Il est écrit : « Et Abram descendit en Égypte pour y passer quelque temps. » Pourquoi allait-il en Égypte ? Parce que l’Égypte est assimilée au Jardin du Seigneur, ainsi qu’il est écrit : « … comme le Jardin du Seigneur, comme l’Égypte. » Car le Jardin de l’Éden est pourvu d’un fleuve qui coule à son côté droit, ainsi qu’il est écrit : « L’un s’appelle Pischon : c’est celui qui coule tout autour du pays de Hevilah, où il y a de l’or. » Comme Abraham avait connu le mystère du Jardin de l’Éden, et qu’il avait une foi absolue en Dieu, il voulait connaître toutes les échelles d’ici-bas, qui correspondent aux échelles d’en haut ; et comme l’Égypte se trouvait à sa droite, il descendit en Égypte. Remarquez que la famine ne sévit jamais sur la terre que quand la miséricorde céleste se sépare de la rigueur céleste.
Il est écrit : « Et lorsqu’il s’approcha pour entrer en Égypte. » Rabbi Éléazar demanda : Pourquoi l’Écriture se sert-elle du terme « hiqrib », au lieu de celui de « qarab » ? Mais, de même que le mot « hiqrib » dans le verset : « Et lorsque Pharaon s’approcha… (hiqrib) » est expliqué de cette façon : Lorsque Pharaon approcha les Israélites de Dieu, en les déterminant par son oppression à la pénitence, de même le mot « hiqrib », dont l’Écriture se sert ici, signifie qu’Abraham s’approcha du Saint, béni soit-il, de manière convenable. Et l’Écriture ajoute : « … Pour entrer en Égypte », c’est-à-dire qu’Abraham s’attacha d’autant plus à Dieu, qu’il s’apprêtait à entrer en Égypte, où il allait être témoin des mauvaises actions de ces hommes placés sur la dernière échelle et où il lui fallait beaucoup de force pour se tenir à l’écart de ces hommes, ainsi que du culte de l’idolâtrie qu’ils pratiquaient. Rabbi Yehouda dit : Remarquez que c’est à la suite de la faute commise par Abraham de se rendre en Égypte sans l’autorisation de Dieu, que ses descendants y furent opprimés pendant quatre cents ans. Car l’Écriture nous apprend seulement qu’Abraham descendit en Égypte ; mais elle ne nous dit pas que Dieu lui eût
C’était ordonné de descendre en Égypte. Aussi, dès la première nuit de son entrée en Égypte, il eut à souffrir à cause de Sara. Il est écrit : « Et il dit à Saraï, sa femme : Je sais maintenant que tu es belle. » Abraham ne savait-il donc pas avant que sa femme était belle ? Pourquoi donc disait-il « maintenant » ? Mais on l’a déjà expliqué de cette façon : Abraham et Sara ont toujours vécu si chastement et si saintement que lui n’a jamais regardé sa femme en face. Ce n’était qu’à leur approche d’Égypte que Sara avait soulevé un coin de son voile et qu’Abraham constata qu’elle était belle. Suivant une autre interprétation, le sens de ces paroles est le suivant : Le voyage altère habituellement la figure de l’homme, alors que Sara avait conservé la fraîcheur de son visage sans aucune altération, malgré le voyage ; c’est ce qui fit dire à Abraham : « Je vois maintenant que tu es belle. » Suivant une troisième version encore, Abraham a vu que la Schekhina était avec Sara ; c’est pourquoi il a dit : « Je vois maintenant que tu es belle. » C’est pourquoi Abraham résolut de dire à Sara : « Dis, je te supplie, que tu es ma sœur. » Le mot « sœur » a deux significations : d’abord sa signification littérale ; et ensuite celle qu’il a dans le verset : « Dis à la Sagesse : Tu es ma sœur. » Ainsi le mot « sœur » désigne la Schekhina, qui était avec Sara. Abraham n’a donc pas fait mentir Sara en la suppliant de dire qu’elle était sa sœur ; car, comme elle était avec la Schekhina, et que celle-ci est la sœur de tous les hommes, elle était nécessairement la sœur d’Abraham. Ce qui prouve l’exactitude de cette interprétation, c’est la similitude des mots. Dans le verset précédent, l’Écriture dit : « Dis à la Sagesse : Tu es ma sœur (ath) » ; et, ici, l’Écriture dit : « Dis, je te supplie, que tu es ma sœur (ath) » ; et, ailleurs, il est écrit : « Tu nous parleras (ve-ath). » Et Abraham ajouta : « ... Afin qu’il m’arrive du bien à cause de toi. » Abraham s’adressa à la Schekhina, à qui il dit : « ... Afin que le Saint, béni soit-il, me fasse du bien à cause de toi. » Et Abraham ajouta : « ... Et que ma vie soit conservée à cause de toi. » C’est encore à la Schekhina qu’Abraham adressa ces paroles ; car ce n’est que si l’homme quitte ce monde dans la grâce de la Schekhina qu’il est jugé digne de la vie éternelle. L’Écriture dit : « Dis, je te supplie, que tu es ma sœur. » Rabbi Yessa dit : Il est certain qu’Abraham a connu l’incontinence de tous les Égyptiens ; or, puisqu’il savait tout cela, pourquoi ne craignait-il pas pour sa femme, et ne prit-il une autre direction, sans pénétrer en Égypte ? C’était parce qu’il avait vu la Schekhina avec Sara ; et c’était ce qui le rassurait sur le sort de cette dernière.
Il est écrit : « Et lorsqu’Abram était entré en Égypte, les Égyptiens virent que cette femme était très belle. » Rabbi Yehouda dit : Abraham avait caché sa femme dans une malle que les Égyptiens ont ouverte pour voir si elle ne contenait des marchandises soumises aux droits fiscaux. Aussitôt qu’ils eurent ouvert la malle, une lumière pareille à celle du soleil se répandit ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Les Égyptiens virent que cette femme était très belle. » Pourquoi l’Écriture dit-elle « très belle » ? Elle nous indique que les Égyptiens ont vu dans la malle une autre figure ; car après même qu’ils ont fait sortir Sara de la malle, ils y ont toujours vu la figure comme avant. Ceci explique le pléonasme apparent de l’Écriture : « Les Égyptiens virent que cette femme était très belle » ; et ensuite on répète : « Et les personnes de la cour de Pharaon virent Saraï et en firent l’éloge devant Pharaon. » Ceci s’explique d’après la tradition que nous venons de rapporter ; d’abord, les Égyptiens ont vu Sara dans la malle ; et ensuite ils y ont vu la figure qui y apparaissait même après la sortie de Sara ; et c’est ce qui les a déterminés à en faire l’éloge à Pharaon. Rabbi Isaac dit : Malheur aux coupables du monde qui ne connaissent ni ne prêtent aucune attention aux œuvres du Saint, béni soit-il, et qui ne s’aperçoivent pas que tous les événements qui arrivent dans le monde sont d’avance réglés par le Saint, béni soit-il, qui sait d’avance ce qui arrivera dans l’avenir, ainsi qu’il est écrit : « C’est moi qui annonce dès le commencement ce qui ne doit arriver qu’à la fin des siècles, et qui prédis les choses longtemps avant qu’elles soient faites. » Ainsi, Dieu produit d’abord des événements en apparence insignifiants, et dont les conséquences demeurent cachées aux yeux des hommes ; ensuite, il fait arriver d’autres événements qui semblent aux hommes d’une extrême importance, et qui ne sont pourtant que la conséquence naturelle des premiers qui les ont préparés. Remarquez que si Sara n’eût pas été conduite auprès de Pharaon, celui-ci n’aurait pas été châtié ; or, les plaies dont Dieu venait de frapper Pharaon ont été les précurseurs des plaies dont Dieu frappa plus tard les Égyptiens. Ici l’Écriture se sert du terme « grand » ; et ailleurs, il est écrit : « Et le Seigneur a fait devant nos yeux dans l’Égypte de grands miracles et des prodiges terribles contre Pharaon et contre toute sa maison. » Nous déduisons de cette analogie de mots que, de même que le nombre des fléaux auxquels il est fait allusion dans ce dernier verset était de dix, de même le nombre de plaies dont Dieu frappa Pharaon à cause de Sara était de dix. De même que le Saint, béni soit-il, opéra en faveur d’Israël, lors de sa sortie d’Égypte, des miracles durant la nuit, de même, les miracles en faveur de Sara ont été faits durant la nuit.
Rabbi Yessa a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit : « Et toi, Seigneur, tu es mon protecteur et ma gloire ; et tu élèves ma tête. » David disait à Dieu : Quand même tous les hommes de ce monde me déclareraient la guerre, je ne les craindrais pas, attendu que « tu es mon protecteur ». Remarquez que le Psalmiste se sert du terme « mon protecteur ». David disait une fois au Saint, béni soit-il : Maître de l’univers, pourquoi n’y a-t-il pas une bénédiction, parmi celles qu’Israël adresse au ciel, qui soit terminée par mon nom, ainsi que c’est le cas d’Abraham à qui tu as dit : « Je suis ton protecteur », et par le nom duquel se termine une des dix-huit bénédictions qu’Israël adresse dans chacune de ses prières à Dieu, bénédiction dont voici la teneur : « Sois béni, Seigneur, protecteur d’Abraham » ? Le Saint, béni soit-il, répondit à David : Abraham avait été sondé et mis à l’épreuve par moi depuis longtemps, et je l’ai trouvé d’une fidélité absolue ; c’est pourquoi j’ai permis qu’une des bénédictions fût terminée par son nom ; mais toi, je ne t’ai pas encore mis à l’épreuve ; aussi ton nom ne peut-il encore figurer à la fin d’aucune bénédiction. David répliqua : « Éprouve-moi, Seigneur, et sonde-moi ; éprouve comme par le feu mes reins et mon cœur. » Mais après avoir commis son péché avec Bethsabée, David se souvint des paroles qu’il dit un jour au Saint, béni soit-il ; aussi s’écria-t-il : « Tu as mis mon cœur à l’épreuve, et tu l’as visité durant la nuit ; tu m’as éprouvé, sans trouver ; j’aurais souhaité que ma bouche n’eût point parlé. » David dit ainsi à Dieu : J’avais demandé : « Éprouve-moi, Seigneur », et tu as mis mon cœur à l’épreuve. J’avais demandé : « Éprouve comme par le feu mes reins et mon cœur », et tu m’as éprouvé par le feu. Mais « sans trouver », c’est-à-dire sans me trouver tel que j’aurais dû être. « J’aurais souhaité que ma bouche n’eût point parlé », c’est-à-dire : mieux aurait valu pour moi n’avoir jamais demandé à être mis à l’épreuve. Mais, malgré la faiblesse de David, il existe quand même une bénédiction qui se termine par les mots : « Sois béni, Seigneur, protecteur de David. » C’est pourquoi David a dit : « Et toi, Seigneur, tu es mon protecteur et ma gloire ; et tu élèves ma tête. » Cette faveur, ajoutait David, est pour moi si précieuse que je m’en réjouis comme d’une couronne.
Il est écrit : « Et Pharaon a donné l’ordre à ses gens de prendre soin d’Abram ; et ils le conduisirent hors d’Égypte, avec sa femme et tout ce qu’il possédait. » Remarquez que le Saint, béni soit-il, protège les justes, pour que nul homme ne puisse les léser. C’était également le Saint, béni soit-il, qui protégea Abraham et empêcha les Égyptiens de lui porter préjudice, soit à lui, soit à sa femme. Remarquez que la Schekhina n’a pas quitté Sara de toute la nuit. Chaque fois que Pharaon s’approcha de Sara, un ange du ciel vint le frapper ; et chaque fois que Sara dit à l’ange : Frappe-le, l’ange frappa. Mais Abraham était confiant dans son Maître, que nul homme ne saurait léser Sara. C’est d’un homme d’une telle foi que l’Écriture dit : « Le juste est hardi comme un lion et ne craint rien. » En mettant Abraham dans une pareille situation, le Saint, béni soit-il, le mit à l’épreuve pour voir si sa foi ne serait pas ébranlée. Rabbi Isaac dit : Remarquez que c’est précisément parce que le Saint, béni soit-il, voulait mettre Abraham à l’épreuve qu’il ne lui a pas dit d’aller en Égypte ; mais il attendait qu’Abraham y allât de sa propre initiative, pour ne pas fournir aux hommes la matière de récrimination contre Dieu ; car ils n’auraient pas manqué de dire : Dieu avait lui-même envoyé Abraham en Égypte ; et pourtant il ne lui a pas épargné les angoisses qu’il a dû endurer à cause de Sara !
Rabbi Isaac a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit : « Le juste fleurira comme le palmier et se multipliera comme le cèdre du Liban. » Pour quelle raison le juste est-il comparé à un palmier ? Parce que, de même que le palmier coupé a besoin de longtemps pour repousser, de même lorsqu’un juste disparaît du monde, il se passe un long espace de temps avant qu’un autre le remplace. On peut également donner à cette comparaison le motif suivant : De même que le palmier ne réussit que s’il est planté mâle et femelle, c’est-à-dire si l’arbre mâle est planté à côté d’un arbre femelle, de même le juste est toujours accompagné d’une femme juste, à l’exemple d’Abraham et de Sara. L’Écriture ajoute : « ... Et se multipliera comme le cèdre du Liban. » Car, de même que le cèdre du Liban s’élève au-dessus de tous les autres arbres, de sorte que les autres arbres se trouvent placés sous lui, de même le juste s’élève au-dessus des autres hommes, de sorte que tous les hommes sont placés sous sa protection. Le monde ne subsiste que par le mérite d’un seul juste, ainsi qu’il est écrit : « Et le Juste est le fondement du monde. » C’est sur un seul Juste que le monde est fondé, sur lequel il est basé et par lequel il a été créé. Rabbi Yehouda objecta : Nous savons pourtant par une tradition que le monde est basé sur sept
colonnes, ainsi qu’il est écrit : « La Sagesse s’est bâti une maison ; elle a taillé sept colonnes. » Rabbi Yossé lui répondit : En effet, le monde est appuyé sur sept colonnes ; mais ces sept colonnes elles-mêmes ne sont soutenues que par le Juste, qui abreuve le monde, qui rassasie le monde et qui nourrit toutes les créatures. C’est de ce Juste que l’Écriture dit : « Dites au Juste qu’il est bon, car on mange les fruits de ses œuvres » ; et ailleurs, il est écrit : « Le Seigneur est bon et miséricordieux envers tous ; et sa miséricorde s’étend sur toutes ses œuvres. » Rabbi Isaac dit : Le verset : « Et un fleuve sort de l’Éden pour arroser le Jardin » désigne la Colonne sur laquelle le monde est basé ; c’est ce fleuve qui arrose le Jardin de l’Éden ; et c’est grâce à cet arrosage que le Jardin produit des fruits et que toutes les plantes qu’il renferme fleurissent dans le monde. Ce sont également ces fruits qui soutiennent le monde et qui conservent la doctrine. Qu’est-ce qu’on entend par ces fruits ? Ce sont les âmes des justes qui forment les fruits des œuvres du Saint, béni soit-il. C’est pour cette raison qu’à chaque nuit les âmes des justes montent au ciel et qu’à l’heure de minuit le Saint, béni soit-il, vient dans le Jardin de l’Éden, pour se délecter avec elles. Avec quelles âmes le Saint, béni soit-il, se délecte-t-il ? Rabbi Yossé répond : Avec toutes, aussi bien avec celles qui séjournent encore dans ce bas-monde qu’avec celles dont le séjour est définitivement fixé au ciel ; c’est avec toutes ces âmes que le Saint, béni soit-il, se réjouit à l’heure de minuit. Remarquez que le monde d’en haut a besoin, pour pouvoir favoriser le monde d’en bas, de l’impulsion du monde inférieur. Et lorsque les âmes des justes quittent ce monde et s’élèvent dans les régions supérieures, elles sont toutes enveloppées de la Lumière suprême d’un éclat immense ; et le Saint, béni soit-il, les chérit et se délecte avec elles ; car elles sont les fruits de ses œuvres. C’est pourquoi les Israélites, qui ont des âmes saintes, sont appelés les enfants du Saint, béni soit-il, ainsi qu’il est écrit : « Vous êtes les enfants du Seigneur votre Dieu. » Les justes sont en réalité les enfants de Dieu, attendu que leurs âmes sont le fruit de ses œuvres.
Rabbi Yessa demanda : Comment le Saint, béni soit-il, peut-il se délecter avec les âmes qui séjournent encore en ce bas monde ? Rabbi Yossé lui répondit : Au milieu de la nuit, tous les justes épris de vérité se lèvent et se consacrent à l’étude de la doctrine et aux louanges du Seigneur. Or, nous avons déjà appris que le Saint, béni soit-il, ainsi que tous les justes qui séjournent dans le Jardin de l’Éden, écoutent la voix de celui qui consacre l’heure de minuit à l’étude de la doctrine et aux louanges. Tous ceux qui agissent ainsi sont jugés dignes de ce rayon de lumière que Dieu répand sur eux le jour suivant, ainsi qu’il est écrit : « Le Seigneur envoie sa miséricorde durant le jour, et je lui chante la nuit un cantique. » C’est pour cette raison que les louanges qu’on adresse à Dieu durant la nuit sont parfaites. Remarquez qu’à l’heure où le Saint, béni soit-il, a fait périr les premiers-nés des Égyptiens, les Israélites renfermés chez eux ont chanté des hymnes et des cantiques d’actions de grâces. Remarquez que le roi David avait coutume de se lever à minuit ; car on ne peut pas admettre que David restait dans son lit et chantait des hymnes ; mais il est évident qu’il se levait pour louer Dieu, ainsi qu’il est écrit : « Je me lève au milieu de la nuit pour te louer. » Ainsi, David se levait pour chanter ses louanges debout. C’est en récompense de cette œuvre que le règne de David demeurera éternel ; et, même à l’époque du Roi Messie, David restera roi. Car nous savons par une tradition que le Roi Messie portera le nom de David, qu’il soit des vivants ou de ceux qui ressusciteront. En se levant à minuit, David réveillait, en quelque sorte, l’heure matinale, alors qu’ordinairement c’est le point du jour qui réveille l’homme endormi, ainsi qu’il est écrit : « Lève-toi, ma gloire ; excitez-vous, mon luth et ma harpe ; je réveillerai le matin. » Remarquez que, durant la nuit que Sara a passée chez Pharaon, les anges supérieurs se présentèrent pour chanter des louanges et des cantiques d’actions de grâces devant le Saint, béni soit-il. Le Saint, béni soit-il, leur dit : Allez tous en Égypte et frappez celui que je me propose de frapper plus tard
d’une façon plus terrible encore. Aussi, l’Écriture ajoute-t-elle : « Et le Seigneur frappa de très grandes plaies Pharaon et sa maison... » Remarquez que l’Écriture dit : « Et Pharaon a fait venir Abram... » Comment Pharaon savait-il qu’Abraham était le mari de la femme qu’il avait chez lui ? On conçoit très bien qu’Abimelech ait fait venir Abraham, puisque Dieu lui avait dit en songe : « Rends présentement cette femme à son mari, parce que c’est un prophète. » Mais comment Pharaon pouvait-il savoir que la femme qu’il avait chez lui était mariée et qu’elle était l’épouse d’Abraham ? Rabbi Isaac répond : L’Écriture dit : « Et le Seigneur frappa de très grandes plaies Pharaon et sa maison à cause de Saraï, femme d’Abram. » Pharaon, au moment d’être frappé, entendit une voix qui disait : « À cause de Saraï, femme d’Abram. » Aussi, bien que Dieu ne lui ait pas adressé la parole, ainsi que c’était le cas chez Abimelech, Pharaon a su par ces quelques paroles qu’il a entendues que Sara était l’épouse d’Abraham. Aussi, l’Écriture dit-elle : « Et Pharaon a fait venir Abram et lui dit, etc. »
Il est écrit : « Et Pharaon a donné l’ordre à ses gens de prendre soin d’Abram. » Pourquoi ? Afin que personne ne leur fasse de tort. L’Écriture ajoute : « Et ils le conduisirent avec sa femme et tout ce qu’il possédait. » L’Écriture veut dire qu’ils conduisirent Abraham jusqu’à la limite de l’Égypte. Le Saint, béni soit-il, dit ainsi à Pharaon : Tu en agiras de même à l’égard des descendants d’Abraham, ainsi qu’il est écrit : « Et lorsque Pharaon renvoya le peuple d’Israël... », ce qui veut dire que Pharaon les avait accompagnés jusqu’aux limites de son pays. Rabbi Abba dit : Pourquoi Abraham a-t-il été exposé au désagrément de cet incident, et dans quel but Dieu le permit-il ? C’était pour rendre célèbres le nom d’Abraham et de Sara dans tout le monde, et même en Égypte, dont les habitants étaient les plus grands magiciens du monde, au point que nul homme ne pouvait leur résister. Même en ce pays, Abraham grandit et fut reconnu supérieur aux autres hommes, ainsi qu’il est écrit : « Et Abram monta de l’Égypte. » Vers quel côté ? — Vers le Midi. Rabbi Siméon dit :
Remarquez que toutes ces paroles renferment un mystère de la Sagesse. L’Écriture nous indique, par les mots : « Et Abram descendit en Égypte », et par ceux-ci : « Et Abram monta de l’Égypte », que, bien qu’Abraham fût descendu pour connaître à fond la science occulte des Égyptiens, il ne se laissa pas séduire par elle et ne s’y attacha pas, mais retourna au culte de son Maître. Il ne se laissa pas séduire à l’exemple d’Adam qui, étant descendu également à connaître le mal, se laissa séduire par le serpent et occasionna la mort aux habitants du monde. Il ne se laissa pas non plus séduire comme Noé qui, étant aussi descendu à connaître le mal, y succomba, ainsi qu’il est écrit : « Et il but du vin, s’enivra et parut nu dans sa tente. » L’Écriture dit : « Oholoh », avec un Hé à la fin, ce qui signifie que Noé parut nu dans la tente de la Schekhina. Mais, pour Abraham, l’Écriture dit : « Et Abram monta de l’Égypte », ce qui veut dire qu’après avoir pénétré le secret du mal, Abraham remonta vers le bien et ne resta pas attaché au mal vers lequel il était descendu. Si Abraham a eu cette force de pénétrer le secret du mal sans en être séduit, c’était grâce à la Sagesse à laquelle il s’était étroitement attaché. L’Écriture ajoute : « ... Et alla du côté du Midi. » Par le mot « Midi », l’Écriture désigne le degré supérieur auquel Abraham était attaché avant de descendre à pénétrer le secret du mal, ainsi qu’il est écrit : « Abram alla encore plus loin, marchant toujours et s’avançant vers le Midi. » Par ce mot « Midi », l’Écriture désigne le degré supérieur vers lequel Abraham s’acheminait ; de même lorsque l’Écriture dit qu’en montant de l’Égypte Abraham se dirigea du côté du Midi, elle entend qu’après être descendu à connaître le secret du mal, Abraham reprit son chemin vers le degré supérieur.
Remarquez le mystère de cette chose : si Abraham n’eût pas passé quelque temps en Égypte, il n’aurait pas eu le mérite, aux yeux du Saint, béni soit-il, d’avoir vécu parmi des coupables sans s’être approprié leur mauvaise conduite. De même, les descendants d’Abraham n’auraient jamais été constitués en un seul peuple, s’ils n’avaient été éprouvés auparavant en Égypte ; enfin, si la Terre Sainte n’avait pas appartenu, avant de constituer le patrimoine d’Israël, à Chanaan, elle n’aurait pas été favorisée plus tard d’être la terre préférée du Saint, béni soit-il. Toutes ces choses sont motivées par la même raison.
Rabbi Siméon allait une fois en voyage. Rabbi Éléazar, son fils, Rabbi Abba et Rabbi Yehouda s’apprêtèrent à l’accompagner. Avant de se mettre en route, Rabbi Siméon s’écria : « Je m’étonne que les hommes ne prêtent aucune attention aux paroles de la doctrine et qu’ils demeurent dans l’ignorance de ce qui constitue la base du monde. » Après avoir parlé ainsi, Rabbi Siméon continua de la manière suivante : Il est écrit : « Mon âme te désire pendant la nuit, et mon esprit te cherche lorsque je me réveille au point du jour. » Ce verset a déjà été expliqué d’une certaine façon ; mais en voici une autre interprétation. Remarquez que, lorsque l’homme se met au lit, son âme le quitte et monte en haut ; mais si toutes les âmes quittent ceux qui dorment, toutes ne parviennent pas à voir le visage du Roi céleste. Lorsque l’âme quitte le corps, elle n’y laisse que son ombre, le strict nécessaire pour maintenir la vie du corps. Elle cherche ensuite à s’élever vers le lieu de son origine ; elle parcourt de nombreuses régions en montant d’échelle en échelle ; sur son parcours, elle vient en contact avec les puissances impures qui entourent constamment les régions sacrées. Si l’âme qui monte est pure et qu’elle n’ait commis le jour précédent aucun acte susceptible de la souiller, elle s’élève au-dessus de ces puissances impures et parvient à atteindre son but. Mais si elle est impure, elle est arrêtée en chemin par les puissances impures et ne peut alors s’élever plus haut. Pendant qu’elle est arrêtée dans les régions des puissances impures, celles-ci lui font prévoir les choses d’un avenir prochain, et parfois aussi elles se rient d’elle et lui font voir des choses mensongères. L’âme reste ainsi mêlée aux puissances impures durant toute la nuit, jusqu’au moment où l’homme se réveille ; à cet instant, elle retourne à sa place.
Heureux le sort des justes, à qui le Saint, béni soit-il, révèle ces mystères en un songe et leur fait entrevoir l’avenir, afin qu’ils puissent se mettre à l’abri de la rigueur. Mais malheur aux coupables de ce monde qui se souillent le corps et l’âme. Remarquez que les âmes de ceux qui n’ont pas souillé leur corps s’élèvent pendant le sommeil et parcourent les premières régions supérieures, sans s’attacher aux puissances impures qui y pullulent. Passé cet espace, elles s’élèvent plus haut et parviennent à contempler la gloire du Roi céleste et à visiter ses palais. Un homme dont l’âme arrive chaque nuit dans cette région suprême est certain de participer à la vie future ; car les âmes qui y parviennent sont celles qui brûlent du désir de s’approcher du Saint, béni soit-il, et qui ne s’attachent jamais aux puissances impures ; elles ne cherchent que la Puissance sacrée dont elles émanent. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Mon âme te désire pendant la nuit », ce qui veut dire : elle désire parvenir jusqu’auprès de toi et ne se laisse pas séduire par toute autre puissance. Remarquez que l’Écriture se sert du mot « naphschi » ; car c’est l’âme à l’état de sommeil qui s’élève pour atteindre cette région dont elle émane, alors que l’« esprit » (rouah) désigne l’âme à l’état de veille, ainsi qu’il est écrit : « Mon âme te désire pendant la nuit. » Donc, le mot « nephesch » désigne l’âme à l’état de sommeil. Et l’Écriture ajoute : « … Et mon esprit te cherche lorsque je me réveille au point du jour. » Donc « rouah » désigne l’âme à l’état de veille. Mais que l’on n’imagine pas que « nephesch » et « rouah » sont deux essences différentes ; il n’en est rien ; elles ne forment qu’une seule et même essence, puisqu’elles ne peuvent exister qu’unies l’une à l’autre. Au-dessus de « nephesch » et de « rouah », il y a une essence supérieure qui les domine ; et cette essence est appelée « neschama » (âme). Ces échelles de l’esprit de l’homme sont l’image du mystère de la Sagesse ; car lorsque l’on contemple les degrés de l’esprit humain, on voit en même temps les degrés de la Sagesse suprême. Ainsi, la « neschama » pénètre entre « nephesch » et « rouah » avec lesquels elle s’unit. Lorsque c’est la
« Neschama », qui a la prééminence, l’homme est appelé « saint », attendu qu’il se conforme entièrement à la volonté du Saint, béni soit-il. « Nephesch » est le degré inférieur ; il est le soutien du corps qu’il nourrit ; il ne peut exister qu’uni au corps, et le corps ne peut exister qu’uni à lui. Ensuite il devient le piédestal de « rouah » ; « rouah » est donc au-dessus de « nephesch » uni au corps, ainsi qu’il est écrit : « Jusqu’à ce que l’Esprit (rouah) soit répandu sur nous du haut du ciel... » Lorsque l’homme possède « nephesch » et « rouah », il devient susceptible de recevoir « neschama », de manière que « rouah » devient le piédestal de « neschama ». « Neschama » est l’essence de beaucoup supérieure à « nephesch » et à « rouah », et aussi plus secrète que les deux autres. Il résulte donc de ce qui précède que le corps de l’homme sert de piédestal à un autre piédestal qui est « nephesch » ; cet autre piédestal sert à « rouah » ; et « rouah » sert à son tour de piédestal à « neschama ». Que l’on approfondisse ces degrés de l’esprit humain ; et l’on y découvrira le mystère de la Sagesse éternelle ; car c’est la Sagesse éternelle qui a formé ces échelles de l’esprit humain à l’image du Mystère suprême. Remarquez que « nephesch » est l’échelle inférieure attachée au corps, de même que la partie inférieure de la flamme d’une chandelle, dont la couleur est foncée, reste toujours attachée à la mèche et ne peut exister qu’unie à celle-ci. Lorsque cette flamme foncée s’est attachée à la mèche, elle devient piédestal à la partie supérieure de la flamme qui est de couleur blanche ; et lorsque ces deux parties de flamme sont unies ensemble, elles donnent lieu à la flamme supérieure et imperceptible qui repose sur la flamme blanche. Ainsi, de même que le corps de l’homme, la mèche sert de piédestal à un autre piédestal, qui est la flamme noire, ou foncée ; cet autre piédestal sert à la flamme blanche, et celle-ci, à son tour, sert de piédestal à la flamme imperceptible qui s’élève au-dessus d’elle. Lorsque la lumière est composée de toutes ces parties, la clarté qu’elle répand est parfaite ; de même, l’homme pourvu de ces différents degrés d’esprits est appelé « saint », ainsi qu’il est écrit : « Il a fait paraître tout ce que nous pouvons souhaiter à connaître de lui dans les saints qui sont sur la terre. »
Car le Mystère suprême consiste également en des échelles semblables à celles de l’esprit de l’homme. Remarquez qu’au moment où Abraham pénétra dans la Terre Sainte, le Saint, béni soit-il, lui apparut, ainsi qu’il est écrit : « Abram dressa en ce lieu-là un autel au Seigneur, qui lui était apparu. » C’était en ce moment qu’Abraham reçut le « nephesch » ; et il dressa un autel au degré de l’essence divine qui correspond à ce degré de l’esprit humain. Ensuite, l’Écriture ajoute : « Abram alla encore plus loin, marchant toujours et s’avançant vers le Midi », ce qui veut dire : il reçut le « rouah ». Et il finit par arriver jusqu’à la suprême échelle où il reçut la « neschama », ainsi qu’il est écrit : « Et il dressa encore en ce lieu-là un autel au Seigneur. » Ainsi, l’Écriture parle en cet endroit du « Seigneur » (Jéhovah), sans faire suivre son nom du relatif : « qui lui était apparu », comme cela est le cas dans le verset précédent, parce que ce nom désigne ce degré de l’essence divine qui correspond à la « neschama ». Ce degré de l’essence divine constitue le secret des secrets. Sachant ensuite qu’il lui fallait être épuré, c’est-à-dire mis à l’épreuve, pour mériter l’auréole de l’échelle supérieure, Abraham descendit sans tarder en Égypte, ce qui veut dire : il descendit de la hauteur de sa sainteté pour approfondir l’examen du règne de Satan. En dépit de cette descente dans les régions inférieures, Abraham ne se laissa pas séduire par les lumières impures. Épuré par cette épreuve, Abraham remonta à la hauteur de sa sainteté. Aussi n’est-ce qu’après avoir été épuré que l’Écriture dit : « Et Abram monta de l’Égypte. » L’Écriture veut dire : Abraham remonta à l’échelle supérieure et s’attacha de nouveau à la Foi, ainsi qu’il est écrit : « Il alla du côté du Midi. » À partir de ce moment, Abraham connut le mystère de la Sagesse suprême, s’attacha au Saint, béni soit-il, et devint le bras droit du monde. Aussi l’Écriture ajoute-t-elle : « Et Abram était très riche en troupeaux, en argent et en or. » Les paroles : « très riche » désignent l’est ; « en troupeaux » désigne
l'ouest; « en argent » désigne le sud; « et en or » désigne le nord.
Rabbi Éléazar, Rabbi Abba et tous les collègues s’approchèrent de Rabbi Siméon et lui baisèrent les mains. Rabbi Abba s’écria en pleurant : Hélas ! hélas ! qui est-ce qui pourra enseigner la doctrine ésotérique avec un pareil éclat, lorsque tu auras quitté ce monde ! Heureux le sort des collègues à qui il est donné d’entendre les paroles relatives à la doctrine sorties de ta bouche !
Rabbi Éléazar, Rabbi Abba et tous les collègues s’approchèrent de Rabbi Siméon et lui baisèrent les mains. Rabbi Abba s’écria en pleurant : Hélas ! hélas ! qui est-ce qui pourra enseigner la doctrine ésotérique avec un pareil éclat, lorsque tu auras quitté ce monde ! Heureux le sort des collègues à qui il est donné d’entendre les paroles relatives à la doctrine sorties de ta bouche !
Rabbi Siméon continua de la manière suivante : Remarquez que l’Écriture dit : « Il retourna par les mêmes chemins qu’il était venu », ce qui veut dire qu’il retourna à l’échelle d’où il était descendu. Le mot « chemins » est écrit au singulier. Qu’est-ce que l’Écriture veut nous indiquer par cette anomalie d’écrire le mot au singulier, alors qu’il est prononcé au pluriel ? L’Écriture nous indique qu’Abraham retourna à la première échelle qui lui apparut pour la première fois. Ce qui le prouve, c’est que l’Écriture se sert ici du mot « masao ». Et ailleurs il est écrit : « Elle fut bâtie d’une pierre intégrale et achevée. » Or, ces paroles ont déjà été interprétées. L’Écriture dit : « Il retourna par les mêmes chemins qu’il était venu », ce qui veut dire : il remonta l’une après l’autre toutes les échelles, ainsi que nous l’avons dit. L’Écriture a ajouté : « ... Du Midi à Beth-El », afin de préparer sa place et de l’attacher à l’échelle supérieure. Car en allant du côté du Midi à Beth-El, Abraham trouva, au milieu de son parcours, le mystère de la « Sagesse ». Enfin, l’Écriture dit : « ... Jusqu’au lieu où il avait auparavant dressé sa tente. » Le mot « oholoh » est écrit avec un Hé final. Quelle tente désigne l’Écriture ? La tente de « Beth-El », qui est aussi désignée sous le nom de « pierre intégrale », ainsi que nous l’avons dit. L’Écriture ajoute encore une autre signification : « ... À l’endroit où était l’autel qu’il avait bâti au commencement », ce qui veut dire : il retourna au degré qu’il avait atteint au commencement,
ainsi qu’il est écrit : « Abram dressa en ce lieu-là un autel au Seigneur qui lui était apparu. » C’est pourquoi l’Écriture ajoute : « Et Abram invoqua en ce lieu le nom du Seigneur. » Car, en arrivant à ce degré, Abraham a atteint la Foi parfaite. Remarquez que, d’abord, Abraham parcourait les échelles en commençant par la dernière et en remontant toujours plus haut, ainsi qu’il est écrit : « Et le Seigneur apparut à Abram. » Ces paroles désignent la première échelle de l’essence divine, ainsi que cela résulte du second membre du verset : « Abram dressa en ce lieu-là un autel au Seigneur qui lui était apparu. » Cette échelle est aussi désignée sous le nom de « pierre intégrale », ainsi que nous l’avons dit. Ensuite l’Écriture dit : « Abram alla encore plus loin, marchant toujours et s’avançant vers le Midi », ce qui veut dire qu’il avançait d’échelle en échelle jusqu’au Midi dont il a atteint l’auréole et a fait son patrimoine. Et enfin l’Écriture dit : « Et il dressa encore en ce lieu-là un autel au Seigneur », sans ajouter d’autre spécification. Par ce mot « Seigneur » (Jéhovah), l’Écriture désigne le monde supérieur. Aussi en descendant les échelles, Abraham a dû commencer par l’échelle suprême pour arriver à l’échelle inférieure. En examinant bien ces échelles auxquelles l’Écriture fait allusion, on trouvera le mystère de la Sagesse supérieure. Aussi l’Écriture dit-elle : « Il retourna par les mêmes chemins qu’il était venu du Midi à Beth-El », ce qui veut dire qu’il commença par descendre du degré suprême désigné par le mot « Midi », qui constitue le côté droit et qui forme la base du monde suprême, en d’autres termes, du Mystère suprême, de l’Infini ; et, descendant d’échelle en échelle, il parvint à Beth-El. Ainsi Abraham parcourut les échelles de haut en bas. C’est pourquoi l’Écriture ajoute : « Et Abram invoqua en ce lieu le nom du Seigneur », ce qui veut dire : il constata l’unité de Dieu en parcourant toutes les échelles. Et précédemment l’Écriture a dit : « ... À l’endroit où était l’autel qu’il avait bâti avant son départ. » Car, en redescendant les échelles, Abraham a fini là où il avait commencé auparavant.
C’est en parcourant les échelles de bas en haut et de haut en bas qu’il obtint l’auréole et que le Saint, béni soit-il, devint son patrimoine. Heureux le sort des justes à qui le Saint, béni soit-il, sert de couronne, et qui, à leur tour, servent de couronne au Saint, béni soit-il ! Heureux leur sort dans ce monde et heureux leur sort dans le monde futur ! C’est d’eux que l’Écriture a dit : « Et tout votre peuple est un peuple de justes ; ils posséderont la terre pour toujours. » Et ailleurs, il est écrit : « Et le sentier des justes est comme une lumière brillante qui s’avance et qui croît jusqu’au jour parfait. »
Rabbi Siméon et ses collègues continuèrent leur chemin. Arrivés près d’une forêt, ils s’assirent. Rabbi Siméon commença à parler de la manière suivante : Il est écrit : « Tourne tes regards vers moi, et aie compassion de moi. » Ce verset mérite qu’on l’examine ; et nous en avons déjà parlé en plusieurs endroits. Ce verset renferme des paroles mystérieuses. David dit : « Tourne tes regards vers moi (Elaï). » Pourquoi David parlait-il de la sorte ? Mais David soupirait après le degré qui doit lui constituer une couronne. Aussi dit-il ensuite : « Donne ta force à ton serviteur. » Par les mots : « Donne ta force, etc. », l’Écriture désigne la Force suprême, ainsi qu’il est écrit : « Et il donnera la force à son Roi. » Qui est désigné par ce mot « Roi », sans autre spécification ? C’est le Roi Messie. De même, en disant ici : « Donne ta force à ton serviteur », David désigne le Roi Messie. David ajoute : « … Et sauve le fils de ta servante. » David n’était-il donc pas le fils d’Iesse ? Pourquoi l’Écriture parle-t-elle de la mère, et non pas de son père ? Mais nous en inférons que, quand l’homme demande quelque chose au ciel, et qu’il désire que sa demande soit exaucée, il doit s’exprimer en des termes positifs, qui n’admettent aucun doute ; c’est pourquoi David a dit : « … Et sauve le fils de ta servante. » D’ailleurs, une tradition nous apprend que David désigne ici le Roi Messie.
Rabbi Siméon continua de la manière suivante : Remarquez que l’Écriture dit : « Et une querelle s’éleva entre les pasteurs d’Abram et ceux de Lot. » Le mot « rib » est écrit sans Yod, afin de nous indiquer que Lot éprouva le désir de revenir au culte de l’idolâtrie auquel s’adonnaient ses compatriotes. Ceci résulte du second membre de ce verset : « Et les Chananéens et les Phéréséens habitaient, en ce temps-là, en cette terre. » D’où savons-nous que Lot était revenu au culte de l’idolâtrie ? Nous le savons par les paroles de l’Écriture : « Et Lot se retira du Qedem. » Or le mot « Qedem » désigne le Premier du monde. Ici, l’Écriture se sert du mot « Qedem » ; et, ailleurs, l’Écriture dit : « … Et comme ils étaient partis du Qedem. » De même que, dans ce dernier verset, le mot « Qedem » signifie le Premier du monde, de même ici, en disant que Lot s’est retiré du « Qedem », l’Écriture veut dire que Lot s’est retiré de Dieu qui est le Premier du monde.
Dès qu’Abraham apprit les penchants de Lot, il lui dit tout de suite : « Qu’il n’y ait point, je te prie, de dispute entre toi et moi, etc. Retire-toi, je te prie, d’auprès de moi. » Abraham dit à Lot : Tu n’es pas digne de vivre en ma société. Aussi, Abraham se sépara-t-il de lui et ne voulut-il pas continuer de vivre en sa société ; car quiconque s’attache aux coupables finit par s’en approprier la conduite et expie, en outre, les fautes de ceux-ci. D’où le savons-nous ? Nous le savons de Josaphat qui s’était attaché à Achab et qui aurait expié les fautes de ce dernier, si le mérite de ses ancêtres ne l’en eût préservé, ainsi qu’il est écrit : « Et Josaphat poussa des cris au Seigneur, qui le secourut. » Aussi Josaphat fut-il éloigné ensuite de la mauvaise société, ainsi que l’Écriture ajoute : « Et Dieu les écarta de lui. » Telle est la raison pour laquelle Abraham ne voulait plus marcher avec Lot. Malgré tout cela, Lot ne voulait pas revenir à de meilleurs sentiments, ainsi qu’il est écrit : « Et Lot choisit sa demeure vers le Jourdain, et il se retira du Qedem », ce qui veut dire qu’il se retira de Dieu qui est le Premier du monde et ne voulut pas s’attacher à la Foi parfaite, à l’exemple d’Abraham.
L’Écriture ajoute : « Abram demeura dans la terre de Chanaan. » Il choisit le lieu de la Foi, parce qu’il voulait connaître la Sagesse, pour pouvoir s’attacher à son Maître. Lot alla dans les villes qui étaient aux environs du Jourdain ; et il habita dans Sodome. Lot alla habiter avec les coupables du monde qui se sont éloignés de la Foi, ainsi que l’Écriture ajoute : « Et les habitants de Sodome étaient devant le Seigneur des hommes perdus de vices ; et leur corruption était montée à son comble. » Ainsi, chacun d’eux prit une autre direction. Aussi, heureux le sort des collègues qui se consacrent jour et nuit à l’étude de la doctrine et qui vivent ainsi dans la société du Saint, béni soit-il ! C’est d’eux que l’Écriture a dit : « Et vous, qui vous attachez au Seigneur votre Dieu, vous avez conservé la vie jusqu’aujourd’hui. »