L’autre répondit : Je viens te demander comment tu peux concilier ton interprétation du verset : « Et cette pierre que j’ai dressée comme un monument s’appellera la maison d’Élohim », suivant laquelle les paroles désigneraient la pierre fondamentale, avec le terme « que j’ai dressée (samthi) », duquel il résulte que cette pierre a été dressée par Jacob, alors que la pierre fondamentale dont parle la tradition existait déjà avant la création du monde, puisqu’elle servait de point de départ à la création de celui-ci. En outre, l’Écriture dit : « Et il prit la pierre qu’il avait mise sous sa tête et l’érigea comme un monument », paroles desquelles il résulte également que cette pierre avait été posée par Jacob, mais qu’elle n’y était pas placée dès le commencement des choses. Enfin, Jacob avait été en ce moment à Beth-El, alors que la pierre fondamentale dont parle la tradition était à Jérusalem ! Rabbi Yehouda lui répondit : Durant cette nuit, toute la terre de la Palestine s’était repliée sur elle-même, pour que Jacob fût couché dessus ; ainsi s’explique que cette pierre se trouva être placée au-dessous de lui.
Le marchand juif lui répliqua : L’Écriture dit pourtant : « … Qu’il avait posée sous sa tête » ; et ailleurs elle dit : « … Et cette pierre que j’ai dressée comme un monument. » Rabbi Yehouda lui répondit : Si tu connais une autre interprétation de ce verset, dis-la. Le marchand juif a commencé son discours de la manière suivante : Il est écrit : « Mais pour moi je paraîtrai devant toi avec la Justice ; je serai rassasié lorsque tu auras fait paraître ta gloire. » Tout l’amour et tous les désirs du roi David n’avaient pour objet que cette pierre fondamentale, qu’il désigne par le mot Justice ; et c’est à cette pierre que David fit allusion dans les paroles : « La pierre que ceux qui bâtissaient avaient rejetée a été placée à la tête de l’angle. » Quand David souhaitait contempler de près la gloire de son Maître, il prit d’abord entre ses mains cette pierre ; et ce n’est qu’après qu’il put pénétrer dans le Sanctuaire ; car quiconque veut paraître devant son Maître ne peut y parvenir que par cette pierre, ainsi qu’il est écrit : « C’est avec “cela” (bezoth) qu’Aaron pénétra dans le
Sanctuaire. » David s’était donc loué lui-même en disant : « ... Mais pour moi je paraîtrai devant tes yeux avec la Justice. » Tous les efforts de David ne tendaient qu’à ce but de paraître en haut étroitement attaché et lié à cette pierre. Remarquez qu’Abraham a institué la prière du matin ; il fit connaître la bonté de son Maître envers le monde, et c’est grâce à cette prière qu’il a rendu l’heure matinale propice aux vœux adressés au ciel, ainsi qu’il est écrit : « Et Abraham se leva le matin de bonne heure. » Isaac a institué la prière des vêpres (minhah) ; il fit connaître au monde qu’il y a une Justice et un Juge qui l’applique. Jacob a institué la prière du soir, grâce à laquelle il rendit les heures du matin et du soir propices aux vœux adressés au ciel, plus qu’aucun autre homme ne l’avait fait avant lui. C’est pourquoi Jacob s’est loué lui-même en disant : « ... Et cette pierre que j’ai dressée comme un monument » ; car, jusqu’à ce moment, aucun autre homme avant Jacob n’avait si bien dressé cette pierre fondamentale indiquée par Isaac à l’aide de l’institution de la prière du milieu du jour. C’est pourquoi l’Écriture dit également : « Il prit la pierre qu’il avait mise sous sa tête et l’érigea comme un monument (matzebah). » Que signifie le mot « matzebah » ? Ce mot indique que la pierre fondamentale avait été renversée par l’iniquité des hommes et que c’était Jacob qui l’avait remise debout. L’Écriture ajoute : « Et il répandit de l’huile sur la pierre », ce qui veut dire que Jacob contribua plus que personne au monde à redresser cette pierre fondamentale. Rabbi Yehouda, embrassant le commerçant juif, lui dit : Comment ! Toi qui es tant versé dans la doctrine ésotérique, tu t’occupes du commerce et tu négliges les choses qui contribuent à la vie éternelle ? Le commerçant juif lui répondit : Je me trouve en ce moment dans une situation de fortune assez précaire ; j’ai, en outre, deux fils qui restent toute la journée à l’école ; je suis chargé de les entretenir et de payer leur maître pour qu’il leur apprenne la doctrine. Reprenant le fil de son discours, le commerçant juif s’exprima ainsi : Il est écrit : « Et le roi Salomon s’assit sur le trône de David, son père ; et son règne s’affermit puissamment. » Quelle gloire est-ce pour Salomon de s’être assis sur le trône de son père ? Mais l’Écriture veut dire que Salomon a redressé la pierre fondamentale (schethiya), sur laquelle il a édifié le Sanctuaire. C’est en compensation de cette œuvre méritoire que l’Écriture ajoute : « ... Et son règne s’affermit puissamment. » Il est écrit : « ... Et je garderai l’arc ; et je me souviendrai de l’Alliance éternelle. » Le sens de ces paroles est que le Saint, béni soit-il, désire constamment l’arc ; et tout homme qui n’est pas réfléchi par cet arc ne pénétrera jamais auprès de son Maître. C’est pourquoi l’Écriture dit : « ... Et je verrai l’arc ; et je me souviendrai de l’Alliance éternelle. » Quel est le sens du mot « et je verrai l’arc » (ourithiha) ? Ce mot renferme le mystère exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Et le Seigneur lui dit : Passe au travers de la ville, au milieu de Jérusalem, et marque un Thav sur le front des hommes qui gémissent, etc. » L’Écriture veut dire, dans la Genèse, que Dieu regarde tout homme pour voir s’il a la marque du Thav imprimée sur le front ; et, s’il en est ainsi, il se souvient de l’Alliance éternelle. Selon une autre interprétation, les paroles de Dieu : « ... Et je verrai l’arc ; et je me souviendrai de l’Alliance éternelle » font allusion à la marque sacrée imprimée dans la chair. Rabbi Yehouda répondit : En vérité, tout ce que tu viens de dire est exact. Pourtant, l’arc-en-ciel visible sur la terre a sa cause efficiente dans le Mystère suprême. Quand Israël sera délivré de la Diaspora, l’arc-en-ciel se parera de couleurs magnifiques, telle une fiancée se parant pour aller au-devant de son fiancé. Le commerçant juif dit à Rabbi Yehouda : Voici les paroles que mon père, au moment de quitter ce monde, m’a dites : N’espère jamais porter la bannière du Messie, jusqu’au jour où l’arc-en-ciel apparaîtra dans le monde paré de lumières éclatantes et colorées, qui éclaireront tout le monde ; ce n’est qu’en ce jour que tu pourras attendre le Messie. D’où savons-nous cela ? Nous le savons par les paroles de l’Écriture : « ... Et je verrai l’arc ; et je me souviendrai de l’Alliance éternelle. » À l’heure qu’il est, l’arc n’est pourvu que de couleurs ternes, parce
Qu’il n’a pour but que de rappeler au monde que Dieu ne le détruira plus par un déluge. Mais lorsque l’heure du Messie aura sonné pour Israël, l’arc-en-ciel apparaîtra avec des couleurs lumineuses et éclatantes, telle une fiancée se parant pour aller au-devant de son fiancé. En ce jour, le Saint, béni soit-il, se souviendra de l’Alliance qu’il a faite avec Israël, qui est dans l’exil. Dieu le relèvera alors de la poussière, ainsi qu’il est écrit : « Et après cela, les enfants d’Israël reviendront ; et ils chercheront le Seigneur leur Dieu et David leur roi », et ailleurs il est écrit : « Et ils serviront le Seigneur leur Dieu, et David leur roi, que je leur ressusciterai. » Par les mots « que je leur ressusciterai », l’Écriture veut dire que Dieu fera ressusciter David de la terre, ainsi qu’il est écrit : « En ce jour-là, je relèverai le tabernacle de David, qui tombe. » C’est pourquoi l’Écriture dit : « … Et je verrai l’arc ; et je me souviendrai de l’Alliance éternelle », ce qui veut dire qu’au jour où l’arc-en-ciel apparaîtra avec des couleurs lumineuses et éclatantes, Dieu fera ressusciter David. Mon père a ajouté que c’est en raison de ce qui précède que la délivrance d’Israël est mentionnée dans l’Écriture en même temps que le souvenir de Dieu pour l’Alliance éternelle ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « J’ai fait pour toi ce que j’ai fait au temps de Noé. Comme j’ai juré à Noé de ne plus répandre sur la terre les eaux du Déluge, ainsi j’ai juré de ne me mettre plus en colère contre toi et de ne te plus faire de reproches. »
Il est écrit : « Et les fils de Noé qui sortirent de l’arche étaient Sem, Cham et Japhet. » Rabbi Éléazar demanda : Pourquoi l’Écriture a-t-elle besoin d’ajouter « qui sortirent de l’arche », alors que les mots : « Et les fils de Noé étaient » auraient suffi ? Noé avait-il donc d’autres fils qui ne sortirent point de l’arche ? Rabbi Abba lui répondit : En effet, Noé avait encore d’autres fils : car ses fils en ont engendré d’autres, ainsi qu’il est écrit : « Voici les fils de Sem » ; or, les petits-fils sont désignés, dans l’Écriture, sous le nom de fils. Comme les petits-fils de Noé ne sont point sortis de l’arche, l’Écriture avait besoin de spécifier : « Et les fils de Noé qui sortirent de l’arche étaient Sem, Cham et Japhet. »
Rabbi Siméon dit : Si j’avais été au monde au moment où le Saint, béni soit-il, confia le livre des mystères à Énoch et à Adam, je me serais appliqué à obtenir la faveur céleste pour que ces mystères ne fussent divulgués parmi les hommes profanes, car les hommes vulgaires, ne sachant apprécier la haute valeur de la doctrine ésotérique et la confondant avec d’autres sciences, la font ainsi sortir de son domaine supérieur à un domaine étranger. Mais, maintenant, ce ne sont que les sages du monde qui connaissent les grands mystères ; mais ils les cachent aux vulgaires ; ils se servent de la connaissance de ces mystères pour mieux servir leur Maître. À cette occasion, expliquons le verset précité qui renferme le mystère des mystères. Lorsque la joie de toutes les joies, mystère des mystères, cause des causes, se réveille, une lumière très fine se répand à droite et à gauche, tel un bon vin qui se répand dans tous les organes du corps de celui qui l’a bu. Cette joie céleste et ce rayon de lumière n’ont pour cause que la lumière qui brille au milieu. Il y a deux esprits, dont l’un tend toujours à monter, l’autre à descendre ; ils sont attachés à l’esprit du milieu. Ces trois esprits vont dans trois directions ; ces trois sont un par l’Alliance. Et l’esprit qui monte, s’attachant à l’Alliance, est fécondé par elle et donne naissance à trois enfants, un de chaque côté. De même, de l’Alliance de Noé avec l’arche sont sortis trois symboles des trois esprits supérieurs. « Et les trois fils sortis de l’arche étaient Sem, Cham et Japhet. » Sem correspond au principe du côté droit, Cham à celui du côté gauche, et Japhet au point du milieu qui, pareil à la couleur de la pourpre, reflète les deux autres. Cham était le père de Chanaan ; il constituait la gangue de l’or éliminée du métal précieux au moment de la fonte ; il prend son inspiration du côté impur, du serpent primitif. C’est pourquoi l’Écriture spécifie et dit : « Et Cham était le père de Chanaan. » Elle veut dire : le père de celui qui a attiré les malédictions dans le monde, le père de celui qui a été maudit lui-même, le père de celui, enfin, qui a noirci les visages des hommes. C’est pourquoi l’Écriture ne dit pas : « Et Sem était le père d’un tel » ou : « Et Japhet était le père d’un tel » ; mais elle dit : « Et Cham était le père de Chanaan. »
Il ne s’agissait évidemment que de nous indiquer ce qui précède. C’est pourquoi, à l’arrivée d’Abraham, l’Écriture dit : « Abraham passa à travers le pays. » Car, tant que les patriarches n’avaient pas encore, par leurs mérites, épuré la terre de Chanaan, et tant qu’Israël n’était pas encore là pour y faire retentir le nom sacré et céleste, ce pays était chargé de la malédiction. Si longtemps qu’Israël fut digne, cette terre porta son nom de « terre d’Israël » ; mais tant qu’Israël n’était pas digne, cette terre ne porta point son nom, mais celui de « pays de Chanaan ». C’est pourquoi l’Écriture dit : « Que Chanaan soit maudit ; qu’il soit à l’égard de ses frères l’esclave des esclaves » ; car c’est lui qui a attiré la malédiction dans le monde. Pour le serpent, l’Écriture se sert du même terme : « Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : Parce que tu as fait cela, sois maudit entre tous les animaux et toutes les bêtes de la terre. » C’est ce que l’Écriture entend par les mots « l’esclave des esclaves ». Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Et les enfants de Noé qui sortirent de l’arche étaient : Sem, Cham et Japhet ; et Cham était le père de Chanaan », ainsi que nous venons de l’expliquer.
Il est écrit : « Ce sont là les trois fils de Noé ; et c’est d’eux qu’est sortie toute la race des hommes qui sont sur la terre. » L’Écriture veut nous apprendre que la base de tout le monde est le Mystère suprême. C’est pourquoi elle ajoute : « ...Et c’est d’eux qu’est sortie toute la race des hommes qui sont sur la terre. » Dans ces paroles est renfermé le mystère des trois couleurs célestes pour avertir les hommes que la gloire du Saint, béni soit-il, s’étend en haut et en bas, que Dieu est unique en haut et en bas. Rabbi Éléazar dit : Ces trois couleurs célestes sont la marque de toutes choses qui émanent du côté saint ; et de même que ces trois couleurs vont graduellement se modifier en d’autres nuances, de même les choses émanant du côté saint vont graduellement se modifier en des choses émanant du côté impur. Chaque couleur de l’arc présente vingt-sept gradations, et chaque chose sainte présente autant de gradations avant de se transformer en impureté. Aussi le vulgaire distingue-t-il difficilement entre le saint et l’impur, la connaissance de ces gradations étant exclusivement réservée aux sages éminents. Heureux le sort des justes que le Saint, béni soit-il, désire glorifier et à qui il a confié les mystères de la « Sagesse supérieure ». C’est de ces Justes que dit le Psalmiste : « Le mystère du Seigneur est confié à ceux qui le craignent, et il leur fait connaître son Alliance. »
Rabbi Éléazar a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit : « Seigneur, tu es mon Dieu ; je te glorifierai et je bénirai ton nom, parce que tu as fait des prodiges et que la vérité de tes desseins éternels est constante. » Combien convient-il aux hommes de contempler la gloire de leur Maître, pour pouvoir le louer de manière convenable ! Car le Saint, béni soit-il, exauce les vœux de tous ceux qui savent le louer d’une manière convenable. Mais il y a plus : ceux qui savent louer Dieu de manière convenable augmentent les bénédictions en haut et en bas. Aussi le nom de celui qui sait louer son Maître et en exprimer l’unité est-il aimé en haut et affectionné en bas ; et le Saint, béni soit-il, s’en glorifie ; c’est d’un tel homme que l’Écriture dit : « Israël, tu es mon serviteur ; et je me glorifierai en toi. »
Il est écrit : « Et Noé commença à devenir un agriculteur ; et il planta la vigne. » Rabbi Yehouda et Rabbi Yossé sont d’avis différents au sujet de l’interprétation de ce verset. Selon l’un, Noé a transplanté sur la terre la vigne du Jardin de l’Éden. Suivant l’autre, la vigne existait déjà avant Noé sur la terre ; celui-ci n’aurait fait que l’arracher d’un endroit et la transplanter sur un terrain plus propice à la viticulture. La vigne ainsi plantée par Noé poussa et produisit des grappes ; Noé, ayant pressé les raisins, en but le jus et s’enivra. Rabbi Siméon dit : Ce verset renferme un mystère de la Sagesse. Lorsque Noé s’appliqua à approfondir le péché qui avait fait succomber le premier homme, non pas dans le but de commettre à son tour le même péché, mais plutôt avec l’intention d’en guérir le monde, et qu’il constata son impuissance à
C’est pourquoi, pour atteindre son but, il pressa les raisins pour connaître la nature de la vigne. C’est ainsi que Noé s’est enivré en mettant à nu l’essence divine, sans avoir la force intellectuelle de l’approfondir. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Il s’enivra et parut nu dans sa tente », ce qui veut dire : Il a soulevé un coin du voile cachant la brèche du monde qui devait rester toujours secrète. L’Écriture dit : « ... Dans sa tente (bethokh oholoh). » Le mot « oholoh » est écrit avec un Hé final, parce qu’il a le même sens que dans le verset : « Éloignez d’elle votre voie et n’approchez point de la porte de sa maison. » Ainsi, « dans sa tente » ne signifie pas dans la tente de Noé, mais « dans la tente de la vigne ». De même, la tradition nous apprend que le péché commis par les fils d’Aaron et qui causa leur mort consistait dans l’ébriété. Or, il est certain que ces paroles de la tradition ne doivent pas être prises au pied de la lettre ; car qui est-ce qui aurait pu porter du vin dans le Sanctuaire, pour que les fils d’Aaron eussent pu s’y enivrer, en admettant même que ceux-ci eussent été assez éhontés pour boire du vin jusqu’à l’ébriété ? Mais, en vérité, l’ivresse des fils d’Aaron n’était pas déterminée par l’usage de simple vin, mais bien par le vin provenant de la vigne dont nous venons de parler, ainsi qu’il est écrit : « Et ils offrirent devant le Seigneur un feu étranger. » Or, les mots « feu étranger » ont le même sens que dans le verset : « ... Afin qu’elle vous préserve de la femme étrangère, de l’étrangère qui se sert d’un langage doux et flatteur. » Ainsi, ces deux mots « étranger » désignent le même objet. C’est donc à ce genre d’ivresse que font allusion les paroles de l’Écriture : « Et il but du vin ; il s’enivra et parut nu dans sa tente. » C’est cette faute de Noé qui conféra un pouvoir à Cham, le père de Chanaan, ainsi que nous l’avons expliqué précédemment ; c’est à partir de ce moment que Chanaan obtint le pouvoir de régner. Comme Chanaan savait que Noé était un juste et que sa sainteté consistait dans la chasteté (circoncision), il lui fit subir la castration, ainsi que la tradition nous l’apprend. Chanaan enleva ainsi à Noé son pouvoir. C’est pourquoi Noé dit : « Que Chanaan soit maudit », attendu que c’était lui qui, le premier, attirait les malédictions dans le monde. Noé ajouta : « Qu’il soit à l’égard de ses frères l’esclave des esclaves. » Ces paroles ont le même sens que dans le verset : « Sois maudit entre tous les animaux. » À la fin des temps, tous les coupables seront sauvés ; mais Chanaan ne le sera point ; tous les coupables seront délivrés ; mais Chanaan ne le sera pas. Ce mystère n’est pas ignoré de tous ceux qui connaissent les voies et les sentiers de la doctrine ésotérique.
Rabbi Siméon commença ensuite à parler de la manière suivante : Il est écrit : « ... Car je reconnais mon iniquité ; et j’ai toujours mon péché devant les yeux. » Combien grand doit être le souci des hommes de ne pas commettre de péchés devant le Saint, béni soit-il. Car, aussitôt que l’homme a péché, son péché est marqué en haut et n’est effacé qu’à la suite d’une pénitence sincère, ainsi qu’il est écrit : « Quand tu te laverais avec du nitre et que tu te purifierais avec une grande abondance d’herbes de borith, tu demeurerais souillé devant moi dans ton iniquité, dit le Seigneur Dieu. » Remarquez que, lorsque l’homme commet pour la première fois un péché devant le Saint, béni soit-il, ce péché laisse une tache en haut ; lorsqu’il répète ce péché, la trace laissée en haut devient plus apparente ; et lorsqu’il commet le péché pour la troisième fois, la tache devient transparente, c’est-à-dire qu’elle devient ineffaçable, ainsi qu’il est écrit : « Tu demeureras souillé devant moi dans ton iniquité... » Remarquez que, lorsque David eut péché devant le Saint, béni soit-il, avec Bethsabée, il appréhendait que son péché n’eût laissé une trace ineffaçable. Aussi, lorsque le Prophète voulut le rassurer, il lui dit : « Le Seigneur aussi a transféré ton péché (heebir) ; et tu ne mourras point. » Par
Le mot « heebir », le Prophète voulait lui indiquer que la tache laissée en haut par son péché avait été effacée. Rabbi Abba dit à Rabbi Siméon : Une tradition nous apprend que Bethsabée avait été destinée à être l’épouse du roi David, dès la création du monde. Or, s’il en est ainsi, pourquoi le Saint, béni soit-il, a-t-il permis que Bethsabée épousât Urie, le Hethéen ? Rabbi Siméon lui répondit : Tels sont les moyens du Saint, béni soit-il ; alors même qu’une femme est destinée à être l’épouse de tel ou tel homme, Dieu permet qu’un autre l’épouse avant la date fixée pour son mariage avec l’homme qui lui était prédestiné. Mais aussitôt que cette date arrive, le premier mari disparaît pour permettre à l’autre d’épouser la femme qui lui est prédestinée. Dieu pourrait empêcher le premier mariage, en faisant mourir le premier homme au moment où il s’apprête à épouser une femme destinée à un autre. Mais il déplaît au Saint, béni soit-il, de faire mourir un homme avant le jour où sa disparition est absolument indispensable. Tel est le mystère qui présidait au mariage de Bethsabée avec Urie, le Hethéen, avant qu’elle fût épousée par David. Approfondis ces paroles, et tu en retrouveras le sens exact. De même, on peut se demander pour quelle raison la Terre Sainte avait été donnée en patrimoine à Chanaan avant l’arrivée des Israélites. Mais, en réfléchissant aux paroles que je t’ai dites, tu trouveras l’explication de ce phénomène qui est motivé par le même mystère que le mariage de David avec Bethsabée. Remarquez qu’en dépit de sa confession et de sa pénitence, David n’a jamais oublié ses péchés, et particulièrement celui qu’il commit avec Bethsabée ; il appréhendait toujours qu’un de ses péchés ne servît contre lui de réquisitoire dans une heure de danger ; c’est pourquoi il n’a jamais pu chasser de sa pensée les péchés commis. D’après une autre version, les paroles : « … Car je reconnais mon iniquité » signifient : Je connais les ravages causés au ciel par chacun des péchés des hommes. L’Écriture ajoute : « … Et j’ai toujours mon péché devant les yeux. » L’Écriture se sert du mot « uhatathi », qui exprime « mon amoindrissement », en même temps que « mes péchés » ; elle fait allusion à l’échancrure de la lune (trace de l’impureté qui règne dans le monde) qui ne devait disparaître qu’à l’avènement de Salomon ; ce n’est qu’alors que la lune devint pleine, que le monde dégagea un parfum et qu’Israël commença à jouir d’une vie paisible, ainsi qu’il est écrit : « Dans Juda et dans Israël, tout homme demeurait sans aucune crainte, chacun sous sa vigne et sous son figuier. » Bien que la trace des péchés eût été quelque peu effacée pendant le règne de Salomon, elle ne l’était pas entièrement ; et c’est ce qui a déterminé David à dire : « … Et j’ai toujours mon péché devant les yeux. » Car l’impureté ne disparaîtra entièrement du monde qu’au jour de l’arrivée du Messie, à la fin des temps, ainsi qu’il est écrit : « Et j’exterminerai de dessus la terre l’esprit impur. »
Il est écrit : « Il fut un puissant chasseur devant le Seigneur. » De là est venu ce proverbe : « Puissant chasseur devant le Seigneur, comme Nemrod. » Remarquez que Nemrod était puissant parce qu’il portait les habits d’Adam ; c’est grâce à ces habits qu’il a su corrompre les hommes. Rabbi Éléazar dit : Nemrod a séduit les hommes et les a déterminés à tomber dans l’idolâtrie ; et tout cela à l’aide de ses habits par lesquels il domina sur le monde. Comme il a prétendu qu’il gouvernait le monde, les hommes l’ont adoré. Pourquoi fut-il appelé Nemrod ? Parce qu’il s’est révolté contre le Roi céleste ; il provoqua une révolte en haut et une révolte en bas. C’est à l’aide de ses habits qu’il domina sur les autres hommes du monde, qu’il en devint le souverain et qu’il se révolta contre son Maître, en prétendant que c’était lui qui régissait le monde ; et, à force de séduire les hommes, il les détourna de leurs devoirs envers le Maître de l’univers. Rabbi Siméon dit : Les collègues voient dans cette expression « d’habits d’Adam » un sens caché renfermant un mystère suprême.
Il est écrit : « Et la terre n’avait alors qu’une seule langue et qu’une même manière de parler. » Rabbi Siméon a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit : « Lorsque la maison se bâtissait, elle fut bâtie de pierres qui étaient déjà toutes
taillées et achevées, en sorte qu’on n’entendit dans la maison ni marteau, ni cognée, ni le bruit d’aucun instrument, pendant qu’elle se bâtissait. »
taillées et achevées, en sorte qu’on n’entendit dans la maison ni marteau, ni cognée, ni le bruit d’aucun instrument, pendant qu’elle se bâtissait. »
Pourquoi l’Écriture dit-elle : « Lorsque la maison se bâtissait... », comme si elle se bâtissait elle-même ? N’est-ce pas Salomon et ses nombreux artisans qui l’ont bâtie ? Mais ces paroles trouvent leur explication pareille à celle qu’exigent les mots : « Tu feras aussi un chandelier de l’or le plus pur ; il se fera d’or battu au marteau. » Or, puisque le chandelier doit être fait d’or battu au marteau, pourquoi l’Écriture dit-elle « il se fera », comme s’il devait se faire lui-même ? Mais la vérité est que, par un miracle, tous ces travaux s’exécutèrent d’eux-mêmes. Quand Salomon voulut commencer ses travaux, il indiqua aux artisans des travaux à exécuter qu’ils n’avaient jamais su faire auparavant. Et comment ont-ils su les exécuter ? À l’aide de la bénédiction du Saint, béni soit-il, qui descendit sur leurs mains. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Lorsque la maison se bâtissait... » ; car elle se bâtissait, en effet, elle-même. Dieu apprit aux artisans la manière dont sa maison devait être exécutée. Les artisans eurent constamment devant les yeux un plan tracé par une main surnaturelle ; et, tant que dura le travail, ils n’en détournèrent point les yeux et le suivirent de point en point, jusqu’à ce que la maison fût achevée.
L’Écriture ajoute : « ... Elle fut bâtie de pierres qui étaient déjà toutes taillées (schelemah) et achevées. » Le mot « schelemah » est écrit sans Yod, ce qui est contre la règle générale ; c’est pour nous indiquer que les pierres furent taillées d’elles-mêmes ; ceci est également indiqué par le mot suivant « masa » ; ce dernier mot nous indique que les artisans travaillant à la construction du temple remuaient leurs bras sans savoir ce qu’ils faisaient et que le travail s’exécuta de lui-même. Ici, l’Écriture emploie le mot « masa » ; et ailleurs, il est écrit : « ... Afin que tu puisses t’en servir pour assembler tout le peuple lorsqu’il faudra décamper. » L’Écriture ajoute : « ... En sorte qu’on n’entendit dans la maison ni marteau, ni cognée, ni le bruit d’aucun instrument, pendant qu’elle se bâtit. » Du moment que tout se fit d’une façon surnaturelle, il n’est pas étonnant que les artisans n’aient eu besoin de prononcer un seul mot pendant leur travail, ni d’avoir recours à aucun outil.
Rabbi Siméon dit en outre : Combien précieux sont les mystères de la doctrine ésotérique ! Heureux le sort de ceux qui s’y appliquent afin de connaître la voie de la vérité ! L’Écriture dit : « ... Lorsque la maison se bâtissait. » Lorsque le Saint, béni soit-il, veut être glorifié, il fait sortir sa gloire de la région de la « Pensée », région inconnue à tout autre, hors lui-même, et la fait pénétrer dans la région du « Larynx », source permanente, grâce au mystère qui est le souffle de la vie. Lorsque la « Pensée » repose dans cette région, elle est appelée « Dieu vivant », ainsi qu’il est écrit : « Et le Seigneur est lui-même le Dieu véritable, l’Élohim vivant, le Roi éternel. » Les trois éléments principaux de la nature sont : le feu, l’air et l’eau. Ces trois éléments, en se décomposant, sont susceptibles de se transformer l’un dans l’autre. De même, la « Pensée » et le « Verbe » ne sont que la même essence ; elle est « Pensée » vue à travers une région, et « Verbe » vue à travers une autre région. Pour que Jacob pût devenir un homme parfait, il a fallu que Dieu se manifestât à lui par le « Verbe », de même qu’un homme, pour communiquer à un autre homme sa pensée, est obligé de transformer son idée en paroles, afin que le bruit provoqué par les lèvres qui remuent fasse connaître à l’interlocuteur l’idée qui, renfermée dans la pensée, demeure incommunicable autrement. Ainsi, pour que le Sanctuaire de Dieu puisse exister sur la terre, il est indispensable que Dieu s’y manifeste par son « Verbe » qui, seul, est communicable. C’est pourquoi l’Écriture a dit : « ... Lorsque la maison se bâtissait. » Elle ne dit pas : « ... Lorsque la maison a été bâtie », mais : « ... Lorsque la maison se bâtissait » ; car elle était, en réalité, bâtie durant tout le temps de son existence.
Les mots : « Elle fut bâtie de pierres qui
étaient déjà toutes taillées (schelemah) » ont la signification que nous leur avons donnée précédemment. C’est à ce mystère que font allusion les paroles de l’Écriture : « Sortez, filles de Sion ; et venez voir le roi Salomon avec son diadème dont sa mère l’a couronné le jour de ses noces. » Enfin, l’Écriture ajoute : « ... Et achevées (masa) », terme qui signifie aussi « transportées », ce qui veut dire que la Pensée est sortie de sa région et se manifeste au dehors ; elle est descendue de haut en bas. Par les paroles : « ... En sorte qu’on n’entendit dans la maison ni marteau, ni cognée, ni le bruit d’aucun instrument, pendant qu’elle se bâtit », l’Écriture entend les degrés inférieurs qui, tous, ne tirent leur nourriture que d’en haut ; or, l’Écriture nous apprend qu’au moment où a lieu l’union de la « Pensée » avec le « Verbe », aucun des degrés inférieurs n’y assiste. Ainsi, tous les mondes subsistent grâce à ce mystère, grâce à cette union ; et aucun désaccord n’existe dans tous les mondes. Après que chacun d’eux a pris sa part, tous se développent et se dirigent vers l’endroit qui leur est assigné. Remarquez que l’Écriture dit : « Et la terre n’avait alors qu’une seule langue et qu’une même manière de parler. »
étaient déjà toutes taillées (schelemah) » ont la signification que nous leur avons donnée précédemment. C’est à ce mystère que font allusion les paroles de l’Écriture : « Sortez, filles de Sion ; et venez voir le roi Salomon avec son diadème dont sa mère l’a couronné le jour de ses noces. » Enfin, l’Écriture ajoute : « ... Et achevées (masa) », terme qui signifie aussi « transportées », ce qui veut dire que la Pensée est sortie de sa région et se manifeste au dehors ; elle est descendue de haut en bas. Par les paroles : « ... En sorte qu’on n’entendit dans la maison ni marteau, ni cognée, ni le bruit d’aucun instrument, pendant qu’elle se bâtit », l’Écriture entend les degrés inférieurs qui, tous, ne tirent leur nourriture que d’en haut ; or, l’Écriture nous apprend qu’au moment où a lieu l’union de la « Pensée » avec le « Verbe », aucun des degrés inférieurs n’y assiste. Ainsi, tous les mondes subsistent grâce à ce mystère, grâce à cette union ; et aucun désaccord n’existe dans tous les mondes. Après que chacun d’eux a pris sa part, tous se développent et se dirigent vers l’endroit qui leur est assigné. Remarquez que l’Écriture dit : « Et la terre n’avait alors qu’une seule langue et qu’une même manière de parler. »
Ensuite elle ajoute : « Et comme ces paroles étaient parties du côté de l’Orient (miqedem)... » Le mot « miqedem » désigne Celui qui est le Premier du monde. L’Écriture ajoute ensuite : « Et ils ont trouvé une campagne dans le pays de Sennaar. » Du moment qu’ils se sont séparés de Celui qui est le Premier du monde, l’unité parmi eux n’était plus possible ; et ils se dispersèrent dans tous les coins du monde ; car la vraie unité ne peut exister qu’autant qu’on reste attaché au Roi suprême. Mais, objectera-t-on peut-être, il est pourtant écrit : « Et un fleuve sortit de l’Éden pour arroser le Jardin ; et de là ce fleuve se divise en quatre canaux. » Ainsi, on trouve de la division même dans le voisinage de Dieu ; attendu que le fleuve qui sort de l’Éden se divise en quatre canaux. À ceci nous répondrons que ce fleuve se divise, en effet, dès qu’il sort de l’Éden ; mais, tant qu’il y reste, il n’est nullement divisé. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Et la terre n’avait alors qu’une seule langue et qu’une même manière de parler », ce qui veut dire que l’union entre les hommes avait été parfaite tant qu’ils étaient restés attachés à Dieu qui est le Premier du monde. Mais dès qu’ils se sont éloignés du Saint, béni soit-il, l’Écriture dit : « Et comme ces peuples étaient partis du « Premier » (miqedem), ils ont trouvé une campagne dans le pays de Sennaar », ce qui veut dire qu’ils se sont écartés de la divinité. Remarquez que l’Écriture dit de Nemrod : « Et la ville capitale de son royaume fut Babel. » L’Écriture veut dire que Nemrod s’étant efforcé de faire sortir les hommes du règne du Dieu d’en haut dans celui d’un autre a obtenu pour premier résultat de provoquer la confusion et la désunion entre les hommes. Car c’est à la suite des séductions de Nemrod que les hommes sont arrivés à ce que l’Écriture appelle « trouver une campagne dans le pays de Sennaar », ce qui signifie que les hommes ont résolu dans leur cœur de se soustraire au règne céleste et d’accepter l’autre règne.
Il est écrit : « Et ils dirent les uns aux autres : Allons ; faisons-nous une ville et une tour qui soit élevée jusqu’au ciel ; et rendons notre nom célèbre. » Rabbi Hiyâ a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit : « Et les méchants sont comme une mer chassée (nigrasch). » Y a-t-il donc une mer chassée ? Oui ; car lorsque la mer agitée sort des limites qui lui ont été assignées et continue sa marche incertaine, tel un navire privé de son gouvernail, elle est désignée dans l’Écriture par le mot « chassée » ; car, en pareil cas, elle est réellement chassée de son domaine. Elle ressemble, dans ce cas, à un homme qui, ivre de vin, ne peut se tenir droit et chancelle à chaque instant. Pour
expliquer la raison de ce qui précède, l’Écriture ajoute : « ...Qui ne peut se calmer et dont les flots rejettent du limon et de la boue. » L’Écriture veut dire : De même que la mer, tant qu’elle est calme, cache sa boue au fond de ses profondeurs, et ne la rejette hors de ses lèvres qu’au moment où elle est agitée et chassée de son domaine ; de même, tant que l’homme reste attaché à Dieu, qui est son véritable domaine, toute pensée impure est cachée et étouffée au fond de son cœur. Mais, dès qu’il quitte son domaine, et, pareil à un homme ivre de vin, commence à chanceler, il rejette la boue hors de ses lèvres. Et à mesure que les paroles ordurières sortent de la bouche de ces coupables, leur rage augmente ; car les paroles impures qu’ils prononcent, ayant un effet réflexe, finissent par les souiller complètement. Remarquez que l’Écriture dit : « Allons ; faisons-nous une ville et une tour qui soit élevée jusqu’au ciel. » Chaque fois que l’Écriture emploie le terme de « habah » (allons), elle n’indique qu’un simple projet irréalisable aux yeux mêmes de ceux qui l’ont conçu. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Faisons-nous une ville et une tour qui soit élevée jusqu’au ciel. » Seuls, leur aveuglement et leur mauvais désir de se révolter contre le Saint, béni soit-il, ont pu leur inspirer un tel projet insensé. Rabbi Abba dit : Il est vrai que l’idée elle-même était insensée ; mais le plan que ces coupables ont élaboré était empreint d’une perversité ingénieuse. Car ces hommes ont voulu quitter le domaine céleste pour celui de Satan et substituer ainsi à la gloire de Dieu la gloire étrangère. Les paroles : « Allons ; faisons-nous une ville et une tour... » cachent un mystère suprême. Remarquez que, lorsque ces coupables étaient arrivés dans la campagne du pays de Sennaar, qui signifie le règne étranger, et qu’ils avaient constaté de quelle nature ce règne était (règne qui s’étend sur tous les poissons de la mer), ils se sont dit : Nous préférons rester ici ; car nous aurons des plaisirs et des jouissances immédiates. Ils dirent alors : « Faisons-nous une ville et une tour qui soit élevée jusqu’au ciel. » Cet endroit sera l’objet de notre culte et non un autre. Pourquoi monter en haut, du moment que nous ne pouvons en tirer profit ? Ici-bas tout est prêt. Et ils ajoutèrent : « Faisons-nous un nom. » Le mot « nom » (schem) veut dire une divinité : Faisons-nous une divinité que nous adorerons ici, et alors nous ne serons pas dispersés par toute la terre.
Il est écrit : « Et le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les enfants d’Adam. » Ici c’est une des dix fois que la Schekhina descendit sur la terre. Pourquoi l’Écriture dit-elle : « Et le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour » ? Ne les a-t-il donc pas vues avant de descendre ? La vérité est que l’Écriture veut dire : pour exercer sur les coupables sa rigueur ; car le mot « voir » (liroth) signifie « exercer la rigueur », ainsi qu’il est écrit : « Que le Seigneur voit ceci et en soit le juge. » L’Écriture dit : « ... Pour voir la ville et la tour. » Ces paroles demandent un examen approfondi ; car pourquoi l’Écriture dit-elle : « ... Pour voir la ville et la tour », au lieu de dire : « ... Pour voir les hommes » ? La vérité est que lorsque le Saint, béni soit-il, jette un regard sur les hommes pour exercer parmi eux la rigueur, il commence par ceux qui sont le plus en vedette, et ce n’est qu’ensuite qu’il regarde les humbles. C’est pourquoi l’Écriture dit : « ... Pour voir la ville et la tour que bâtissaient les enfants d’Adam. » Pourquoi l’Écriture dit-elle « enfants d’Adam », au lieu de dire simplement « les hommes » ? L’Écriture dit « enfants d’Adam », parce que ces coupables agissaient à l’exemple d’Adam qui, lui aussi, s’était révolté contre son Maître et a amené la mort dans le monde. L’Écriture se sert du mot « que bâtissaient » ; car ces coupables parlaient de bâtir réellement ; et ils voulaient rebâtir le ciel (transformer le monde).
Rabbi Siméon a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit : « Voici ce que dit le Seigneur Dieu : La porte du parvis intérieur, qui regarde vers l’Orient (qadim), sera fermée les six jours ouvrables ; mais on l’ouvrira le jour de sabbat ; et on l’ouvrira encore le jour de la néoménie. » Ce verset exige un examen attentif ; car il renferme le mystère dont il a été parlé précédemment. Pourquoi fallait-il que le Sanctuaire demeurât fermé durant les six jours ouvrables et ne fût ouvert que le jour de sabbat
et le premier jour du mois ? Il devait rester fermé pendant les six jours ouvrables, afin que ce qui est profane ne se servît pas de ce qui est sacré. C’est pourquoi la porte n’était ouverte que le jour de sabbat, ainsi que le premier jour de chaque mois ; car, durant ces jours, ce n’était que le Saint qui se servait du Saint ; et la lune s’unissait au soleil en en recevant la lumière. Remarquez que la porte du parvis du Sanctuaire restait fermée durant les six jours de la semaine, parce que, pendant ces jours, c’est le monde d’en bas qui cherche à s’attirer la nourriture céleste. Aussi, est-ce durant ces jours que l’esprit du démon règne dans le monde, excepté sur la terre d’Israël. Et pourquoi ne règne-t-il pas sur la terre d’Israël durant ces jours ? C’est précisément parce que la porte du parvis du Sanctuaire lui reste fermée, tandis que, le jour de sabbat et le jour de la néoménie, la porte reste ouverte, parce qu’en ces jours l’esprit du démon, devant rester caché, ne règne pas dans le monde. Et tout le monde est dans une grande joie et tire sa nourriture d’en haut ; et le démon n’a aucun pouvoir. Mais, demandera-t-on peut-être, pendant les jours de la semaine, est-ce que le démon règne seul dans le monde ? À ceci nous répondrons : Avant que les démons commencent à dominer le monde, Dieu le regarde ; mais il ne se manifeste pour nourrir le monde de son Sanctuaire que seulement pendant les jours de sabbat et de la néoménie ; et tous les autres jours sont attachés au sabbat ; et c’est de lui qu’ils tirent leur nourriture ; car, pendant le jour de sabbat, toutes les portes sont ouvertes et tout ce qui est en haut et en bas se repose. Remarquez que l’Écriture dit : « Et le Seigneur descendit pour voir (liroth) la ville, etc. » L’Écriture veut dire que le Seigneur descendit de son degré sacré à un degré profane pour voir les édifices bâtis et adorés par ces coupables. Rabbi Isaac avait coutume d’être souvent assis aux pieds de Rabbi Siméon. Il lui demanda donc une fois : Comment ces hommes ont-ils pu commettre une chose si insensée de se révolter contre le Saint, béni soit-il ? Ce qui rend la chose encore plus étonnante, c’est que tous aient suivi la même pensée perverse ! Rabbi Siméon lui répondit : Nous savons, par une tradition, que, par les mots : « Et ils étaient partis du côté de l’Orient », l’Écriture veut dire qu’ils quittèrent le haut pour le bas, la terre d’Israël pour aller s’établir à Babel. Ils ont dit : Voici l’endroit où nous pouvons nous attacher ; faisons-nous un nom, c’est-à-dire attachons-nous l’appui de celui qui domine en bas, le démon. Car, lorsque la rigueur dominera sur le monde, nous aurons un endroit pour nous préserver. Et c’est d’ici que le monde tirera sa nourriture ; car d’en haut il est difficile que le monde tire sa nourriture. Faisons même plus : montons au ciel et faisons la guerre à Dieu, afin qu’il ne détruise plus le monde par un déluge, comme il l’a déjà fait une fois.