Il est écrit : « Le Seigneur dit ensuite à Abram : Sors de ton pays, etc. » Rabbi Abba a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit : « Écoutez-moi, cœurs endurcis, vous qui êtes éloignés de la justice. » Par les mots « cœurs endurcis », l’Écriture désigne les coupables dont les cœurs sont très endurcis ; car ils voient les sentiers et les voies de la doctrine ésotérique, et ils ne veulent pas les examiner. Ils ont aussi le cœur endurci, parce qu’ils ne veulent pas se repentir devant leur Maître. L’Écriture ajoute : « ... Vous qui êtes éloignés de la justice », ce qui veut dire : éloignés de la doctrine ésotérique. Rabbi Hizqiya dit : Par les mots : « ... Vous qui êtes éloignés de la justice », l’Écriture désigne le Saint, béni soit-il ; car c’est parce qu’ils sont éloignés du Saint, béni soit-il, qu’ils ont le cœur endurci. Et c’est parce qu’ils sont éloignés de la justice qu’ils sont également éloignés de la paix, ainsi qu’il est écrit : « Il n’y a point de paix pour les impies, dit le Seigneur. » Et pourquoi n’ont-ils point de paix ? — Parce qu’ils sont éloignés de la justice. Remarquez qu’Abraham avait le désir de s’approcher du Saint, béni soit-il ; et il s’en approcha réellement, ainsi qu’il est écrit : « Tu as aimé la justice et haï l’iniquité ; c’est à cause de cela que le Seigneur ton Dieu t’a oint d’une huile de joie d’une manière plus excellente que tous ceux qui y ont part avec toi. » Ainsi, c’est en raison de ce qu’Abraham a aimé la justice et haï l’iniquité qu’il s’approcha de Celui qui est appelé « la Justice ». C’est pourquoi l’Écriture dit : « Toi, race d’Abraham, qui a été mon ami... » Pourquoi Dieu l’appela-t-il « mon ami » ? En raison des paroles du Psaume précité : « Tu as aimé la justice. » De là vient que le Saint, béni soit-il, aima Abraham plus que tous les autres hommes de sa génération qui avaient le cœur endurci et qui étaient éloignés de la justice, ainsi que nous venons de le dire.
Rabbi Yossé a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit : « Que tes tabernacles sont aimables, ô Dieu des armées ! » Combien le devoir incombe-t-il aux hommes de contempler les œuvres du Saint, béni soit-il ! Car les hommes ne savent ni ne cherchent à savoir sur quoi le monde est basé, ni même ce qui leur sert d’appui à eux-mêmes. Ils ne savent pas que, lorsque le Saint, béni soit-il, créa le monde, il fit les cieux de feu et d’eau mêlés ensemble ; de cette façon les cieux ne formaient pas encore des corps solides. Ce n’est qu’à la suite que l’Esprit céleste les solidifia. Ainsi, les cieux et les mondes n’existent que grâce à l’Esprit céleste qui leur donne de la consistance ; qu’on ôte l’Esprit céleste : et tout le monde serait ébranlé et se désagrégerait en atomes, ainsi qu’il est écrit : « C’est lui qui remue la terre de sa place et qui en ébranle les colonnes. » Ainsi, tout dans le monde n’est fondé que sur la doctrine ésotérique ; et tant qu’Israël se consacre à l’étude de la doctrine, le monde est stable et ses colonnes restent inébranlables. Remarquez qu’au milieu de la nuit, lorsque le Saint, béni soit-il, pénètre dans le Jardin de l’Éden pour y faire les délices des Justes, tous les arbres du Jardin de l’Éden entonnent des hymnes et chantent la gloire de Dieu, ainsi qu’il est écrit : « Les arbres des forêts chanteront alors les louanges du Seigneur en sa présence, parce qu’il est venu pour juger la terre. » Alors une voix puissante retentit et fait entendre des paroles sacrées et sublimes. « Que celui qui a des oreilles
entende ; que celui qui a des yeux voie ; et que celui qui a de l’entendement comprenne les choses que l’Esprit des esprits fait connaître à cette heure où il élève les âmes jusqu’à lui. » Cette puissante voix retentit alors et fait connaître le mystère suivant aux quatre coins du monde :
Un monte en haut, d’un côté.
Un descend en bas, du même côté.
Un pénètre entre les deux.
Deux engendrent un troisième.
Trois entrent dans un seul.
Un répand plusieurs rayons colorés.
Six de ces couleurs sont d’un côté et six autres descendent de l’autre côté.
Six entrent en douze.
Douze produisent vingt-deux.
Six sont compris en dix.
Dix sont compris dans un.
Un monte en haut, d’un côté.
Un descend en bas, du même côté.
Un pénètre entre les deux.
Deux engendrent un troisième.
Trois entrent dans un seul.
Un répand plusieurs rayons colorés.
Six de ces couleurs sont d’un côté et six autres descendent de l’autre côté.
Six entrent en douze.
Douze produisent vingt-deux.
Six sont compris en dix.
Dix sont compris dans un.
Malheur à ceux qui sommeillent et qui ne savent ni ne veulent savoir ce qui leur arrivera le jour où le Juge suprême leur demandera compte de leurs actes. Lorsque le corps est souillé, l’âme qui en sort plane dans l’air pur des régions supérieures ; elle monte et descend ; et les portes célestes ne s’ouvrent pas devant elle ; elle est constamment secouée comme la pierre de la fronde. Malheur à ces hommes ; car ils ne jouiront pas des délices qui sont la récompense des Justes en cet endroit. Leurs âmes seront confiées à l’ange Douma ; elles descendront à l’enfer et n’en sortiront jamais ; c’est d’elle que l’Écriture a dit : « Comme une nuée se dissipe et passe sans qu’il en reste trace, ainsi celui qui descend au Scheol (enfer) n’en remontera plus. » — Au moment où la voix céleste fait retentir ces paroles, une flamme sortant du côté nord se répand dans les quatre directions ; elle descend également en bas et pénètre entre les ailes du coq ; et c’est ce qui le fait chanter à minuit. Personne ne se lève, excepté les bienheureux qui aiment la vérité ; ceux-ci se lèvent et se consacrent à l’étude de la doctrine ésotérique. Alors le Saint, béni soit-il, et tous les justes qui sont avec lui dans le Jardin de l’Éden, écoutent la voix de ces bienheureux, ainsi qu’il est écrit : « O toi, qui habites dans les Jardins, les collègues sont attentifs à écouter ta voix, fais-la moi donc entendre. »
Il est écrit : « ... Et le Seigneur dit à Abram : Sors de ton pays, etc. » Le chapitre précédent se termine par les mots : « ... Et Haran mourut pendant la vie de son père Tharé. » Dans quel but l’Écriture nous apprend-elle cela ? C’est pour nous indiquer que jusqu’à ce jour aucun homme n’était mort durant la vie de son père, excepté Haran qui mourut avant son père. Lorsqu’Abraham fut jeté dans la fournaise de Chaldée, Haran y périt. C’est pourquoi Dieu dit à Abraham de quitter son pays avec toute sa famille. Remarquez de quelle façon l’Écriture s’exprime : « Tharé prit Abram, son fils, Lot son petit-fils, fils d’Haran, et Saraï, sa belle-fille, femme d’Abram, son fils ; et ceux-ci sont sortis avec eux d’Ur en Chaldée. » Pourquoi l’Écriture dit-elle : « ... Et ceux-ci sont sortis avec eux », alors qu’elle aurait dû dire : « ... Et ceux-ci sont sortis avec lui », attendu que c’était Tharé qui les avait amenés avec lui ? La vérité est que Tharé et Lot sont sortis avec Abraham et Sara ; car ces derniers étaient les principaux personnages que Dieu voulut arracher à la société des coupables. Aussitôt que Tharé vit qu’Abraham, son fils, était sauvé de la fournaise où il avait été jeté, il se convertit et entra dans la voie d’Abraham. En disant : « ... Et ceux-ci sont sortis avec eux », l’Écriture nous fait entendre que Tharé et Lot se convertirent par l’exemple d’Abraham et Sara. Et que dit l’Écriture après leur sortie de la Chaldée ? L’Écriture dit : « ... Pour aller dans le pays de Chanaan », ce qui veut dire que, du moment que leur intention était d’aller à Chanaan, ils étaient censés y être déjà. Nous en inférons que quiconque se propose d’améliorer sa conduite y est aidé par le ciel. Remarquez qu’il en est réellement ainsi ; car ce n’est qu’après que l’Écriture nous a dit qu’Abraham et les siens se proposaient de quitter leur pays et d’aller à Chanaan, qu’elle nous apprend que Dieu dit à Abraham : « Sors de ton pays... » Mais elle ne nous a pas appris cet ordre de Dieu avant la résolution de Tharé et de sa famille. Remarquez que rien ne se fait en haut sans que
l’impulsion ne soit donnée ici-bas. La raison de ce phénomène réside dans le mystère des diverses couleurs de la flamme dont il a été parlé ; pour que l’union de la flamme noire avec la flamme blanche ait lieu, il faut nécessairement que la flamme noire, qui est inférieure, commence à s’élever ; c’est alors seulement que la flamme blanche apparaît au-dessus d’elle. C’est pourquoi l’Écriture dit : « O Élohim ! ne te tais point. O Dieu ! n’arrête pas plus longtemps les effets de ta puissance. » L’Écriture veut dire qu’Élohim est prié de ne pas arrêter les rayons de la flamme blanche qui parviennent au monde. Et ailleurs il est écrit : « Ils ne se tairont jamais, ni durant le jour, ni durant la nuit. Tous qui vous souvenez du Seigneur, ne vous taisez point, ne demeurez point en silence devant lui, jusqu’à ce qu’il affermisse Jérusalem et qu’il la rende l’objet des louanges de toute la terre. » Il résulte donc de ces paroles que, pour provoquer les actions d’en haut, il faut commencer par un mouvement ici-bas. De même, les Prophètes qui désirent attirer sur eux l’Esprit céleste sont obligés, pour y réussir, de commencer d’abord par se préparer et donner l’essor à leur imagination.
Remarquez que ce n’est qu’après que l’Écriture nous a appris que Tharé et toute sa famille ont quitté Ur en Chaldée, qu’elle ajoute l’ordre que Dieu donna à Abraham de sortir de son pays ; ordonnance en apparence incorrecte, attendu que l’Écriture aurait dû commencer d’abord par nous apprendre l’ordre donné à Abraham de sortir de son pays et nous faire savoir ensuite qu’effectivement il quitta son pays avec Tharé et toute sa famille. Quelle est donc la raison pour laquelle l’Écriture a interverti l’ordre des faits ? Rabbi Éléazar dit : Par les paroles : « Sors de ton pays (lekh lekha) », Dieu voulait dire à Abraham : L’ordre que je t’ai donné de quitter ton pays était dans ton intérêt, afin que tu t’améliorasses, afin que ta situation fût améliorée ; sors donc de ton pays ; car ton salut demande que tu ne demeures pas parmi ces coupables. Le mystère renfermé dans les mots : « Sors de ton pays (lekh lekha) » est le suivant :
Le Saint, béni soit-il, avait doué Abraham d’un esprit de sagesse. Abraham, se servant de cet esprit, est parvenu à connaître les chefs célestes qui gouvernent les diverses parties du monde habité, parties situées sous des climats différents ; mais quand il est arrivé à l’étude du centre du monde habité, il n’a pas pu découvrir qui en était le chef qui le gouverne. Poussant ses études plus loin, il a découvert que le centre du monde habité, c’est-à-dire la Palestine, était le point de départ de la création de toute la terre. Il en déduisait que, de même que le centre de la terre est le point qui donna naissance au développement de tout le reste du monde, de même le chef qui le gouverne doit dominer sur toutes les autres puissances célestes. Aussi, l’Écriture dit-elle : « Ceux-ci sortirent avec eux, d’Ur en Chaldée, pour aller dans le pays de Chanaan. » Abraham voulait ainsi contempler de près le centre de la terre. Arrivé à Haran, Abraham se mit à étudier les motifs de la supériorité du centre de la terre sur le reste du monde ; car, à son approche de la Palestine, Abraham en avait éprouvé l’influence bienfaisante. Ne pouvant y parvenir, Abraham se mit à calculer et à faire des combinaisons très approfondies sur les chefs célestes qui gouvernent les diverses parties du monde ; et, à l’aide de sa science du cours et de l’influence des astres et de tous les corps célestes, il est arrivé à connaître l’importance, la grandeur et l’influence de chacun des corps célestes ; il est également parvenu, à l’aide de sa science, à connaître la hiérarchie des diverses puissances célestes qui régissent les innombrables mondes. Mais tous ses efforts sont restés vains chaque fois qu’il s’appliquait à pénétrer l’essence et l’importance de la Puissance suprême dont dépendent toutes les autres. Voyant tous les efforts déployés par Abraham dans son désir de s’instruire, le Saint, béni soit-il, lui apparut et lui dit : « Lekh lekha », ce qui veut dire : rentre en toi-même, connais-toi toi-même, et tâche de t’améliorer ; mais « sors de ton pays », c’est-à-dire : abandonne ces études sur les influences morales des pays ; « et sors de ta parenté », ce qui veut dire : rejette cette science qui consiste à prédire l’avenir des hommes par la constellation, et qui prétend que le jour, l’heure et la minute de la naissance de chaque
Il écrit : « Homme, exerce une influence sur ton avenir » ; « et sors de la maison de ton père », c’est-à-dire : n’imite pas la conduite que tu as pu observer dans la maison de ton père. Dieu voulait également dire, par les mots « et de la maison de ton père » : quitte cette science mensongère et n’y ajoute aucune foi. Remarquez que ce verset ne peut, en effet, être interprété d’aucune autre façon, si ce n’est de la manière dont nous venons de parler. Car, du moment qu’Abraham et toute sa famille avaient déjà quitté la ville d’Ur en Chaldée, comment Dieu aurait-il pu dire à Abraham : « Sors de ton pays et de ta parenté, et de la maison de ton père », alors qu’Abraham n’était plus dans son pays en Chaldée, mais à Haran, en Mésopotamie ? Donc, le verset précité ne souffre d’autre interprétation que celle que nous venons de donner. L’Écriture ajoute : « ... Et viens en la terre que je te montrerai. » Par le mot « que je te montrerai (arekha) », Dieu indiqua à Abraham qu’il ne devait désormais s’occuper que de ce que Dieu lui montrerait ; mais qu’il ne fallait plus chercher à approfondir l’essence de la Puissance suprême qui gouverne cette terre ; car cette Puissance, étant au-dessus de l’intelligence humaine, demeure voilée.
Il est écrit : « Je ferai sortir de toi un grand peuple ; je te bénirai ; je rendrai ton nom célèbre ; et tu seras béni. » Ces quatre promesses divines correspondent aux quatre ordres que Dieu donna à Abraham. « Je ferai sortir de toi un grand peuple » correspond à l’ordre « émigre » (lekh lekha). « Je te bénirai » correspond à l’ordre « sors de ton pays ». « Je rendrai ton nom célèbre » correspond à l’ordre « et ta parenté ». « Et tu seras béni » correspond à l’ordre « et la maison de ton père ». Rabbi Siméon dit : Les quatre promesses divines correspondent aux quatre pieds du trône céleste : « Je ferai sortir de toi un grand peuple » correspond au côté droit. « Je te bénirai » correspond au côté gauche. « Je rendrai ton nom célèbre » correspond à la Colonne du milieu. « Et tu seras béni » correspond au côté de la terre d’Israël. Ainsi, Dieu montra à Abraham que tous les quatre pieds du trône céleste seront contenus en lui. Mais en même temps il lui indiqua que tous les autres peuples de la terre tireront leur nourriture spirituelle de cet événement. C’est pourquoi, il est écrit : « Je bénirai ceux qui te béniront et je maudirai ceux qui te maudiront ; et tous les peuples de la terre seront bénis en toi. » Rabbi Éléazar était un jour assis aux pieds de Rabbi Siméon, son père. Rabbi Yehouda, Rabbi Isaac et Rabbi Hizqiyay étaient présents également. Rabbi Éléazar dit alors à Rabbi Siméon, son père : Pourquoi l’Écriture dit-elle : « Et Dieu dit à Abraham : sors de ton pays et de ta parenté », alors qu’elle aurait dû dire : « Sortez de votre pays, etc. », au pluriel, puisque les autres membres de la famille d’Abraham ont quitté leur pays en même temps que lui ? Car, bien que Tharé ait été idolâtre, Dieu pouvait quand même lui donner le commandement en même temps qu’à Abraham, attendu qu’il avait fait pénitence. Et nous savons que le Saint, béni soit-il, agrée la pénitence des coupables. Or, il est certain que Tharé avait fait pénitence, puisqu’il s’apprêtait déjà, avant même que Dieu n’eût donné ce commandement à Abraham, à quitter son pays. Pour quelle raison donc Dieu adressa-t-il ce commandement exclusivement à Abraham ? Rabbi Siméon lui répondit : Si tu penses que Tharé avait quitté la ville d’Ur en Chaldée comme pénitent, tu es dans l’erreur. Si Tharé a quitté son pays, c’était parce que ses compatriotes voulaient tous le tuer. Lorsque ceux-ci ont vu Abraham échapper miraculeusement au feu de la fournaise dans laquelle ils l’avaient jeté pour avoir refusé d’adorer les idoles, ils ont acquis la conviction de l’impuissance de leurs idoles. Aussi, accusèrent-ils Tharé de les avoir induits en erreur en leur faisant croire en la divinité de ces idoles. C’était donc pour échapper à la persécution de ses compatriotes que Tharé quitta son pays. Aussi, dès qu’il arriva à Haran, il s’y établit et ne quitta plus cette ville ; car l’Écriture dit plus loin : « Abram sortit d’Haran, comme le Seigneur le lui avait commandé ; et Lot alla avec lui. » Mais il n’est plus question de Tharé.
Rabbi Siméon commença ensuite à parler de la manière sui
Les paroles : « ... Il se lève en pays étranger et personne ne le soutient ; sa force lui sera ôtée sans qu’elle se relève plus » (Job, viii, 21), désignent Nemrod et ses contemporains, à qui Abraham, qui était la lumière du monde, fut ôté. Les paroles : « ... Et leur bras élevé sera brisé » désignent Nemrod. Suivant une autre interprétation, les mots : « La lumière des impies leur sera ôtée » désignent Tharé et sa famille, dont la lumière était Abraham ; c’est pourquoi l’Écriture ne dit pas : « La lumière sera ôtée aux impies », mais elle dit : « leur lumière » (oram), parce que cette lumière était en effet la leur. Et les paroles : « ... Et leur bras élevé sera brisé » désignent Nemrod qui a réduit tous ses contemporains. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Lekh lekha », ce qui veut dire : sors pour ton propre salut, afin que la lumière céleste puisse t’éclairer, toi et tes descendants.
Les paroles : « ... Il se lève en pays étranger et personne ne le soutient ; sa force lui sera ôtée sans qu’elle se relève plus » (Job, viii, 21), désignent Nemrod et ses contemporains, à qui Abraham, qui était la lumière du monde, fut ôté. Les paroles : « ... Et leur bras élevé sera brisé » désignent Nemrod. Suivant une autre interprétation, les mots : « La lumière des impies leur sera ôtée » désignent Tharé et sa famille, dont la lumière était Abraham ; c’est pourquoi l’Écriture ne dit pas : « La lumière sera ôtée aux impies », mais elle dit : « leur lumière » (oram), parce que cette lumière était en effet la leur. Et les paroles : « ... Et leur bras élevé sera brisé » désignent Nemrod qui a réduit tous ses contemporains. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Lekh lekha », ce qui veut dire : sors pour ton propre salut, afin que la lumière céleste puisse t’éclairer, toi et tes descendants.
Rabbi Siméon commença en outre à parler de la manière suivante : Il est écrit : « ... Mais maintenant ils ne voient point la lumière ; l’air s’épaissit tout d’un coup en nuées ; et un vent qui passe les dissipera. » Ces paroles peignent les phases successives de la séparation d’Abraham d’avec sa famille. « ... Mais maintenant ils ne voient plus la lumière. » Quand ne voient-ils plus la lumière ? — À partir du moment où le Saint, béni soit-il, dit à Abraham : « Sors de ton pays, de ta parenté et de la maison de ton père. » Les paroles : « ... L’air s’épaissit tout d’un coup en nuées » signifient que le Saint, béni soit-il, en donnant à Abraham l’ordre de quitter son pays, voulait attacher celui-ci à la lumière des régions supérieures. Enfin, les paroles : « ... Et un vent qui passe les dissipera » signifient que Tharé lui-même finit par se convertir, lui et tous les membres de sa famille. Comment savons-nous que la famille de Tharé s’était convertie ? Par ce que l’Écriture dit : « ... Avec toutes les âmes qu’ils ont faites à Haran », c’est-à-dire qu’ils ont converties. D’où savons-nous que Tharé lui-même s’était converti ? — Par ce que l’Écriture dit : « Quant à toi, tu iras en paix avec ton père ; et tu mourras après une heureuse vieillesse. »
Il est écrit : « Et Abram alla (va-Ielekh) comme le Seigneur le lui avait commandé. » Rabbi Éléazar dit : Remarquez que l’Écriture ne dit pas : « Et Abram sortit comme le Seigneur le lui avait commandé. » Mais elle dit : « Et Abram alla », de même que dans le commandement de Dieu, il est dit : « Va » (lekh lekha) ; mais il n’est pas dit : « Sors » ; c’est parce que la sortie du pays avait déjà eu lieu avant le commandement de Dieu, ainsi qu’il est écrit : « ... Et ceux-ci sont sortis avec eux d’Ur en Chaldée, pour aller dans le pays de Chanaan. » C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et Abram alla », et non pas : « Et Abram sortit. » Les paroles : « ... Comme le Seigneur lui avait parlé » signifient qu’Abraham avait confiance en toutes les promesses que Dieu lui avait données. L’Écriture ajoute : « ... Et Lot alla avec lui. » Lot s’attacha à Abraham dans le désir de s’inspirer de sa bonne conduite ; mais, malgré cela, il n’a pas appris beaucoup d’Abraham.
Rabbi Éléazar dit en outre : Heureux le sort des justes qui s’évertuent à connaître les voies du Saint, béni soit-il, pour marcher dans ses voies et pour apprendre à trembler devant le Jour suprême où l’homme aura à rendre compte de sa conduite au Saint, béni soit-il. Rabbi Éléazar reprit ensuite son discours et s’exprima de la manière suivante : Il est écrit : « Il fait signer chaque homme de sa propre main, afin que chacun connaisse ses actes. » Ce verset a déjà été interprété. Mais en voici le sens spirituel :
Remarquez qu’au jour qui marque le terme de la vie de l’homme et où le corps est au point d’être brisé et l’âme prête à le quitter, il est donné à l’homme de voir des choses qu’il ne lui était pas permis de voir tant que le corps était valide. À l’heure de la mort, l’homme voit descendre trois messagers célestes qui se mettent à compter les jours qu’il a vécus, les fautes qu’il a commises et toutes les œuvres qu’il a accomplies durant son passage en ce bas-monde. Le mourant avoue, en remuant ses lèvres, tous les faits relatés par les messagers célestes ; et ensuite il signe ce procès-verbal de sa propre main. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Il fait signer chaque homme de sa propre main. » On fait signer l’homme de sa
Remarquez qu’au jour qui marque le terme de la vie de l’homme et où le corps est au point d’être brisé et l’âme prête à le quitter, il est donné à l’homme de voir des choses qu’il ne lui était pas permis de voir tant que le corps était valide. À l’heure de la mort, l’homme voit descendre trois messagers célestes qui se mettent à compter les jours qu’il a vécus, les fautes qu’il a commises et toutes les œuvres qu’il a accomplies durant son passage en ce bas-monde. Le mourant avoue, en remuant ses lèvres, tous les faits relatés par les messagers célestes ; et ensuite il signe ce procès-verbal de sa propre main. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Il fait signer chaque homme de sa propre main. » On fait signer l’homme de sa
propre main, afin qu’il soit jugé dans le monde futur pour tous ses actes, ceux accomplis dans la jeunesse aussi bien que ceux commis dans la vieillesse, tant pour les fautes récentes que pour les anciennes, de manière qu’aucun acte de sa vie ne reste oublié. C’est pourquoi l’Écriture ajoute : « … Afin que chacun connaisse ses actes. » Comme tous les actes étaient commis pendant que le corps et l’esprit étaient ensemble, il faut également que l’homme en rende compte tant que l’esprit est encore attaché au corps et avant qu’il ne quitte ce monde. Remarquez combien les coupables sont opiniâtres ; car ils persistent dans leur opiniâtreté même à l’heure où ils doivent quitter ce monde. Aussi, heureux le sort de l’homme qui s’efforce de connaître les voies du Saint, béni soit-il, afin d’y marcher durant son passage en ce bas-monde ! Comme les coupables ont coutume de persister dans leur opiniâtreté, malgré les bons exemples que leur donnent les justes, il est du devoir de ces derniers de s’efforcer de convertir les premiers ; et alors même que les coupables persistent dans leur opiniâtreté, le juste ne doit pas les abandonner ; il ne doit pas se lasser, ni se décourager par suite des échecs subis dans ses tentatives à convertir les coupables ; mais il doit revenir sans cesse à la charge ; car, s’il les abandonne à leur sort, ils finiront par détruire le monde. Remarquez que nous inférons ce précepte de ce qui arriva lorsqu’Élisée repoussa Giezi. Il en était de même de Lot ; tant qu’Abraham l’admettait en sa société, il ne s’était pas attaché à ses contemporains impies. Mais aussitôt qu’Abraham s’en était séparé, l’Écriture dit de lui : « … Et il choisit sa demeure vers le Jourdain » ; et un peu plus loin : « … Et il habita dans Sodome » ; et ensuite l’Écriture dit : « … Et les habitants de Sodome étaient devant le Seigneur des hommes perdus de vices ; et leur corruption était montée à son comble. »
Rabbi Abba dit à Rabbi Éléazar : L’explication que tu viens de donner du mot : « Et Abram alla », au lieu de : « Et Abram sortit de son pays », est très juste. Mais comment expliques-tu les paroles de la fin du même verset : « Abram avait soixante et quinze ans lorsqu’il sortit de Haran » ? Rabbi Éléazar lui répondit : L’Écriture parle dans ce verset de la sortie d’Abraham de Haran ; alors qu’en disant que la sortie d’Abraham avait eu lieu longtemps avant son départ pour Chanaan, j’entends sa sortie de sa ville natale, qui était Ur en Chaldée.
Il est écrit : « Et Abram prit Saraï sa femme. » Pourquoi l’Écriture se sert-elle du mot « prit », au lieu de dire « amena » ? L’Écriture veut dire qu’Abraham gagna sa femme par de bonnes paroles à le suivre ; car il n’est pas permis à un homme d’amener sa femme dans un pays étranger sans son consentement. Car, par le mot « prendre », l’Écriture entend gagner quelqu’un par la persuasion, ainsi qu’il est écrit : « Prends Aaron » ; et ailleurs il est écrit : « Prends les Lévites. » C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et Abram prit Saraï sa femme, et Lot, fils de son frère », ce qui veut dire : il les gagna à sa cause, qui était celle du départ, en leur exposant la perversité des contemporains parmi lesquels ils habitaient. Pour quelles raisons Abraham s’attacha-t-il Lot ? Parce que, grâce à l’Esprit-Saint, il avait prévu que David sortirait de la souche de Lot. L’Écriture ajoute : « … Et toutes les âmes qu’ils ont faites à Haran. » Par ces mots, l’Écriture désigne les hommes et les femmes convertis ; c’est ce que l’Écriture entend par les mots : « … Et les âmes qu’ils ont faites à Haran. » Car Abraham s’était consacré, à Haran, à la conversion des hommes, et Sara, de son côté, s’était consacrée à convertir les femmes ; et comme ils avaient sauvé les âmes de ceux qu’ils avaient convertis, l’Écriture leur attribue autant de mérite que s’ils les eussent faites.
Rabbi Abba demanda : S’il en est ainsi, le nombre des hommes qui suivaient Abraham et Sara devait être assez grand, attendu que ceux-ci ont converti beaucoup de personnes ? Rabbi Éléazar lui répondit : En effet, il en était ainsi ; et tous les hommes qui
Ceux qui avaient suivi Abraham sont appelés « le peuple du Dieu d’Abraham ». Et c’est en raison du grand nombre d’hommes dont Abraham était accompagné qu’il a pu parcourir le pays sans crainte, ainsi qu’il est écrit : « Et Abram traversa le pays. »
Rabbi Abba objecta à Rabbi Éléazar : Si l’Écriture avait dit : « ... Et les âmes qu’ils ont faites à Haran », ton interprétation serait admissible ; mais elle dit : « ... Et avec les âmes » (ve-eth hanephesch). L’Écriture veut donc dire, à mon avis, que le mérite d’Abraham se trouva augmenté de celui des hommes qu’il avait convertis à Haran ; car quiconque ramène quelque égaré sur la bonne voie profite aussi des mérites de celui qu’il a converti. Ainsi, aux mérites propres d’Abraham venait donc s’ajouter celui de tous les hommes qu’il avait convertis.
Ceux qui avaient suivi Abraham sont appelés « le peuple du Dieu d’Abraham ». Et c’est en raison du grand nombre d’hommes dont Abraham était accompagné qu’il a pu parcourir le pays sans crainte, ainsi qu’il est écrit : « Et Abram traversa le pays. »
Rabbi Abba objecta à Rabbi Éléazar : Si l’Écriture avait dit : « ... Et les âmes qu’ils ont faites à Haran », ton interprétation serait admissible ; mais elle dit : « ... Et avec les âmes » (ve-eth hanephesch). L’Écriture veut donc dire, à mon avis, que le mérite d’Abraham se trouva augmenté de celui des hommes qu’il avait convertis à Haran ; car quiconque ramène quelque égaré sur la bonne voie profite aussi des mérites de celui qu’il a converti. Ainsi, aux mérites propres d’Abraham venait donc s’ajouter celui de tous les hommes qu’il avait convertis.
Il est écrit : « Va-t’en (lekh lekha). » Rabbi Siméon demanda : Pour quelle raison le Saint, béni soit-il, en se révélant pour la première fois à Abraham, lui dit-il : « Lekh lekha », avant de lui avoir adressé toute autre parole ? Mais ceci a déjà été expliqué de cette manière : Les mots « lekh lekha » représentent la valeur numérique de cent ; Dieu indiqua ainsi à Abraham, à l’aide de cette allusion, qu’il aurait un fils à l’âge de cent ans. Mais remarquez que ces paroles de l’Écriture ont encore une autre signification. Tout ce que le Saint, béni soit-il, fait sur la terre est motivé par un mystère suprême. Comme Abraham n’était pas attaché au Saint, béni soit-il, de manière convenable, celui-ci lui dit : « Va-t’en (lekh lekha). » Ces paroles font allusion à cette échelle de la sainteté par laquelle l’homme peut s’attacher au Saint, béni soit-il ; c’est l’échelle suprême pour arriver au Saint, béni soit-il. C’est pourquoi Dieu dit à Abraham : « Va-t’en (lekh lekha) », parce qu’Abraham ne pouvait atteindre cette échelle avant son arrivée au pays de Chanaan.
De même nous trouvons chez David l’expression suivante : « Après cela, David consulta le Seigneur et lui dit : Irai-je dans une des villes de Juda ? Le Seigneur lui dit : Va. David lui demanda : Où irai-je ? Le Seigneur lui répondit : Va à Hébron. » On peut se demander : Du moment que Saül était mort et que la royauté revenait de droit à David, pourquoi n’en a-t-il pas été immédiatement investi ? La vérité est que ces paroles renferment un mystère suprême. David n’était pas digne de la royauté avant son union avec les patriarches qui sont ensevelis à Hébron ; car c’est par le mérite de ceux-ci seuls qu’il a mérité la royauté. C’est pourquoi il a dû rester sept ans à Hébron pour s’y préparer ainsi à la royauté. De même Abraham n’a pu entrer dans l’Alliance du Saint, béni soit-il, tant qu’il n’était entré dans la terre de Chanaan.
Remarquez l’expression de l’Écriture : « Et Abram traversa le pays. » Pourquoi l’Écriture dit-elle « traversa le pays », au lieu de dire « marcha dans le pays » ? L’Écriture veut nous indiquer le mystère du nom sacré par lequel le monde a été cimenté, nom sacré qui se compose de soixante-douze lettres gravées et qui est la synthèse de tous les noms sacrés. Ce qui nous prouve que l’Écriture fait allusion à ce nom sacré, c’est une similitude d’expression : ici l’Écriture se sert du terme « traversa » (va-ïaabor), et ailleurs l’Écriture dit : « Et le Seigneur passa (va-ïaabor) devant Moïse, et lui dit... » Or, c’est dans ce dernier verset que se trouve indiqué le nom sacré des soixante-douze lettres.
Dans un livre de Rabbi Yessa le Vieillard se trouve le passage suivant : Ici l’Écriture se sert du mot « va-ïaabor », ainsi qu’il est écrit : « Et Abram traversa le pays (va-ïaabor) » ; et ailleurs il est écrit : « Je vous ferai voir toutes sortes de biens. » L’Écriture nous apprend, par cette similitude de mots, que la sainteté de la Palestine émane de la sainteté d’en haut. L’Écriture ajoute : « ... Jusqu’au lieu appelé Sichem et jusqu’à la vallée illustre. » L’Écriture nous indique que, par cette entrée dans la Terre Sainte, Abraham se sépara d’un côté, c’est-à-dire du côté impur, pour s’unir à l’autre côté, c’est-à-dire au côté pur. Enfin, l’Écriture ajoute : « Et Chanaan occupait alors ce pays-là. » Ce verset corrobore ce que nous avons déjà dit précédemment. Jusqu’à cette heure, c’était le mauvais serpent qui avait été maudit et qui a apporté la malédiction dans le monde, ainsi qu’il est écrit : « Que Chanaan soit maudit ; qu’il soit à l’égard de ses frères l’esclave des esclaves. »
Et ailleurs il est écrit : « Sois maudit entre tous les animaux et toutes les bêtes de la terre. » C’est au moment où le monde était sous la domination du mauvais serpent qu’Abraham se rapprocha du Saint, béni soit-il. Aussi l’Écriture dit-elle après : « Et le Seigneur parut à Abram. » C’était la première fois que le règne de Dieu se manifestait aux yeux d’Abraham ; car, jusqu’à cette heure, la Puissance suprême ne s’était pas révélée sur la terre. C’est pourquoi l’Écriture se sert du terme : « Et le Seigneur a paru », ce qui indique qu’il avait été caché jusqu’à ce moment. C’est pour la même raison que l’Écriture ajoute : « Abram dressa en ce lieu un autel au Seigneur. » Du moment que l’Écriture dit « au Seigneur », pourquoi a-t-elle besoin d’ajouter : « ... Qui lui était apparu » ? L’Écriture veut nous indiquer qu’Abraham dressa un autel au Seigneur qui lui apparut pour la première fois ; celui qui domine sur la terre se révéla à lui et fut connu par lui.
Il eut écrit : « Et il passa de là vers une montagne (ha-harah). » L’Écriture se sert du mot « ha-harah », qui signifie également la montagne du Hé, afin de nous indiquer qu’Abraham avait déjà prévu, à cette heure, la montagne du Hé, ainsi que toutes les échelles qui en dépendent. L’Écriture ajoute : « Et il dressa sa tente (oholoh), ayant Beth-El à l’occident et Aï à l’orient. » L’Écriture ajoute un Hé au mot « oholoh », alors que, grammaticalement, la lettre Hé est superflue, afin de nous indiquer qu’Abraham dressa une tente au Hé, et accepta le royaume du ciel et tous les degrés qui s’y attachent. Dès qu’Abraham sut que c’était le Saint, béni soit-il, qui régnait sur tout le monde, il dressa un autel. Mais, en réalité, Abraham dressa deux autels. Dès qu’il connut la révélation du Saint, béni soit-il, qui daigna en ce moment se manifester sur la terre, Abraham dressa le premier autel ; et, lorsqu’on lui fit entrevoir la « Sagesse suprême » qu’il ignorait auparavant, il dressa le second autel. Ainsi, il dressa deux autels, dont l’un en l’honneur du degré céleste qui lui était déjà connu, et dont l’autre était en l’honneur du degré qui lui était encore caché.
Remarquez qu’il en est réellement ainsi ; car, pour le premier autel, l’Écriture se sert des mots : « Et il dressa en ce pays-là un autel au Seigneur qui lui était apparu », alors que, pour le second autel, l’Écriture dit simplement : « Et il dressa dans ce pays-là un autel au Seigneur. » Mais elle n’ajoute pas : « … qui lui était apparu », parce que le second autel a été dressé en l’honneur de la Sagesse. Abraham monta ainsi d’échelle en échelle jusqu’à son arrivée à celle qui lui avait été désignée, ainsi qu’il est écrit : « Abraham alla plus loin, marchant toujours et s’avançant vers le midi. » Par le mot « midi », l’Écriture désigne l’échelle dernière qu’Abraham devait atteindre ; et, par les mots « marchant toujours », l’Écriture nous fait savoir qu’Abraham avançait d’échelle en échelle jusqu’à son arrivée à celle qui lui avait été destinée. Dès qu’Abraham eut atteint la Terre Sainte, où il arriva au plus haut degré de la Sainteté, l’Écriture dit : « Et la famine était en ce pays-là. » L’Écriture veut dire par là que les hommes de ce pays n’avaient pas pu s’approcher du Saint, béni soit-il. Il est écrit : « Et la famine était survenue en ce pays-là. » La Puissance céleste qui donnait à ce pays, c’est-à-dire à la Palestine, la force de la nourriture, n’était pas encore descendue ; car cette terre n’était pas encore sanctifiée, n’ayant pas encore contracté l’alliance. Aussitôt qu’Abraham s’aperçut que la Puissance qui règne sur cette terre n’accordait pas encore assez suffisamment son aide et son appui sacrés, il partit pour l’Égypte, ainsi qu’il est écrit : « Abram descendit en Égypte pour y passer quelque temps. » Comment Abraham le savait-il ? Il le savait par les paroles de Dieu : « Je donnerai ce pays à ta postérité. » Ce sont ces paroles qui ont fait comprendre à Abraham que ce pays ne serait comblé de faveurs célestes que par le mérite et la sainteté de la postérité d’Abraham. Abraham a donc compris que la Palestine n’était pas encore favorisée.