Judaïsme

Zohar I, Section Toldoth Noah (fol. 68a-68a)

Il est écrit : « Et Élohim s’était souvenu de Noé, de toutes les bêtes sauvages et de tous les animaux domestiques qui étaient avec lui dans l’arche. » Rabbi Hiyya ouvrit une de ses conférences de la manière suivante : L’Écriture dit : « L’homme prudent voit le mal et se met à couvert. » Ce verset s’applique à Noé qui entra dans l’arche et s’y cacha. Il entra dans l’arche lorsque les eaux l’y ont poussé.
Ainsi que nous l’avons dit précédemment, aussitôt que Noé aperçut l’ange de la mort, il entra dans l’arche pour se cacher devant lui. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « L’homme prudent voit le mal », c’est-à-dire l’ange de la mort. L’Écriture ajoute : « … Et se met à couvert. » C’est ce que fit Noé, ainsi qu’il est écrit : « … Et Noé entra dans l’arche, et avec lui ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, pour se mettre à l’abri des eaux du Déluge. » Rabbi Yossé dit : Les paroles de l’Écriture : « L’homme prudent voit le mal et se met à couvert » ont rapport à ce qui a été dit ; car, lorsque la mort sévit dans le monde, un homme prudent se cache et ne sort pas dehors, pour ne pas être aperçu de l’ange destructeur, attendu que celui-ci est autorisé à léser tous ceux qui s’offrent à sa vue ; c’est pourquoi l’Écriture ajoute, dans le second membre de la phrase : « L’imprudent passe outre (abrou) ; et il trouve sa perte. » Par le mot « abrou », l’Écriture veut dire que l’imprudent passe devant l’ange exterminateur et que c’est par là qu’il trouve sa perte. D’après une autre interprétation, le mot « abrou » signifie transgresser ; donc, l’Écriture veut dire que l’imprudent transgresse les commandements de son Maître et que c’est à cause de cela qu’il trouve sa perte. D’après une autre interprétation, la première partie du verset : « L’homme prudent voit le mal et se met à couvert » s’applique à Noé ; la deuxième partie du verset : « … Et les imprudents passent outre ; et ils trouvent leur perte » s’applique aux contemporains de Noé ; car si Noé ne s’était caché, il aurait subi le châtiment des autres ; mais comme il se tenait caché pendant tout le temps de la catastrophe, il arriva ensuite ce que dit l’Écriture : « Et Élohim s’était souvenu de Noé. » Rabbi Siméon dit : Remarquez que, durant le temps que la rigueur sévit dans le monde, l’Écriture n’emploie jamais le mot « souvenir » (zacar) ; ce n’est qu’après que la rigueur a cessé et que les coupables de ce monde ont été déjà exterminés que l’Écriture se sert du mot « souvenir ». Car, tant que la rigueur sévit dans le monde, il n’y a pas d’union ; et c’est l’ange exterminateur qui domine alors le monde. Mais, quand la rigueur a cessé et que la colère céleste est apaisée, tout rentre dans la voie normale. C’est pourquoi l’Écriture dit ici : « Et Élohim s’était souvenu (va-ïzcor) de Noé. » Ainsi, le mot « zacar » est appliqué à Noé, parce que l’Écriture a dit de lui qu’il était un homme juste.
Il est écrit : « Tu domines sur la puissance de la mer et tu apaises le mouvement de ses flots. » C’est à l’heure où le Saint, béni soit-il, lance vers la mer un trait ténu comme un fil et procédant du côté droit, que la mer s’agite et fait sortir les eaux de l’abîme, qui, tantôt s’élèvent et forment des vagues, et qui, tantôt s’enfonçant dans les profondeurs, creusent des vallées. Dieu arrête ensuite les vagues et calme la fureur des eaux sans que personne s’en aperçoive. Jonas jeté dans la mer fut englouti par un poisson. Comment Jonas put-il vivre dans les entrailles d’un poisson sans que son âme ne se séparât immédiatement de son corps ? Parce que Dieu domine ce fluide ténu comme un fil du côté gauche qui, seul, agite la mer et en fait monter les vagues en haut. Lorsque le fluide ténu comme un fil du côté droit descend dans la mer, le fluide ténu comme un fil du côté gauche va à sa rencontre pour s’unir à lui ; et c’est alors que les vagues s’agitent et rugissent comme des affamés avides de nourriture. C’est donc au moment où la mer est agitée par les vagues que le Saint, béni soit-il, repousse celles-ci et les fait retourner à leur place. C’est ce que l’Écriture veut dire par les mots : « Tu apaises le mouvement de ses flots. » Le mot « theschabhem » (tu apaises) signifie : Tu brises les vagues, pour les faire retourner à leur place. Selon une autre interprétation, le mot « theschabhem » doit être traduit d’après le sens littéral qui est : « tu loues » ; car Dieu loue, en effet, les vagues de la mer de leur désir de contempler le fluide ténu comme un fil du côté droit lancé à la mer ; car ce désir est la seule cause de leur agitation. Nous inférons de ce passage que tout homme mérite des éloges lorsqu’il est avide de connaître les mystères divins et qu’il s’efforce de les pénétrer ; un tel homme est louable, alors même qu’il n’arrive jamais à son but, parce que le ciel ne l’a pas doué d’une intelligence suffisante pour l’atteindre.
Rabbi Yehouda dit : Tant que Noé séjourna dans l’arche, il appréhenda que le Saint, béni soit-il, ne se souvînt de lui ; mais après que la rigueur eut sévi et que les coupables du monde eurent été exterminés, l’Écriture dit : « Et Élohim s’était souvenu de Noé. »
Rabbi Éléazar dit : Remarquez qu’à l’époque où la rigueur sévit dans le monde, il vaut mieux pour l’homme que son nom ne soit jamais rappelé au Saint, béni soit-il, dans le ciel ; car si on y rappelle son nom, on y rappelle également ses péchés et on examinera ses actions. D’où savons-nous ce qui précède ? Nous le savons de la Sunamite ; car le jour où Élisée logea chez la Sunamite était le premier jour de l’An, durant lequel le Saint, béni soit-il, juge le monde. Aussi Élisée dit à la femme : « Veux-tu que je parle pour toi au Roi ? » Ici, le mot « Roi » désigne le Saint, béni soit-il, qui est appelé « Roi », « Roi-Saint », « Roi de Justice ». Mais la Sunamite lui répondit : « Je demeure au milieu de mon peuple. » Elle voulait dire : « Je ne veux être rappelée à Dieu autrement que collectivement avec mon peuple », de manière que ses actes ne fussent pas examinés séparément, mais collectivement avec ceux de tout le peuple ; car, quand on examine les actes du peuple en général, les fautes de chaque individu paraissent moins graves ; c’est pourquoi la Sunamite voulait que ses actes fussent examinés simultanément avec ceux de tout le peuple. Remarquez que, tant que la colère céleste sévissait dans le monde, il n’y avait aucune souvenance de Noé ; mais dès que la rigueur eut cessé, l’Écriture dit : « Et Élohim s’était souvenu de Noé. » Selon une autre interprétation, les paroles de l’Écriture : « Et Élohim s’était souvenu de Noé » ont la même signification que les paroles : « Et j’ai présente à l’esprit mon Alliance. »
Rabbi Hizqiya, allant un jour de Cappadoce à Lyda, rencontra Rabbi Yessa. Celui-ci lui dit : Je m’étonne que tu ailles seul, alors qu’un précepte nous interdit de nous mettre seul en route. Rabbi Hizqiya lui répondit : Je suis accompagné par un jeune garçon qui va bientôt me rejoindre. Rabbi Yessa lui répliqua : Je suis
quand même étonné que tu te fasses accompagner par un jeune garçon avec lequel tu ne peux aucunement t’entretenir sur des sujets concernant la doctrine, alors qu'aux termes d’un autre précepte, s'expose à un danger quiconque ne s'entretient pendant le voyage sur des choses relatives à la doctrine. Rabbi Hizqiya lui répondit : En effet, tu as raison. Pendant ce temps, le jeune garçon arriva. Rabbi Yessa lui dit : Mon fils, d’où es-tu ? Le garçon répondit : Je suis de la ville de Lyda ; et comme j’ai entendu que cet homme illustre s’y rend, je me suis empressé de le servir pendant son voyage et de l’accompagner jusqu’à ma ville natale. Rabbi Yessa reprit : Mon fils, as-tu quelques connaissances des choses relatives à la doctrine ? Le garçon répondit : J’en ai ; car mon père m’a appris la section des sacrifices ; et, en outre, j’ai souvent prêté l’oreille aux leçons que mon père donnait à mon frère aîné. Rabbi Yessa lui dit alors : Mon fils, dis-moi ce que tu sais. Le garçon commença sa conférence de la manière suivante : Il est écrit : « Et Noé dressa un autel au Seigneur ; et, prenant de tous les animaux et de tous les oiseaux purs, il les offrit en holocauste sur cet autel. » Par les paroles : « Et Noé dressa un autel », l’Écriture désigne l’autel sur lequel le premier homme avait déjà sacrifié. Pourquoi Noé avait-il offert un holocauste plutôt qu’un autre sacrifice ? C’est parce que l’holocauste n’est offert que pour l’expiation des péchés commis par la pensée ; or, le péché de Noé était de cette nature : car Noé s’était dit en pensée : Comme le Saint, béni soit-il, a décrété le châtiment du monde et l’extermination de tous les êtres sur la terre, à la seule exception de ma personne, j’appréhende que cette faveur terrestre ne me prive de la récompense céleste et de la vie future. Or, comme cette pensée était criminelle, Noé dressa immédiatement un autel au Seigneur, qui était le même sur lequel Adam avait sacrifié. Si c’était le même autel que celui d’Adam, pourquoi Noé avait-il besoin de le dresser puisqu’il existait déjà ? Mais comme les péchés du monde ont provoqué le Déluge qui a tout détruit et tout renversé, l’autel d’Adam avait subi le même sort ; aussi fallait-il que Noé le dressât à nouveau. L’Écriture dit : « Il offrit des holocaustes. » Le mot « holocauste » (Oloth) est écrit au singulier, alors qu’il est prononcé au pluriel. En voici la raison : Il est écrit : « L’holocauste est une femme et une odeur agréable à Dieu. » Or, l’animal offert en holocauste doit être un mâle, ainsi qu’il est écrit : « Il choisira un mâle sans défaut. » Pourquoi donc l’Écriture dit-elle : « L’holocauste est une femme (ischah) » ? Il est vrai que le mot « ischah » est traduit, d’après le sens littéral, « brûlant » et désigne les offrandes destinées à être consumées par le feu ; mais, si tel était le sens véritable du mot, il devrait être orthographié « esch », sans le Hé final. La vérité est que, tout en étant un mâle, l’holocauste a pour but d’unir le principe mâle avec le principe femelle qui ne doivent jamais rester séparés ; l’holocauste a pour but de faire monter le principe femelle vers le principe mâle et de les unir. Bien que le mot « ischeh » soit interprété « consumé », d’après une tradition, ce mot a encore un sens anagogique. Noé devait nécessairement offrir un holocauste, attendu qu’il représentait le principe mâle, que le Saint, béni soit-il, unit à l’arche, symbole du principe femelle. C’est pourquoi Noé a offert un holocauste qui est également le symbole de l’union du principe mâle et femelle ; et c’est pour cette raison que l’Écriture désigne l’holocauste sous le nom de « ischah », mot composé d’« esch » et du Hé, ce qui est le symbole de l’union du principe femelle, qui émane du côté gauche, au principe mâle, qui émane du côté droit. Voici la raison pour laquelle l’holocauste (Olah) est appelé « femme » (ischah). « Ischah » désigne le lien d’amour qui unit le côté gauche à l’holocauste, symbole du côté mâle, afin que le côté droit fasse monter avec lui le côté gauche et le confonde avec lui. C’est pourquoi l’Écriture dit : « L’holocauste (Olah) est une femme (ischah) », ce qui veut dire que l’holocauste opère l’union du principe mâle avec le principe femelle.
L’Écriture dit : « ... Et Dieu sentit l’odeur agréable » ; et ailleurs il est écrit : « Ischeh est une odeur agréable. » Voici ce que nous avons entendu au sujet du mot « ischeh » : La fumée et le feu sont unis ensemble ; car il n’y a pas de fumée sans feu, ainsi qu’il est écrit : « Et la montagne de Sion était couverte de fumée, parce que le Seigneur y était descendu au milieu des feux. » Or, remarquez que le feu est un élément intérieur d’une grande subtilité et n’est visible à l’œil que lorsqu’il sort de l’intérieur et s’unit à un corps moins subtil que lui-même. Ainsi, le feu n’étant visible qu’uni à un autre corps palpable, il s’ensuit que tout feu produit de la fumée, parce que la fumée n’est que l’effet du contact du feu très subtil avec un élément plus dense. On peut observer l’exactitude de ce fait à l’haleine rejetée des narines, qui est la fumée qui sort du feu ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Ils mettront de l’encens dans tes narines. » Parce que le feu retourne à son lieu d’origine et les narines, sentant l’odeur, la respirent et l’absorbent de façon à former un tout et le ramener à son origine ; et tout rentre dans la Pensée et ne forme qu’un seul désir. C’est pourquoi l’Écriture dit « odeur agréable » (nihoah). « Nihoah » veut dire : qui apaise la colère et qui amène la paix ; car la fumée y est entrée et s’est unie avec le feu, en pénétrant dans l’intérieur jusqu’à ce qu’elle apaise la colère. Et, lorsque l’union parfaite est accomplie et que la colère est apaisée, la joie règne partout et fait briller des lumières éclatantes ; c’est pourquoi le verset dit : « ... Et Dieu sentit l’odeur agréable », comme si Dieu respirait et absorbait tout en lui.
Rabbi Yessa s’approcha du jeune garçon et l’embrassa, lui disant : Tu possèdes un si grand trésor, et nous ne nous en doutions pas lorsque nous l’avons rencontré ! Je veux rebrousser chemin et t’accompagner. Tous les trois prirent alors le même chemin. Rabbi Hizqiya dit : La Schekhina nous accompagne dans ce voyage, puisqu’elle nous favorise à apprendre ces mystères qui nous étaient inconnus. Il prit alors le jeune garçon par la main ; et tous les trois continuèrent leur chemin.
Rabbi Hizqiya et Rabbi Yessa dirent ensuite au jeune garçon : Récite-nous un de ces versets dont tu as appris l’interprétation par ton père. Le jeune garçon commença à parler ainsi : L’Écriture a dit : « Qu’il me donne un baiser de sa bouche. » Ce verset désigne le désir céleste et signifie que le désir émane de sa bouche et non du feu de ses narines ; car, lorsque la bouche embrasse, le feu sort avec amour, avec l’éclat de la face, et la joie universelle, et l’union qui apaise. C’est pourquoi l’Écriture ajoute : « ... Car tes mamelles sont meilleures que le vin. » L’Écriture entend ce vin qui réjouit et qui fait refléter la joie sur le visage et dans les yeux de ceux qui en boivent, mais non pas de ce vin qui enivre, qui provoque la colère, qui assombrit le visage et qui ternit les yeux ; un tel vin est appelé « vin de colère ». Et, parce que ce vin est bon, il éclaire la face, donne l’éclat aux yeux et provoque le désir et l’amour. C’est pourquoi on faisait chaque jour des libations de vin sur l’autel en telle quantité qu’elle réjouisse ceux qui la boivent, ainsi qu’il est écrit : « Et tu offriras pour offrande de liqueur une mesure de vin de la quatrième partie du him. » Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « ... Car tes mamelles sont meilleures que le vin », ce qui veut dire : de ce vin qui provoque la joie et les désirs. Car tout est formé en haut comme en bas ; et, lorsque le désir se réveille en bas, il se réveille également en haut. Ce sont deux chandelles ; lorsque celle d’en haut est éteinte, la flamme de celle d’en bas, qui monte dans la fumée de l’holocauste, rallume celle d’en haut.
Rabbi Hizqiya dit : En vérité, ceci est exact ; le monde d’en haut dépend de celui d’en bas ; et celui d’en bas dépend de celui d’en haut. Et depuis la destruction du temple, à Jérusalem, les bénédictions n’ont plus été répandues dans le monde d’en haut, ni dans celui d’en bas ; car ces deux mondes dépendent l’un de l’autre. Rabbi Yossé dit également que, depuis ce jour, les bénédictions ne sont plus répandues ; mais les malédictions sont répandues dans le monde, attendu que la source des bénédictions est tarie. Et pourquoi ? Parce qu’Israël ne réside plus
sur la terre et n'accomplit plus les devoirs indispensables pour allumer les chandelles célestes et obtenir les bénédictions. C’est pourquoi, depuis ce jour, il n’y a plus de bénédictions, ni en haut, ni en bas, et que le monde n'est plus dans son état normal. Rabbi Hizqiya dit en outre : L'Écriture dit : « Je ne continuerai plus à maudire la terre à cause de l'homme. » Que signifient les mots « lo osiph » ? Rabbi Yessa répondit : Voici l’interprétation de ce verset que j’ai entendue de Rabbi Siméon : Tant que le Feu suprême dégage une chaleur intense, elle produit, par son contact avec la matière, une fumée épaisse qui constitue la rigueur d'en bas ; ainsi, plus la chaleur céleste arrive en grande quantité aux hommes, plus elle leur est funeste à cause de la fumée qu’elle dégage et qui finit par les exterminer tous. Mais quand la chaleur céleste n’arrive pas en grande abondance, la fumée qu’elle dégage et qui constitue la rigueur en bas n’est pas assez épaisse pour exterminer les hommes. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « lo osiph », ce qui veut dire : Je n’augmenterai pas la chaleur céleste que j’envoie en bas et qui, en venant en contact avec la matière, produit la fumée qui constitue la malédiction de la terre.
Le jeune garçon dit alors : J’ai entendu qu'à partir du moment où Dieu dit à Adam : « Que la terre soit maudite à cause de toi », le mauvais serpent a obtenu l’autorisation de dominer sur la terre, de la détruire et d'en exterminer les habitants. Mais, à partir du jour où Noé a offert un holocauste dont le Saint, béni soit-il, a senti l’odeur, la terre a obtenu l’autorisation de s’affranchir du joug du serpent et de s’épurer de la souillure dont elle était infectée. C’est pourquoi Israël offre des holocaustes au Saint, béni soit-il, pour éclairer la face de la terre. Rabbi Hizqiya dit : Ces paroles sont justes ; seulement, l’affranchissement de la terre du joug du serpent et son épuration n’étaient pas parfaits jusqu’au jour où Israël fut placé au pied du mont Sinaï. Rabbi Yessa dit : Le Saint, béni soit-il, diminua la lumière de la lune et donna au serpent la domination sur la terre ; et tout cela à cause du péché de l’homme ; car toutes les œuvres de la création ont été maudites à cause de lui ; à partir du jour où Noé offrit un holocauste, la terre fut délivrée de la malédiction dont elle était chargée ; mais la lune a conservé son échancrure, excepté durant l’époque où les offrandes d’holocaustes avaient lieu dans ce monde et où Israël habitait sur sa terre.
S’adressant alors au jeune garçon, Rabbi Yessa lui demanda : Quel est ton nom ? Celui-ci répondit : Abba (Père). Rabbi Yessa lui dit : Puisses-tu être père en tout, en sagesse aussi bien qu’en nombre d’années. Rabbi Yessa lui appliqua le verset suivant : « Que ton père et ta mère soient dans l’allégresse ; que celle qui t’a mis au monde tressaille de joie. » Rabbi Hizqiya dit : Un jour arrivera où le Saint, béni soit-il, fera disparaître de ce monde l’esprit d’impureté, ainsi qu’il est écrit : « Et je ferai disparaître de la terre l’esprit impur » ; et ailleurs il est écrit : « Il précipitera la mort pour jamais ; et le Seigneur Dieu séchera les larmes de tous les yeux ; et il effacera de dessus la terre l’opprobre de son peuple ; car c’est le Seigneur qui a parlé. » Le jour arrivera où le Saint, béni soit-il, éclairera la lune d’une lumière semblable à celle du soleil et la délivrera de cette obscurité temporaire que lui a value le mauvais serpent, ainsi qu’il est écrit : « Et la lumière de la lune deviendra aussi éclatante que celle du soleil ; et la lumière du soleil deviendra sept fois plus grande, comme la lumière des sept jours. » Que signifient les paroles : « … comme la lumière des sept jours » ? Elles signifient : comme la lumière primitive que le Saint, béni soit-il, a cachée, lors des sept jours de la création.
Il est écrit : « Et Élohim bénit Noé et ses enfants ; et il leur dit : Croissez et multipliez-vous et remplissez la terre. » Rabbi Abba a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : L’Écriture dit : « La bénédiction du Seigneur enrichit les hommes ; et l’affliction n’aura pas de part avec eux. » Les mots « la bénédiction du Seigneur » désignent la Schekhina qui est préposée aux bénédictions du monde ; car c’est d’elle qu’émanent
les bénédictions de chaque homme. Remarquez que, précédemment, l’Écriture a dit : « Et Jéhovah dit à Noé : Entre dans l’arche, toi et toute ta maison, etc. » Ainsi que nous l’avons déjà expliqué précédemment, c’était la permission accordée à l’hôte par le maître de la maison de pénétrer chez lui. Ensuite, c’est l’épouse qui autorise l’hôte à sortir de la maison. Ainsi, l’hôte est d’abord entré avec la permission de l’époux et ensuite il est sorti avec la permission de l’épouse. Nous inférons de ces paroles de l’Écriture que c’est au maître de la maison d’autoriser l’hôte à entrer dans sa maison et que c’est à l’épouse de l’autoriser à en sortir. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et Élohim dit à Noé : Sors de l’arche, etc. » ; car Élohim, qui est l’épouse céleste, n’avait en son pouvoir que d’inviter à quitter la maison hospitalière, mais non pas d’inviter à y entrer. Après avoir quitté la maison hospitalière, Noé a offert à l’épouse un présent, parce que c’est l’épouse qui reste toujours à la maison et parce que c’est elle qui domine. Mais ce présent que Noé offrit à l’épouse ne lui parvint que par l’intermédiaire de l’époux, ainsi que l’Écriture dit : « Et Noé dressa un autel à Jéhovah. » Le présent que l’amphitryon fait à l’épouse de la maison a pour but de faire aimer celle-ci davantage par son époux. De ces paroles de l’Écriture, nous inférons qu’il convient à chaque amphitryon de faire un présent, au moment de quitter la maison, à l’épouse de celui qui l’a invité, et que ce présent doit être remis à l’époux, pour que celui-ci le transmette à son épouse. Aussi l’épouse bénit-elle Noé, ainsi qu’il est écrit : « Et Élohim bénit Noé et ses enfants ; et il leur dit : Croissez et multipliez-vous, et remplissez la terre. » Tel est également le sens du verset : « La bénédiction du Seigneur enrichit les hommes » ; car c’est, en effet, la Schekhina, appelée bénédiction du Seigneur, qui enrichit les hommes, ainsi que nous l’avons déjà dit. L’Écriture ajoute : « … Et l’affliction n’aura point de part avec eux. » L’Écriture se sert, pour exprimer l’idée d’affliction, du mot « etzeb », mot qui signifie également « tristesse », parce qu’elle fait allusion au mystère exprimé dans les paroles : « Que la terre soit maudite à cause de toi ; et tu ne t’en nourriras durant toute la vie qu’avec tristesse (beitzabon). » Le mot « etzeb » désigne la colère céleste qui fait disparaître du visage tout rayon de joie ; c’est l’époque où la lumière de la lune s’obscurcit et où les bénédictions célestes ne sont pas répandues dans le monde. En disant à Adam : « … Tu ne t’en nourriras durant toute la vie qu’avec tristesse (beitzabon) », Dieu voulait dire que l’homme ne recevrait plus sa nourriture céleste qu’entourée et troublée par les mauvais esprits qui empêchent les bénédictions célestes d’arriver au monde dans leur état de pureté primitive. C’est pourquoi l’Écriture dit : « … Et il n’augmentera (iosiph) la tristesse (etzeb) avec elle. » Ainsi, le verset précité exprime le même mystère qui est renfermé dans les paroles de l’Écriture : « Je n’augmenterai plus de maudire la terre. » L’Écriture ajoute : « Que tous les animaux de la terre et tous les oiseaux du ciel soient frappés de terreur et tremblent devant vous, avec tout ce qui se meut sur la terre. » Dieu dit à Noé : À partir d’aujourd’hui, vous serez à nouveau pourvus d’une figure humaine ; car, avant ce jour, les hommes n’avaient plus de figures humaines. Remarquez que l’Écriture dit pour la première fois : « … Car l’homme a été créé à l’image d’Élohim », alors que, précédemment, il est écrit : « Au jour qu’Élohim créa l’homme, il le fit à la ressemblance d’Élohim. » Car, après les premiers péchés, les visages des hommes se transformèrent et ne ressemblèrent plus à l’image d’en haut, de sorte que ce furent les hommes qui craignirent les bêtes sauvages, au lieu d’en être craints. Avant le péché des hommes, toutes les créatures tremblèrent et reculèrent devant l’homme, lorsque, élevant leurs yeux, elles aperçurent l’image sacrée. Mais, après leur péché, les visages humains n’apparurent plus aux yeux des bêtes sauvages comme des visages humains, mais comme des visages d’autres créatures. Aussi, au lieu d’être craints, les hommes commencèrent-ils à craindre les animaux. Remarquez que tous les hommes qui ne pèchent pas
contre leur Maître et qui ne transgressent point les commandements de la doctrine conservent sur leurs visages, sans aucune altération, l’empreinte des traits du visage céleste ; aussi toutes les créatures du monde tremblent-elles devant eux. Mais aussitôt que les hommes transgressent les commandements de la doctrine, les traits de leurs visages s’altèrent et ils commencent à craindre les autres créatures ; et c’est lorsque les traits célestes sont effacés de leurs visages que les animaux sauvages osent les attaquer, puisqu’ils ne voient plus en eux les traits du visage céleste qui devraient être imprimés sur chaque visage humain. Aussi, comme le monde venait d’être renouvelé après le Déluge et rétabli dans son état primitif, Dieu, en donnant cette bénédiction aux hommes, les rétablit maîtres de toutes les créatures, ainsi qu’il est écrit : « J’ai mis entre vos mains tous les poissons de la mer. » Ainsi, Dieu mit au pouvoir de l’homme, non seulement les créatures vivant dans la même région que lui, mais aussi les poissons de la mer. Rabbi Hiyà dit : Les paroles de l’Écriture : « J’ai mis entre vos mains tous les poissons de la mer », signifient : Je les ai mis dans votre pouvoir dès la première heure, ainsi qu’il est écrit : « ... Et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, etc. » Ainsi, le Saint, béni soit-il, mit toutes les créatures au pouvoir des hommes dès la création du monde.
Il est écrit : « Et Élohim bénit Noé. » Rabbi Hizqiya a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : L’Écriture dit : « Psaume de David pour l’intelligence : Heureux ceux dont les péchés sont élevés et dont le crime est caché. » Ce verset a déjà été interprété ; mais il renferme, en outre, un mystère de la Sagesse ; car nous savons, par une tradition, que David a loué le Saint, béni soit-il, par dix genres divers de cantiques, c’est-à-dire par des cantiques commençant par dix termes divers, dont l’un est « intelligence » (maschil). L’intelligence forme un des dix degrés célestes désignés par les dix termes par lesquels commencent les divers Psaumes. David se préparait avant que l’intelligence ne fût descendue sur lui. Les paroles de l’Écriture : « Heureux ceux dont les péchés sont élevés » ont la signification suivante : au moment où le Saint, béni soit-il, met sur la balance les fautes et les mérites des hommes, il arrive que, lorsque l’homme est digne, le plateau où sont posés les péchés monte en haut, contrebalancé qu’il est par l’autre plateau sur lequel sont posés les mérites et qui descend en bas. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Heureux le sort de ceux dont les péchés sont élevés », c’est-à-dire : dont le plateau contenant les péchés s’élève en haut. L’Écriture ajoute : « ... Et dont le crime est caché. » L’Écriture veut dire : dont Dieu cache les crimes au moment où la rigueur sévit dans le monde, pour que l’ange exterminateur ne puisse s’emparer d’eux, ainsi que c’était le cas de Noé dont le Saint, béni soit-il, a caché le crime qu’Adam a attiré dans le monde. Car tant que ce crime subsiste dans le monde, l’homme pâtit ; les autres créatures ont le pouvoir du monde ; l’homme les craint et le monde n’est pas dans son état normal. C’est pourquoi, lorsque Noé sortit de l’arche, le Saint, béni soit-il, le bénit, ainsi qu’il est écrit : « Et Élohim bénit Noé et ses fils, etc. »
L’Écriture ajoute : « Et vous, croissez et multipliez-vous ; entrez sur la terre et remplissez-la. » Dans la bénédiction que Dieu donna à Noé, il n’est pas question des femmes : l’Écriture dit seulement : « Et Élohim bénit Noé et ses fils » ; mais elle ne parle pas des femmes. Rabbi Siméon dit : Le mot « et vous » (veathem) comprend à la fois les mâles et les femelles. D’ailleurs, le mot « eth », placé avant le nom de Noé, comprend, dans la bénédiction de Dieu, la femme de Noé également ; et le mot « ve-eth », placé avant le mot « ses fils », comprend, dans la bénédiction divine, les femmes des fils également. C’est précisément parce que Dieu a béni les hommes et les femmes à la fois qu’il leur dit après : « Et vous, croissez et multipliez-vous ; entrez sur la terre et remplissez-la. » C’est ici que le Saint, béni soit-il, donna à Noé les sept commandements de la doctrine que lui et tous ses descendants devaient observer jusqu’au jour où Israël fut placé au pied du mont Sinaï, jour où l’on a donné tous les commandements à la fois
Il est écrit : « Et Élohim dit à Noé : Voici le signe de l’Alliance que j’établis pour jamais entre moi et vous, etc. J’ai mis (nathathi) mon arc dans les nuées. » Le mot « nathathi » désigne le passé ; car l’arc a déjà été mis avant cet événement dans les nuées. Rabbi Siméon a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : L’Écriture dit : « Et sur ce firmament, qui était au-dessus de leurs têtes, on voyait comme un trône qui ressemblait au saphir. » Et, précédemment, l’Écriture a dit : « Et le bruit que je leur entendais faire, de leurs ailes, était comme le bruit des plus grandes eaux et comme la voix que Dieu (Schadaï) fait entendre du haut du ciel. Ils faisaient un bruit, lorsqu’ils marchaient, comme le bruit d’une grande multitude et comme le bruit de toute une armée ; et, quand ils s’arrêtaient, ils baissaient leurs ailes. » Ces paroles désignent les quatre anges célestes, puissants et saints, qui soutiennent le firmament. Pour se couvrir le corps, tous étendent leurs ailes et les joignent les unes aux autres ; et, au moment où ils étendent leurs ailes, le bruit produit par ce mouvement se fait entendre ; car c’est le moment où ils entonnent les hymnes à la gloire de Dieu, ainsi qu’il est écrit : « ... Comme la voix que Dieu (Schadaï) fait entendre du haut du ciel. » L’Écriture compare les louanges de ceux-ci à la voix de Dieu, parce qu’à l’exemple de la voix de Dieu, les louanges de ceux-ci ne cessent jamais de retentir, ainsi qu’il est écrit : « ... Afin que la gloire chante tes louanges sans jamais devenir muette. » Et quelle est la teneur des louanges qu’ils chantent ? Ils chantent : « Le Seigneur a fait connaître son salut ; il a manifesté sa justice aux yeux des nations. » L’Écriture ajoute : « Ils faisaient un bruit, lorsqu’ils marchaient, comme le bruit d’une grande multitude. » L’Écriture veut dire : Comme le bruit que fait l’armée céleste au moment où toutes les légions sacrées réunies font retentir les louanges de Dieu. Et quelle est la teneur des louanges que chante l’armée céleste ? Elle chante : « Saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu des armées ; la terre est toute remplie de sa gloire. » Les quatre anges du char disent « saint » en tournant leurs faces vers le côté sud ; ils disent « saint » en tournant leurs faces du côté nord ; ils répètent « saint » en se tournant vers l’est ; et ils disent « béni » en se tournant vers l’ouest. Le firmament susnommé est étendu au-dessus de la tête de ces quatre anges, qui tournent toujours leurs faces vers les directions que ce firmament suit tour à tour, de manière que ce firmament reflète les figures tournées vers lui. Comme ces quatre figures sont disposées aux quatre coins du firmament, il s’ensuit que celui-ci reflète d’abord les quatre couleurs particulières aux quatre figures, qui sont : la figure du lion, la figure du bœuf, la figure de l’aigle et la figure de l’homme. Même dans les trois premières figures, l’image de l’homme domine, de manière que l’ange dont la figure est celle du lion ressemble à un lion-homme ; celui dont la figure est celle de l’aigle ressemble à un aigle-homme ; celui dont la figure est celle d’un bœuf ressemble à un bœuf-homme. Ainsi, dans toutes les figures se trouve également imprimée celle de l’homme ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Ils avaient tous quatre une face d’homme. » Et comme ce firmament reflète chacune de ces figures à couleur différente, il en résulte qu’il présente quatre couleurs qui correspondent aux quatre signes sacrés gravés en haut (c’est-à-dire aux quatre lettres du nom de Jéhovah) et aux quatre couleurs principales d’ici-bas. Lorsque ces quatre couleurs sont décomposées, elles présentent douze variétés de couleurs. Les quatre couleurs principales sont : le vert, le rouge, le blanc et le bleu ; ces quatre couleurs renferment toutes les autres nuances ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Et comme l’arc qui paraît au ciel en un jour de pluie, telle était la lumière qui brillait tout autour de l’image de la gloire du Seigneur. » Ces paroles font allusion aux quatre couleurs principales renfermant toutes les autres nuances. Tel est le mystère des paroles de l’Écriture : « J’ai mis mon arc dans les nuées. » Que signifie le mot « mon arc » ? Ce mot a la même signification que celui que l’Écriture applique à Joseph : « Il a mis son arc dans le Très Fort ; et les chaînes de ses mains et de ses bras ont été rompues par la main du tout-puissant Dieu de Jacob. Il est sorti de là pour être le pasteur et la force d’Israël. » Comme Joseph était un juste, l’Écriture dit de lui qu’il a mis son arc en Dieu ; ce qui veut dire : l’Alliance symbolisée par l’arc, laquelle est également symbolisée par le Juste. Car l’Alliance est symbolisée et par l’un et par l’autre. Et comme Noé a été également un juste, il
lui a été montré l’arc. Que signifie le mot « vaïspozou » ? Ce mot signifie que la lumière se répandant de l’arc de l’Alliance réjouit tout le monde, ainsi qu’il est écrit : « Ils sont plus désirables que l’abondance de l’or et des pierres précieuses, et plus doux que n’est le miel ou le rayon de miel le plus excellent. » Ces lumières éclairaient Joseph en raison de sa chasteté ; et c’est ce qui lui a valu le nom de « Joseph le Juste ». C’est pourquoi l’arc est appelé l’arc de l’Alliance, parce que la décomposition de la lumière du soleil constatée dans l’arc-en-ciel est le symbole de la décomposition de la lumière céleste et suprême que reflète le firmament soutenu par les quatre anges du char. C’est pourquoi il est défendu de contempler l’arc-en-ciel lorsqu’il apparaît, parce que c’est une profanation de la Schekhina dont il est l’image ; or, comme la majesté céleste commande le respect qui consiste à ne pas la regarder, on ne doit non plus regarder le spectacle solaire visible dans l’arc-en-ciel. Et lorsque la terre voit apparaître l’arc-en-ciel, il est naturel qu’elle se convainque que l’union céleste est parfaite. C’est pourquoi l’Écriture dit : « ... Afin qu’il soit le signe de l’Alliance que j’ai faite avec la terre. » Ainsi que nous l’avons dit précédemment, l’arc-en-ciel présente trois couleurs différentes réunies en un seul faisceau. Et tout ne forme qu’un mystère ; et c’est dans la nuée qu’il monte pour être visible. L’Écriture ajoute : « Et sur ce firmament, qui était au-dessus de leurs têtes, on voyait comme un trône qui ressemblait au saphir. »
Ces paroles désignent la pierre fondamentale (schethiyâ), qui forme le point central de tout le monde et sur laquelle est basé le Saint des Saints du Sanctuaire à Jérusalem. Et qu’est-ce que cette pierre fondamentale ? C’est le trône sacré et céleste placé au-dessus des quatre figures gravées aux quatre côtés du char céleste. Ce trône est symbolisé par la loi traditionnelle. L’Écriture ajoute : « ... Et il paraissait comme un homme assis sur ce trône. » Cet homme est symbolisé par la loi écrite. Nous inférons de ces paroles que la loi écrite doit être placée au-dessus de la loi traditionnelle, attendu que l’homme paraissait assis sur le trône ; et comme ce trône constitue la pierre fondamentale, Jacob, qui était l’image de l’homme de la vision d’Ézéchiel, a posé sa tête sur cette pierre.
Rabbi Yehouda se leva une fois dans la nuit pour consacrer l’heure de minuit à l’étude de la doctrine. Ceci se passait dans une auberge de la ville de Mahseya où logeait également un marchand juif venu en cette ville pour y vendre deux ballots de vêtements. Rabbi Yehouda ouvrit sa conférence de la manière suivante : L’Écriture dit : « Et cette pierre, que j’ai dressée comme un monument, s’appellera la maison d’Élohim. » Ces paroles désignent la pierre fondamentale (schethiyâ), qui servit de point de départ à la création du monde et sur laquelle a été édifié le Sanctuaire. Le marchand juif, qui était en ce moment au lit, leva sa tête et dit à Rabbi Yehouda : Tes paroles ne peuvent pas être exactes, attendu que la pierre fondamentale existait avant la création du monde, puisqu’elle servit de point de départ à la création de celui-ci ; or, l’Écriture dit : « Et cette pierre, que j’ai dressée comme un monument, s’appellera la maison d’Élohim. » Par le terme « que j’ai dressée », l’Écriture fait entendre que cette pierre a été dressée pour la première fois par Jacob, mais qu’elle ne l’était pas déjà antérieurement. D’ailleurs, l’Écriture dit, en outre : « Il prit la pierre qu’il avait mise
sous sa tête et l’érigea comme un monument. » Enfin, Jacob se trouvait en ce moment à Beth-El, alors que la pierre fondamentale dont parle la tradition se trouve à Jérusalem. Rabbi Yehouda n’a pas même tourné la tête vers l’interlocuteur pour lui répondre ; et il continua à parler ainsi : Il est écrit : « Prépare-toi, ô Israël, à aller au-devant de ton Dieu » ; et, ailleurs, il est écrit : « Sois attentif, ô Israël, et écoute. » Nous inférons de ces paroles de l’Écriture que l’étude de la doctrine exige l’attention de l’esprit et qu’elle demande, en même temps que l’attention, la décence extérieure. Le commerçant juif se leva, s’habilla et s’assit à côté de Rabbi Yehouda, à qui il dit : Heureux votre sort, vous autres justes, qui consacrez vos jours et vos nuits à l’étude de la doctrine.
Rabbi Yehouda lui dit : Maintenant que tu t’es paré, répète-moi l’objection que tu viens de faire, afin que nous nous entretenions tous les deux de choses relatives à la doctrine. Car, sache que l’étude de la doctrine exige la parure du corps en même temps que l’attention de l’esprit. Moi aussi, j’aurais pu rester au lit et méditer dans le cœur le sujet relatif à la doctrine. Mais voici la raison pour laquelle j’ai préféré me lever : La tradition nous apprend que la Schekhina tient compagnie à celui qui se consacre à l’étude de la doctrine, alors même qu’on s’y consacre tout seul, c’est-à-dire sans élèves et sans collègues. Or, comment aurais-je pu rester au lit, alors que je savais que la Schekhina était présente ici ! En outre, l’étude de la doctrine exige la sérénité de l’esprit, disposition de l’âme que l’on ne possède que difficilement en étant couché. Enfin, j’ai préféré quitter le lit, parce que le Saint, béni soit-il, se promène dans le jardin de l’Éden avec les justes au moment où l’homme se lève dans la nuit pour se consacrer à l’étude de la loi, dès l’heure de minuit jusqu’à l’aurore où souffle la brise du nord ; et tous les justes qui se promènent à cette heure, dans le jardin de l’Éden, écoutent attentivement les paroles qui sortent de la bouche de l’homme. Comment aurais-je pu rester au lit à une heure où le Saint, béni soit-il, et tous les justes se délectent à entendre les paroles concernant la doctrine ! Rabbi Yehouda ajouta : Répète-moi ton objection.

Source Sepher ha-Zohar, tome I, trad. Jean de Pauly (1906), archive.org SepherHaZoharLeLivre1 (OCR corrigé) · Sommaire