car il l’appelle toujours et sans cesse, ainsi qu’il est écrit : « Ô Seigneur, ne te tais pas » ; car l’Ouest soupire toujours après l’Orient. L’Écriture ajoute enfin : « Il a terrassé les peuples devant lui, et il l’a rendu le maître des rois » ; car c’est de l’Orient que l’Occident a reçu le pouvoir de subjuguer tous les peuples du monde. Rabbi Yehouda dit : Les paroles de l’Écriture : « Qui a fait sortir le Juste de l’Orient », désignent Abraham, chez qui l’idée de Dieu ne s’est réveillée que grâce au soleil qui se lève à l’Orient. Car lorsqu’Abraham vit le soleil se lever du côté de l’Orient, il conçut l’idée du Saint, béni soit-il, et il se dit : Celui-ci, c’est-à-dire le soleil, est le roi qui m’a créé. Il adora le soleil durant toute la journée. Mais lorsque, le soir, il vit le coucher du soleil et le lever de la lune, il se dit : C’est certainement cet astre qui domine le premier que j’avais adoré durant toute la journée, puisque le premier s’est esquivé devant celui-ci et n’éclaire plus le monde. Il adora alors la lune durant toute la nuit ; mais lorsque le lendemain matin il vit disparaître la lune et reparaître le soleil à l’Orient, il se dit : Il est évident que ces astres ont tous les deux un roi qui les domine et les régit. Et c’est lorsque le Saint, béni soit-il, vit l’ardent désir d’Abraham de le connaître, qu’il se révéla à lui et lui parla, ainsi qu’il est écrit : « Le Juste l’a appelé en lui ordonnant de le suivre », ce qui veut dire que Dieu a parlé à Abraham et s’est manifesté à lui.
Rabbi Isaac a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit : « Je suis le Seigneur qui enseigne la justice et annonce la droiture. » Toutes les paroles du Saint, béni soit-il, sont véritables et équitables. Que veulent donc dire les paroles : « … Qui annonce la droiture » ? Lorsque le Saint, béni soit-il, a créé le monde, celui-ci n’était pas stable ; car il chancelait. Le Saint, béni soit-il, dit alors au monde : « Pourquoi chancelles-tu ? » Le monde répondit : Maître de l’univers, je ne peux pas me tenir stable, attendu que je manque d’une base sur laquelle je puisse m’appuyer. Dieu répondit au monde : « Je t’ai prédestiné un juste dont le nom sera Abraham et qui m’aimera. » Aussitôt que Dieu eut prononcé ces paroles, la terre cessa de chanceler ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Telle a été l’origine du ciel et de la terre, lorsqu’ils furent créés. » Il ne faut pas lire « behibaram » (lorsqu’ils furent créés), mais « beabraham », ce qui veut dire « en Abraham » ; car le ciel et la terre ne devinrent stables que grâce à Abraham. Rabbi Hiyâ dit : Les paroles de l’Écriture : « … Qui annonce la droiture » ont la signification suivante : Le monde répliqua au Saint, béni soit-il : Mais cet Abraham que tu m’annonces est prédestiné à avoir des descendants qui détruiront le temple et qui brûleront l’Écriture sainte ; il ne peut donc pas me servir de base. Dieu lui répondit : « Il est prédestiné à donner le jour à un homme du nom de Jacob qui engendrera douze chefs de tribus, tous également justes. » Aussitôt que Dieu eut prononcé ces paroles, la terre devint stable. C’est pourquoi l’Écriture dit : « … Qui annonce des droitures » (au pluriel : mescharim). Car ces paroles font allusion à la droiture des douze tribus. Qu’entend l’Écriture par le mot « droitures » (mescharim) ? Cette parole désigne l’échelle suprême que Jacob avait atteinte, ainsi qu’il est écrit : « Tu as marqué la droiture (mescharim) ; tu as exercé la justice dans Jacob. » C’est pourquoi également l’Écriture dit : « Qui annonce… » (maguid), et non pas « il dit » (deber). Rabbi Isaac objecta : L’Écriture dit pourtant : « Et il vous fit connaître (va-iagued) son alliance. » Nous voyons donc que le verbe « iagued » n’est pas toujours employé pour exprimer la rigueur. Rabbi Hiyâ lui répondit : En effet, l’alliance que Dieu a annoncée est cette même échelle que Jacob avait atteinte, et qui exprime la rigueur ; et c’est pourquoi l’Écriture dit : « Je suis le Seigneur qui enseigne (dober) la justice et qui annonce la droiture. » Rabbi Éléazar dit : L’Écriture emploie trois termes pour exprimer l’idée de dire : « va-idaber », « va-iagued » et « va-yomer ». Or, chacune de ces expressions a une signification à part. « Va-idaber » est employé pour l’échelle inférieure (c’est pourquoi l’Écriture dit : « Qui enseigne (dober) la justice »), alors que « va-iagued » est employé pour l’échelle supérieure (c’est pourquoi l’Écriture dit : « … Et qui annonce la droiture. ») Bien que le verbe « dabar » désigne l’échelle inférieure, il ne faut pas croire qu’il n’est employé que pour des paroles profanes ; car « dober » marque également les paroles sacrées, puisqu’il désigne, lui aussi, une des échelles célestes. Le verset suivant peut servir de mnémonique à la sentence qu’on vient de lire : « … Car ce n’est pas une chose (dabar) vaine que ces ordonnances qui vous ont été prescrites. »
Rabbi Éléazar allait une fois rendre visite à son beau-père, Rabbi Hiyà ; Rabbi Yossé et Rabbi Ilizqiya se trouvaient avec lui. Rabbi Éléazar parla ainsi : « J’ai remarqué que le mouvement en haut ne se produit que par l’impulsion d’en bas ; car tout mouvement en haut dépend du désir que le bas éprouve pour le haut. » Rabbi Éléazar commença ensuite à parler de la manière suivante :
Il est écrit : « Ô Seigneur (Élohim), ne te tais pas. » David faisait allusion à l’impulsion d’en bas qui provoque le mouvement d’en haut ; il demandait donc à Dieu de répondre à l’impulsion qui vient d’en bas et de placer sa prière à sa main droite, car toute prière placée à la droite de Dieu est exaucée. Pourquoi David faisait-il cette demande ? L’Écriture répond dans le verset suivant : « Car tu vois que tes ennemis ont excité un grand bruit et que ceux qui te haïssent ont élevé leur tête. » Et un peu plus bas il est écrit : « Ils ont conspiré ensemble et fait une alliance contre toi. » C’est pourquoi David priait Dieu de faire monter sa prière du côté de la main droite de Dieu, pour que celle-ci soit mise en mouvement ; car, quand la main droite de Dieu est mise en mouvement, les ennemis sont brisés, ainsi qu’il est écrit : « Ta droite, Seigneur, s’est signalée et a fait éclater sa force ; ta droite, Seigneur, a frappé l’ennemi. »
Remarquez que, lorsque tous les rois s’étaient unis pour faire la guerre à Abraham, ils avaient décidé de faire disparaître celui-ci du monde ; mais, aussitôt qu’ils se sont emparés de Lot, le neveu d’Abraham, ils ont abandonné la guerre, ainsi qu’il est écrit : « Et ils emmenèrent Lot, fils du frère d’Abraham, qui demeurait dans Sodome, et tout ce qui était à lui, et ils s’en allèrent. » Pourquoi ont-ils abandonné la guerre après avoir pris Lot ? Parce que Lot avait une grande ressemblance avec Abraham ; aussi, en prenant Lot, ils croyaient tenir Abraham qui était la cause de la guerre. Et pourquoi voulaient-ils faire disparaître Abraham de ce monde ? — Parce qu’Abraham avait détourné ses contemporains de l’idolâtrie et les avait menés à la connaissance du Saint, béni soit-il. Il y a encore une autre raison pour laquelle le Saint, béni soit-il, leur inspira de faire la guerre à Abraham : c’était pour rendre le nom de celui-ci célèbre, et aussi pour l’attacher au culte du vrai Dieu. C’est ce mystère qui est exprimé dans le verset précité des Psaumes. Lorsqu’Abraham poursuivit ses ennemis, il adressa au ciel cette prière : « Ô Seigneur, ne te tais pas. » Il voulait que son mouvement d’en bas, qui consistait dans la poursuite de l’ennemi, provoquât le mouvement d’en haut qui devait briser l’ennemi, ainsi que nous l’avons dit précédemment ; car le mouvement de la main droite de Dieu brise l’ennemi, ainsi qu’il est écrit : « Ta droite, Seigneur, s’est signalée et a fait éclater sa force ; ta droite, Seigneur, a frappé l’ennemi. »
Il est écrit : « Et Melchisedech, roi de Salem, offrit du pain et du vin ; car il était prêtre du Dieu Très-Haut. » Rabbi Siméon a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : L’Écriture dit : « Il a choisi la ville de Salem pour son lieu et Sion pour sa demeure. » Remarquez que, lorsque le Saint, béni soit-il, a voulu créer le monde, il fit sortir une étincelle de la Lumière suprême ; il fit souffler un vent d’en haut contre un vent d’en bas ; et, du choc de ces deux vents l’un contre l’autre, sortit une goutte qui montait des profondeurs de l’abîme ; cette goutte unit les deux vents l’un à l’autre ; et c’est l’union de ces deux vents qui donna naissance au monde. L’étincelle monta en haut et se plaça du côté gauche, et la goutte monta à son tour et se plaça du côté droit. Mais elles changent de position ; tantôt c’est l’étincelle qui occupe le côté droit et la goutte le côté gauche ; et tantôt c’est inversement. De ce changement continuel de position, il résulte un va-et-vient ; pendant que l’une descend du côté droit pour se rendre au côté gauche, l’autre quitte le côté gauche pour monter au côté droit. Au moment de leur rencontre, pendant que l’une descend et que l’autre monte, elles produisent un frottement, et ce frottement produit un vent. Ainsi, le vent procède de toutes les deux et forme aussi l’union de toutes les deux. Et c’est lorsque l’étincelle est unie avec la goutte à l’aide du vent (rouah) qui procède de toutes les deux, que la paix est en haut et en bas. C’est alors que le Hé s’unit au Vav et le Vav au Hé ; c’est alors que le Hé monte et s’unit d’un lien parfait. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Et Melchisedech, le roi de Salem (schalem)... » Le mot « schalem » signifie « complet » ; l’Écriture ne veut donc pas dire le roi de Salem, mais le roi complet. Quand le règne du roi est-il complet ? — Le jour du « Pardon » (Kippour), où tous les visages rayonnent de joie. D’après une autre interprétation, le mot « Melchisedech » désigne le monde d’en bas, et les mots « roi de Salem » désignent le monde
Il n’y a aucune séparation entre eux ; le monde d’en bas ne forme même qu’un avec celui d’en haut. L’Écriture ajoute : « … Offrit du pain et du vin » ; car ces deux espèces représentent le monde d’en haut et celui d’en bas. L’Écriture ajoute : « … Car il est prêtre du Dieu très haut », ce qui veut dire : en le sanctifiant, il élève le monde d’en bas à la hauteur de celui d’en haut. Le terme : « Il est prêtre… » désigne le côté droit de l’essence divine ; et les paroles : « … Du Dieu très haut » désignent le monde suprême. Et c’est pour cette raison que le prêtre doit bénir le monde. Remarquez que le monde d’en bas est comblé de bénédictions lorsqu’il s’attache au Grand Prêtre. C’est pourquoi l’Écriture a dit : « Et il le bénit, et dit : Béni soit Abraham du Dieu très haut, qui a créé le ciel et la terre. » De même, la mission du prêtre dans ce bas monde consiste à attacher ce monde à celui d’en haut par un lien indissoluble ; le prêtre doit également bénir le monde, afin que, grâce à cette bénédiction, ce bas monde arrive à l’union avec celui d’en haut. Dans la bénédiction de Melchisedech, on trouve la formule établie pour les bénédictions liturgiques. Les mots : « Béni soit Abraham » correspondent à : « Sois béni », mots qui commencent toute bénédiction liturgique. Les mots : « … Du Dieu très haut » correspondent aux mots : « Seigneur, notre Dieu… » Les mots : « … Qui a créé le ciel et la terre » correspondent aux mots : « Roi du monde ». Ainsi, on retrouve dans ce verset le mystère des bénédictions liturgiques. Les mots : « … Et il le bénit » signifient qu’il bénit le monde d’en bas pour qu’il parvienne à s’unir avec celui d’en haut. Les mots : « … Et que le Dieu très haut soit béni » signifient qu’il implora le monde d’en haut de s’attacher celui d’en bas. L’Écriture ajoute : « … Et il lui donna la dîme de tout. » Ces paroles signifient qu’il a opéré le lien qui unit le monde d’en haut à celui d’en bas.
Pendant que Rabbi Éléazar, Rabbi Hiyâ, Rabbi Yossé et Rabbi Hizqiya continuaient leur chemin, ils rencontrèrent Rabbi Yessa qui était accompagné d’un juif. Ce juif parla ainsi : Il est écrit :
« À David. C’est vers toi, ô Seigneur, que j’élève mon âme. » Pourquoi l’Écriture ne dit-elle pas : « Psaumes de David… » ou « De David un Psaume… » ? Pourquoi se sert-elle du terme : « À David » ? Mais David a fait ce psaume pour peindre son propre degré sur l’échelle de la sainteté. C’est pourquoi il a dit : « C’est vers toi, ô Seigneur, que j’élève mon âme. » Par les mots : « C’est vers toi… », il désigne l’essence suprême. Par les mots : « … J’élève mon âme », David désigne la première échelle sur laquelle il est permis à un homme de s’élever, ainsi que cela a été déjà expliqué. Le mot « esa » signifie « monter », ainsi qu’il est écrit : « J’élève (esa) mes yeux vers les montagnes d’où viendra mon secours. » Car David s’efforçait tous les jours de faire monter le monde d’en bas à un degré plus haut, pour s’approcher de celui d’en haut et s’unir à lui par un lien indissoluble. De même, le psaume qui commence par les mots : « À David. Mon âme, bénis le Seigneur », a été rédigé par David pour désigner son propre degré de sainteté ; et c’est pourquoi il a dit : « Mon âme, bénis le Seigneur (eth Jéhovah). » Le mot « eth » indique que David s’efforçait d’opérer l’union du monde d’en bas avec celui d’en haut. David ajouta : « … Et que tout ce qui est au dedans de moi bénisse son saint nom. » Que signifient les mots : « … Et que tout ce qui est au-dedans de moi » ? Ces paroles désignent les autres hommes de ce monde, qui sont appelés « entrailles », ainsi qu’il est écrit : « Mon bien-aimé passa sa main par l’ouverture de la porte ; et mes entrailles furent émues au bruit qu’il fit. » Suivant une autre interprétation, les mots : « Mon âme, bénis le Seigneur » ont été employés par David pour se désigner lui-même. Quant au mot « eth », il désigne l’union complète de l’essence divine, qui est la synthèse de tout. Rabbi Éléazar dit à Rabbi Yessa : Je vois que tu es accompagné par la Schekhina. Rabbi Yessa lui répondit : En effet, c’est le cas ; j’ai déjà parcouru en sa compagnie trois lieues, et durant ce parcours il m’a appris des choses merveilleuses. Je l’ai engagé
pour cette journée, afin qu’il m’accompagne; mais je ne savais pas qu’il jouissait de tant de lumières ; je ne le constate que maintenant. S’adressant à ce juif, Rabbi Éléazar lui dit : Quel est ton nom ? Celui-ci répondit : Je m’appelle Yoezer. Rabbi Éléazar lui dit : Yoezer et Éléazar doivent s’asseoir l’un à côté de l’autre, en raison de la similitude de nom. Ils s’assirent à côté d’une pierre qui se trouvait dans cette campagne. Ce juif commença à parler de la manière suivante : Il est écrit : « C’est moi, c’est moi qui efface vos iniquités pour l’amour de moi, et je ne me souviendrai plus de vos péchés. » Pourquoi l’Écriture répète-t-elle deux fois les mots : « C’est moi, c’est moi » ? Un de ces termes désigne l’essence divine qui se révéla au mont Sinaï, et l’autre celle qui se révéla au moment de la création du monde. Car il est écrit : « C’est moi, le Seigneur ton Dieu. » Ainsi, au moment de la révélation au mont Sinaï, l’Écriture emploie le mot : « C’est moi… » Et ailleurs il est écrit : « C’est moi qui ai fait la terre et c’est moi qui ai créé l’homme pour l’habiter. » Ainsi, pour la création du monde, l’Écriture se sert également du terme : « C’est moi… » L’Écriture répète deux fois ce terme pour nous indiquer qu’il n’y a pas de séparation entre le monde d’en haut et celui d’en bas. L’Écriture ajoute : « … Qui efface vos iniquités. » Elle ne dit pas « qui pardonne », mais « qui efface », pour qu’il n’en reste jamais de trace. Enfin, elle ajoute : « … Pour l’amour de moi. » Que signifient les paroles : « … Pour l’amour de moi » ? Dieu veut dire : pour la miséricorde qui est un de mes attributs, ainsi qu’il est écrit : « Car le Seigneur ton Dieu est un Dieu plein de miséricorde. » Les mots : « … Qui efface vos iniquités pour l’amour de moi » ont le sens suivant. Remarquez que les coupables causent des ravages dans le monde supérieur ; car lorsque leurs péchés montent en haut, ils empêchent la lumière, la miséricorde et les bénédictions célestes de descendre en bas ; c’est pourquoi Dieu dit : « … Qui efface vos iniquités pour l’amour de moi », ce qui veut dire : pour que mes bénédictions puissent descendre dans le monde d’en bas. Tel est également le sens des paroles de l’Écriture : « Voyez que moi je suis moi. » Ces paroles signifient qu’il n’y a aucune séparation entre le monde d’en haut et celui d’en bas, ainsi qu’on vient de le dire.
Remarquez qu’il en est de même des justes qui exercent une influence sur le monde d’en haut ; car lorsqu’il y a des justes en ce monde, les bénédictions du ciel arrivent en abondance. Lorsqu’Abraham vint au monde, il répandit la bénédiction sur la terre, ainsi qu’il est écrit : « Je te bénirai… ; et tu seras béni. » Que signifient les mots : « … Et tu seras béni » ? Dieu fit prévoir à Abraham que le monde d’en haut et celui d’en bas seraient bénis en lui, ainsi qu’il est écrit : « Et tous les peuples de la terre seront bénis en toi. » Au commencement du même verset, il est écrit : « Je bénirai ceux qui te béniront. » Lorsqu’Isaac vint au monde, il fit savoir à tout le monde qu’il y a en haut un Juge et une justice pour le châtiment des coupables ; c’est Isaac qui fit connaître la justice divine à tous les habitants de la terre et leur apprit à craindre le Saint, béni soit-il. Lorsque Jacob vint au monde, il amena la miséricorde de Dieu sur la terre et perfectionna la foi de manière convenable. Que dit l’Écriture de l’époque d’Abraham ? Elle dit : « Et Melchisedech, le Roi complet (schalem)… », ce qui veut dire que le trône de Dieu était parfait en ce moment et qu’il ne présentait aucune brèche. L’Écriture ajoute : « … Il fit sortir (hotzi) du pain et du vin », ce qui veut dire qu’il obtint la nourriture pour ce monde. L’Écriture se sert du mot « il fit sortir » (hotzi) pour nous indiquer qu’il fit sortir de l’échelle suprême la nourriture et les bénédictions pour tous les mondes ; car le mot « hotzi » signifie « produire », ainsi qu’il est écrit : « Que la terre produise… » L’Écriture ajoute : « … Et il est prêtre du Dieu très haut », ce qui veut dire que tout l’ordre céleste se trouvait, à cette époque, tout à fait complet. Ces paroles nous démontrent combien est grand le crime des coupables qui provoquent une brèche dans le monde céleste et empêchent les bénédictions de descendre. Ces paroles nous prouvent également que c’est par le mérite des justes que les bénédictions célestes se répandent dans le monde et que c’est par leur mérite que tous les habitants de ce monde sont bénis.

Source Sepher ha-Zohar, tome I, trad. Jean de Pauly (1906), archive.org SepherHaZoharLeLivre1 (OCR corrigé) · Sommaire