Judaïsme

Zohar I, Section Toldoth Noah (fol. 60b-63b)

Il est écrit : « Bois de l’eau de ta citerne et des ruisseaux de ta fontaine. » Pourquoi l’Écriture commence-t-elle par se servir du terme « citerne » (Bor), et finit-elle par « fontaine » (Beer) ? Il y a cependant une différence entre une citerne qui n’a point d’eau qui lui soit propre (puisqu’au lieu de produire l’eau, elle ne lui sert que de réservoir), et une fontaine qui produit l’eau. Mais l’Écriture veut nous apprendre que la « citerne » finit par devenir « fontaine ». D’abord, les âmes des justes, semblables à un pauvre, n’auront rien qui leur soit propre ; c’est pourquoi l’Écriture les désigne par le nom de « citerne », qui ne contient non plus que l’eau que l’on y verse. Quand le monde se trouve dans un tel état, il est désigné par la lettre Daleth. Mais les âmes des justes deviendront « fontaine » et jailliront de l’eau vive dans toutes les directions. Et qui est-ce qui les transformera en « fontaine » ? C’est le Hé qui, rempli des lumières d’en haut, fera jaillir également les âmes des justes ici-bas, ainsi que nous l’avons déjà dit. Suivant une autre interprétation, les mots : « Bois de l’eau de ta citerne », désignent le roi David à qui l’Écriture a fait dire : « Qui (Mi) me donnera à boire de l’eau de la citerne qui est à Bethléem. » Le mot « ruisseau » désigne Abraham. Le mot « de » (mithokh) désigne Jacob qui forme la figure du milieu. Enfin, le mot « ta fontaine » désigne Isaac qui est appelé « fontaine d’eau vive ».
Dans ce verset se trouve exprimé le mystère sacré et sublime des patriarches auxquels le roi David est attaché. Le désir que la femelle éprouve pour le mâle ne se réveille que lorsque l’esprit femelle la pénètre ; c’est alors seulement que la femelle lance ses eaux à la matière fécondante du mâle d’en haut. De même, le Synode d’Israël n’éprouve de désirs pour le Saint, béni soit-il, que parce qu’il est pénétré de l’esprit des justes ; c’est alors seulement que le Synode d’Israël fait jaillir ses eaux à la rencontre de la matière fécondante du mâle ; alors la volupté devient égale, c’est-à-dire commune au mâle et à la femelle, de manière que le mâle et la femelle ne forment plus qu’un faisceau, qu’un nœud. Cet état fait les délices de tous ; il est désigné par le terme : « Le Saint, béni soit-il, se promène et se délecte en compagnie des âmes des justes. »
Remarquez que tous ces enfants du Jardin de l’Éden ne procèdent du Juste que lorsque celui-ci s’enferme dans une « Arche » avec laquelle il fait corps ; c’est alors seulement que tous les enfants qui, jusqu’alors, étaient cachés en lui, en procèdent. De même, Noé, l’homme juste, n’a pu repeupler le monde par sa descendance qu’après avoir été enfermé dans l’arche ; ce n’est qu’en en sortant qu’il a pu repeupler le monde. Si Noé et sa descendance n’étaient point sortis de l’arche, le monde n’existerait pas. Or, Noé était l’image de Celui d’en haut. Les enfants du Jardin de l’Éden ne procédèrent de Celui d’en haut que lorsque celui-ci s’enferma dans une « Arche » ; et Noé aussi n’a pu repeupler le monde qu’après s’être enfermé dans une arche. Ainsi, le procédé d’ici-bas ressemble au procédé d’en haut. Le monde ne peut exister qu’autant qu’il reste conforme au monde d’en haut ; c’est pourquoi le monde ne devint stable qu’à partir du moment où Noé fut enfermé dans l’arche, mais non pas avant. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Bois de l’eau de ta citerne et des ruisseaux de ta fontaine. »
Il est écrit : « … Et la terre était corrompue devant Élohim. » Rabbi Yehouda demanda : Puisque l’Écriture dit : « … Et la terre était corrompue », pourquoi a-t-elle besoin d’ajouter : « … devant Élohim » ? La raison en est celle-ci : comme les hommes de cette génération ont commis des crimes publiquement et aux yeux de tout le monde, l’Écriture dit : « … Et la terre était corrompue devant Élohim », c’est-à-dire que les crimes de ces hommes étaient aussi bien connus de tout le monde que d’Élohim lui-même. Rabbi Yossé dit : Quant à moi, je suis d’un avis contraire. Les paroles : « … Et la terre était corrompue devant Élohim » signifient que, d’abord, ces hommes ayant commis leurs crimes secrètement, leurs méfaits n’étaient connus que d’Élohim seul, et non pas des hommes ; mais ils finirent par commettre des crimes publiquement ; et c’est pourquoi l’Écriture ajoute : « … Et la terre était remplie d’iniquités ». De ce qui précède, il résulte que les paroles de l’Écriture : « Voici les enfants de Noé » ont une double signification : le sens ordinaire d’abord ; et ensuite elles indiquent que les descendants de Noé ne ressemblaient point à cette génération qui commettait des crimes publiquement.
Rabbi Abba dit : Depuis le jour où Adam transgressa le commandement de son Maître, tous les hommes, nés ensuite, ont reçu le nom de « fils d’Adam ». Cette dénomination n’était point à leur éloge ; elle signifiait plutôt « fils de celui qui a transgressé le commandement de son Maître ». Mais lorsque Noé vint au monde, les hommes reçurent le nom « d’enfants de Noé ». Cette dénomination était à leur éloge ; car ils étaient les enfants de celui qui les a conservés dans ce monde, et non pas les enfants d’Adam qui les avait fait disparaître de ce monde en causant la mort de chacun.
Rabbi Yossé objecta à Rabbi Abba : S’il en est ainsi, pourquoi l’Écriture dit-elle plus loin : « … Et le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils d’Adam. » L’Écriture désigne donc les hommes sous le nom de « fils d’Adam », et non pas sous celui de « fils de Noé », même à une époque ultérieure à Noé ! Rabbi Abba lui répondit : Comme Adam a péché devant son Maître, il aurait mieux valu pour lui qu’il ne fût pas créé et que le verset suivant ne s’appliquât à lui. Car, remarquez que l’Écriture dit : « Un fils sage est la joie de son père » ; attendu
que, quand le fils est sage, tout le monde fait mention honorable du père ; mais quand le fils est méchant, tout le monde évoque le souvenir du père en mauvais sens. Comme Adam a péché en transgressant le commandement de son Maître, tous ceux qui, imitant son exemple, ont à leur tour transgressé le commandement de leur Maître sont désignés sous le nom de « fils d’Adam ». C’est pourquoi l’Écriture dit : « … Que bâtissaient les fils d’Adam », ce qui veut dire : les fils du premier homme qui, lui aussi, s’est révolté contre son Maître en en transgressant le commandement. C’est pourquoi également l’Écriture dit : « Voici (Éléh) les enfants de Noé. » Le mot « Éléh » indique que ce qui suit n’a aucun rapport avec ce qui précède, parce qu’à partir de la génération de Noé, les hommes étaient devenus les « enfants de Noé » et n’étaient plus « fils d’Adam » ; ils étaient les enfants de celui qui les introduisit dans l’arche et les en sortit, afin de repeupler le monde ; mais ils n’étaient point les « fils d’Adam » qui sortit seul du Jardin de l’Éden et qui ne les en sortit pas. Remarquez que si Adam eût fait sortir les « enfants », c’est-à-dire les âmes, du Jardin de l’Éden, les hommes auraient joui d’une vie éternelle ; la lumière de la lune n’aurait pas été amoindrie et toute l’œuvre de la création aurait été impérissable. Et même les anges supérieurs n’auraient pu rivaliser avec l’homme, ni en lumière, ni en beauté, ni en sagesse, ainsi qu’il est écrit : « Il le créa à l’image d’Élohim. » Mais comme, à la suite de son péché, il fut chassé du Jardin de l’Éden pour engendrer des enfants hors de ce lieu, ses enfants ne sont ni impérissables, ni formés comme il convient.
Rabbi Hizqiya demanda : Comment était-il possible qu’Adam engendrât des enfants au Jardin de l’Éden, alors qu’il est certain que s’il n’avait attiré par son péché l’esprit tentateur, il serait demeuré seul dans le monde et n’aurait jamais engendré d’enfants ? De même, si Israël n’avait péché en adorant le veau d’or, ce qui lui attira l’esprit tentateur, il n’aurait jamais engendré d’enfants et n’aurait jamais été remplacé par une nouvelle génération. Rabbi Abba lui répondit : Mes paroles avaient la signification suivante :
Si Adam n’avait péché, il n’aurait pas engendré d’enfants émanant du côté de l’esprit tentateur ; mais il aurait engendré des enfants émanant de l’Esprit-Saint. Mais, comme il a péché, tous les hommes sont du côté de l’esprit tentateur ; et c’est pourquoi ils ne sont pas impérissables, parce qu’ils renferment un mélange de l’esprit impur. Mais si Adam n’avait point péché et, par conséquent, n’eût point été chassé du Jardin de l’Éden, il eût engendré des enfants du côté de l’Esprit-Saint qui eussent été aussi saints que les anges supérieurs et aussi éternels que les êtres célestes. Mais comme Adam a péché et qu’il a engendré ses fils hors du Jardin de l’Éden, n’ayant pas eu la faveur de les en faire sortir, ses enfants ne pouvaient pas même exister temporairement sur la terre : jusqu’à l’arrivée de Noé qui, ayant été juste, a pu rentrer dans l’arche et en sortir avec toutes les générations futures du monde qui, sorties de là, se sont répandues à tous les quatre points cardinaux du monde.
Il est écrit : « … Et Élohim vit que la terre était corrompue ; car toute chair a été corrompue sur la terre. » Ces deux membres du verset se complètent l’un l’autre. Pourquoi la terre était-elle corrompue ? L’Écriture répond : « … Car toute chair a été corrompue sur la terre. »
Rabbi Hiyà ouvrit une de ses conférences par le verset suivant : « Et Élohim vit leurs œuvres ; car ils s’étaient convertis en quittant leur mauvaise voie. » Remarquez qu’à l’époque où les hommes sont dignes et observent les commandements de la doctrine, la terre se perfectionne de manière qu’on y trouve toutes sortes de joies. Et pourquoi en est-il ainsi ? Parce que la Schekhina réside sur la terre ; et c’est pourquoi tout ce qui est en haut et en bas est pénétré de joie. Mais lorsque la conduite des hommes est mauvaise, qu’ils n’observent pas les commandements de la doctrine et qu’ils pèchent devant leur Maître, alors ils repoussent, — s’il est permis de s’exprimer ainsi, — la Schekhina de ce monde ; et la terre reste alors corrompue, attendu que la Schekhina en a été chassée et n’y réside plus. Et pourquoi la terre est-elle corrompue quand la Schekhina n’y réside plus ? Parce que, quand la Schekhina n’y réside plus, c’est un autre esprit qui y réside et corrompt le monde. C’est pourquoi nous disons « qu’Israël prête de la force à Élohim », ce qui veut dire que c’est grâce à Israël que le monde subsiste. Élohim désigne la Schekhina ; or, comme c’est grâce à Israël que la Schekhina réside sur la terre, il s’ensuit qu’Israël prête, en quelque sorte, de la force à Élohim.
Mais si — ce dont Dieu nous garde ! — Israël se trouve dans un état de culpabilité, qu’en dit l’Écriture ? L’Écriture dit alors : « Élohim s’élève de la terre et monte au ciel. » Et pourquoi Élohim quitte-t-il la terre ? L’Écriture répond : « … Parce qu’ils ont tendu un piège à mes pieds et qu’ils ont abaissé mon âme par leur iniquité et par leur haine injustifiable. » Les paroles : « … Ils ont tendu un piège à mes pieds » désignent un état de corruption pareil à celui dans lequel se trouvait la génération du Déluge ; chez ces hommes, c’est l’iniquité seule qui est cause de leur haine. Mais tout ce qui précède s’applique-t-il également à Jérusalem ? C’est-à-dire, la Schekhina quitte-t-elle également Jérusalem lorsque les hommes sont corrompus ? Nous avons pourtant appris que, hors du Saint, béni soit-il, lui-même, aucun autre esprit ne réside dans la terre d’Israël ; aucun chef céleste, ni aucun autre ange messager n’y gouverne, hors le Saint, béni soit-il, lui seul. Malgré cela, il arriva un instant où le mauvais esprit y résida et corrompit les hommes. Comment le savons-nous ? Nous le savons par David, ainsi qu’il est écrit : « Et David leva ses yeux et vit un ange du Seigneur qui était entre le ciel et la terre et qui avait à la main une épée nue et tournée contre Jérusalem. » C’est ainsi que la terre a pu être corrompue, même la terre d’Israël.
Rabbi Éléazar dit : Même en ce moment de menace, l’ange que David avait vu n’était point un ange réel ; mais c’était le Saint, béni soit-il, lui-même. Car, ici, l’Écriture se sert du terme « ange du Seigneur ». Et ailleurs l’Écriture dit : « Que l’Ange qui m’a délivré de tous maux bénisse mes enfants. » Qui est-ce que Jacob a pu désigner par le mot « ange », si ce n’est Dieu lui-même ? Et, autre part encore, l’Écriture a dit : « Et l’Ange du Seigneur, qui marchait devant le camp des Israélites, alla derrière eux. » Par ce mot « ange », l’Écriture ne peut également désigner que Dieu lui-même. Le Saint, béni soit-il, gouverne lui-même Israël quand celui-ci marche dans la bonne voie, aussi bien que quand il marche dans la mauvaise voie. Lorsqu’Israël est bon, le Saint, béni soit-il, le gouverne lui-même, afin qu’Israël ne soit asservi par aucun autre pouvoir et afin que tous les habitants de la terre aient honte de la supériorité des œuvres d’Israël sur les leurs. Et quand Israël est méchant, c’est encore le Saint, béni soit-il, lui-même, qui le gouverne, pour ne pas procurer aux chefs des autres peuples la joie d’asservir Israël. Mais, objectera-t-on peut-être, il est pourtant écrit : « Car elle a vu les nations étrangères entrer dans son sanctuaire » ; or, il est évident que, si d’autres chefs célestes n’avaient gouverné Israël, les peuples païens n’auraient jamais pu pénétrer dans le sanctuaire et le détruire. À cette objection nous répondons ce qui suit : Il est écrit : « Car c’est toi qui fais toutes ces choses. » Et ailleurs il est écrit : « Le Seigneur a fait ce qu’il avait résolu ; il a accompli ce qu’il avait arrêté depuis longtemps. » Nous voyons donc que c’est Dieu lui-même qui a agi, que c’est lui-même qui a permis aux peuples païens d’y entrer dans le sanctuaire et de le détruire. Remarquez que l’Écriture dit : « Et Élohim vit que la terre était corrompue. » Elle était réellement corrompue, parce que la Schekhina l’avait quittée, ainsi que nous venons de le dire. De même, l’Écriture dit : « Et Élohim vit leurs œuvres, car ils s’étaient convertis en quittant leur mauvaise voie. » Car la terre appelle toujours le ciel et, désireuse de s’en rapprocher, se pare d’ornements, telle une femelle s’apprêtant à recevoir le mâle. Ainsi, lorsque la terre élève des enfants dignes du Roi, elle en fait ses ornements. Mais les hommes de la génération du Déluge n’ont pas voulu se convertir ; aussi l’Écriture dit-elle : « Et Élohim vit que la terre était corrompue », ce qui veut dire qu’elle ressemblait à une femme malpropre qui, honteuse, cache sa figure devant son mari. Mais lorsque les hommes finirent par se corrompre au point de commettre des crimes publiquement, la terre, arrachant le voile de son visage, ressemblait à une femelle dévergondée qui n’a plus honte de personne, ainsi qu’il est écrit : « La terre est infectée par la corruption de ceux qui l’habitent, parce qu’ils ont violé les lois, changé les ordonnances et rompu l’alliance qui devait durer éternellement. » C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et Élohim vit que la terre était corrompue. » Et pourquoi était-elle tant corrompue ? L’Écriture répond, en ajoutant : « … Car toute chair a été corrompue sur la terre. »
Rabbi Éléazar allait une fois rendre visite à Rabbi Yossé, fils de Rabbi Siméon, petit-fils de Laqounya, son beau-père. Aussitôt que son beau-père l’aperçut, il étendit par terre des tapis précieux pour le faire asseoir. Son beau-père lui dit alors : « As-tu jamais entendu de ton père une explication quelconque du verset : “Le Seigneur a fait ce qu’il avait résolu ; il a accompli ce qu’il avait arrêté depuis longtemps” ? » Rabbi Éléazar lui répondit : « Les collègues ont déjà interprété ce verset de la manière suivante : Les mots “bitza emratho” signifient que Dieu a déchiré sa pourpre. L’Écriture ajoute : “... qu’il avait arrêté depuis longtemps”, attendu que cette pourpre est chérie de Dieu dès le commencement des choses ; mais, au moment de la destruction du sanctuaire, Dieu déchira cette pourpre qui contribuait à la gloire et au perfectionnement de ce même sanctuaire. » Son beau-père lui demanda alors : « Comment expliquer les paroles : “Le Seigneur a fait ce qu’il avait résolu” ? Est-il donc d’usage qu’un roi se résolve à châtier son fils avant que celui-ci ait commis de faute ? » Rabbi Éléazar lui répondit : « Le procédé de Dieu envers Israël ressemble à celui d’un roi qui, ayant eu un vase précieux dont il appréhendait constamment la perte, le regardait tous les jours et ne le perdait point de vue. Mais voici qu’un jour son fils le mit en colère ; le roi s’empara alors du vase précieux et le brisa. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : “Le Seigneur a fait ce qu’il avait résolu.” Remarquez que, dès le jour où le sanctuaire a été bâti, le Saint, béni soit-il, le contempla constamment ; et, l’ayant pris en affection, il craignait qu’Israël ne péchât et n’en déterminât la destruction. Tant que le Temple existait, le Saint, béni soit-il, se vêtit de cette pourpre. Mais lorsqu’à la suite de ses péchés Israël irrita le roi, celui-ci déchira sa pourpre et le sanctuaire fut détruit. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : “Le Seigneur a fait ce qu’il avait résolu ; il a déchiré sa pourpre (bitza emratho) qu’il avait conservée depuis longtemps.” Le châtiment des coupables n’attrista Dieu qu’au moment de la destruction du Temple ; mais à toute autre occasion, le Saint, béni soit-il, n’éprouve pas de plus grande joie que lorsque sont exterminés les coupables du monde et ceux qui l’ont irrité, ainsi qu’il est écrit : “... Et quand les méchants sont exterminés, le chant se fait entendre.” Il en est de même dans toutes les générations : lorsque les méchants sont châtiés, le Saint, béni soit-il, s’en réjouit.
Mais, objectera-t-on peut-être, nous avons pourtant appris que le Saint, béni soit-il, ne se réjouit guère lorsqu’il châtie les coupables ! À ceci nous répondrons ce qui suit : Remarquez qu’il y a deux sortes de châtiments : d’abord le châtiment de ceux qui, bien qu’exhortés et en dépit de la longanimité dont Dieu fait preuve à leur égard, ne cessèrent de pécher ; le châtiment de ceux-ci cause de la joie au Saint, béni soit-il. Ensuite, il y a le châtiment de ceux dont les crimes n’ont pas atteint le comble de la perversité ; le châtiment de ceux-ci, loin de causer de la joie au Saint, béni soit-il, l’attriste au contraire. Car il y a des coupables qui sont châtiés avant que leur méchanceté n’ait atteint le dernier degré, ainsi qu’il est écrit : « ... car la mesure des iniquités des Amorrhéens n’est pas encore remplie présentement. »
Mais, objectera-t-on peut-être, pourquoi Dieu châtie-t-il certains coupables avant que la mesure de leurs iniquités n’ait été remplie ? À ceci nous répondrons ce qui suit : Les méchants dont les mauvaises actions ne lèsent qu’eux-mêmes ne sont châtiés que lorsque la mesure de leurs iniquités est remplie. Mais les méchants qui s’attachent à Israël dans le but de lui nuire sont châtiés avant même que la mesure de leurs iniquités n’ait été remplie. C’est le châtiment de cette dernière catégorie de coupables qui attriste le Saint, béni soit-il. C’est dans cette catégorie de châtiments qu’on peut classer la noyade des Égyptiens dans la mer, ainsi que la perte des ennemis d’Israël à l’époque de Josaphat ; tous ces coupables n’ont été exterminés de ce monde avant que la mesure de leurs iniquités ait été remplie qu’à cause d’Israël qu’ils voulaient léser. Mais lorsque la mesure des iniquités des coupables est remplie, lorsqu’ils ont été exhortés et qu’ils ne se sont pas convertis malgré la longanimité de Dieu à leur égard, le châtiment dont ils sont frappés cause de la joie au Saint, béni soit-il, excepté toutefois à l’époque de la destruction du Sanctuaire, où, bien que les coupables aient également abusé de la longanimité de Dieu et bien qu’ils l’aient irrité, le Saint, béni soit-il, n’éprouva point de joie. Et depuis cette époque, il n’y eut plus de joie, ni en haut, ni en bas.
Il est écrit : « ... Car j'attendrai encore sept jours ; et, après ce délai, je ferai pleuvoir sur la terre durant quarante jours et quarante nuits, et j’exterminerai de dessus la terre toutes les créatures que j’ai faites. » Rabbi Yehouda demanda : Pourquoi Dieu fixa-t-il ce nombre de quarante jours et de quarante nuits ? La vérité est que, pour le châtiment des coupables, c’est toujours le nombre de quarante qui est appliqué, ainsi qu’il est écrit : « Le nombre des coups sera de quarante, et il ne doit pas être dépassé. » Ce nombre de quarante est fixé afin de correspondre aux quatre points cardinaux, en comptant dix pour chacun de ces points. Or, comme l’homme a été créé de manière à correspondre aux quatre points cardinaux, il doit être frappé, en cas de culpabilité, de quarante coups, dix pour chacun des points cardinaux. C’est pourquoi il a fallu également un nombre de quarante pour faire disparaître toutes les créatures de dessus la terre.
Rabbi Isaac avait coutume de fréquenter Rabbi Siméon. Aussi lui demanda-t-il un jour : Que signifient les paroles du verset : « ... Et la terre était corrompue devant Élohim » ? Si les hommes ont commis des crimes, que pouvait-on reprocher à la terre pour qu’elle méritât le nom de corrompue ? Rabbi Siméon lui répondit : L’Écriture l’explique bien à la suite : « ... Et Élohim vit que la terre était corrompue ; car toute chair de dessus la terre était corrompue. » Nous trouvons une expression analogue dans le verset suivant : « ... Et la terre est devenue impure ; et je punirai les crimes de cette terre. » Ici également on peut demander : Si les hommes ont péché, quelle faute la terre a-t-elle commise pour être châtiée ? Mais, par le mot « terre », l’Écriture désigne le genre humain qui constitue ce qu’il y a de plus essentiel sur la terre ; et quand les hommes sont corrompus, c’est la terre elle-même qui est qualifiée de corrompue ; et c’est ce verset qui nous le prouve : « ... Et Élohim vit que la terre était corrompue ; car toute chair de dessus la terre était corrompue. » Remarquez que tous les péchés de l’homme qui contribuent à le corrompre sont effacés par la pénitence ; mais le péché de l’onanisme, qui consiste à verser la semence sur la terre, corrompt et l’homme et la terre ; c’est de ce péché que l’Écriture dit : « Quand vous vous laveriez avec du nitre et que vous vous purifieriez avec une grande abondance d’herbe de borith, vous demeurerez souillés devant moi dans votre iniquité, dit le Seigneur Dieu. » Et ailleurs : « ... Car tu n’es pas un Dieu qui approuve l’iniquité ; l’homme méchant ne demeurera pas près de toi. » Pour effacer ce péché, il faut une pénitence extraordinaire ; car il est écrit : « ... Et Er, le fils aîné de Juda, était méchant devant le Seigneur ; et le Seigneur le tua. » Ce verset a déjà été expliqué précédemment.
Rabbi Isaac demanda en outre à Rabbi Siméon : Pourquoi Dieu éprouva-t-il cette génération par l’eau et non pas par le feu ou par tout autre fléau ? Rabbi Siméon lui répondit : Ceci cache un mystère. Les hommes de cette génération, en se rendant coupables d’onanisme, ont empêché les eaux d’en haut, qui constituent le principe mâle, de s’unir avec celles d’en bas, qui constituent le principe femelle. Or, comme leur péché avait l’eau pour objet, ils étaient également éprouvés par l’eau. Ils étaient, en outre, châtiés par l’eau bouillante qui leur enleva la peau, parce qu’ils avaient également corrompu leurs âmes en versant par terre une eau bouillante. Le châtiment répondait au crime. C’est pourquoi l’Écriture a dit : « Toutes les sources du grand abîme des eaux furent rompues, et les cataractes du ciel furent ouvertes. » Par les mots « sources du grand abîme », l’Écriture désigne les eaux d’en bas ; et par les mots « les cataractes du ciel furent ouvertes », elle désigne les eaux d’en haut. Rabbi Hiyya et Rabbi Yehouda faisant une fois un voyage, arrivèrent près des grandes montagnes et découvrirent, dans les gorges de ces montagnes, les ossements des hommes ayant appartenu aux hommes de la génération du Déluge. Chaque os mesurait trois cents pas. Étonnés, Rabbi Hiyya et Rabbi Yehouda s’écrièrent : Maintenant nous comprenons la parole des collègues d’après laquelle les hommes de cette génération ne craignaient point le châtiment du Saint, béni soit-il, ainsi qu’il est écrit : « Ils dirent à Dieu : Retire-toi de nous ; nous ne voulons point connaître tes voies. » Comment ces hommes pouvaient-ils résister au fléau dont Dieu les accabla ? Ils posèrent la plante de leurs pieds sur la source des eaux de l’abîme et la bouchèrent ainsi ; mais comme l’eau était bouillante, ils ne purent y résister, tombèrent par terre et moururent.
Il est écrit : « ... Et Noé engendra trois fils : Sem, Cham et Japhet. » Rabbi Hiyya dit à Rabbi Yehouda : Viens et écoute les paroles que j’ai entendues au sujet de ce verset. La vie de Noé est comparable à un homme qui pénètre dans une caverne d’où, au bout d’un certain temps, sortent deux ou plutôt trois fils. Chacun de ces trois fils prend une autre direction et se distingue des autres
par sa conduite et ses œuvres ; l’un est digne, l’autre est coupable et le troisième médiocre. Il en est de même du nœud des trois sortes d’esprits qui parcourent ensemble les trois mondes. Remarquez que, lorsque l’âme sort de la région céleste, elle s’engage dans les gorges des montagnes dans le parcours qu’elle fait pour descendre sur la terre. Dans ces gorges, elle s’unit à l’esprit intellectuel ; et, descendus sur la terre, ces deux esprits s’unissent à l’esprit de la vie, et les trois esprits se trouvent ainsi réunis ensemble. Rabbi Yehouda dit : L’esprit de vie et l’esprit intellectuel demeurent ensemble et dépendent l’un de l’autre ; mais l’âme est indépendante de ces deux autres esprits ; elle ne dépend que de la conduite de l’homme ; et alors qu’on peut découvrir le siège de l’esprit vital, ainsi que le siège de l’esprit intellectuel, personne ne saurait découvrir le siège de l’âme, car il est caché. Quand l’homme se propose de vivre dans la pureté, le ciel lui vient en aide en lui accordant une âme sainte qui le purifie et le sanctifie, au point qu’il est appelé « saint ». Mais s’il est indigne et qu’il ne veuille vivre dans la pureté, il n’est animé que de deux esprits : de l’esprit de vie (nephesch) et de l’esprit intellectuel (rouah) ; mais l’âme sainte, il ne l’a point. Mais il y a plus. Celui qui veut vivre dans l’impureté n’est pas seulement privé du secours du ciel ; mais il se voit encore encouragé à continuer sa mauvaise conduite. Ainsi, chacun est encouragé suivant la conduite qu’il mène.
Il est écrit : « ... Et Élohim dit à Noé : La fin (qetz) de toute chair est arrivée devant moi. » Rabbi Yehouda a ouvert une de ses conférences de la manière suivante : Il est écrit : « Faites-moi connaître, Seigneur, ma fin (qitzi), et quel est le nombre de mes jours, afin que je sache ce qui me reste. » David dit au Saint, béni soit-il : Il y a deux fins dont l’une est à droite et l’autre à gauche ; ce sont les deux voies dans lesquelles marchent les hommes en ce monde. Une fin est du côté droit, ainsi qu’il est écrit : « ... Mais, pour toi, va jusqu’au temps qui a été marqué ; et tu seras en repos ; et tu demeureras dans l’état où tu es jusqu’à la fin du côté droit. » Et il y a une fin du côté gauche, ainsi qu’il est écrit : « Il mit une fin (qetz) aux ténèbres ; il considère le fond de toutes choses et la pierre ensevelie dans l’obscurité et dans l’ombre de la mort. » Que signifient les paroles : « Il considère le fond de toutes choses » ? L’Écriture veut dire que, lorsque la rigueur fait sévir dans le monde la pierre ensevelie dans l’obscurité et dans l’ombre de la mort, la « fin des ténèbres » fait son apparition dans le monde. Les mots « la fin des ténèbres » désignent l’ange de la mort, le serpent. Ainsi, les mots « la fin de toute chair » ont la même signification que les mots « la fin des ténèbres ». Le serpent est appelé ainsi parce qu’il constitue la gangue de l’or. Les paroles de l’Écriture : « Il considère le fond de toutes choses » s’appliquent donc à l’ange de la mort qui, lorsque la rigueur sévit dans le monde, se constitue l’accusateur des hommes et s’évertue à noircir les visages des créatures. Quant à la fin du côté droit, nous avons déjà dit qu’elle se trouve indiquée dans les paroles de l’Écriture : « ... Jusqu’à la fin du côté droit. » Le Saint, béni soit-il, dit à Daniel : « ... Mais, pour toi, va jusqu’au temps qui a été marqué ; et tu seras en repos. » Daniel demanda alors au Saint, béni soit-il : Dans quel monde serai-je en repos ? Est-ce dans ce bas monde ou dans le monde futur ? Dieu lui répondit : C’est dans ce bas monde ; car c’est dans ce monde que le mot « repos » est applicable, ainsi qu’il est écrit : « Que celui qui a marché sur la voie droite se repose dans son lit. » Daniel demanda alors au Saint, béni soit-il : Serai-je du nombre des gens qui ressusciteront à la fin du temps, ou non ? Dieu lui répondit : Tu te lèveras (vethaamod). Daniel répliqua : Je sais que, parmi le nombre des ressuscités, il y aura des hommes dignes qui ont marché, durant leur vie, dans la voie de la vérité, et qu’il y aura également des hommes coupables. Or, en compagnie de laquelle de ces deux classes d’hommes ressusciterai-je ? Dieu lui répondit : Dans l’état où tu es (legoralekh). Enfin Daniel dit : Tu m’as dit : « Va à la fin (lekh leqetz). » Entends-tu par ces mots « la fin du côté droit (qetz haiamin) », ou bien « la fin des jours (qetz haiamin) ? » Dieu lui répondit : « ... Jusqu’à la fin du côté droit (leqetz haiamin). » De même, David dit au Saint, béni soit-il : Fais-moi connaître, Seigneur, ma fin. David n’avait point de repos tant qu’il n’était fixé à quelle « fin » il appartenait, à la « fin du côté droit », ou bien à « la fin des jours ». L’esprit de David ne fut calmé que lorsqu’il lui fut annoncé qu’il appartenait à « la fin du côté droit », ainsi qu’il est écrit : « Assieds-toi à ma droite. »
Remarquez que le Saint, béni soit-il, dit également à Noé : « La fin de toute chair est arrivée devant moi. » Qui est-ce qui est désigné par ce mot « fin » ? C’est celui qui noircit le visage des créatures ; c’est de lui que Dieu dit : « La fin de toute chair est arrivée devant moi. » Nous en inférons que les coupables de ce monde s’attirent eux-mêmes cette « fin » et l’invitent à leur noircir le visage. Dès que celui qui est appelé « fin » reçoit l’autorisation céleste, il s’empare de l’âme de l’homme ; mais il ne doit s’en emparer sans une autorisation expresse du ciel. C’est pourquoi Dieu a dit : « La fin de toute chair est arrivée devant moi. » Elle est arrivée pour demander l’autorisation de noircir les visages des hommes, c’est-à-dire de s’emparer de leurs âmes. Aussi Dieu a-t-il ajouté : « ... Et je les exterminerai avec la terre. » C’est pourquoi Dieu dit à Noé : « Fais-toi une arche de pièces de bois goudronnées », afin qu’il échappât ainsi à l’ange de la mort en se mettant à l’abri de ses attaques. Remarquez que, quand la mort sévit dans une ville, ou dans le monde en général, l’homme ne doit pas se faire voir dans la rue, parce que l’ange destructeur est autorisé dans l’occurrence à léser tous ceux qu’il rencontre. C’est pourquoi le Saint, béni soit-il, dit à Noé : Tu dois te cacher et ne pas te montrer à l’ange destructeur, pour que celui-ci ne puisse avoir de prise sur toi.
Mais, objectera-t-on peut-être, il n’y avait pas cependant d’ange destructeur au moment du Déluge, puisque c’étaient les eaux qui ont ravagé la terre et fait périr les hommes ! À ceci nous répondrons ce qui suit : Remarquez que le monde n’est jamais accablé d’un fléau quelconque sans que l’ange destructeur ne soit caché derrière ce fléau. De même, au moment du Déluge, l’ange destructeur résidait dans l’eau. Ce ne sont point les éléments qui constituent les fléaux ; c’est l’ange destructeur qui réside en eux ; et celui-ci prend alors le nom de l’élément qui, en apparence, constitue le fléau. C’est pourquoi le Saint, béni soit-il, dit à Noé de se cacher et de ne point se montrer dans le monde. Mais on objectera peut-être encore : Quelle utilité y avait-il pour Noé de se cacher dans l’arche, alors que celle-ci était bien visible dans le monde, de manière qu’il aurait été possible à l’ange destructeur d’y pénétrer ? À ceci nous répondrons ce qui suit : Tant que l’ange destructeur ne voit la figure de l’homme, il n’a aucune prise sur lui. D’où le savons-nous ? Nous le savons par l’ordre que Dieu donna à Israël en Égypte : « Que nul de vous ne sorte de la porte de sa maison jusqu’au matin. » Pourquoi cette défense ? Afin que l’ange destructeur ne pût voir la figure du sortant, ce qui l’eût autorisé à léser. C’est pourquoi Noé et tous ceux qui étaient avec lui ont été enfermés dans l’arche afin que l’ange destructeur n’eût de prise sur eux.
Rabbi Hiyâ et Rabbi Yossé, se trouvant en voyage, arrivèrent près des montagnes noires, où ils découvrirent des ravins datant de l’époque du Déluge. Rabbi Hiyâ dit alors à Rabbi Yossé : Ces ravins datent du Déluge, et le Saint, béni soit-il, les fera subsister tant que durera le monde, afin que la trace des coupables ne s’efface jamais devant lui. Car tel est le procédé du Saint, béni soit-il : il veut que les bonnes œuvres des hommes dignes qui font sa volonté soient présentes dans sa mémoire constamment et que leur souvenir ne soit jamais effacé, ni en haut, ni en bas ; mais il veut aussi que le souvenir de la culpabilité des méchants qui ne font pas sa volonté ne soit jamais effacé, et qu’il se transmette de génération en génération. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Quand tu te laverais avec du nitre et que tu te purifierais avec une grande abondance d’herbes de borith, tu demeurerais toujours souillé devant moi dans ton iniquité, dit le Seigneur Dieu. »
Rabbi Yossé a ouvert une de ses conférences par le verset suivant : « Fille de Gallim, fais retentir tes cris ; fais-les descendre jusqu’à Laïschah, pauvre d’Anathoth. » Ce verset a déjà été expliqué par les collègues. Mais, en vérité, ce verset s’applique au Synode d’Israël. Les mots : « Fille de Gallim, fais retentir tes cris » désignent la fille d’Abraham, notre père, ainsi que cela est dit ailleurs. Les mots « Fille de Gallim (galim) » désignent le même Synode d’Israël que les mots « Jardin fermé (ganaoul) ». Le mot « galim » désigne les fleuves qui convergent tous vers le Jardin qu’ils remplissent, ainsi qu’il est écrit : « Tes plantes forment comme un jardin de délices rempli de grenades. » Les mots : « ... Fais-les entendre jusqu’à Laïschah » ont la même signification que les paroles de l’Écriture : « Le lion (laïsch) est mort parce qu’il n’avait pas de proie. » « Laïsch » désigne le mâle, et « laïschah » désigne la femelle. Pourquoi est-il appelé « laïsch » ? Est-ce en raison des paroles de l’Écriture : « ... Le laïsch, le plus fort des animaux, qui ne craint rien de tous ceux qu’il rencontre » ? Ou bien en raison des paroles : « Le laïsch est mort, parce qu’il
Savait pas la proie » ? Mais la vérité est que « laïsch » est le nom de la force d’en bas qui émane de la force d’en haut. Et voici l’interprétation du verset : « Le laïsch est mort parce qu’il n’avait pas de proie et les petits de la lionne ont été séparés. » Lorsque tous les fleuves qui sortent de la force d’en haut ont cessé de pénétrer dans la force d’en bas, « laïsch » a pris le nom de « laïschah ». L’Écriture veut donc dire que, lorsque « laïsch est mort parce qu’il n’avait pas de proie » (ce qui veut dire : lorsque les fleuves qui émanent de la force d’en haut ont cessé de pénétrer en lui), il est devenu « laïschah », ce qui veut dire : il est devenu femelle, ainsi qu’il est écrit : « … Et les petits de la lionne ont été séparés. » Les mots « aniah anathoth » signifient « le Pauvre de la pauvreté ». Le mot « anathoth » a la même signification que celui du verset : « Prophétie de Jérémie, fils d’Helcias, des prêtres qui vécurent dans la pauvreté (ba-anathoth) », ainsi que celui du verset : « Vis dans la pauvreté (anathoth) et retourne habiter la terre qui t’appartient. » Quel est le sens de ce dernier verset ? Tant que le roi David a vécu, Abiathar vivait dans la richesse et l’opulence. Salomon dit donc à Abiathar : À partir de maintenant, tu vas vivre dans la pauvreté ; retourne donc habiter la terre qui t’appartient. Pourquoi Salomon l’appela-t-il « anathoth », ce qui fait supposer qu’Abiathar était déjà pauvre, alors que, d’après l’explication donnée, il ne s’agissait que d’un ordre du roi donné à Abiathar de vivre dans la pauvreté ? Mais la vérité est que Salomon dit à Abiathar : Tu as vu mon père quand il vivait dans la pauvreté ; c’est à toi maintenant d’en faire autant ; va donc habiter la terre qui t’appartient. Ainsi s’explique le nom d’« anathoth » que l’Écriture donne à Abiathar. Car il est inadmissible d’interpréter le mot « anathoth » par « ville d’Anathoth », attendu que l’Écriture dit : « L’un des fils d’Achimelech, fils d’Achitob, qui s’appelait Abiathar, s’étant échappé de ce carnage, s’enfuit vers David. » Or, Achimelech, fils d’Achitob, était de Nob, la ville des prêtres. Bien que certains interprètes aient prétendu que la ville de Nob est synonyme de celle d’Anathoth et qu’on lui avait donné le surnom d’Anathoth (pauvreté) en raison de la misère dans laquelle cette ville était tombée lorsque Saül l’avait détruite et en avait fait périr les habitants recrutés parmi les prêtres, cette interprétation n’est guère probable. Mais la vérité est qu’« Anathoth » était un village qui n’avait rien de commun avec la ville de Nob. Si Abiathar est appelé « Anathoth », bien qu’il ait été originaire de Nob, c’est en raison des paroles de l’Écriture : « Tu seras dans toute la pauvreté dans laquelle était mon père (hithanitha becol ascher hithanah abi). » Ainsi, Abiathar était appelé « Anathoth », parce que, durant sa vie, David se trouvait dans un état de pauvreté.

Source Sepher ha-Zohar, tome I, trad. Jean de Pauly (1906), archive.org SepherHaZoharLeLivre1 (OCR corrigé) · Sommaire