Rabbi Yossé dit : Malheur aux méchants qui ne veulent pas se repentir de leurs péchés devant le Saint, béni soit-il, pendant leur passage en ce bas monde ; car le Saint, béni soit-il, pardonne à tout homme qui regrette ses péchés. Mais ceux qui persistent dans leur mauvaise conduite et ne veulent pas se repentir...
Leurs péchés étant connus du Saint, béni soit-il, furent précipités, après leur mort, dans l’enfer, d’où ils ne sortiront de toute éternité.
Leurs péchés étant connus du Saint, béni soit-il, furent précipités, après leur mort, dans l’enfer, d’où ils ne sortiront de toute éternité.
Remarquez que c’est en raison de la persistance des contemporains de Noé à commettre des péchés, et en raison, surtout, de ce qu’ils commettaient leurs péchés ouvertement, que le Saint, béni soit-il, les châtia également ouvertement, c’est-à-dire que leur châtiment était risible à tout le monde. Rabbi Isaac dit : Alors même que l’homme commet des péchés secrètement, le Saint, béni soit-il, qui est miséricordieux, permet que ces péchés restent toujours dans l’ombre sans être jamais divulgués, et il les pardonne, si l’homme fait pénitence ; mais si l’homme ne fait pas pénitence, le Saint, béni soit-il, rend publics les péchés commis en secret. D’où savons-nous qu’il en est ainsi ? Nous le savons par le passage de l’Écriture concernant la femme soupçonnée d’adultère et soumise à l’épreuve de l’eau, ou à l’« ordalie » (Sotâ). De même les coupables contemporains de Noé ont été exterminés de dessus la terre ouvertement, c’est-à-dire d’une manière éclatante. De quelle manière ces coupables ont-ils été exterminés ? Les eaux qui ont fait irruption des profondeurs de l’abîme ont été tellement bouillantes qu’elles ont consumé la peau et la chair des coupables, au point de n’en laisser subsister que les os. C’est pourquoi l’Écriture dit : « … Et ils furent effacés de dessus la terre. » Car même les os qui ont résisté à l’eau bouillante ont été séparés les uns des autres, de telle sorte que pas un seul squelette n’est resté intact ; et c’est de cette façon qu’ils disparurent complètement de ce monde. Rabbi Isaac dit : Les paroles de l’Écriture : « … Et ils furent effacés de dessus la terre » (mahah), ont une signification pareille à celle du verset : « Qu’ils soient effacés du livre des vivants, et qu’ils ne soient point écrits avec les justes. » Ainsi, par le mot « effacés » (mahah), l’Écriture nous indique que ces coupables ont été effacés du livre (céleste) des vivants. Nous en inférons que ces coupables ne seront jamais ressuscités et ne paraîtront pas à l’heure du jugement dernier.
Il est écrit : « J’établirai mon Alliance avec toi. » Rabbi Éléazar dit : Nous inférons de ce verset que l’établissement de l’Alliance en haut est conforme à l’établissement de l’Alliance en bas ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « J’établirai mon Alliance avec toi. » Rabbi Éléazar dit en outre : Nous concluons de ce verset que, quand les hommes sont justes en ce bas-monde, ils établissent l’Alliance en haut aussi bien qu’en bas. Rabbi Siméon dit : Il a été dit à ce sujet une parole qui renferme un sens caché. Voici ce qui a été dit : Le désir du mâle pour la femelle ne se réveille qu’à la suite d’un transport de jalousie. Remarquez que cette sentence renferme le mystère suivant : Quand il y a un juste en ce bas-monde, la Schekhina s’attache à lui et ne s’en sépare plus. C’est alors que le désir de Celui d’en haut se réveille en amour pour la Schekhina, pareil au désir qu’éprouve le mâle pour la femelle lorsqu’il est transporté de jalousie. C’est pourquoi l’Écriture dit : « J’établirai mon Alliance avec toi. » Ces paroles signifient : J’éprouverai du désir pour la Schekhina à cause de vous. Telle est également la signification des paroles de l’Écriture : « Et j’établirai mon Alliance avec Isaac. » Les paroles : « J’établirai mon Alliance avec toi » veulent dire : c’est toi, Noé, le Juste, qui seras mon Alliance ici-bas ; et ce n’est qu’après que l’Écriture ajoute : « … Et tu entreras dans l’arche » ; car, sans le Juste, l’entrée dans l’arche est impossible ; et nul ne peut être uni avec l’arche, si ce n’est le Juste. C’est pourquoi, après l’Alliance, il est question de l’entrée dans l’arche ainsi que nous venons de le dire. Rabbi Éléazar dit : Tant que les hommes demeureront attachés à cette Alliance et ne la rompront pas, aucun peuple du monde ne pourra leur porter de préjudice. Aussi Noé, qui était resté attaché à cette Alliance, fut conservé, lui et tous les siens, par le Saint, béni soit-il, alors que ses contemporains, qui n’ont pas gardé l’Alliance, furent exterminés de dessus la terre par le Saint, béni soit-il. Nous avons déjà dit précédemment que le châtiment de ces coupables avait été conforme au genre du crime dont ils s’étaient rendus coupables.
Rabbi Yehouda, qui avait coutume de fréquenter Rabbi Siméon, s’entretenait une fois avec celui-ci au sujet de la signification des paroles de l’Écriture : « Il rétablit l’autel du Seigneur qui avait été détruit. » Que signifie le mot « va-ïerape », dont le sens littéral est « et il guérit » ? Remarquez qu’à l’époque du prophète Élie, tous les Israélites, ayant abandonné le Saint, béni soit-il, s’étaient détachés de l’Alliance éternelle. Lorsqu’Élie vint et qu’il remarqua qu’Israël avait rompu l’Alliance éternelle et l’avait fait disparaître, il rétablit la chose à sa place, et tout fut guéri. Telle est la signification des paroles de l’Écriture précitées : « Il guérit (va-ïerape) l’autel du Seigneur qui avait été détruit », c’est-à-dire l’Alliance éternelle qui avait été abandonnée. L’Écriture ajoute : « Et Élie prit douze pierres correspondant au nombre des douze tribus des enfants de Jacob. » Ces paroles signifient que c’est par le nombre de douze que s’opère le relèvement de l’autel du Seigneur. Enfin, l’Écriture ajoute : « Auquel le Seigneur avait adressé sa parole en lui disant : Israël sera ton nom. » Pourquoi l’Écriture mentionne-t-elle ici le nom d’Israël ? Mais, en vérité, lorsqu’Israël s’attache à l’Alliance, il est appelé Israël ; mais quand il s’en sépare, il est appelé « enfants d’Israël ». C’est pourquoi l’Écriture dit : « Car les enfants d’Israël ont abandonné ton Alliance », à la suite de quoi elle ajoute : « Ils ont détruit tes autels. » Remarquez que tant qu’Israël garde l’Alliance sacrée, il opère la stabilité en haut et en bas ; mais lorsqu’il tourne le dos à cette Alliance, il n’y a plus de stabilité ni en haut ni en bas, ainsi qu’il est écrit : « Si l’Alliance que j’ai faite avec le jour et avec la nuit n’est pas ferme, les lois que j’ai données au ciel et à la terre ne sont pas stables. » C’est pourquoi l’Écriture dit : « Il guérit (va-ïerape) l’autel du Seigneur qui avait été détruit. » Pourquoi l’Écriture se sert-elle du mot « guérit » ? S’agissait-il donc d’une guérison quelconque ? Mais, en vérité, Élie a opéré une guérison ; car il a rétabli la stabilité de cet endroit dont dépend la Foi.
Remarquez que Pinéhas aussi, au moment où, animé de zèle, il châtia le crime de Zimri, a contribué à rétablir l’Alliance, ainsi qu’il est écrit : « C’est pourquoi dites-lui que je lui donne la paix de mon Alliance. » Il est certain que Pinéhas n’avait nul besoin qu’on lui donnât la paix, attendu qu’il n’y a jamais eu de rupture entre lui et l’Alliance. Mais l’Écriture veut dire que c’est Pinéhas qui rattacha la chose à sa place. Par les mots : « Je lui donne la paix de mon Alliance », Dieu veut dire : Je lui réserve cette gloire de rétablir l’Alliance en haut qui avait été rompue. Que signifie le mot « paix » ? C’est le Verbe par lequel s’opère la paix en haut et en bas ; et c’est précisément en raison de ce que Pinéhas a remis la chose à sa place, que l’Écriture ajoute : « Et le sacerdoce lui sera donné à lui et à sa race, par un pacte éternel, parce qu’il a été zélé pour son Dieu et qu’il a expié le crime des enfants d’Israël. »
Rabbi Siméon dit : Il n’y a aucun crime au monde que le Saint, béni soit-il, venge plus terriblement que la rupture de l’Alliance, ainsi qu’il est écrit : « Je ferai venir sur toi l’épée vengeresse qui vengera la rupture de mon Alliance. » Remarquez, en outre, que la culpabilité de la génération du Déluge n’est devenue pleine, c’est-à-dire n’a atteint les limites extrêmes, qu’en raison du crime de l’onanisme. Car, malgré les autres iniquités, ainsi qu’il est écrit : « Et la terre était remplie d’iniquité », et ailleurs : « Car ils ont rempli toute la terre d’iniquité », l’Écriture dit : « Et la terre était corrompue devant Dieu », et plus loin : « Et je les exterminerai avec la terre », d’où il résulte que les hommes de la génération du Déluge n’ont été exterminés qu’à la suite du crime d’onanisme.
Selon d’autres, la mesure des crimes commis par les hommes de la génération du Déluge n’est devenue pleine qu’à la suite des rapines dont ces hommes se sont rendus coupables les uns envers les autres ; ils péchaient ainsi à la fois contre le ciel et contre leur prochain. Remarquez combien grand est le nombre des chefs célestes préposés à recueillir les plaintes de ceux qui sont victimes des autres hommes. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Car ils ont rempli toute la terre de rapines » ; et elle ajoute : « Et je les exterminerai avec la terre. »
Selon d’autres, la mesure des crimes commis par les hommes de la génération du Déluge n’est devenue pleine qu’à la suite des rapines dont ces hommes se sont rendus coupables les uns envers les autres ; ils péchaient ainsi à la fois contre le ciel et contre leur prochain. Remarquez combien grand est le nombre des chefs célestes préposés à recueillir les plaintes de ceux qui sont victimes des autres hommes. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Car ils ont rempli toute la terre de rapines » ; et elle ajoute : « Et je les exterminerai avec la terre. »
Il est écrit : « Et Jéhovah dit à Noé : Entre dans l’arche, toi et toute ta maison. » Rabbi Siméon demanda : Comment cela se fait-il que, dans toute la narration du Déluge, l’Écriture emploie le terme d’Élohim, et qu’exceptionnellement elle se serve ici du nom de Jéhovah, attribut de miséricorde céleste ? Mais l’Écriture nous apprend par là une règle de la bienséance : comme il ne convient pas à une femme de recevoir chez elle un hôte sans l’autorisation de son époux, de même, Noé voulant entrer dans l’arche pour s’unir avec elle, il a fallu que le mari de l’arche donnât préalablement son autorisation. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Entre dans l’arche, toi et toute ta maison » ; et c’est également pour cette raison que l’Écriture désigne le mari de l’arche sous le nom de Jéhovah. Ce n’est qu’après cette autorisation que Noé entra dans l’arche et s’unit à elle. L’Écriture nous apprend, en outre, qu’un hôte n’est pas autorisé à accepter l’invitation d’une femme, s’il n’a pas le consentement du mari de celle-ci, maître de la maison. Aussi n’était-ce qu’après l’invitation de Dieu d’entrer dans l’arche que Noé y donna suite, ainsi qu’il est écrit : « … Et Noé entra dans l’arche, et avec lui ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, etc. »
Remarquez que l’Écriture ajoute : « … Parce que, parmi ceux qui vivent aujourd’hui, je t’ai reconnu comme homme juste devant moi. » Nous inférons de ces paroles que l’on ne doit jamais recevoir un hôte qu’on soupçonne de quelque méfait ; il convient de ne recevoir qu’un hôte sur lequel ne plane aucun soupçon et dont on est convaincu de la dignité. C’est pourquoi l’Écriture dit d’abord : « Entre dans l’arche, toi et toute ta maison » ; et, pour motiver cette invitation, l’Écriture ajoute : « … Parce que, parmi ceux qui vivent aujourd’hui, je t’ai reconnu comme homme juste devant moi. » De ce passage de l’Écriture, nous concluons, en outre, qu’il ne convient pas à un homme d’accepter une invitation, si elle ne s’adresse qu’à lui seul, à l’exclusion de tous les siens ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Entre dans l’arche, toi et toute ta maison. » Ainsi, Dieu autorisa toute la famille de Noé à entrer avec lui dans l’arche. Ce passage de l’Écriture nous enseigne donc les règles de la bienséance.
Rabbi Yehouda a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit : « Psaume de David : C’est au Seigneur qu’appartient la terre et tout ce qu’elle contient, le monde et tous ceux qui l’habitent. » Nous savons par une tradition que, partout dans les Psaumes où le mot « David » précède le mot « Psaume », le chapitre en question a été rédigé par David avant qu’il n’ait été inspiré par l’Esprit-Saint, et que, partout, au contraire, où le mot « Psaume » précède le mot « David », le chapitre en question a été rédigé par le Saint-Esprit qui avait déjà inspiré David avant la rédaction de ce chapitre. Les paroles : « C’est au Seigneur qu’appartient la terre et tout ce qu’elle contient » désignent la terre d’Israël, qui est la terre sainte. Le terme « et tout ce qu’elle contient » (oumloah) désigne la Schekhina, ainsi qu’il est écrit : « … Car la gloire du Seigneur avait rempli la maison de Dieu », et ailleurs : « … Et la gloire du Seigneur avait rempli le tabernacle. » Pourquoi l’Écriture emploie-t-elle le mot « malè » (pleine), au lieu de celui de « milè » (remplit) ? Mais la vérité est que l’Écriture veut dire que la Schekhina elle-même est pleine, telle la lune éclairée sur toute sa surface par le soleil.
Schekhina est pleine de tous les biens célestes, telle une trésorerie remplie de tous les biens de ce monde. C’est pourquoi l’Écriture dit : « C’est au Seigneur qu’appartient la terre et ce qui est plein sur la terre (oumloah) » ; ce qui veut dire que la Schekhina, qui est pleine des biens célestes tant qu’elle réside dans la terre d’Israël, appartient au Seigneur. Selon une autre interprétation, les paroles : « C’est au Seigneur qu’appartient la terre et tout ce qui la remplit » désignent la terre sainte d’en haut, où le Saint, béni soit-il, se complaît. Le mot « oumloah » désigne les âmes des justes qui sont remplies de la force de la Colonne unique, sur laquelle le monde est basé. Si quelqu’un demandait : Le monde n’est-il donc basé que sur une seule colonne ? Nous lui répondrions ce qui suit : Remarquez les paroles que l’Écriture ajoute au verset précédent : « … Car c’est lui qui l’a fondée au-dessus des mers (iamim) et établie au-dessus des fleuves. » Les mots « c’est lui » désignent le Saint, béni soit-il, ainsi qu’il est écrit : « C’est lui qui nous a créés », et ailleurs : « … Car c’est lui qui voit le monde d’une extrémité à l’autre. » Les mots : « … Qui l’a fondée au-dessus des mers et établie au-dessus des fleuves » désignent les sept colonnes sur lesquelles la terre est fondée ; et, lorsque ces colonnes remplissent la terre, l’Écriture dit que « la terre est pleine ». Qu’entend-on par ces mots ? Lorsque la terre est habitée par un grand nombre de justes, elle produit des fruits et se trouve ainsi être pleine. Mais quand ce sont les méchants qui augmentent dans le monde, alors l’Écriture dit : « Les eaux de la mer se retirent et les fleuves, abandonnant leur lit, se sèchent. » Les mots : « … Les eaux de la mer se retirent » désignent la terre sainte qui est arrosée par les eaux célestes. Les mots : « … Et les fleuves, abandonnant leur lit, se sèchent » désignent cette Colonne unique qui se tient dans la terre sainte pour l’éclairer. Ainsi, les mots : « … Et les fleuves, abandonnant leur lit, se sèchent » ont la même signification que les paroles du verset suivant : « Le Juste périt. »
Rabbi Yehouda dit en outre : À l’époque où les coupables contemporains de Noé furent exterminés de ce monde, le Saint, béni soit-il, regarda le monde et n’y vit personne qui pût sauver le monde. Mais, objectera-t-on, il y avait pourtant Noé ? Cette objection est mal fondée, attendu que Noé n’avait pas de mérite suffisant pour sauver tout le monde ; son mérite ne suffisait que pour le sauver lui-même, afin qu’il pût repeupler le monde. C’est pourquoi l’Écriture dit : « … Parce que, parmi ceux qui vivent aujourd’hui, je t’ai reconnu comme homme juste. » Il résulte de ces paroles que Noé ne pouvait passer pour juste que si on le comparait à ses contemporains. Rabbi Yossé dit : Les mots « parmi ceux qui vivent aujourd’hui », loin d’amoindrir le mérite de Noé, sont, au contraire, à son éloge ; car l’Écriture veut dire que Noé était resté juste, même parmi ses coupables contemporains ; à plus forte raison l’eût-il été à une autre époque. Ainsi sont justifiées les paroles de l’Écriture : « Noé fut un homme juste et parfait au milieu des hommes de son temps. » Cela ne veut pas dire qu’il n’avait été juste que parce qu’il vivait au milieu des hommes de son temps. Il l’eût été également à l’époque de Moïse. Si Noé n’a pas pu sauver le monde, c’est parce que, pour cela, il faut la présence au monde de dix justes, ainsi qu’il est écrit : « Seigneur, ajouta Abraham, ne te fâche pas, je te supplie, si je parle encore une fois : Et si tu trouves dix justes dans cette ville ? Le Seigneur répondit : Je ne la perdrai point, s’il y a dix justes. » Or, à l’époque de Noé, il n’y avait de juste que celui-ci, ses trois fils et leurs femmes, dont le total n’atteignait pas le nombre de dix.
Rabbi Éléazar demanda à son père ce qui suit : Nous savons, par une tradition, qu’à l’époque où le monde est plein des péchés des hommes, c’est-à-dire lorsque la mesure de la méchanceté des hommes est arrivée à son plus haut degré, et que la justice divine
commence à sévir dans le monde, le juste est à plaindre ; car c’est lui qui expie le premier les péchés de ses coupables contemporains. Or, comment Noé a-t-il pu échapper à la catastrophe, alors que, d’après la tradition, il devait expier, le premier, les péchés de ses contemporains ? Rabbi Siméon lui répondit : Nous avons appris que le Saint, béni soit-il, voulait qu’en sortant de l’arche Noé repeuplât le monde ; aussi l’a-t-il préservé du châtiment à cet effet. En outre, la rigueur de la justice ne pouvait atteindre Noé pour cette raison qu’il était renfermé dans l’arche et rendu ainsi invisible aux yeux de l’ange exterminateur. Remarquez que l’Écriture dit : « Cherchez la justice, cherchez l’humilité, afin que vous puissiez trouver un lieu secret pour vous cacher au jour de la colère du Seigneur. » Or, Noé avait cherché la justice ; c’est pourquoi il a été enfermé dans l’arche où il était « caché au jour de la colère du Seigneur » ; et c’est pourquoi la rigueur de la justice n’a pu l’atteindre et l’ange exterminateur n’a pu s’en faire l’accusateur. Ce passage de l’Écriture renferme une allusion au mystère connu des saints thaumaturges concernant la puissance miraculeuse des vingt-deux lettres sacrées et célestes qui, écrites d’une certaine façon, dans un ordre inverse, opèrent l’extermination des coupables. C’est pourquoi l’Écriture dit : « … Et ils furent effacés (va-ïmohou) de dessus la terre. »
Remarquez quelle différence il y a entre Moïse et les autres hommes. Lorsque le Saint, béni soit-il, dit à Moïse : « … Et maintenant laisse-moi faire, afin que la fureur de mon indignation s’allume contre eux, et que je les extermine ; et je te rendrai le chef d’un grand peuple », Moïse répondit immédiatement à Dieu : Est-ce que j’abandonnerai la cause d’Israël en faveur de mon avantage personnel ? Si j’agissais ainsi, tout le monde dirait que c’est moi qui ai tué les Israélites, pour devenir le chef d’un grand peuple, à l’exemple de Noé qui, lorsque le Saint, béni soit-il, lui annonça : « … Et moi, je vais répandre les eaux du Déluge sur la terre pour faire mourir toute chair qui respire et qui est vivante sous le ciel. Tout ce qui est sur la terre sera consumé. Et j’établirai mon Alliance avec toi, et tu entreras dans l’arche, toi et tes fils, ta femme et les femmes de tes fils avec toi », loin d’intercéder auprès de Dieu en faveur de ses contemporains, se sauva, lui et ses fils, dans l’arche. C’est pour avoir omis d’intercéder en faveur de ses contemporains que les eaux du Déluge portent son nom, c’est-à-dire lui sont attribuées, ainsi qu’il est écrit : « … Comme j’ai juré à Noé de ne plus répandre sur la terre les eaux de Noé. » Moïse disait donc : Si le peuple d’Israël est exterminé, le monde dira que c’est ma négligence à intercéder en sa faveur qui l’a tué, négligence qu’on attribuera à mon ambition de devenir le chef d’un grand peuple, ainsi que Dieu me l’a promis en m’annonçant sa résolution d’exterminer les Israélites. Non, je préfère mourir et expier les péchés d’Israël, afin que celui-ci soit sauvé. Aussi l’Écriture ajoute-t-elle : « … Et Moïse conjurait le Seigneur son Dieu. » Il invoqua ainsi la miséricorde divine sur les Israélites ; et celle-ci leur fut accordée.
Rabbi Isaac demanda : Comment Moïse pouvait-il dire dans l’exorde de la prière qu’il adressa à Dieu en faveur des Israélites : « Seigneur, pourquoi ta fureur s’allume-t-elle contre ton peuple ? » Comment ! les Israélites ont adoré une idole, ainsi que Dieu venait de le lui annoncer : « Ils se sont fait un veau, jeté en fonte ; ils l’ont adoré et ils ont dit : Ce sont là tes dieux, Israël, qui t’ont tiré de l’Égypte. » Et, après un tel crime commis par Israël, Moïse demande encore : « Pourquoi ta fureur s’allume-t-elle contre ton peuple ? » Mais nous savons que celui qui se charge d’une réconciliation est tenu de diminuer la portée de l’injure aux yeux de l’offensé, et de l’augmenter aux yeux de l’offenseur. Ainsi, alors que Moïse dit à Dieu : « Pourquoi ta fureur s’allume-t-elle contre ton peuple ? », comme si le péché commis par Israël était de peu d’importance, il dit en même temps aux Israélites : « Vous avez commis un très grand péché. » Moïse ne cessa de prier le Saint, béni soit-il, et il alla même jusqu’à offrir sa vie pour le salut
d’Israël, ainsi qu’il est écrit : « ... Et je te conjure de leur pardonner cette faute ; ou si tu ne le fais pas, efface-moi de ton livre que tu as écrit. » C’est à la suite de cette prière que le Saint, béni soit-il, pardonna aux Israélites, ainsi qu’il est écrit : « Alors le Seigneur s’apaisa. » Mais Noé n’a point agi de la sorte ; il n’a prié que pour son salut ; mais il abandonna la cause de tout le monde. Aussi, toutes les fois que la rigueur de la justice céleste sévit dans le monde, l’Esprit-Saint fait retentir ce cri : « Malheur au monde quand il ne se trouve plus un homme tel que Moïse qui intercède en sa faveur ! », ainsi qu’il est écrit : « Mais il s’est souvenu des siècles anciens, de Moïse et de son peuple. Où est celui qui les a tirés de la mer avec les pasteurs de son troupeau ? Où est celui qui a mis au milieu d’eux son Esprit-Saint ? » Ces paroles s’appliquent à Moïse ; car c’est lui qui a sauvé les Israélites de la mer, ainsi qu’il est écrit : « ... Et le Seigneur dit à Moïse : Pourquoi cries-tu vers moi ? Dis aux enfants d’Israël qu’ils marchent » ; car c’est grâce à la prière de Moïse que Dieu a sauvé les Israélites de la mer, et c’est pour cette raison que l’Écriture lui attribue ce bienfait, ainsi qu’il est écrit : « Où est celui qui les a tirés de la mer ? » Les paroles suivantes : « Où est celui qui a mis au milieu d’eux son Esprit-Saint ? » désignent également Moïse qui attira la Schekhina parmi Israël. Enfin, les paroles suivantes : « Qui les a conduits au travers des abîmes ? » s’appliquent également à Moïse ; car c’est grâce à ses prières que les eaux de la mer s’arrêtèrent, comme si elles eussent été gelées, de manière à permettre le passage des Israélites. C’est en raison de la constante sollicitude de Moïse pour les Israélites que ceux-ci sont appelés « le peuple de Moïse ». Rabbi Yehouda dit : Bien que Noé ait été un homme digne, il ne méritait pas que le Saint, béni soit-il, fît rémission des péchés à tout le monde en faveur de sa piété. Remarquez que Moïse n’a jamais fait valoir son propre mérite ; mais il invoqua toujours celui des patriarches ; tandis que Noé, antérieur aux patriarches, n’avait pas cet avantage de Moïse. Rabbi Isaac dit : En dépit de ce que Noé était privé de l’avantage de faire valoir le mérite des patriarches, il aurait dû quand même prier pour ses contemporains lorsque Dieu lui dit : « J’établirai mon Alliance avec toi » ; et quant au sacrifice qu’il offrit en action de grâces à sa sortie de l’arche, il aurait dû l’offrir avant le cataclysme, pour apaiser la colère de Dieu allumée contre le monde. Rabbi Yehouda, prenant la défense de Noé, dit : Comment Noé pouvait-il offrir un sacrifice, alors que ses coupables contemporains ne cessèrent d’irriter le Saint, béni soit-il, par leurs péchés ! En vérité, Noé craignait pour sa propre vie ; il craignait d’être compris dans le châtiment annoncé à ses contemporains, dont il voyait les mauvaises actions par lesquelles ils irritaient tous les jours le Saint, béni soit-il. Rabbi Isaac dit en outre : Toutes les fois que les coupables prennent le dessus en ce monde, le juste qui vit parmi eux expie le premier, ainsi qu’il est écrit : « ... Et commencez par mon sanctuaire. » Or, nous savons par une tradition que ce mot ne doit pas être prononcé « mimiqdaschi » (par mon sanctuaire), mais bien « mimqodschi » (par ceux qui me sanctifient). Mais comment se fait-il que Noé n’a pas expié les péchés de tant de coupables parmi lesquels il vivait ? C’est parce qu’il était prédestiné à repeupler le monde, parce qu’il était un juste parfait. Il a été également préservé du châtiment pour cette raison qu’il exhortait ses contemporains tous les jours ; mais ceux-ci ne voulaient guère l’écouter. C’est donc à Noé que s’appliquent les paroles de l’Écriture : « ... Mais toi qui avertis le juste, afin qu’il ne pèche point et qu’il ne tombe point dans le péché, il vivra, parce que tu l’auras averti ; et tu auras ainsi délivré ton âme. » De ce verset, nous inférons que quiconque avertit les pécheurs sauve son âme, alors même que les pécheurs ne veulent pas l’écouter ; et, dans ce cas, ce sont les pécheurs eux-mêmes qui expient leurs péchés. Jusqu’à quel point l’exhortation du pécheur incombe-t-elle au juste ? Jusqu’à ce que les pécheurs lui défendent de les exhorter ; ce point a été fixé par les collègues.
Rabbi Yossé, qui avait coutume de fréquenter Rabbi Siméon,
demanda un jour à celui-ci : Pour quelle raison le Saint, béni soit-il, fit-il périr tous les animaux dans les campagnes et tous les oiseaux de dessous le ciel ? Si l’homme a péché, pouvait-on en rendre responsables les animaux et les oiseaux ? Rabbi Siméon lui répondit : Si Dieu extermina tous les animaux et tous les oiseaux, c’était en raison des paroles de l’Écriture : « … Car toute chair sur la terre était corrompue. » Ces paroles indiquent également la corruption des animaux ; car les animaux aussi ont, à cette époque, mené une vie déréglée, en ce sens que chaque animal dédaignait la femelle de son espèce et s’accouplait à une femelle d’une espèce étrangère à la sienne. Remarquez que la corruption des hommes de cette génération avait été la cause efficiente de la corruption de tous les autres animaux de la création ; les coupables de cette génération, en pratiquant le crime de l’onanisme, avaient en vue d’affaiblir ainsi l’œuvre de la création. À cette outrecuidance, le Saint, béni soit-il, répondit : « Vous voulez affaiblir l’œuvre de mes mains, je ferai votre volonté et j’exterminerai de dessus la terre toutes les créatures que j’ai faites » ; je transformerai le monde en eau, comme il l’était au commencement de la création ; et, après avoir effacé toute l’œuvre de la création, je la recommencerai, en peuplant le monde d’autres créatures meilleures que celles qui existent actuellement.
demanda un jour à celui-ci : Pour quelle raison le Saint, béni soit-il, fit-il périr tous les animaux dans les campagnes et tous les oiseaux de dessous le ciel ? Si l’homme a péché, pouvait-on en rendre responsables les animaux et les oiseaux ? Rabbi Siméon lui répondit : Si Dieu extermina tous les animaux et tous les oiseaux, c’était en raison des paroles de l’Écriture : « … Car toute chair sur la terre était corrompue. » Ces paroles indiquent également la corruption des animaux ; car les animaux aussi ont, à cette époque, mené une vie déréglée, en ce sens que chaque animal dédaignait la femelle de son espèce et s’accouplait à une femelle d’une espèce étrangère à la sienne. Remarquez que la corruption des hommes de cette génération avait été la cause efficiente de la corruption de tous les autres animaux de la création ; les coupables de cette génération, en pratiquant le crime de l’onanisme, avaient en vue d’affaiblir ainsi l’œuvre de la création. À cette outrecuidance, le Saint, béni soit-il, répondit : « Vous voulez affaiblir l’œuvre de mes mains, je ferai votre volonté et j’exterminerai de dessus la terre toutes les créatures que j’ai faites » ; je transformerai le monde en eau, comme il l’était au commencement de la création ; et, après avoir effacé toute l’œuvre de la création, je la recommencerai, en peuplant le monde d’autres créatures meilleures que celles qui existent actuellement.
Il est écrit : « Noé entra dans l’arche, et avec lui ses fils, sa femme et les femmes de ses fils, pour se mettre à l’abri des eaux du Déluge. » Rabbi Hiyâ ouvrit une de ses conférences de la manière suivante : L’Écriture dit : « Un homme peut-il se cacher dans un lieu secret de manière que je ne le voie ? dit le Seigneur. N’est-ce pas moi qui remplis le ciel et la terre ? dit le Seigneur. » Combien les hommes sont-ils insensés et aveugles de ne pas méditer sur la gloire de leur Maître dont l’Écriture dit : « N’est-ce pas moi qui remplis le ciel et la terre ? » Et les hommes sont assez insensés de cacher leurs méfaits, en disant : Qui nous verra ? Qui le saura ? ainsi qu’il est écrit : « Malheur à vous qui vous retirez dans la profondeur de vos cœurs, pour cacher à Dieu le secret de vos desseins et qui faites vos œuvres dans les ténèbres. » Où peut-on se cacher devant Dieu ? On peut appliquer à ces insensés la parabole suivante : Un roi ayant fait construire un palais ordonna que l’on aménageât dans les sous-sols des chambres secrètes. Un jour, les serviteurs de la cour, s’étant révoltés contre le roi, celui-ci les fit poursuivre par la garde du palais ; alors, pour échapper au châtiment, les rebelles allèrent se cacher dans les chambres secrètes aménagées dans les sous-sols du palais. Mais le roi s’écria : C’est moi-même qui ai fait aménager ces chambres secrètes, et vous croyez pouvoir vous y cacher devant moi ! Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Un homme peut-il se cacher dans un lieu secret de manière que je ne le voie ? dit le Seigneur. » Dieu dit aux pécheurs qui croient cacher leurs mauvaises actions : C’est moi qui ai fait aménager les lieux secrets ; c’est moi qui ai créé la lumière et les ténèbres : et vous croyez pouvoir vous cacher devant moi ! Remarquez que lorsqu’un homme, après avoir péché devant son Maître, s’efforce de tenir secrets ses méfaits, Dieu le punit en rendant ses crimes publics ; mais si, après avoir péché, l’homme fait pénitence, le Saint, béni soit-il, le cache de manière à le rendre invisible « au jour de la colère de Dieu ». Car il est certain que l’homme ne doit pas être vu par l’ange destructeur lorsque celui-ci sévit dans le monde, attendu qu’il est autorisé à léser tous ceux qui s’offrent à sa vue. C’est pourquoi Rabbi Siméon a dit : Tout homme qui a un mauvais œil, c’est-à-dire qui est envieux, est possédé par l’esprit destructeur ; un tel homme est appelé « destructeur du monde » ; et il convient de se cacher devant un tel homme et de ne jamais l’approcher, pour ne pas être lésé ; il est défendu de s’exposer à la vue d’un homme pareil. Or, puisqu’il faut se cacher devant un homme qui a un mauvais œil, à plus forte raison faut-il agir de la sorte à l’égard de l’ange de la mort. C’est pourquoi l’Écriture a dit en parlant de l’âne de Balaam : « Voici ce que dit l’homme qui a l’œil fermé. » Balaam avait un mauvais œil et il attirait l’esprit destructeur sur tous les objets
sur lesquels il jetait son regard ; c’est pourquoi il s'efforçait de regarder Israël, parce qu’il savait que tout est exterminé lorsqu’il y jette son regard. Remarquez que l’Écriture a dit : « Et Balaam éleva ses yeux. » L’Écriture ne dit pas « enav » (ses yeux), mais « eno » (son œil), parce que Balaam n’avait ouvert qu’un seul œil, alors qu’il tenait l’autre fermé, afin de regarder Israël de son mauvais œil. Remarquez que l’Écriture dit : « Et il vit Israël campé dans ses tentes par tribus. » Balaam a vu la Schekhina planer au-dessus des douze tribus, de manière à rendre son regard inoffensif. Balaam dit alors : Comment pourrais-je attaquer ce peuple, alors que l’Esprit-Saint plane au-dessus de lui et le couvre de ses ailes ! C’est pourquoi l’Écriture dit : « Il couche comme un lion et comme une lionne : qui pourrait l’élever ? » Par le mot « lion », Balaam désigne la Schekhina ; et, par les mots « qui pourrait l’élever ? » (mi yeqimenou), Balaam voulait dire : qui pourrait ôter la Schekhina de dessus les Israélites, afin que je puisse les attaquer par mon regard ? C’est pourquoi le Saint, béni soit-il, voulait couvrir Noé et le soustraire à la vue de l’esprit impur, afin que celui-ci ne pût s’attacher à lui et le léser, ainsi que nous venons de le dire. Les paroles de l’Écriture : « Et Noé entra dans l’arche » ont donc la signification que nous venons de leur donner : il entra dans l’arche pour se soustraire à la vue de l’ange destructeur. L’Écriture ajoute : « ...Pour se mettre à l’abri des eaux du Déluge. » Ces paroles signifient que Noé fut poussé par les eaux dans l’arche. Rabbi Yossé dit : Noé avait vu arriver l’ange de la mort ; et c’est pourquoi il entra dans l’arche et s’y cacha pendant douze mois. Pourquoi douze mois ? Rabbi Isaac et Rabbi Yehouda sont là-dessus en désaccord : d’après l’un, le délai de douze mois était fixé parce que c’est la durée des châtiments des coupables ; selon l’autre, Noé a dû rester douze mois pour parcourir les douze degrés qu’il faut monter afin d’être un juste parfait. Rabbi Yehouda dit : Les coupables sont châtiés durant six mois par l’eau et durant six autres mois par le feu. Or, le châtiment du Déluge ayant eu lieu exclusivement par l’eau, pourquoi fallait-il une durée de douze mois ?
Rabbi Yossé dit : Le châtiment des coupables dans l’enfer est fait par l’eau et par le feu. On entend par le châtiment de l’eau, les eaux qui tombent d’en haut sur les coupables et qui sont froides comme la glace ; par le châtiment du feu, on entend les eaux qui montent d’en bas jusqu’aux coupables dans l’enfer et qui sont brûlantes comme le feu. C’est ce qu’il faut entendre par les mots de la tradition : « Les coupables sont châtiés dans l’enfer par l’eau et par le feu », ce qui veut dire : par les eaux froides qui leur arrivent d’en haut et par l’eau bouillante qui leur vient d’en bas. Ainsi, le châtiment des coupables dans l’enfer, dont la durée est de douze mois, est exclusivement fait par l’eau, soit froide, soit bouillante. C’est pourquoi Noé dut également rester caché dans l’arche durant douze mois, afin de ne pas être vu par l’ange destructeur ; aussi celui-ci ne put-il l’approcher lorsque l’arche surnageait au-dessus de l’eau, ainsi qu’il est écrit : « Et les eaux s’étant accrues élevèrent l’arche en haut au-dessus de la terre. » Le châtiment réel n’a duré que quarante jours, ainsi qu’il est écrit : « Le Déluge se répandit sur la terre pendant quarante jours », alors que le reste de l’année a servi à faire disparaître les coupables, ainsi qu’il est écrit : « Et ils disparurent de dessus la terre. » Malheur à ces coupables qui ne ressusciteront jamais pour comparaître au moment du jugement dernier ! C’est pourquoi l’Écriture se sert du mot « va-ïmahou » (et ils furent effacés), de même que l’Écriture dit : « Tu as effacé leurs noms pour toute l’éternité. » Ces paroles désignent les coupables qui ne ressusciteront pas même pour être jugés à l’époque du jugement dernier.
Il est écrit : « Et les eaux s’étant accrues élevèrent l’arche en haut au-dessus de la terre. » Rabbi Abba ouvrit une de ses conférences de la manière suivante : L’Écriture dit : « O Élohim ! élève-toi au-dessus des cieux ; et que ta gloire éclate sur toute la terre. » Malheur aux coupables qui pèchent, irritent leur Maître tous les jours et repoussent, par leurs crimes, la Schekhina de la terre et la déterminent à quitter ce bas monde ! La Schekhina est appelée Élohim ; et c’est d’elle que l’Écriture dit : « O Élohim ! élève-toi au-
dessus des cieux. » Remarquez les paroles de l’Écriture : « Élevèrent l’arche en haut. » Ceci veut dire : les mauvaises actions des coupables ont repoussé la Schekhina dont l’arche était le symbole. Et l’Écriture ajoute : « Au-dessus de la terre », ce qui veut dire que la Schekhina quitta la terre. Et, quand la Schekhina a quitté ce monde, celui-ci est resté privé de défenseur ; aussi la rigueur de la justice a-t-elle sévi dans le monde. Mais, après que les coupables ont été exterminés et effacés de dessus la terre, la Schekhina est revenue dans ce bas monde. Rabbi Yessa demanda : S’il en est ainsi, pourquoi la Schekhina n’était-elle pas retournée dans le pays d’Israël après la dispersion des juifs coupables ? Rabbi Abba lui répondit : Parce qu’il n’y est plus resté de justes. Partout où ils s’en vont, la Schekhina les suit et elle établit son domicile parmi eux. Si la Schekhina ne les quitte pas, même quand ils habitent une terre étrangère, à plus forte raison n’aurait-elle quitté la terre sainte s’ils y étaient restés. Parmi tous les péchés par lesquels les coupables éloignent la Schekhina de ce monde, l’onanisme est le plus grave, ainsi que nous l’avons déjà dit ; aussi, celui qui se rend coupable de ce crime ne verra-t-il jamais le visage de la Schekhina et n’entrera-t-il jamais dans le palais céleste ; c’est pourquoi l’Écriture dit de ces coupables : « Et ils furent effacés de dessus la terre. » Ils furent, en effet, complètement effacés.
Remarquez qu’à l’époque où le Saint, béni soit-il, ressuscitera les morts, il formera à nouveau les corps tels qu’ils étaient durant la vie ; et il fera cela même pour les hommes enterrés hors de la Palestine, dans les pays étrangers ; car chaque homme est pourvu d’un os impérissable sur la terre ; et c’est grâce à lui que le corps sera formé à nouveau à l’heure de la résurrection ; cet os sera au corps ressuscité ce qu’est le levain à la pâte ; car c’est par lui que le Saint, béni soit-il, reconstituera le corps entier. Mais le Saint, béni soit-il, ne donnera d’âmes aux corps ressuscités que sur la terre d’Israël, ainsi qu’il est écrit : « Prophétise donc ; et dis-leur : Voici ce que dit le Seigneur Dieu : O mon peuple, je vais ouvrir vos tombeaux ; je vous ferai sortir de vos sépulcres et je vous ferai entrer dans la terre d’Israël. » Car, une fois reconstitués, les corps vont être roulés sous la terre jusqu’en Palestine ; et ce n’est que là qu’ils vont recevoir des âmes, ainsi que l’Écriture ajoute : « Et je répandrai mon esprit en vous ; et vous rentrerez dans la vie. » Ainsi, tous les hommes seront pourvus d’âmes sur la terre d’Israël, exceptés ceux qui se sont souillés et qui ont souillé la terre par le crime de l’onanisme, car, de cette sorte de pécheurs, l’Écriture dit : « Et ils furent effacés de dessus la terre. » Par ce mot « terre », l’Écriture veut nous indiquer que ces coupables seront complètement effacés de la terre et que l’os servant à la reconstitution du corps sera également effacé. Bien que les anciens n’aient point été d’accord à ce sujet et qu’il y eût divergence d’opinions sur l’interprétation du mot « va-imahou » (et ils furent effacés), il est certain que, par ce mot, l’Écriture indique que les coupables ont été effacés du livre de la vie, ce qui veut dire qu’ils ne seront jamais ressuscités, ainsi qu’il est écrit : « Qu’ils soient effacés du livre de la vie. » Rabbi Siméon dit à Rabbi Abba : Il est certain que les coupables de la génération du Déluge n’auront aucune part à la vie future, ainsi qu’il est écrit : « Et ils furent effacés de dessus la terre. » Or, le mot « terre » désigne la vie future, de même que dans le verset : « Ils posséderont la terre pour toute l’éternité. » Mais ils seront quand même ressuscités pour comparaître devant le jugement de Dieu ; et c’est d’eux que l’Écriture dit : « Et toute la multitude de ceux qui dorment sous la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour un opprobre et un châtiment éternels. » La divergence d’opinions n’existe que sur le point de savoir si les coupables seront ressuscités pour être jugés, ou s’ils ne ressusciteront pas même pour cet instant ; mais, pour tout le reste, les collègues sont d’accord sur ce que nous venons de dire.
Il est écrit : « Et tout ce qui était debout (ieqoum) sur la terre fut effacé. » Rabbi Abba dit : Le mot « eth » comprend également dans la catastrophe les chefs célestes préposés à régir la terre ; c’est l’extermination de ces chefs que l’Écriture exprime dans les paroles : « Tout ce qui était debout (ieqoum) sur la terre
fut effacé. Car lorsque le Saint, béni soit-il, veut châtier le monde, il commence par châtier d’abord les chefs célestes préposés à la garde des hommes ; et ce n’est qu’ensuite qu’il châtie ceux qui sont placés sous leurs ailes, ainsi qu’il est écrit : « En ce temps-là, le Seigneur accablera les armées célestes qui sont en haut et les rois de ce monde qui sont sur la terre. » Ainsi, les chefs célestes sont châtiés d’abord et les gens d’ici-bas ensuite. Comment les anges célestes peuvent-ils être exterminés ? Ils sont exterminés par le fleuve de feu, ainsi qu’il est écrit : « … Car le Seigneur ton Dieu est un feu dévorant, un Dieu jaloux. » Dieu est un feu qui consume le feu. Ainsi, les anges célestes, qui sont les chefs des hommes, sont exterminés par le feu céleste, alors que leurs subordonnés, c’est-à-dire les hommes, sont exterminés par l’eau. C’est pourquoi l’Écriture dit d’abord : « … Et tout ce qui était debout sur la terre fut effacé. » Ce n’est qu’après qu’elle ajoute : « … Depuis l’homme jusqu’aux bêtes, tant celles qui rampent que celles qui volent dans l’air, tout périt de dessus la terre. » Ces dernières paroles désignent l’extermination des êtres d’ici-bas. L’Écriture ajoute : « Il ne demeura que Noé seul et ceux qui étaient dans l’arche avec lui. » Le mot « seul » (akh) indique une restriction. Qu’est-ce donc que l’Écriture entend restreindre en cet endroit ? L’Écriture veut nous apprendre que, dans tout le monde, il n’y avait plus d’autres êtres en ce moment en dehors de Noé et de ceux qui étaient avec lui dans l’arche. Rabbi Yossé dit : La restriction de l’Écriture nous indique que Noé même, qui a échappé au cataclysme, n’en est pas sorti tout à fait indemne ; car il était devenu boiteux à la suite d’une morsure de lion, ainsi que cela a été dit.