Judaïsme

Zohar I, Section Toldoth Noah (fol. 63b-65b)

Rabbi Hiyâ dit : Depuis le jour où Adam transgressa le commandement du Saint, béni soit-il, le monde se trouva dans un état de pauvreté, jusqu’à l’arrivée de Noé, qui, ayant offert un sacrifice, remit le monde dans son état normal. Rabbi Yossé dit : Le monde n’est point revenu à son état normal, et la terre n’a point été épurée de l’infection du serpent, jusqu’au jour où Israël, placé au pied du mont Sinaï, se rattacha à l’Arbre de vie. Si Israël n’avait péché de nouveau après l’événement du mont Sinaï, la mort n’aurait pas existé dans le monde, attendu qu’Israël avait été épuré de l’infection du serpent. Mais comme Israël a péché de nouveau, les premières tables de la loi furent brisées, ces tables de la loi qui constituaient l’affranchissement de tout, ce qui veut dire l’affranchissement du serpent appelé « fin de toute chair ». Et lorsque les Lévites s’apprêtèrent à tuer les Israélites après que ceux-ci eurent adoré le veau d’or, le mauvais serpent, qui est synonyme d’ange préposé à la mort, courait devant les Lévites, dans le but d’accomplir sa mission ; mais il ne put s’attaquer aux Israélites, parce que ceux-ci étaient pourvus d’une cuirasse qui les mettait à l’abri de ses coups. Ce n’est que lorsque Dieu dit à Moïse : « Et maintenant, quitte tes ornements », que l’autorisation a été donnée au serpent de s’attaquer à Israël. Remarquez que l’Écriture dit : « … Et les enfants d’Israël furent dépouillés
(vaïthnatzelou) de leurs ornements de la montagne d’Horeb. Pourquoi l’Écriture emploie-t-elle le terme de « vaïthnatzelou » (ils furent dépouillés), alors qu’elle aurait dû dire « vaïnatzelou » (et ils quittèrent) ? L’Écriture veut nous indiquer que les Israélites ont été privés de la cuirasse dont ils furent pourvus au mont Sinaï, par une volonté autre que la leur ; en d’autres termes, qu’ils avaient été privés de cette cuirasse par le serpent à qui l’autorisation a été donnée de s’attaquer à eux. Par « ornements de la montagne d’Horeb », l’Écriture désigne ces ornements dont Israël a été paré lorsqu’il reçut la loi au mont Sinaï. Rabbi Hiyâ demanda : Puisque Noé était le Juste, pourquoi n’avait-il supprimé la mort dans le monde ? La vérité est qu’à l’époque de Noé le monde n’était pas encore épuré de l’infection du serpent. En outre, les hommes de sa génération n’avaient pas de foi et ne croyaient pas au Saint, béni soit-il ; tous étaient attachés aux feuilles de l’arbre d’en bas, c’est-à-dire à l’esprit du démon, et animés d’un esprit d’impureté. En outre, les hommes de cette génération recommencèrent à pécher après le Déluge, comme avaient fait ceux qui vécurent avant ; et la loi sainte qui constitue l’Arbre de vie n’avait pas encore été révélée sur la terre par le Saint, béni soit-il. Enfin, Noé ne pouvait supprimer la mort, attendu que c’était lui-même qui l’attira sur le monde après sa sortie de l’arche, ainsi qu’il est écrit : « ... Et ayant bu du vin, il s’enivra et parut nu dans sa tente. » Ce verset est expliqué autre part.
Pendant que Rabbi Hiyâ et Rabbi Yossè continuaient leur chemin, ils virent arriver un homme. Rabbi Yossè dit alors : Cet homme qui arrive est un Israélite. Lorsque le voyageur les eut rejoints, ils constatèrent qu’il était réellement un Israélite. Ils lui demandèrent le but de son voyage. Il leur répondit : Je suis chargé d’une mission concernant le rite. Car j’habite le village de Kamin ; et comme nous sommes à la veille de la fête des Tabernacles et que nous avons besoin, pour la cérémonie de cette fête, d’une branche de palmier et de ses accessoires, je vais les couper aux arbres. Rabbi Hiyâ et Rabbi Yossè continuèrent alors leur chemin en compagnie de l’étranger. Cet Israélite leur dit alors : Peut-être avez-vous entendu la raison pour laquelle la loi exige qu’on se serve des quatre objets désignés par le nom collectif de « Loulab », pour obtenir du ciel la pluie ? Ils lui répondirent : Cette question a déjà été examinée par les collègues ; mais si tu as quelque chose de nouveau à dire là-dessus, communique-le nous. Il leur répliqua : Certes, l’endroit que j’habite est petit ; mais, en revanche, tous ses habitants se consacrent à l’étude de la doctrine. Aussi, y a-t-il un jeune maître du nom de Rabbi Isaac, fils de Yossè Mehozaha, qui nous communique tous les jours des choses nouvelles relatives à la doctrine. Celui-ci m’a dit que la fête des Tabernacles est l’époque où Israël triomphe sur les autres peuples du monde ; c’est pourquoi nous saisissons, pendant cette fête, le « Loulab » et le portons en guise de trophée pour marquer ainsi que nous avons vaincu tous les autres peuples appelés populace, et que nous les dominons. Car tous les grands chefs célestes des autres peuples païens ne reçoivent de bénédictions d’en haut que du côté d’Israël ; ces anges sont désignés dans l’Écriture par le nom « d’eaux outrecuidantes », ainsi qu’il est écrit : « ... Et les eaux outrecuidantes ont passé au-dessus de nos âmes. Béni soit le Seigneur qui ne nous a pas livrés en proie à leurs dents. » Comment ! est-ce que les eaux ont des dents ? Mais les mots « eaux outrecuidantes » désignent les autres peuples du monde ; et c’est pour que nous puissions dominer les autres peuples que nous apportons, pendant la fête des Tabernacles, les quatre objets du « Loulab » qui correspondent au mystère du nom sacré, pour obtenir
du Saint, béni soit-il, que nous les dominions grâce au mystère du nom sacré, et également pour obtenir de Dieu qu’il nous pourvoie des eaux sacrées, afin que nous puissions faire des libations sur l’autel. L’étranger leur dit en outre : Le premier jour de l’eau, le monde se trouve dans son état primitif. Qu’entend-on par « état primitif » ? Ce terme désigne le tribunal d’en bas qui siège en ce jour, pour juger le monde ; et le Saint, béni soit-il, juge alors le monde jusqu’au jour du pardon. Le serpent accusateur n’existe pas dans le monde durant cette époque, car il est occupé du bouc qu’on lui offre en ce jour et qui émane du côté impur, comme cela convient à une offrande apportée au serpent accusateur. Aussi la joie régnait-elle dans le monde durant cette époque ; car le démon, occupé du bouc, ne s’approche pas de la sainteté. Le bouc qu’on offre au démon le jour du pardon détourne les mauvais esprits des choses saintes, de même que le bouc offert à chaque néoménie. C’est pourquoi tous les Israélites implorent en ce jour la grâce du Saint, béni soit-il, qui leur fait rémission des péchés.
Le jeune maître m’a, en outre, communiqué un mystère ; mais il ne m’a autorisé à le divulguer qu’à des zélés d’une sainteté supérieure et d’une sagesse manifeste. Rabbi Yossé lui dit alors : Quel est ce mystère ? L’autre lui répondit : Je ne puis vous le dire avant de vous avoir examinés. Après avoir continué leur chemin pendant quelque temps, l’étranger leur dit : Lorsque la lune s’approche du soleil, le Saint, béni soit-il, réveille le Nord et l’attire à lui dans l’amour, alors que le Sud se réveille de lui-même. Or, comme le soleil se lève à l’Est, il s’ensuit qu’il tire sa force des deux côtés à la fois, et du Nord et du Sud, et qu’il attire silencieusement les bénédictions qui émanent des deux côtés et les transmet à la lune qui en devient pleine. Le rapprochement du soleil et de la lune ressemble à celui du mâle et de la femelle, car les mêmes principes qui régissent les éléments ici-bas se retrouvent également dans les choses d’en haut. De même que le bras de l’arbre séphirothique attire l’immensité de l’espace dans l’amour, semblable au bras du mâle attirant la femelle, de même le bras gauche attire l’immensité de l’espace dans la rigueur. Or, le serpent constitue le bras gauche duquel émane l’esprit impur. Il attire à lui tous ceux qui l’approchent. Aussi quand Dieu ne réveille point le Nord, le bras gauche attire à lui la lune et s’attache à elle si solidement que, pour l’en détacher, Israël est obligé de lui offrir un bouc. Le serpent, se précipitant sur le bouc qui vient de lui être offert, lâche ainsi pour un instant la lune, qui commence dès lors à éclairer et à croître chaque jour, parce qu’elle reçoit alors les bénédictions d’en haut qui en éclairent le visage qui a été obscurci pendant quelque temps ici-bas. De même, durant le jour du pardon, comme le serpent est occupé du bouc qui lui est offert, la lune, s’en détachant, s’occupe à prendre la défense d’Israël et à le protéger, telle une mère qui protège ses enfants ; après quoi, le Saint, béni soit-il, le bénit et lui fait rémission de ses péchés. Lorsque, quelques jours après, Israël arrive à la fête des Tabernacles, le côté droit d’en haut se réveille et attire à lui la lune dont la figure est alors tout à fait pleine. C’est alors que les bénédictions célestes sont réparties parmi tous les chefs célestes des peuples païens d’ici-bas, afin que ceux-ci ne tirent jamais d’avantages de la part qui a été réservée à Israël. Ainsi, toutes les bénédictions accordées aux peuples païens d’ici-bas peuvent être considérées comme leur patrimoine, bien qu’elles émanent du côté d’Israël, attendu qu’elles leur sont réellement accordées par le ciel, afin qu’ils ne touchent à la part réservée à Israël. Ainsi, lorsque la lune présente sur sa surface une partie obscure, c’est-à-dire durant sa croissance et sa décroissance, les autres peuples païens du monde tirent les bénédictions célestes en même temps qu’Israël ; la partie éclairée de la lune représente la partie des bénédictions qu’Israël tire d’en haut, et la partie obscurcie de la lune représente la partie des bénédictions départie aux peuples païens. Mais lorsque la lune est pleine, toutes les bénédictions célestes sont déversées sur Israël
qui en profite seul. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Le huitième jour sera un jour de réunion (atzereth) pour vous. » Que signifie le mot « atzereth » ? Ce mot signifie, ainsi que le traduit la paraphrase du Thargoum, « réunion » ; car, en ce jour, toutes les bénédictions d’en haut seront réunies au-dessus d’Israël, et tous les autres peuples païens n’en tireront aucun avantage. Et c’est pourquoi l’Écriture dit : « ... sera un jour d’atzereth pour vous. » « Pour vous » spécialement, mais non pas pour les autres peuples, ni pour les autres chefs célestes des peuples. C’est pourquoi, en ce jour, Israël prie Dieu pour qu’il accorde la pluie, ce qui signifie : Que Dieu veuille bien donner à tous les autres peuples une partie de la bénédiction d’en haut, pour que, occupés de cette partie, ils ne participent ni ne se mêlent à la joie d’Israël, lorsque celui-ci attire les bénédictions d’en haut. C’est de ce jour que l’Écriture dit : « Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui », ce qui veut dire qu’aucun autre ne participe à nos joies. La situation d’Israël durant cette époque peut être comparée à un roi qui invita tous ses amis à un grand festin fixé pour un certain jour. Ainsi, tous les amis du roi étaient prévenus. Le roi se dit alors : Je veux maintenant me réjouir avec mes amis, mais j’appréhende que, quand je serai à table, tous les gouverneurs et tous les chefs de mes provinces ne viennent s’asseoir à côté de mes amis et ne participent ainsi au festin. Que fit alors le roi ? Il fit servir d’abord des légumes et du bœuf, qui sont des mets ordinaires, à ses gouverneurs. Ensuite il se mit à table avec ses amis, devant lesquels il fit servir les mets les plus délicieux du monde ; et, pendant qu’il était assis avec eux, il leur accorda tout ce qu’ils lui demandaient. De cette façon, le roi a pu se réjouir avec ses amis en particulier, sans que les autres s’y mêlassent. Tel était le procédé du Saint, béni soit-il, à l’égard d’Israël. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Le huitième jour sera un jour de réunion (atzereth) pour vous. »
Rabbi Yossé et Rabbi Hiyâ s’écrièrent alors : Le Saint, béni soit-il, nous a rendu ce voyage agréable ; heureux le sort de ceux qui se consacrent à l’étude de la doctrine ! Ils vinrent ensuite embrasser l’étranger, et Rabbi Yossé lui appliqua les paroles du verset suivant : « Tous tes enfants seront instruits du Seigneur, et ils jouiront de l’abondance de la paix. »
Arrivés à un champ, les voyageurs s’assirent. Prenant alors la parole, l’étranger s’exprima ainsi : Pourquoi l’Écriture dit-elle : « ... Et Jéhovah fit tomber du ciel une pluie de soufre et de feu sur Sodome et Gomorrhe », alors qu’à la description du Déluge l’Écriture se sert exclusivement du nom « Élohim » ? En voici la raison : Nous savons par une tradition que, partout où l’Écriture se sert du terme « et Jéhovah », elle désigne Dieu assisté des membres de son tribunal, alors que le terme « Élohim » désigne le tribunal seulement où Dieu ne préside pas. C’est pourquoi, à la destruction de Sodome, où il ne s’agissait que du châtiment d’un seul pays et non pas du monde entier, Dieu se trouvait avec les membres de son tribunal. C’est ce qui fait dire à l’Écriture : « Et Jéhovah fit », etc., alors qu’au Déluge tout le monde périt ; et c’est pour cette raison que les membres du tribunal se trouvaient seuls dans le monde, c’est-à-dire que le tribunal n’était pas présidé par Dieu, et que, par suite de cette circonstance, l’Écriture n’emploie que le terme d’« Élohim ». Mais, objectera-t-on peut-être, au Déluge aussi le châtiment n’avait pas atteint tout le monde, attendu que Noé et les siens en sortirent indemnes. Quelle différence y a-t-il donc entre le châtiment du Déluge et celui de Sodome ? À ceci nous répondrons que Noé ayant été invisible durant le Déluge, pendant lequel il était enfermé dans l’arche, sa personne ne compte pas, de sorte qu’on peut considérer le Déluge comme châtiment général ayant atteint le monde entier. C’est pourquoi
au châtiment de Sodome, l’Écriture emploie le terme « Et Jéhovah », parce qu’à cette époque Dieu se montra « ouvertement », attendu que le châtiment n’était pas infligé à toutes les créatures du monde, alors qu’« Élohim » désigne « Dieu caché » ; or, à l’époque où Dieu est caché, ceux qui sont destinés à échapper au châtiment général doivent être également cachés, ainsi que cela arriva à Noé. C’est pourquoi, durant le Déluge, Élohim était seul, c’est-à-dire, Dieu étant caché à cette époque, Élohim se manifestait seul. Ce mystère est renfermé dans les paroles de l’Écriture : « Jéhovah était assis à l’époque du Déluge. » Que signifie le mot « assis » ? Si l’Écriture ne le disait elle-même, nous n’oserions pas employer une expression pareille au sujet de Dieu. « Assis » (iaschab) signifie « isolé », car, à l’époque du Déluge, Dieu n’était pas avec les membres de son tribunal. Ce qui prouve que l’Écriture entend par le mot « assis » que Dieu était, à cette époque, « isolé », c’est qu’au verset précité, elle emploie le mot « assis » (iaschab) ; et ailleurs elle dit : « Il sera “assis” (iascheb), isolé hors du camp. » Et c’est précisément en raison de ce que Noé était invisible pendant le Déluge que l’Écriture dit, après que tous les êtres du monde ont péri et que la colère de Dieu s’apaisa : « ... Et Élohim se souvint de Noé » ; car, au moment où les êtres de ce monde périssaient, Élohim ne se souvenait pas de Noé, celui-ci étant resté invisible. Ce mystère nous apprend que le Saint, béni soit-il, est parfois caché et parfois découvert ; quand il est découvert, il est avec les membres du tribunal d’ici-bas, c’est-à-dire du tribunal jugeant les êtres de ce bas-monde ; et, quand il est caché, il se trouve dans la région d’où sortent toutes les bénédictions célestes. C’est pourquoi les biens que l’homme cache aux yeux du monde sont comblés des bénédictions célestes, alors que les biens visibles à tout le monde sont passibles du jugement ; car tout endroit découvert est accessible au démon, appelé « mauvais œil », lequel s’attache à tous les biens à sa portée ; car, d’après un mystère suprême, tout ici-bas est conforme à l’ordre des choses d’en haut.
Rabbi Yossé s’écria en pleurant : Heureux le sort de la génération contemporaine de Rabbi Siméon, car c’est grâce aux mérites de celui-ci que Dieu nous a favorisés de la connaissance des choses sublimes que nous venons d’entendre. Rabbi Yossé ajouta : Cet homme est venu pour nous révéler ces choses, et c’est dans ce but que le Saint, béni soit-il, nous l’envoya. Arrivés chez Rabbi Siméon, ils lui rapportèrent les paroles de l’étranger. Rabbi Siméon leur dit : L’étranger a bien parlé ; ceci est certain.
Rabbi Éléazar étant un jour assis devant Rabbi Siméon, son père, dit à celui-ci : Le démon appelé « fin de toute chair » a-t-il joui ou non ? C’est-à-dire, a-t-il tiré quelque avantage des sacrifices que les Israélites avaient offerts à l’autel ? Rabbi Siméon lui répondit : Tous ont obtenu satisfaction des sacrifices des Israélites, en haut aussi bien qu’en bas, c’est-à-dire le ciel aussi bien que le démon. Remarquez que les prêtres (cohanim), les Lévites et les Israélites laïcs sont appelés « homme » (Adam), lorsqu’ils sont unis entre eux dans la sainte volonté d’offrir un mouton, une brebis ou un animal quelconque. Avant d’offrir le sacrifice sur l’autel, il a fallu confesser tous les péchés et toutes les mauvaises pensées en les spécifiant ; c’est alors que le sacrifice reçut le nom d’animal (behema), parce qu’il a été chargé de tous les péchés et de toutes les mauvaises pensées. Tel était le cas du bouc émissaire (Azazel), ainsi qu’il est écrit : « ... Et, lui ayant mis les mains sur la tête, il confessera tous les péchés des enfants d’Israël. »
Israël, etc. Il en est de même des autres sacrifices. Quand le sacrifice est placé sur l’autel, il se trouve muni de deux charges, c’est-à-dire du mérite du pénitent qui l’offre et de ses péchés et mauvaises pensées. Aussi chacune de ces charges monte à l’endroit qui lui convient : l’une appartient à la catégorie « d’hommes » et l’autre à la catégorie « d’animal », ainsi qu’il est écrit : « Tu sauves, Seigneur, l’homme (Adam) et l’animal (behema). »
Les oblations préparées dans la poêle, ainsi que toutes les autres offrandes en denrées, ont pour but d’attirer l’Esprit-Saint sur la volonté, c’est-à-dire sur les offices des prêtres, sur le chant des Lévites et sur la prière des Israélites laïcs. À cette huile et à cette farine des oblations ne peut prendre part aucun des chefs de la rigueur, afin que ceux-ci ne puissent faire dominer la rigueur grâce à l’aliment qui leur est fourni dans les sacrifices des animaux ; c’est pourquoi l’offrande des sacrifices des animaux et celle des oblations en denrées ont lieu simultanément. Remarquez que dans le mystère de la Foi tout a été réglé de telle façon que l’un, c’est-à-dire le démon, puisse trouver son aliment dans l’autre, c’est-à-dire dans les œuvres accomplies à la gloire de Dieu, pour qu’il n’arrive devant l’Infini que cette partie de l’œuvre qui doit y arriver, c’est-à-dire la quintessence des œuvres, la partie sainte et dépourvue de tout alliage d’impureté.
Rabbi Siméon dit : Pendant la prière, je lève mes bras en haut ; c’est le symbole de la bonne volonté qui, seule, monte en haut auprès de l’Être suprême dont l’essence est également « Volonté », éternellement incompréhensible et insaisissable ; c’est la Tête qui est plus cachée que tout le reste d’en haut ; tout ce qui émane du ciel émane de cette Tête ; toute lumière n’a d’autre source que cette Tête ; mais il est inconnu de quelle façon les émanations en sont faites et de quelle manière la lumière s’en dégage, car tout est caché.
La bonne volonté de l’homme tend vers Celui dont l’essence est « Volonté » et dont elle constitue une « fraction ». Cette « fraction » n’arrive jamais jusqu’à la Pensée suprême ; mais dans le vol qu’elle prend pour remonter à sa source et durant son parcours, elle dégage des lumières. Bien que la lumière qui émane de la « Tête » soit tellement subtile qu’elle demeure éternellement cachée, elle est attirée néanmoins par les lumières que dégagent les « fractions » qui s’efforcent de remonter vers leur source. Ainsi, la lumière inconnue de la « Tête » pénètre dans la Lumière que dégagent les « fractions » pendant leur parcours d’ici-bas vers Celui qui est leur source. C’est de cette manière que la Lumière suprême et inconnue se trouve confondue avec la lumière dégagée par les « fractions ». Ainsi sont formés les neuf « Palais », qui sont les neuf échelles entre la bonne volonté qui monte de la terre et la Tête suprême, ou, en d’autres termes, les neuf Séphiroth inférieures à la Couronne (Kether). Ces « Palais » ne sont ni des lumières, ni des esprits, ni des âmes ; ils ne sont accessibles qu’à la « Volonté », attendu que les neuf lumières qu’ils dégagent ne sont que les lumières de la Pensée. Aussi, malgré leur nombre de neuf, ils ne sont en réalité qu’un seul, en ce sens que tous n’ont que la « Pensée » pour essence et qu’ils n’ont aucune attache avec ce qui est hors de la « Pensée ».
Ces neuf Palais, ayant pour essence la « Pensée », sont près de la « Pensée suprême », mais ils ne l’atteignent jamais, tant celle-ci est sublime et cachée. La bonne volonté de l’homme s’élève vers ces neuf Palais, dont l’essence est également « Volonté », et qui forment l’intermédiaire entre le connu et l’inconnu, le compréhensible et l’incompréhensible. Tous les mystères de la Foi sont renfermés dans ces Palais qui forment le trait d’union entre la bonne volonté de l’homme et la « Volonté suprême », appelée « l’Infini ». La lumière subtile et imperceptible de la « Tête suprême » n’arrive que jusqu’à ces neuf Palais ; la bonne volonté de l’homme, en montant jusqu’à ces neuf
Palais, y devient également accessible à cette lumière. Les neuf Palais font ainsi l’union entre les « fractions » et le « Tout », entre la bonne volonté des hommes et la « Volonté suprême », appelée « l’Infini ». Mais pour que ces fractions, c’est-à-dire les bonnes volontés des hommes, puissent monter en haut, il faut que la lumière inconnue, c’est-à-dire la lumière suprême, s’enveloppe de la Séphira « Binah » (Intelligence), qu’elle les illumine et les réunisse en un seul tout. Le mystère des sacrifices est celui-ci : l’œuvre elle-même ne monte que jusqu’aux régions connues et compréhensibles, mais elle n’arrive pas jusqu’à la « Pensée suprême » ; ce n’est que la bonne volonté du pénitent qui monte jusqu’à la région de la « Pensée » où elle devient la couronne de « l’Infini ». Ainsi, la lumière que dégage la « Pensée suprême » est appelée « l’Infini » ; et c’est cette lumière qui engendre les bonnes volontés ici-bas et les fait remonter ensuite vers leur source. C’est sur ce mystère que tout est basé. Heureux le sort des justes, en ce monde et dans le monde futur !
Remarquez que le démon appelé « fin de toute chair » se nourrit également des bonnes œuvres des hommes. De même que les bonnes œuvres provoquent la joie des forces célestes, de même elles réjouissent les démons, en ce sens que ceux-ci en tirent leur aliment. La partie matérielle des œuvres alimente les forces célestes inférieures, et ce n’est que la bonne volonté qui monte vers « l’Infini ». Mais comme il n’y a point de bonne œuvre qui soit exempte de quelques pensées impures, les démons y trouvent leur aliment. Pour que les démons ne troublent toutes les œuvres en les rendant impures, afin d’augmenter leur aliment, la « Mère céleste » veille sur Israël, pour que les œuvres de celui-ci soient parfaites et fournissent le moins possible d’aliments aux démons. Remarquez qu’à chaque premier jour du mois, à la nouvelle lune, on offrait au démon appelé « fin de toute chair » une part des sacrifices qui consistait en l’offrande supplémentaire, c’est-à-dire dans le sacrifice supplémentaire du bouc offert à chaque néoménie, afin que le démon, préoccupé de sa part d’aliment qui vient de lui être offerte, ne trouble plus les sacrifices qu’Israël offre au ciel. De cette façon, la bonne volonté d’Israël a pu s’unir avec son Roi. La part du démon consistait en un bouc, parce que c’était la part d’Ésaü ; la part du démon consistait en un bouc (saïr) ; et Ésaü est également appelé « saïr », relu ainsi qu’il est écrit : « Ésaü, mon frère, est un homme velu (saïr). » C’est pourquoi on lui accordait une part qui lui ressemblait, de même qu’Israël a également une part qui lui ressemble ; et c’est pourquoi l’Écriture dit : « … Car le Seigneur a choisi Jacob pour être à lui, Israël pour être sa possession. » Remarquez que le démon appelé « fin de toute chair » n’aspire qu’après ce qui est chair ; et c’est pourquoi les actes de l’homme concernant la chair vont souvent vers lui ; c’est à cause de cela qu’il est appelé « fin de toute chair ». Lorsqu’il domine quelqu’un, il n’en domine que la chair, mais non pas l’âme. C’est pourquoi l’âme monte dans une région et la chair s’en va dans une autre. Il en était de même des sacrifices : la bonne volonté qui y présidait se dirigeait vers une région et la chair du sacrifice vers une autre. Lorsque l’homme est digne, il constitue lui-même un sacrifice propre à obtenir la rémission des péchés du monde ; mais l’homme qui n’est pas digne ne peut pas constituer le sacrifice, parce qu’il a un défaut ; et tout animal qui en a un est impropre à servir de sacrifice, ainsi qu’il est écrit : « S’il a un défaut, tu ne l’offriras point ; car il ne sera point agréable. » C’est pourquoi les justes obtiennent la rémission des péchés du monde, attendu qu’ils constituent les sacrifices du monde. Remarquez les paroles de l’Écriture : « … Et Élohim dit à Noé : La fin de la chair a com-
orifices qui consistait en l’offrande supplémentaire, c’est-à-dire dans le sacrifice supplémentaire du bouc offert à chaque néoménie, afin que le démon, préoccupé de sa part d’aliment qui vient de lui être offerte, ne trouble plus les sacrifices qu’Israël offre au ciel. De cette façon, la bonne volonté d’Israël a pu s’unir avec son Roi. La part du démon consistait en un bouc, parce que c’était la part d’Ésaü ; la part du démon consistait en un bouc (saïr) ; et Ésaü est également appelé « saïr », relu ainsi qu’il est écrit : « Ésaü, mon frère, est un homme velu (saïr). » C’est pourquoi on lui accordait une part qui lui ressemblait, de même qu’Israël a également une part qui lui ressemble ; et c’est pourquoi l’Écriture dit : « … Car le Seigneur a choisi Jacob pour être à lui, Israël pour être sa possession. » Remarquez que le démon appelé « fin de toute chair » n’aspire qu’après ce qui est chair ; et c’est pourquoi les actes de l’homme concernant la chair vont souvent vers lui ; c’est à cause de cela qu’il est appelé « fin de toute chair ». Lorsqu’il domine quelqu’un, il n’en domine que la chair, mais non pas l’âme. C’est pourquoi l’âme monte dans une région et la chair s’en va dans une autre. Il en était de même des sacrifices : la bonne volonté qui y présidait se dirigeait vers une région et la chair du sacrifice vers une autre. Lorsque l’homme est digne, il constitue lui-même un sacrifice propre à obtenir la rémission des péchés du monde ; mais l’homme qui n’est pas digne ne peut pas constituer le sacrifice, parce qu’il a un défaut ; et tout animal qui en a un est impropre à servir de sacrifice, ainsi qu’il est écrit : « S’il a un défaut, tu ne l’offriras point ; car il ne sera point agréable. » C’est pourquoi les justes obtiennent la rémission des péchés du monde, attendu qu’ils constituent les sacrifices du monde. Remarquez les paroles de l’Écriture : « … Et Élohim dit à Noé : La fin de la chair a com-
paru devant moi. Elle a comparu, en effet, devant Dieu pour demander l’autorisation de noircir les visages des enfants du monde. C’est pourquoi l’Écriture ajoute : « Je les exterminerai avec la terre. » Il est écrit : «... Et Noé fit tout ce que Dieu lui avait commandé... » Remarquez les paroles de l’Écriture : «... Et Noé avait six cents ans, lorsque les eaux du Déluge inondèrent la terre. » Pourquoi l’Écriture indique-t-elle le nombre des années de Noé à l’époque du Déluge ? Mais la vérité, c’est que si Noé n’avait atteint l’âge de six cents ans, il n’aurait pas été enfermé dans l’arche et n’aurait pas fait corps avec celle-ci. Ce n’est que lorsque Noé eut six cents ans révolus qu’il put faire corps avec l’arche. C’est pourquoi, lorsque la méchanceté des enfants du monde eut atteint le plus haut degré, le Saint, béni soit-il, différa le châtiment jusqu’au jour où Noé arriva à l’âge de six cents ans révolus ; car ce n’est qu’alors que Noé a atteint toute la perfection dont il était susceptible et est devenu un juste parfait, ce qui lui permit d’entrer dans l’arche ; car tout ici-bas est fait d’après le modèle d’en haut. Il est écrit : «... Et Noé avait six cents ans, etc. » Ces paroles ont la signification que nous leur avons donnée ; et c’est pourquoi l’Écriture ne dit pas : «... Et Noé avait environ six cents ans. »
Rabbi Siméon poursuivit son discours de cette façon : Il est écrit : «... Et moi (va-ani), je (hineni) répandrai les eaux du Déluge sur la terre. » Pour quelle raison l’Écriture répète-t-elle le mot « hineni » (je), alors qu’elle s’est déjà servie du mot « va-ani » (« et je » ou « et moi ») ? Mais, en réalité, les mots « ani », « anochi » et « hineni » sont synonymes, en désignant la même chose ; mais remarquez que partout où l’Écriture emploie le mot « ani », pour désigner Dieu, « ani » devient à Dieu ce que le corps est à l’âme ; car « ani » n’a que ce qu’il reçoit d’en haut. C’est pourquoi « ani » est mentionné dans la marque de l’Alliance, ainsi qu’il est écrit : « Je ferai (ani) mon alliance avec vous. » L’Écriture veut dire : Dieu se manifestera un jour et sera connu. « Ani » sert de trône à Celui qui est au-dessus de lui. « Ani » veut dire : Je prendrai ma vengeance de génération en génération. « Va-ani » unit en lui le mâle et la femelle. Mais, après la femelle, « hineni » sera distincte du mâle qui montera en haut pour juger le monde. L’Écriture dit : « Je répandrai les eaux du Déluge sur la terre. » Du moment que l’Écriture dit « Déluge », ne savons-nous pas déjà qu’il s’agit d’eau ? Pourquoi donc l’Écriture dit-elle « l’eau du Déluge » ? Mais l’Écriture indique, par le mot « eth », qu’outre les eaux du Déluge, Dieu envoya encore l’ange de la mort ; car, bien qu’en apparence, ce fussent les eaux qui ravageaient la terre, ce fut, en réalité, l’ange de la mort qui fit périr le monde en se servant des eaux. Nous savons par une tradition que les mots de l’Écriture : « Je (ani) suis Jéhovah », signifient : Je suis fidèle dans ma promesse de récompense envers les justes et dans ma menace de châtiment envers les coupables ; c’est pourquoi mes promesses aux justes de les récompenser dans la vie future sont faites sous mon nom d’« ani » ; et, de même, mes menaces aux coupables de les châtier dans le monde futur sont faites sous le nom d’« ani ». L’Écriture ajoute : «... Pour faire périr toute chair. » Ces paroles ont la signification que nous leur avons donnée ; car c’est l’ange de la mort qui est le véritable destructeur du monde, et c’est lui qui est désigné dans les paroles de l’Écriture : «... Et il ne permettra pas au destructeur d’entrer dans vos maisons pour frapper. » Tel est le sens des paroles : «... Pour faire périr toute chair », c’est-à-dire : je donnerai l’autorisation au destructeur, qui est du côté de celui que l’Écriture désigne sous le nom de « fin de toute chair », de détruire le monde. Car lorsque Noé eut atteint l’âge de six cents ans, Dieu résolut l’extermination du monde qu’il avait différée jusqu’à ce jour.
Après avoir terminé son discours, Rabbi Siméon dit : Ce que je viens vous dire m’a été enseigné au nom de Rabbi Isaac.
Rabbi Siméon a, en outre, ouvert sa conférence de la manière suivante : Il est écrit : « J’ai dit : Je ne verrai pas le Seigneur-Dieu sur la terre des vivants ; je ne verrai pas l’homme avec les habitants du monde (hadel). » Combien sont aveuglés les hommes qui ne veulent pas approfondir les paroles de la doctrine et qui consacrent tout leur temps aux choses de ce monde, à la suite de quoi ils sont privés de l’esprit de la Sagesse éternelle. Car lorsque l’homme quitte ce bas monde, il rend compte à son Maître de tout ce qu’il a fait durant le temps que l’esprit était uni au corps. L’homme y reconnaît beaucoup de personnes qu’il a connues en ce bas monde. Il y rencontre également Adam assis devant la porte du Jardin de l’Éden, pour voir et se réjouir avec tous ceux qui ont observé les commandements de leur Maître. Adam est toujours entouré de nombreux justes qui ont su éviter le chemin qui conduit à l’enfer et qui se dirigent vers le Jardin de l’Éden. Ce sont ces justes que l’Écriture désigne par les mots « les habitants du monde (hadel) ». L’Écriture ne se sert pas du mot « heled » (monde), parce que par ce terme sont désignés les habitants de ce bas monde qui, pareils à une « houldâ » (souris), d’où ils tirent leur nom, ramassent des biens sans savoir qui en jouira après leur mort. C’est pourquoi l’Écriture se sert, pour désigner les justes de l’autre monde, du mot « hadel » qui signifie « éviter », ainsi qu’il est écrit : « Évitez (hidlou) cet homme, etc. », car les justes ont su éviter le chemin qui conduit à l’enfer et ils sont parvenus à être introduits dans le Jardin de l’Éden. D’après une autre interprétation, les mots « habitants du monde » (hadel) désignent les pénitents qui, venus à résipiscence, ont abandonné leur coupable conduite. Et comme Adam avait fait pénitence devant son Maître, il a été chargé d’introduire dans l’Éden tous les pénitents qui sont appelés les « enfants de hadel », ainsi qu’il est écrit : « ... Afin que je sache ce qui me manque (hadel). » C’est pourquoi Adam est assis à la porte du Jardin de l’Éden, pour se réjouir avec les justes qui y passent. Remarquez que l’Écriture dit : « J’ai dit : Je ne verrai pas le Seigneur-Dieu (Jah). » Qui est-ce donc qui peut voir le Seigneur-Dieu (Jah) ? Mais le second membre du verset nous explique le premier : « ... Le Seigneur-Dieu (Jah) sur la terre des vivants. » Remarquez que, lorsque les âmes montent dans la région de la vie par excellence, elles y jouissent de la splendeur de la lumière à réverbération, réfléchie par la lumière de la région supérieure à toutes ; et si l’âme n’était point revêtue, au ciel, d’une autre enveloppe, elle serait incapable d’approcher de cette lumière et de la contempler. Car, de même que les âmes sont revêtues d’une enveloppe durant leur passage dans ce bas monde, de même elles sont entourées d’une enveloppe au ciel pour être capables de contempler la lumière réfléchie par celle de la terre des vivants. Remarquez que Moïse n’a pu contempler ce qu’il contempla par la suite, qu’après avoir été entouré d’une autre enveloppe, ainsi qu’il est écrit : « ... Et Moïse entra dans la nuée et monta sur la montagne. » Ces paroles sont traduites par la paraphrase du Thargoum de cette façon : « Moïse entra au milieu de la nuée » veut dire : Moïse s’entoura de la nuée à l’instar de quelqu’un qui s’entoure d’un vêtement. C’est pourquoi, précédemment, l’Écriture a dit : « ... Et Moïse s’approcha de l’obscurité où Dieu était. » Donc il ne pouvait pas encore contempler la lumière céleste ; alors qu’après avoir été entouré d’une autre enveloppe, l’Écriture dit de lui : « ... Et Moïse entra dans la nuée et monta sur la montagne, et y demeura quarante jours et quarante nuits. » Car ce n’est qu’alors qu’il a pu contempler la lumière qu’il lui a été donné de voir. Ainsi, les âmes des justes sont entourées, au ciel, d’une enveloppe, de même qu’elles l’étaient
dans ce bas monde, afin qu’elles puissent contempler la lumière émanant de la « terre des vivants ». C’est pourquoi l’Écriture répète deux fois le mot « Jah » dans ce verset ; car Ézéchias avait appréhendé de ne pas pouvoir contempler la lumière céleste en raison de ce qu’il avait interrompu le courant du fleuve céleste, étant mort sans laisser d’enfants. C’est pourquoi il a dit : « Je ne verrai pas l’homme (Adam) », ce qui veut dire : Je ne verrai pas le premier homme assis devant la porte du Jardin de l’Éden, ainsi que nous l’avons dit précédemment. Et pourquoi Ézéchias craignait-il tant ? C’est parce que le Prophète lui avait dit : « ... Car tu mourras, et tu ne vivras pas », ce qui veut dire : Tu mourras dans ce monde et tu ne vivras pas dans le monde futur ; et tout cela parce qu’Ézéchias était mort sans laisser d’enfants ; car quiconque quitte ce monde sans y laisser d’enfants est chassé du Jardin de l’Éden ; et il est incapable de contempler la lumière qui y est répandue. Si Ézéchias, qui pouvait faire valoir le mérite de ses ancêtres, et qui était lui-même un homme probe, juste et zélé, avait tant appréhendé d’être privé des jouissances célestes pour ne pas avoir laissé d’enfants, on voit qu’à plus forte raison cette crainte est fort justifiée chez un homme qui ne peut pas faire valoir les mérites de ses ancêtres et qui a commis lui-même des péchés contre son Maître. L’enveloppe dont sont entourées les âmes des justes au ciel, ainsi que nous venons de le dire, est désignée par les collègues sous le nom de « manteau de maître », expression qui désigne l’enveloppe dont les âmes des justes sont entourées dans le monde futur. Heureux le sort des justes à l’intention desquels le Saint, béni soit-il, a réservé de nombreuses jouissances dans le monde futur ; c’est de ces justes que l’Écriture dit : « L’œil n’a point vu, hors toi seul, ô Seigneur, ce que tu as réservé à ceux qui espèrent en toi. » Il est écrit : « Et moi je répandrai les eaux du Déluge sur la terre. »
Rabbi Yehouda a ouvert une de ses conférences par l’exorde suivant : Il est écrit : « C’est là l’eau de contradiction, où les enfants d’Israël murmurèrent contre le Seigneur, et où il fit paraître sa sainteté au milieu d’eux. » Les Israélites n’ont-ils donc contrarié Dieu qu’en cette occurrence, pour que l’Écriture dise : « C’est là l’eau de contradiction », ce qui fait supposer que c’est le seul cas où Israël a contrarié Dieu ? Mais la vérité, c’est que par les « eaux de contradiction » l’Écriture entend l’aliment qu’Israël a fourni aux chefs de la rigueur, c’est-à-dire aux démons, ce qui permit à ceux-ci d’asservir Israël. Car il y a des eaux douces et des eaux amères, des eaux limpides et des eaux troubles, des eaux de paix et des eaux de dispute. C’est pourquoi l’Écriture dit : « C’est là l’eau de contradiction, où les enfants d’Israël murmurèrent contre le Seigneur », ce qui veut dire : ils se sont attiré l’esprit impur qu’ils ne devaient pas attirer, et celui-ci les a souillés, ainsi que l’Écriture ajoute : « ... Et ils furent souillés. »
Rabbi Hizqiya objecta à Rabbi Yehouda : Si le verset précité avait le sens que tu lui prêtes, l’Écriture aurait dû dire « vaïqadschou » (et ils furent souillés), au lieu de « vaïqadesch », au singulier. Mais le vrai sens du verset est celui-ci : Celui qu’Israël devait adorer a été, — s’il est permis de s’exprimer ainsi, — dégradé ; en d’autres termes, Israël a terni la gloire de Dieu, telle la lune obscurcie à l’époque de sa décroissance. Ainsi, le mot « vaïqadesch » dont l’Écriture se sert en cet endroit ne doit pas être pris dans un sens favorable, c’est-à-dire dans le sens de « sainteté ». Les paroles de l’Écriture : « ... Et moi, je répandrai l’eau du Déluge sur la terre, pour faire exterminer toute chair » ont la signification que nous leur avons donnée. Dieu dit : Je veux lancer contre eux l’ange exterminateur par lequel ils se sont laissé souiller.

Source Sepher ha-Zohar, tome I, trad. Jean de Pauly (1906), archive.org SepherHaZoharLeLivre1 (OCR corrigé) · Sommaire