Rabbi Éléazar dit : Remarquez que, lorsque le Saint, béni soit-il, créa le monde, il le forma de telle façon qu’il fût desservi à l’exemple du monde d’en haut. Aussi, lorsque les enfants de ce monde ont du mérite en marchant dans la voie droite, le Saint, béni soit-il, fait descendre l’Esprit de vie d’en haut jusqu’à la région où réside Jacob ; de là, cet Esprit de vie descend dans le monde où réside David, et de là, enfin, les bénédictions célestes sont répandues sur toutes les régions inférieures. Ainsi l’Esprit de vie d’en haut, descendant d’étape en étape, arrive jusqu’à notre monde. C’est pourquoi il est écrit : « Louez le Seigneur, car il est bon, et sa grâce s’étend jusqu’au monde (olam). » Ce mot « monde » désigne le monde du roi David ; et c’est pourquoi le mot « olam » est écrit, en cet endroit, sans Vav, attendu que, lorsque l’Esprit de vie d’en haut arrive dans ce monde, c’est-à-dire dans le monde du roi David, les bénédictions en sortent pour se répandre sur toutes les régions inférieures qu’elles fortifient. En d’autres termes, le mot « olam » est écrit, en cet endroit, sans Vav, pour nous indiquer que l’Esprit de vie n’arrive pas directement d’en haut jusqu’à notre monde, attendu qu’il faut d’abord que cet Esprit arrive dans le monde du roi David ; et ce n’est qu’alors que les bénédictions de ce monde descendent dans le monde d’ici-bas. Mais comme les hommes ont péché, cet Esprit de vie a été entièrement ôté des régions inférieures, afin qu’il ne parvienne pas jusqu’aux êtres d’ici-bas et ne les fortifie. Les paroles de l’Écriture : « … Car il est
(beschagam) chair signifient que l’Esprit de vie ne descendra plus dans ce monde, afin que le serpent qui se trouve au bas de l’échelle n’en soit fortifié, et afin que l’Esprit Saint ne vienne en contact avec l’esprit impur. Les mots « car il est chair » désignent le premier serpent qui, si l’Esprit de vie et, par lui, les bénédictions descendaient ici-bas, serait également béni. L’Écriture l’appelle « chair », ainsi qu’il est écrit : « J’ai résolu la fin de toute chair » ; or, Rabbi Siméon traduit le mot « chair » par « ange de la mort ». L’Écriture ajoute : « Et les jours de l’homme seront de cent vingt ans », ce qui veut dire que le lien qui unit le corps avec l’âme sera relâché au bout de cent vingt ans d’union. Il est écrit : « Les Tombés (Nephilim) étaient sur la terre. » Rabbi Yossé dit : Par le mot « les Tombés », l’Écriture désigne Aza et Azaél, ainsi que cela a déjà été dit. Le Saint, béni soit-il, les a précipités de la hauteur où ils étaient placés. Mais, dira-t-on, comment ces anges ont-ils pu exister dans ce bas monde ? Rabbi Hiyà répond : Ceux-ci appartiennent à cette catégorie d’anges dont l’Écriture dit : « … Et des oiseaux qui volent sur la terre. » Or, nous avons appris que les paroles de l’Écriture désignent ces sortes d’anges qui apparaissent aux hommes sous la forme d’hommes. Mais, demandera-t-on, comment ces anges peuvent-ils se transformer ? À ceci nous répondrons ce qui suit : Nous avons appris que ces anges peuvent se transformer de diverses manières, et qu’au moment de descendre ici-bas ils sont matérialisés en prenant des corps, et apparaissent ainsi aux hommes. Aza et Azaél, qui se sont révoltés contre le ciel, furent précipités en bas par le Saint, béni soit-il ; ils prirent des corps sur la terre et ne purent plus s’en dépouiller. Ensuite, ils furent séduits par les femmes d’ici-bas, et ils vivent encore jusqu’à ce jour et enseignent aux hommes la magie. Ils engendrent des fils qui sont appelés « géants » (anaqim), « puissants » (ghiborim). Tel est le sens du mot « les Tombés », lesquels sont également appelés « enfants de Dieu ». Nous avons appris…
Il est écrit : « Et Dieu dit : J’exterminerai de dessus la terre l’homme que j’ai créé. » Rabbi Yossé a ouvert une de ses conférences par l’exorde suivant : Il est écrit : « … Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes voies ne sont pas vos voies, dit le Seigneur. » Remarquez que, lorsqu’un homme veut se venger d’un autre, il garde le silence et ne dit rien, de crainte que l’autre n’apprenne son projet et ne le déjoue en se tenant sur ses gardes. Mais le Saint, béni soit-il, n’agit point de la sorte. Il n’accable jamais le monde sans l’avoir au préalable proclamé deux ou trois fois ; car Dieu ne craint pas que ceux qu’il veut châtier déjouent son projet, puisque personne ne peut se cacher devant lui, ni s’opposer à ses décisions. Remarquez que, par les paroles : « Et Dieu dit : J’exterminerai de dessus la terre l’homme que j’ai créé », l’Écriture nous apprend que Dieu fit connaître à cette génération, par l’intermédiaire de Noé, la décision qu’il avait prise ; il avertit les hommes deux ou trois fois du châtiment qui les menaçait, mais ils ne voulurent pas l’entendre. En présence de leur persistance à ne rien entendre, Dieu les châtia en les exterminant de dessus la terre. Remarquez ce que l’Écriture dit de Noé : « Et il le nomma Noé en disant : Celui-ci nous soulagera parmi nos œuvres et les œuvres de nos mains, et nous consolera dans la terre que le Seigneur a maudite. » Comment le père de Noé savait-il que Noé le consolerait dans la terre que le Seigneur a maudite ? La vérité est qu’au moment où le Saint, béni soit-il, a maudit le monde, ainsi qu’il est écrit : « Que la terre soit maudite à cause de toi », Adam dit au Saint, béni soit-il : Maître de l’Univers, jusqu’à quelle époque le monde restera-t-il chargé de cette malédiction ? Dieu lui répondit : Jusqu’à l’époque où naîtra un enfant circoncis, semblable à toi. À partir de ce moment, les hommes attendaient toujours la naissance de cet enfant. Et lorsque Noé vint au monde, son père s’aperçut qu’il était circoncis et marqué ainsi du signe sacré ; il vit aussi que la Schekhina était attachée à l’enfant ; c’est pourquoi il l’appela du nom qui exprime les événements qui arri
… dans de nombreux moments de leur vie. Avant la naissance de Noé, les hommes ne savaient ni semer, ni traîner la charrue, ni herser ; ils faisaient tous les travaux de la terre avec la main. Mais lorsque Noé vint au monde, il apprit à ses contemporains l’art de labourer la terre et leur montra tous les ustensiles nécessaires pour tirer les fruits de la terre. C’est pourquoi le père de Noé dit : « Celui-ci nous soulagera parmi nos travaux et les œuvres de nos mains. » L’Écriture ajoute : « … De la terre », ce qui veut dire que Noé devait ôter la malédiction dont la terre était chargée jusque-là, à tel point que l’on semait des blés et qu’on récoltait des épines. C’est pourquoi l’Écriture appelle Noé « laboureur de la terre ». Rabbi Yehouda dit : L’Écriture appelle Noé le « laboureur de la terre » (isch-ha-adamah), pour la même raison qu’elle appelle Élimélech « mari de Noëmi » (isch na-ami). Car Noé est appelé le Juste qui, grâce au sacrifice qu’il a offert, a déchargé la terre de la malédiction qui pesait sur elle, ainsi qu’il est écrit : « Le Seigneur reçut ce sacrifice qui avait une odeur agréable, et il dit : Je ne répandrai plus ma malédiction sur la terre à cause de l’homme. » C’est pourquoi Noé est appelé « isch ha-adamah ». C’est pourquoi aussi il reçut un nom qui exprime l’événement qui se produira durant sa vie.
Rabbi Yehouda a ouvert une conférence par l’exorde suivant : Il est écrit : « Venez et voyez les œuvres du Seigneur, qui fait des prodiges sur la terre. » Ce verset a déjà été expliqué. Mais voici ce que nous voulons y ajouter : Que signifie : « Venez, et voyez » (hazou) ? Ce mot a la même signification que celui du verset : « Dieu m’a révélé une épouvantable prophétie (hazouth) » ; car c’est par l’œuvre du Saint, béni soit-il, que la prophétie d’en haut est révélée aux hommes. Quant aux paroles de l’Écriture : « … Qui fait des prodiges sur la terre », ce n’est pas « prodiges » (schamoth), mais c’est « noms » (schamoth), qu’il faut lire. L’Écriture veut dire que c’est Dieu qui inspire le nom des hommes ; car le nom influe sur toute la vie de l’homme. Selon une autre interprétation, le mot « schamoth » du verset précité signifie « destruction » ; car, si le monde avait été l’œuvre de l’essence divine appelée Jéhovah, tout dans ce monde aurait été indestructible ; mais comme le monde est l’œuvre de l’essence divine appelée Élohim, tout est sujet à la destruction ; et c’est pourquoi l’Écriture a dit : « Venez, et voyez les œuvres d’Élohim qui sont sujettes à la destruction (schamoth) sur la terre. » Rabbi Hiyâ dit à Rabbi Yehouda : Je ne suis pas de l’avis de ces derniers interprètes, attendu que le nom de Jéhovah aussi bien que celui d’Élohim sont également sacrés ; donc il est inadmissible d’admettre que le monde ne soit périssable que parce qu’il est l’œuvre d’Élohim, mais qu’il ne l’aurait pas été s’il eût été l’œuvre de Jéhovah. C’est pourquoi je partage l’opinion des collègues qui prêtent au mot « schamoth » le sens de « noms sacrés » ; car c’est grâce à la combinaison des noms sacrés de Dieu qu’on opère des merveilles dans ce monde. Le sens du verset précité est donc celui-ci : « Venez, et voyez les œuvres d’Élohim qu’on opère sur la terre grâce à la combinaison des noms divins. » Rabbi Isaac dit : Toutes les interprétations sont bonnes ; et même celle de Rabbi Yehouda est admissible ; car, si le monde avait été créé par le nom de miséricorde, c’est-à-dire par le nom de Jéhovah, tout dans le monde serait resté indestructible ; mais comme le monde a été créé par le nom de rigueur, c’est-à-dire par le nom d’Élohim, tout est périssable dans ce monde. Quant à l’objection de Rabbi Hiyâ, elle est mal fondée, attendu que l’instabilité des choses est
indispensable au monde, de même que la rigueur est indispensable pour le châtiment des coupables, sans quoi le monde ne saurait exister. Remarquez que, lorsque Noé naquit, il fut appelé d’un nom qui exprime la consolation : consolation pour lui et consolation pour le monde, consolation pour les ascendants et consolation pour les descendants, consolation pour le monde d’en haut et consolation pour le monde d’en bas, consolation dans ce monde et consolation dans le monde futur. Bien que le nom de Noé ait été un présage de son avenir de consolateur, il n’avait pas la même signification en ce qui concerne ses rapports avec Dieu ; car le nom de « Noah » lu inversement forme le mot « hen » (grâce), ainsi qu’il est écrit : « Et Noah trouva grâce (hen) devant le Seigneur. » Rabbi Yossé dit : « Hen » est formé des mêmes lettres que « Noah » ; ainsi, les noms des justes sont toujours l’anagramme d’un mot exprimant le bien, alors que les noms des coupables se prêtent toujours à un anagramme exprimant quelque chose de mauvais. Ainsi, chez Noé, l’Écriture dit : « Et Noah trouva grâce (hen) devant le Seigneur. » « Noah » est donc l’anagramme de « hen » (grâce). Alors que chez « Er », le fils aîné de Juda, l’Écriture dit : « Et Er, le fils aîné de Juda, était mal (râ) devant le Seigneur. » Ainsi, « Er » forme l’anagramme « râ ». Remarquez que lorsque Noé vint au monde et qu’il vit la perversité des hommes qui péchaient contre le Saint, béni soit-il, il se retira dans la solitude et se consacra au service de son Maître, afin d’éviter ainsi la contagion. Mais, dira-t-on, à quelle étude se consacra-t-il dans la solitude ? Il se consacra à l’étude du livre révélé à Adam et à Henoch ; il l’étudia pour savoir comment servir son Maître. Remarquez, en effet, que les choses ne pouvaient pas se passer autrement ; car comment Noé aurait-il su sans cela qu’il fallait offrir un sacrifice à son Maître ? Mais, d’après ce que nous venons de dire, la chose s’explique : Noé ayant trouvé, dans le livre révélé à Adam, que c’est sur la « Sagesse éternelle » (Hocmâ) que le monde a été fondé, il a compris que c’était grâce au sacrifice que le monde subsistait et que, sans le sacrifice, ni les êtres d’en haut, ni les êtres d’en bas ne sauraient exister.
Rabbi Siméon fit un jour un voyage en compagnie de Rabbi Éléazar son fils, de Rabbi Yossé et de Rabbi Ḥiyâ. Chemin faisant, Rabbi Éléazar dit à son père : « Puisque nous désirons faire un bon voyage, il nous faut faire entendre des paroles touchant la doctrine. » Rabbi Siméon ouvrit alors sa conférence de la manière suivante : Il est écrit : « Même sur le chemin où l’insensé marche, le cœur lui manque, et il dit à tout le monde : c’est insensé. » Si l’homme veut que son voyage soit agréable au Saint, béni soit-il, il doit, avant de se mettre en route, consulter Dieu et lui adresser la prière des voyages, ainsi que la tradition le déduit des paroles de l’Écriture : « Le Juste marchera devant lui, et il le suivra dans le chemin » ; ce qui veut dire que la Schekhina ne se détachera jamais de celui qui la consulte avant de se mettre en route. Mais celui qui ne se confie pas à son Maître est compris dans les paroles de l’Écriture : « Même sur le chemin où l’insensé marche, le cœur lui manque. » Que signifie le « cœur » ? Ce mot désigne le Saint, béni soit-il, qui n’accompagne jamais l’insensé dans son voyage et qui ne lui accorde aucune aide ; car l’homme qui ne consulte pas son Maître avant de se mettre en route manifeste ainsi son opinion de pouvoir se passer du secours de Dieu durant le voyage. L’insensé s’abstient même pendant son voyage de parler des choses relatives à la doctrine ; c’est pourquoi l’Écriture dit de lui que « le cœur lui manque » ; ce qui veut dire qu’il se prive par là du secours de Dieu. L’Écriture ajoute : « … Et il dit à tout le monde : c’est insensé » ; ce qui veut dire que, lorsque l’insensé entend les autres parler des choses relatives à la Foi, il s’écrie : « C’est insensé de parler de ces sortes de choses. » Chose pareille est arrivée une fois à un homme qui, ayant médité sur la marque sacrée empreinte dans la chair de tout Israélite, émit
L’avis que cette pratique ne constitue pas un article de foi. Lorsque Rabbi Yebba, le Vieillard, entendit cette hérésie, il leva les yeux sur l’hérétique, et celui-ci fut transformé en un tas d’os. Mais comme nous souhaitons l’aide du Saint, béni soit-il, durant ce voyage, nous devons dire quelques mots touchant la doctrine. Rabbi Siméon commença alors de la manière suivante : Il est écrit : « Montre-moi, Éternel, ta voie, que j’entre dans ta vérité ; unis à toi mon cœur, que je craigne ton nom. » Ce verset offre une certaine difficulté, attendu que la tradition nous apprend que toute chose est au pouvoir du Saint, béni soit-il, excepté la bonne ou mauvaise conduite de l’homme. Or, comment David pouvait-il demander au Saint, béni soit-il, ce qu’il demandait ? Mais David parla ainsi à Dieu : « Montre-moi ta voie qui est la voie droite », en d’autres termes : dessille mes yeux pour que je puisse pénétrer tes mystères ; car alors je suis certain que je marcherai sur la voie de la vérité, sans dévier ni à droite ni à gauche. David ajouta : « Unis à toi mon cœur. » Que signifient les mots « mon cœur » ? Ces mots désignent celui dont le Psalmiste dit : « Ô Dieu, qui êtes le Dieu de mon cœur et mon partage pour toute l’éternité... » David disait donc à Dieu : Fais que je demeure toujours uni à toi et, dans ce cas, je serai toujours pénétré de la crainte de ton nom. Remarquez que tout homme qui craint le Saint, béni soit-il, est pénétré de la foi comme il convient ; un tel homme est considéré comme parfait dans ses rapports avec son Maître. Mais celui qui ne craint pas son Maître n’a pas la foi et n’est pas digne d’avoir une part du monde futur.
Rabbi Siméon commença en outre de la manière suivante : Il est écrit : « Le sentier des justes est comme une lumière brillante qui s’avance et qui croît jusqu’au jour parfait. » Heureux le sort des justes dans ce monde et dans le monde futur, car le Saint, béni soit-il, désire leur glorification. Remarquez les paroles de l’Écriture : « Le sentier des justes est comme une lumière brillante... » Que signifient les paroles « lumière brillante » ? Ces paroles désignent la lumière brillante que le Saint, béni soit-il, a créée au moment de la création du monde et qu’il a réservée aux justes dans le monde futur. L’Écriture ajoute : « ... Qui s’avance et qui croît jusqu’au jour parfait » ; car cette lumière réservée aux justes va toujours en augmentant, mais ne décroît jamais. Mais que dit l’Écriture des coupables ? L’Écriture dit : « La voie des méchants est pleine de ténèbres ; ils ne savent où ils tombent. » Pourquoi l’Écriture dit-elle : « ... Ils ne savent où ils tombent » ? Est-ce que les méchants ne connaissent pas la cause de leur chute ? L’Écriture veut dire que les méchants, qui marchent sur la voie tortueuse, ne réfléchissent jamais ni ne pensent jamais que le Saint, béni soit-il, les jugera dans le monde futur et leur fera subir le châtiment de l’enfer où ils vont se lamenter chaque jour : « Malheur à nous, malheur à nous, qui n’avons jamais voulu prêter nos oreilles, ni ouvrir notre cœur à la voix de la vérité, tant que nous étions encore sur la terre, où la réparation était encore possible ; malheur à nous, malheur à nous. » Telle est la lamentation que poussent chaque jour les coupables dans l’enfer. Remarquez que le Saint, béni soit-il, accordera aux justes dans le monde futur beaucoup de lumière et leur donnera la récompense de leurs œuvres dans une région que jamais œil n’a aperçue, ainsi qu’il est écrit : « L’œil n’a point vu, hors toi seul, ô Dieu, ce que tu as préparé à celui qui espère en toi » ; et ailleurs il est dit : « Ils sortiront pour voir les corps morts de ceux qui ont péché contre moi » ; et encore ailleurs : « Vous foulerez aux pieds les impies qui deviendront comme de la cendre sous la plante de vos pieds. » Heureux le sort des justes dans ce monde et dans le monde futur. C’est d’eux que l’Écriture dit : « Ils posséderont la terre pour toujours » ; et ailleurs : « Mais les justes loueront ton nom, et ceux qui ont le cœur droit habiteront en ta présence. »
« Béni soit le Seigneur, éternellement ; que cela soit ainsi ; que cela soit ainsi ! »
Il est écrit : « Voici les enfants de Noé. » Rabbi Hiyâ a ouvert sa conférence de cette façon : Il est écrit : « Et ton peuple est entièrement composé de Justes ; ils posséderont la terre pour toujours ; ils sont les rejetons que j’ai plantés, les ouvrages que ma main a faits pour me rendre gloire. » Heureux le sort d’Israël qui se consacre à l’étude de la doctrine et qui en pénètre les mystères ; car c’est grâce à la doctrine qu’il méritera d’avoir une part du monde futur. Remarquez que tout Israélite a une part dans le monde futur. Pourquoi ? Parce que les Israélites gardent intacte la pureté de la marque sur laquelle le monde est basé, c’est-à-dire vivent dans la continence, ainsi qu’il est écrit : « Si l’alliance que j’ai faite avec le jour et la nuit n’existait pas, je n’aurais point établi les lois qui régissent les cieux et la terre. » C’est pourquoi les Israélites ont une part dans le monde futur, parce qu’ils gardent intacte cette marque de l’alliance et parce qu’ils l’ont acceptée. Mais il y a plus. Les Israélites sont appelés « justes » en raison de cette même marque d’alliance. De ce qui précède, nous inférons que quiconque garde intacte la marque de l’alliance sur laquelle le monde est basé, est appelé « juste ». D’où le savons-nous ?
Il est écrit : « Voici les enfants de Noé. » Rabbi Hiyâ a ouvert sa conférence de cette façon : Il est écrit : « Et ton peuple est entièrement composé de Justes ; ils posséderont la terre pour toujours ; ils sont les rejetons que j’ai plantés, les ouvrages que ma main a faits pour me rendre gloire. » Heureux le sort d’Israël qui se consacre à l’étude de la doctrine et qui en pénètre les mystères ; car c’est grâce à la doctrine qu’il méritera d’avoir une part du monde futur. Remarquez que tout Israélite a une part dans le monde futur. Pourquoi ? Parce que les Israélites gardent intacte la pureté de la marque sur laquelle le monde est basé, c’est-à-dire vivent dans la continence, ainsi qu’il est écrit : « Si l’alliance que j’ai faite avec le jour et la nuit n’existait pas, je n’aurais point établi les lois qui régissent les cieux et la terre. » C’est pourquoi les Israélites ont une part dans le monde futur, parce qu’ils gardent intacte cette marque de l’alliance et parce qu’ils l’ont acceptée. Mais il y a plus. Les Israélites sont appelés « justes » en raison de cette même marque d’alliance. De ce qui précède, nous inférons que quiconque garde intacte la marque de l’alliance sur laquelle le monde est basé, est appelé « juste ». D’où le savons-nous ?
Nous le savons de Joseph qui a été favorisé du nom de « juste » pour avoir conservé intacte la pureté de la marque de l’alliance. Tel est le sens du verset : « Et ton peuple est entièrement composé de justes ; ils possèdent la terre pour toujours. »
Rabbi Éléazar dit : D’après la tradition, partout où l’Écriture emploie le terme d’« Éléh » (voici), ce qui suit forme une antithèse avec ce qui précède. Or, que dit l’Écriture dans le chapitre de la Genèse qui précède le mot « Éléh » ? L’Écriture dit : « Et un fleuve sort de l’Éden pour arroser le Jardin ; et, de là, ce fleuve se divise en quatre canaux. » Ce fleuve qui sort de l’Éden et qui pénètre dans le Paradis y apporte les eaux célestes et donne ainsi naissance aux fruits et aux plantes qui y croissent. Mais aussitôt que l’œuvre de la création a été terminée, ce fleuve a également cessé de produire des fruits et des plantes, ainsi qu’il est écrit : « … Parce qu’il avait cessé en ce jour de produire tous les ouvrages qu’il avait créés » ; et un peu plus haut : « … Et il se reposa le septième jour, après avoir achevé tous ses ouvrages. » Tel est le mystère renfermé dans le mot « Éléh » : « Voici les enfants de Noé. » L’Écriture nous apprend qu’à partir de cette époque, c’est Noé seul, c’est-à-dire le genre humain seul, qui engendre des enfants, tandis que le fleuve céleste a déjà cessé de produire les fruits et les plantes. Remarquez que Noé continua ici-bas l’œuvre sacrée commencée en haut ; et c’est pourquoi il est appelé « l’homme de la terre » (isch ha-adamah).
Ce chapitre de Noé nous apprend un mystère. Noé a dû être enfermé dans l’arche pour conserver la race humaine sur la terre, ainsi qu’il est écrit : « … Afin de conserver les races sur la face de toute la terre. » Que symbolise l’arche de Noé ? Elle est le sym-
L’Écriture emploie également le mot « alliance », ainsi qu’il est écrit : « J’établirai mon alliance avec toi. » Noé ne pouvait entrer dans l’arche avant que Dieu n’eût formé alliance avec lui ; car l’Écriture dit : « J’établirai mon alliance avec toi, et tu entreras dans l’arche. » Donc, il ne devait être enfermé dans l’arche qu’après l’alliance que Dieu a faite avec lui. Ainsi, Noé enfermé dans l’arche a pu sauver le monde. Ceci correspond au Mystère suprême. Et c’est précisément en raison de la ressemblance de Noé avec le Mystère suprême que l’Écriture dit : « Voici (Éléh) les enfants de Noé. »
L’Écriture emploie également le mot « alliance », ainsi qu’il est écrit : « J’établirai mon alliance avec toi. » Noé ne pouvait entrer dans l’arche avant que Dieu n’eût formé alliance avec lui ; car l’Écriture dit : « J’établirai mon alliance avec toi, et tu entreras dans l’arche. » Donc, il ne devait être enfermé dans l’arche qu’après l’alliance que Dieu a faite avec lui. Ainsi, Noé enfermé dans l’arche a pu sauver le monde. Ceci correspond au Mystère suprême. Et c’est précisément en raison de la ressemblance de Noé avec le Mystère suprême que l’Écriture dit : « Voici (Éléh) les enfants de Noé. »
L’Écriture ajoute : « Noé fut un homme juste » ; car il était l’image de Celui d’en haut, qui est également appelé le « Juste » et dont l’Écriture dit : « Et le Juste est la base du monde. » Il est ainsi appelé parce qu’il est la Colonne sur laquelle le monde est basé. Cette Colonne est appelée le « Juste » ; et Noé aussi est appelé le « juste » d’en bas. Tel est le mystère exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Noé marcha avec Élohim », ce qui veut dire qu’il ne s’est jamais séparé d’Élohim dont il était, ici-bas, l’image fidèle. Ainsi Élohim est appelé le « Juste » et la « base du monde », et Noé était « un homme juste ». Élohim forme l’Alliance de la paix du monde ; et, avec Noé, Dieu fit aussi une alliance. C’est en raison de la ressemblance parfaite de Noé avec Élohim que l’Écriture le désigne sous le nom « d’Homme de la terre ». C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et Noé trouva grâce devant le Seigneur. »
Il est écrit : « Noé fut un homme juste et parfait parmi ses générations (bedorothav). » Que signifient les mots « parmi ses générations » ? L’Écriture veut dire que Noé était la cause de la perfection de ses descendants et qu’il possédait la perfection de tous ses descendants. Les mots « il était parfait (thamim) » signifient qu’il était né circoncis, ainsi qu’il est écrit : « Marche devant moi, et sois parfait (thamim). » Le mot « parmi ses générations (bedorothav) » signifie également qu’il n’était parfait que parmi les hommes de sa génération, mais qu’il ne pouvait passer pour tel parmi les hommes des générations futures issues de lui.
Remarquez que Noé a été prédestiné, dès le jour de la création du monde, à être enfermé dans une arche et à faire en quelque sorte corps avec elle en y séjournant. Tant que Noé n’eut pas fait corps avec l’arche, le monde n’était pas dans un état parfait ; mais après que Noé eut séjourné dans l’Arche, l’Écriture a dit : « ... Et c’est d’eux que s’est répandue la race des hommes sur toute la terre. » Que signifie le mot « répandue (naphtzah) » ? Ce mot a la même signification que le mot « ipared », dans le verset : « ... Et de là ce fleuve se divise en quatre canaux. » Car c’est à partir de ce moment que la division a été opérée qui a rendu possible la fécondité dans toutes les directions. Or, tout a été de la même façon, au ciel aussi bien que sur la terre. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Éléh, voici les enfants de Noé. » En effet, c’est grâce à « Éléh », qui est la base du monde, que Noé a engendré des enfants pour perpétuer l’espèce humaine sur la terre.
Rabbi Abba vint alors embrasser Rabbi Éléazar, et s’écria : O lion dont la force perfore et brise les rochers ! Car la chose est, en effet, telle que tu l’as dite ; et cela résulte même de la mesure de l’arche. Ici, l’Écriture emploie le terme de « Celui-ci nous soulagera » (ze) ; et ailleurs il est écrit : « Celui-ci (ze) est le Seigneur que nous avons attendu. » On voit donc que Noé est désigné par le même pronom (ze) que le Seigneur. Heureux le sort des Justes qui sont marqués du sceau du Roi, en étant désignés sous son nom ; car c’est le Roi qui donne aux justes sur la terre les noms qui répondent le mieux à la vie de chacun d’eux.
Ici, l’Écriture dit : « ... Et le nomma Noé. » Dans cette phrase se trouve le mot « eth », alors qu’il est dit ailleurs : « Et il le nomma Jacob », sans le mot « eth ». Pourquoi cette différence ? La vérité est qu’il faut distinguer entre Noé et Jacob qui sont placés sur deux degrés différents. Ainsi, il est également écrit : « Et je vis le Seigneur », avec « eth ». Le mot « eth » est employé dans ce verset pour nous indiquer que le prophète a vu également la Schekhina avec le Seigneur. C’est pourquoi l’Écriture dit aussi : « Et il nomma Noé », avec « eth », afin de nous apprendre qu’il a été appelé de ce nom par le Saint, béni soit-il, conjointement avec la Schekhina, alors que Jacob, placé sur un autre degré, a été appelé de son nom par le Saint, béni soit-il, seul.
Il est écrit : « Voici les enfants de Noé. » Rabbi Yehouda a ouvert sa conférence de la manière suivante : L’Écriture dit : « Bon est l’homme qui compatit et qui prête à ceux qui sont pauvres. » Les mots « bon » et « homme » désignent le Saint, béni soit-il, qui est appelé « bon », ainsi qu’il est écrit : « Dieu est bon envers tous », et qui est également appelé « homme », ainsi qu’il est écrit : « Dieu est un homme de guerre. » Car Dieu compatit et prête des lumières à cette région inférieure qui n’en a aucune d’elle-même et qui ne tire sa nourriture que de Dieu. L’Écriture ajoute : « ... Et qui règle ses paroles avec justice » ; car cette région qui tire la nourriture de Dieu n’est nourrie que de justice, ainsi qu’il est écrit : « La justice et l’équité sont l’appui de son trône. » Suivant une autre interprétation, le verset : « Bon est l’homme » désigne le Juste, ainsi qu’il est écrit : « Dites au Juste qu’il est bon ; car il recueillera le fruit de ses œuvres. »
Rabbi Yossé dit : Ce verset désigne Noé, car Noé est appelé « Juste », ainsi qu’il est écrit : « Noé fut un homme juste. » Or, comme il a été démontré précédemment que le juste est appelé « bon », il s’ensuit que Noé, qui est appelé « juste », est également désigné sous le nom de « bon ». Rabbi Isaac dit : Dans ce verset est exprimé l’éloge du Sabbat ; car le Psaume en l’honneur du Sabbat commence également par le mot « bon », ainsi qu’il est écrit : « Il est bon de louer le Seigneur. » Rabbi Hiyà ayant entendu émettre ces divers avis au sujet de l’interprétation du verset précité, s’écria : Toutes ces interprétations, différentes en apparence, ne sont, en réalité, qu’une seule. Qu’est-ce qu’on entend par « fécondation » ? On entend par ce terme les âmes des justes, qui sont les fruits des œuvres du Saint, béni soit-il.
Rabbi Siméon dit : Lorsque le Saint, béni soit-il, se pare de ses ornements, il mêle les ornements d’en haut avec ceux d’en bas. Les ornements d’en haut sont les lumières les plus sublimes et les plus élevées. Quels sont les ornements d’en bas ? Ce sont les âmes des justes. C’est grâce à ce contact des âmes des justes avec les lumières les plus sublimes et les plus élevées, qui constituent les ornements d’en haut, que la vie augmente en haut et en bas, que la sainteté se répand dans toutes les directions, que la citerne se remplit, que la mer se remplit également et qu’il est donné à chacun ce dont il a besoin.