La charge d’allumer les chandelles du Sabbat incombe aux femmes du peuple saint ; les collègues en ont donné cette raison : parce que c’est la femme qui, par son péché, a éteint la lumière du monde et apporté ainsi les ténèbres. Cette explication est bonne ; mais la raison spirituelle de cette charge de la femme est la suivante : La « tente de la Paix » désigne la « Matrona » du monde ; et les âmes qui sont des lumières célestes résident dans celles-ci. C’est pourquoi la charge d’allumer les chandelles du Sabbat incombe aux matrones, c’est-à-dire aux femmes, car ce sont les matrones qui doivent servir la « Matrona ». Il faut que la femme allume les chandelles du Sabbat avec joie ; car c’est une gloire pour elle d’avoir mérité du ciel cette faveur ; cet acte lui vaudra de grandes récompenses ; elle sera favorisée d’une sainte postérité ; ses enfants seront les lumières du monde en raison de leur connaissance de la doctrine et de leur crainte de Dieu, et ils augmenteront la paix sur la terre. Par cet acte, la femme obtiendra également la longévité de son mari. C’est pour toutes ces raisons que la femme doit être très empressée à accomplir cette charge.
Remarquez que le Sabbat est composé d’une nuit et d’un jour. « Souvenez-vous » et « pratiquez » vont ensemble ; c’est pourquoi l’Écriture emploie une fois le terme de : « Souvenez-vous du jour de Sabbat pour le sanctifier » ; et une autre fois elle dit : « Pratiquez le jour du Sabbat et sanctifiez-le. » Le mot « souvenez-vous » (zacor) désigne le mâle (zacar) ; et le mot « pratiquez » (schamor) désigne la femelle, qui ne forment ensemble qu’un. Heureux le sort d’Israël dont le Saint, béni soit-il, daigne accepter l’hospitalité ; c’est de ceux qui hébergent Dieu que le Psalmiste a dit : « Heureux le peuple qui possède tous ces biens ! Heureux le peuple qui a le Seigneur pour son Dieu ! »
Il est écrit : « Et Jéhovah Élohim transforma en femme la côte qu’il avait tirée de l’homme et l’amena à l’homme. » Rabbi Siméon a dit : Il est écrit : « Élohim comprend (hébin) sa voie ; il sait le lieu où elle habite. » Ce verset est susceptible de plusieurs interprétations. Que signifie : « Élohim comprend sa voie » ? Ces paroles ont la même signification que celles du verset : « Et Jéhovah Élohim transforma en femme la côte », c’est-à-dire la loi traditionnelle, laquelle est désignée par le mot « voie », ainsi qu’il est écrit : « Voici ce que dit le Seigneur qui a ouvert une voie au milieu de la mer... » Les paroles : « ... Il sait le lieu où elle habite » désignent la loi écrite, qui est désignée par le mot « savoir » (daath). L’Écriture emploie les noms de « Jéhovah Élohim », afin de nous indiquer que la tradition complète la loi écrite. C’est pourquoi la doctrine est tantôt appelée « Sagesse » (Hocmà) et tantôt « Intelligence » (Binah), parce qu’elle a été formée par le nom complet de « Jéhovah Élohim ».
La « côte » désigne la lumière sans éclat, ainsi qu’il est écrit : « Ils se sont réjouis au sujet de ma côte et ils se sont assemblés contre moi. » Les paroles « ... Qu’il avait tirée de l’homme » signifient que la tradition est sortie de la doctrine écrite ; quand une doctrine s’unit à l’autre, elles forment ensemble la flamme qui émane du côté gauche ; car la loi émane du côté de la rigueur. L’Écriture dit : « ... En femme (leischah) » ; ce mot signifie que Dieu a uni le « feu » (esch) et le Hé. L’Écriture ajoute : « ... Et l’amena à l’homme », parce que la loi traditionnelle ne doit pas rester isolée ; elle ne peut exister qu’unie à la loi écrite ; quand elle est unie à celle-ci, c’est elle qui la nourrit et lui accorde ce dont elle a besoin ; car c’est la loi écrite qui symbolise le ciel et la tradition la terre. Or, la terre ne peut exister sans le secours du ciel, ainsi que nous avons expliqué le mot de l’Écriture « et la terre ». De ce qui précède, nous inférons que le père et la mère sont obligés de pourvoir aux besoins de leur fille, tant que celle-ci n’a pas pris mari ; mais aussitôt que la fille est unie à son mari, c’est à celui-ci de la nourrir et de lui accorder tout ce dont elle a besoin. Remarquez que l’Écriture commence d’abord par dire : « Et Jéhovah Élohim transforma en femme la côte », ce qui veut dire que le père et la mère l’ont ornée (la loi) ; et c’est ensuite que l’Écriture ajoute : « ... Et l’amena à l’homme », afin qu’ils soient attachés l’un à l’autre et unis ensemble. Aussi, à partir de ce moment, c’est à l’homme de la pourvoir de tout ce dont elle a besoin. Selon une autre version, les paroles de l’Écriture : « Élohim comprend sa voie » ont la signification suivante : Tant qu’une fille demeure chez sa mère, celle-ci se préoccupe chaque jour des besoins de sa fille ; c’est ce que dit l’Écriture : « Élohim comprend sa voie. » Mais, aussitôt que la fille est unie à son époux, c’est à lui de s’occuper de tous les besoins de son épouse ; c’est pourquoi l’Écriture ajoute : « ... Et il sait le lieu où elle habite. »
Il est écrit : « Et Jéhovah Élohim forma l’homme. » Ici se trouve exprimé le mystère concernant la composition de l’homme du côté droit et du côté gauche. Ainsi que cela a été déjà expliqué, c’est pour faire valoir l’esprit du Bien que Jéhovah Élohim forma l’homme composé d’un esprit du Bien et d’un esprit du Mal. Pourquoi ? Parce que l’esprit du Mal est utile à l’esprit du Bien ; parce qu’il le fait valoir. L’esprit du Mal réveille le principe femelle. C’est pourquoi une tradition nous apprend que le Nord, c’est-à-dire l’esprit du Mal, s’empresse toujours autour de la
Remarquez que l’esprit du Bien et l’esprit du Mal ne peuvent rester en harmonie qu’autant que la femelle est entre eux, ce qui veut dire qu’elle participe de l’un et de l’autre ; c’est alors seulement que l’esprit du Bien, qui constitue la joie véritable, attire la femelle de son côté et prend ainsi la prépondérance sur l’esprit du Mal. Nous avons déjà expliqué le mot « homme », qui désigne le mâle et la femelle, primitivement créés unis, et séparés ensuite, afin que leur union ait lieu face à face. Que signifie la suite du verset : « ... Du limon de la terre » ? Nous allons l’expliquer : remarquez que, lorsque la femme s’unit à son mari, elle prend le nom de celui-ci : lui s’appelle « isch » et elle « ischah », lui « çadiq » et elle « çedeq », lui « opher » et elle « aphar », lui « çebi » et elle « çebiah », ainsi qu’il est écrit : « Il est le premier (çabi) de tous les pays. » Il est écrit : « Tu ne planteras pas de bois auprès de l’autel du Seigneur ton Dieu. » Pourquoi l’Écriture dit-elle : « ... Auprès de l’autel » ? Est-il donc permis de planter des bois consacrés à l’idolâtrie loin de l’autel de Dieu ? Mais ceci a été expliqué de la façon suivante : « Ascher » désigne l’époux ; et c’est pour cette raison que l’épouse est appelée du nom de son mari « Ascherah ». C’est pourquoi l’Écriture dit : « De jeter hors du temple du Seigneur tous les objets qui servent au culte de Baal et le bois consacré à « Ascherah ». C’est pourquoi l’Écriture dit : « Tu ne planteras pas de bois auprès de l’autel du Seigneur ton Dieu » ; « l’autel » étant l’épouse de Dieu, l’Écriture nous défend d’élever un autre autel et de donner ainsi, en quelque sorte, une autre épouse à Dieu à côté de la sienne. Remarquez que tous les adorateurs du soleil sont désignés par le nom d’« adorateurs de Baal », et que tous les adorateurs de la lune sont désignés par le nom d’« adorateurs d’Ascherah ». C’est pourquoi l’Écriture dit : « De jeter hors du temple du Seigneur tous les objets qui servent au culte de Baal et d’Ascherah. » L’épouse est appelée « Ascherah » en raison du nom « Ascher » que porte son époux. Mais, s’il en est ainsi, pourquoi ce nom a-t-il disparu ? En d’autres termes, pourquoi ne se sert-on du nom « Ascher » pour désigner l’époux céleste et du nom « Ascherah » pour désigner l’épouse céleste ? Parce que « Ascherah » dérive également du mot « Ascher » dans le sens des paroles de l’Écriture : « Et Lia dit : C’est pour ma louange, et les femmes me loueront. » C’est pourquoi elle le nomma « Ascher ». Or, l’autel de Dieu sur la terre n’est pas loué par les autres peuples païens ; mais il y a plus : l’Écriture dit : « Tous ceux qui l’honoraient l’ont méprisé. » C’est pourquoi les noms d’« Ascher » et d’« Ascherah » ne désignent plus l’époux et l’épouse célestes. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Vous ne planterez pas d’« Ascherah » auprès de l’autel », c’est-à-dire : vous ne donnerez pas à Dieu une autre épouse à côté de la sienne, qui est l’autel d’« Adamah » (qui signifie « terre »), ainsi qu’il est écrit : « Vous me dresserez un autel de terre (Adamah). » C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et Jéhovah Élohim forma l’homme du limon de la terre (Adamah). » L’Écriture ajoute : « Il lui inspira l’âme vivante », ce qui veut dire : l’âme vivante fut introduite dans cette terre qui en fut fécondée, telle une femelle fécondée par le mâle ; car la terre est animée par les âmes et les esprits. L’Écriture ajoute enfin : « ... Et l’homme devint vivant et animé. » Cela veut dire que l’homme a été formé de telle façon qu’il pût accorder la nourriture à l’âme qui l’anime.
Il est écrit : « Et Jéhovah Élohim transforma en femme la côte
qu’il avait tirée de l’homme. » Ici également, l’Écriture se sert du nom complet, c’est-à-dire de Jéhovah Élohim ; car c’est le père et la mère qui l’ont parée avant qu’elle ne vînt auprès de son mari. Le mot « la côte » désigne le mystère exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Je suis noire comme les tentes de Cedar et belle comme les pavillons de Salomon » ; car, avant l’union à l’homme, l’épouse ressemblait à une lumière sans éclat ; mais le père et la mère l’ont parée pour qu’elle s’unisse à son époux ; c’est pourquoi l’Écriture ajoute : « ... Et l’amena à l’homme. » Nous inférons de ces paroles que le devoir incombe au père et à la mère de la fiancée de remettre celle-ci sous la tutelle du fiancé, ainsi qu’il est écrit : « J’ai remis ma fille à cet homme. » À partir de ce moment, l’époux vient auprès de son épouse ; car c’est à celle-ci, désormais, que la maison appartient, ainsi qu’il est écrit : « Et il vint auprès d’elle. » C’est pourquoi l’Écriture dit : « ... Et l’amena à l’homme » ; car, jusqu’à ce moment, c’était au père et à la mère de se charger de leur fille ; mais aussitôt que celle-ci est unie à son mari, c’est ce dernier qui doit venir auprès d’elle ; car la maison est à elle, et il doit la consulter pour tout ce qui concerne les affaires de la maison. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et étant venu en un certain lieu, il y passa la nuit ; car le soleil était déjà couché. » L’Écriture veut dire que Jacob prit la permission. Nous en inférons que quiconque s’unit à son épouse doit préalablement en obtenir le consentement, à l’aide de paroles d’amitié et de tendresse ; s’il n’obtient pas ce consentement, il ne doit pas passer outre ; car l’union des époux doit être volontaire et sans contrainte.
L’Écriture dit en outre : « ... Et il y passa la nuit ; car le soleil était couché. » Ces paroles nous apprennent que les relations conjugales sont interdites durant le jour. Enfin l’Écriture ajoute : « Il prit une des pierres de l’endroit et la mit sous sa tête. » De cela nous concluons qu’alors même que le roi posséderait des lits d’or et des vêtements précieux pour son habillement, il préférerait le lit préparé par la « matrone », ce lit fût-il une simple pierre, ainsi qu’il est écrit : « Et il coucha dans ce même lieu. » Remarquez les paroles de l’Écriture : « Et Adam dit : voilà l’os de mes os et la chair de ma chair. » Adam s’est servi de ces tendres paroles pour attirer Ève à lui et la disposer en faveur de leur union. Voyez en effet combien sont douces ces paroles : « ... L’os de mes os et la chair de ma chair. » Il voulait lui montrer par là que tous les deux ils ne forment qu’un, et qu’il n’y a aucune division entre eux. Ensuite, il commença à faire son éloge ; c’est pourquoi il dit : « Celle-ci s’appellera une femme. » Il voulait dire par là : celle-ci, seule, mérite ce nom ; mais elle n’a pas sa pareille ; elle fait les délices de la maison, et toutes les autres femmes sont en comparaison d’elle ce que le singe est à l’homme. C’est pourquoi il dit : « Celle-ci s’appellera femme », pour nous indiquer que c’est elle seulement qui mérite ce nom, parce qu’elle dépasse en perfection toutes les autres. L’éloge qui la place au-dessus des autres est agréable à la femme, ainsi qu’il est écrit : « Beaucoup de filles ont amassé des richesses ; mais tu les as toutes surpassées. »
Il est écrit : « ... C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme ; et ils seront une seule chair. » L’Écriture veut dire que l’homme tirera la femme à lui par des paroles de tendresse. Mais aussitôt qu’Adam disposa Ève en faveur de leur union à l’aide de son discours disert et tendre, qu’ajoute l’Écriture ? — « Et le serpent était le plus fin de tous les animaux que le Seigneur Dieu avait formés sur la terre. » L’esprit du Mal se réveilla en ce moment et se joignit à Adam et Ève, afin que l’union de ceux-ci ne fût pas seulement l’effet d’une amitié et d’une tendresse pures, mais que le plaisir charnel s’y joignît, plaisir dont l’esprit du Mal profite. Aussi, que dit l’Écriture à la suite ? — « Et la femme vit que l’arbre était bon à manger, qu’il était beau et agréable à la vue ; elle en prit et en mangea. » Ces paroles désignent la première union d’Adam et d’Ève. D’abord,
Eve consentit à l’union uniquement à la suite de ses réflexions sur l’utilité de la cohabitation conjugale et aussi en raison de l’amitié et de la tendresse pures qui l’unissaient à Adam. Mais, dès que le serpent s’y fut mêlé, l’Écriture dit : « ... Et en donna à son mari », ce qui veut dire que leurs relations conjugales n’étaient plus inspirées par une tendresse pure, mais qu’Ève elle-même en donna à son mari ; en d’autres termes : qu’elle lui inspira des désirs charnels. Dès ce moment, c’est de la femme que vient le premier désir ; c’est elle qui commence par inspirer des désirs à l’homme et le détermine aux relations conjugales. De cette façon, l’action des hommes ressemble à celle d’en haut.
Rabbi Éléazar dit à Rabbi Siméon : Que signifient les paroles prononcées d’après lesquelles l’immixtion du serpent avait rendu les actions des hommes semblables à celles d’en haut ? Quoi ! Le serpent se serait-il également attaché au principe femelle d’en haut ? Rabbi Siméon lui répondit : Comme l’esprit du Mal s’efforce toujours d’imiter la façon de procéder de l’esprit du Bien, l’esprit du Mal a provoqué ici-bas, en mal, ce que l’esprit du Bien a provoqué dans le monde supérieur, en bien. Car l’esprit du Bien est du côté droit et l’esprit du Mal du côté gauche. Or, le côté gauche d’en haut s’unit à la femelle pour ne former qu’un corps, ainsi qu’il est écrit : « Il met sa gauche sous ma tête et il m’embrasse de sa droite. » Jusqu’ici nous avons parlé du mystère sublime qui n’est pas à portée de tous les hommes. À partir d’ici, nous dirons des choses accessibles même à l’intelligence des enfants. Les collègues de Rabbi Siméon étaient donc impatients d’apprendre les choses annoncées par le Maître.
Or, Rabbi Siméon se rendait un jour à Tibériade accompagné de Rabbi Yossé, de Rabbi Yehouda et de Rabbi Hiyya. Chemin faisant, ils aperçurent Rabbi Pinhas se dirigeant de leur côté. Lorsque celui-ci les eut rejoints, ils descendirent tous de leurs montures et s’assirent au pied d’un grand arbre. Prenant le premier la parole, Rabbi Pinhas dit à Rabbi Siméon : Puisque je suis assis à côté de toi, je voudrais que tu nous fasses entendre de ces bonnes paroles que tu as coutume de dire chaque jour.
Rabbi Siméon a alors ouvert sa conférence de la manière suivante : Il est écrit : « Et il entreprit ses voyages du Midi à Bethel, jusqu’au lieu où il avait auparavant dressé sa tente, entre Bethel et Aï. » L’Écriture dit : « Il entreprit ses voyages... » Elle aurait dû dire « son voyage » ; pourquoi dit-elle « ses voyages » ? Mais elle parle de deux voyages : de son propre voyage et du voyage de la Schekhina, qui ne se sépara jamais de lui. Que l’on ne pense pas que dès que l’homme part en voyage et se trouve ainsi séparé de sa femme, la Schekhina se sépare de lui. Il n’en est rien. Car, bien qu’il ait été dit que le mâle doit toujours rester attaché à la femelle, pour que la Schekhina ne s’en sépare jamais, il est possible à l’homme de partir en voyage, seul, sans être séparé de la Schekhina. Remarquez que quiconque part en voyage doit adresser sa prière au Saint, béni soit-il, afin de s’attirer la Schekhina du Maître avant de se mettre en route ; de cette façon, le mâle sera toujours uni à la femelle. Après que l’homme a adressé sa prière au ciel, la Schekhina s’attache à lui, et il peut alors partir ; car, durant son voyage, il sera uni avec la Schekhina. En agissant de cette façon, l’homme arrive à unir le mâle et la femelle pendant qu’il reste à la maison aussi bien que pendant son voyage, ainsi qu’il est écrit : « Le Juste marchera devant lui, et il se mettra en route », c’est-à-dire : quand la Schekhina accompagne l’homme, celui-ci peut se mettre en route. Chaque fois que l’homme est en voyage, il doit veiller à ses actions, afin que sa compagne d’en haut ne se sépare de lui et ne le rende ainsi un être incomplet par suite du manque d’union entre le mâle et la femelle. L’homme doit veiller à ce que cette union reste intacte durant son séjour à la maison ; à plus forte raison doit-il veiller à la continuité de son union avec la compagne d’en haut. Mais il y a plus : sa compagne d’en haut le protège pendant son voyage et ne se sépare de lui jusqu’à son retour à la maison.
Lorsque l’homme revient à la maison, il doit procurer du plaisir à sa femme, attendu que c’est elle qui lui a valu l’union avec la compagne d’en haut. Quand l’homme revient auprès de son épouse, il doit lui procurer du plaisir pour deux raisons : d’abord, parce que le plaisir des relations conjugales au retour d’un voyage est une bonne œuvre ; et tout plaisir résultant d’une bonne œuvre est partagé par la Schekhina. Nous disons que ce plaisir constitue une bonne œuvre, parce que ce plaisir contribue à la paix de la maison, ainsi qu’il est écrit : « Tu verras la paix régner dans ta maison ; tu en auras soin et tu ne pécheras point. » Comment ! l’homme pèche-t-il donc s’il s’abstient des relations conjugales ? Oui, en vérité, il commet un péché, parce qu’il déprécie la valeur de la compagne d’en haut, qui ne s’attache à lui que grâce à son union avec sa femme. Et ensuite, parce que si la femme devient enceinte, à la suite de l’union après le voyage, la compagne céleste pourvoit le nouveau-né d’une âme sainte ; car la compagne d’en haut confère les âmes aux nouveau-nés, attendu que c’est elle l’Alliance appelée l’« Alliance du Saint, béni soit-il ». C’est pourquoi il convient d’observer l’ordonnance concernant les relations conjugales au retour d’un voyage avec le même empressement que les sages observent l’ordonnance relative aux relations conjugales au jour du Sabbat. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Tu verras la paix régner dans ta maison » ; car l’homme qui observe cette ordonnance verra, en effet, la paix dans sa maison, attendu que la Schekhina demeure avec lui. C’est pourquoi l’Écriture ajoute : « Tu en auras soin et tu ne pécheras point » ; car, quand l’homme a en vue la Schekhina au moment de ses relations conjugales, le plaisir qu’il en éprouve est une œuvre méritoire. De même, les docteurs de la loi, séparés de leurs femmes durant un grand nombre de jours de Sabbat, par suite de leur absence de chez eux, — car ils s’en vont chez les maîtres pour s’y consacrer à l’étude, — sont toujours attachés à la compagne céleste qui ne les quitte jamais, afin que l’union du mâle et de la femelle subsiste, même durant leur absence de chez eux.
Lorsqu’arrive le Sabbat, les docteurs de la loi sont tenus de procurer ce plaisir à leurs épouses pour glorifier ainsi la compagne céleste ; mais l’homme aussi bien que la femme doivent s’inspirer de cette seule pensée d’accomplir par là la volonté de leur Maître, ainsi que cela a été déjà dit. En agissant de la sorte, tous ceux qui sont séparés de leurs femmes durant l’époque des menstrues, sont unis à la compagne céleste, pour que, durant cette séparation, il n’y ait aucune solution de continuité dans l’union du mâle et de la femelle. Et lorsque la femme s’est purifiée, il faut lui procurer ce plaisir qui constitue une œuvre méritoire, plaisir céleste. Les deux motifs que nous avons donnés à l’ordonnance relative aux relations conjugales au moment du retour du voyage s’appliquent également à ce dernier cas. Le mystère de ce que nous venons de dire consiste en cela que les hommes de foi doivent diriger leur âme et leurs pensées vers la compagne céleste au moment de leur union avec celle d’en bas, celle-ci étant l’image de celle-là.
Mais alors, dira-t-on, l’homme a plus d’avantages d’être en voyage qu’à la maison, attendu qu’en voyage il se trouve uni à la compagne céleste, alors qu’à la maison il n’est uni qu’à celle d’en bas. Il n’en est rien ; car remarquez que, tant que l’homme reste à la maison, c’est l’épouse qui constitue la base de la maison ; mais la Schekhina y réside également ; car la Schekhina ne quitte pas la maison en raison de la présence de la femme, ainsi qu’il est écrit : « Et Isaac l’amena dans la tente de sa mère Sara. » Or, une tradition nous apprend qu’au moment d’introduire Rébecca dans la tente de Sara, une chandelle y fut allumée miraculeusement. Pourquoi cette chandelle s’alluma-t-elle toute seule ? Parce que la Schekhina vint à la maison en même temps que Rébecca. Le mystère de cette chose est celui-ci : La Mère d’en haut ne demeure auprès du mâle que lorsque celui-ci s’est constitué une maison en s’attachant à une femelle ; c’est alors seulement que la Mère d’en haut répand sur ce couple ses bénédictions. De même, la Mère d’en bas ne demeure
auprès du mâle que lorsqu’il s’est constitué une maison en s’attachant à une femelle ; c’est alors seulement que la Mère d’en bas répand ses bénédictions sur ce couple. Ainsi, le mâle ici-bas est environné de deux femelles, à l’exemple de celui d’en haut. Tel est le mystère des paroles de l’Écriture : « Elles dureront jusqu’à (ad) ce que le désir des collines éternelles soit accompli. » Le mot « ad » désigne le désir qu’éprouvent les hommes de s’unir à la Mère d’en haut aussi bien qu’à la Mère d’en bas ; à celle d’en haut, pour arriver par elle à la perfection et pour être bénis à cause d’elle ; et à celle d’en bas, pour s’attacher à elle et en tirer leur nourriture. De même, lorsque, ici-bas, l’homme se marie, il se trouve environné de deux femelles, de la compagne d’en haut et de celle d’en bas, c’est-à-dire sa femme. La première est là pour y répandre ses bénédictions, et la seconde, pour tirer sa nourriture du mari et pour s’attacher à lui. Ainsi, l’homme, durant son séjour à la maison, se trouve entouré des désirs des « collines éternelles », dont il est entouré. Mais aussitôt qu’il part en voyage, il n’en est plus de même ; la Mère d’en haut s’attache à lui, mais celle d’en bas reste à la maison. Aussi, lorsque l’homme revient à la maison, doit-il s’entourer de nouveau des deux femelles, ainsi que cela a été dit précédemment.
S’adressant à Rabbi Siméon, Rabbi Pinhas dit : Même les anges supérieurs n’oseraient pas ouvrir la bouche en ta présence, tant est profonde ton érudition. Reprenant le fil de son discours, Rabbi Siméon dit : La doctrine également se trouve placée entre deux « maisons » (baith), ainsi qu’il est écrit : « Pour les deux maisons d’Israël... » L’une de ces deux « maisons » est un mystère suprême ; l’autre nous est plus accessible. La première, qui constitue le mystère suprême, est la « grande voix », ainsi qu’il est écrit : « La grande voix qui ne cesse pas... » C’est une voix intérieure, imperceptible au dehors. En sortant de la bouche, cette voix produit le Hé, mais de manière silencieuse ; cette voix continue sans cesse, sans interruption. Bien qu’elle porte le nom de « grande voix », elle est intérieure et d’une telle finesse qu’elle n’est jamais entendue. C’est d’elle qu’émane la doctrine ésotérique appelée « voix de Jacob » ; cette dernière est bien entendue ; et ainsi, de la voix imperceptible, sort une voix perceptible. Ensuite, le Verbe, uni à cette voix, retentit avec force. Ainsi, la « voix de Jacob », qui est la doctrine ésotérique, se trouve également placée entre deux femelles, entre la voix intérieure qui est imperceptible, et le Verbe, qui se fait entendre.
Ainsi, on se trouve en présence de deux choses imperceptibles et de deux choses perceptibles. Les deux choses imperceptibles sont d’abord la « Sagesse éternelle » (Hocmâ ilaah) qui est cachée dans la Pensée éternelle et n’est jamais dévoilée ni perçue, et ensuite cette « voix » très fine et imperceptible qui est appelée la « grande voix ». Les deux choses perceptibles sont celles qui émanent des deux premières, à savoir la « voix de Jacob » et le Verbe qui s’unit à elle. La « grande voix », qui est si fine qu’elle demeure imperceptible, constitue la « maison » (baïth) de la « Sagesse éternelle » (Hocmâ ilaah) ; car la femelle est toujours désignée par le nom de « maison ». Le Verbe, à son tour, constitue la « maison » de la « Voix de Jacob », qui est la doctrine ésotérique. C’est pourquoi la tradition nous apprend que la doctrine, à son tour, forme une « maison ». Ceci est exprimé dans le mot « Bereschith », qui est expliqué par « baïth reschith », c’est-à-dire que la doctrine appelée « commencement » (reschith) constitue aussi une « maison » (baïth).
Rabbi Siméon ouvrit ensuite sa conférence de la manière suivante : Les paroles de l’Écriture : « Bereschith bara Élohim », renferment le même mystère que les paroles : « Et Jéhovah
Les paroles « eth haschamaïm » désignent le même mystère que les paroles « et l’amena à l’homme » ; enfin, les paroles « veeth haaretz » ont la même signification que celles des paroles « l’os de mes os ». Toutes ces paroles désignent en vérité « la terre de la vie ».
Les paroles « eth haschamaïm » désignent le même mystère que les paroles « et l’amena à l’homme » ; enfin, les paroles « veeth haaretz » ont la même signification que celles des paroles « l’os de mes os ». Toutes ces paroles désignent en vérité « la terre de la vie ».
Rabbi Siméon continua ainsi : Il est écrit : « Jéhovah dit à Adoni : Assieds-toi à ma droite jusqu’à ce que je réduise tes ennemis à te servir de marchepied. » Le terme « Jéhovah dit à Adoni » signifie que le premier degré dit au deuxième degré : « Assieds-toi à ma droite », pour que l’Ouest soit uni au Sud, la gauche à la droite ; ainsi sera brisée la force des autres peuples païens. Le terme « Jéhovah dit à Adoni » veut dire : « Jacob dit au Maître », lequel est indiqué dans ces paroles de l’Écriture : « L’arche de l’Alliance, le Maître de toute la terre… » Selon une autre version, le terme « Jéhovah dit à Adoni » signifie que la Sainteté appelée « année jubilaire » dit à celle appelée « année sabbatique » — dont l’Écriture dit : « J’aime mon Maître » — : « Assieds-toi à ma droite. » En effet, la Sainteté appelée « année jubilaire » se trouve à droite ; c’est pourquoi elle invite la Sainteté appelée « année sabbatique » à s’asseoir à sa droite.
Remarquez que la Sainteté appelée « année sabbatique », depuis son existence, n’a pas encore été unie à la Séphira suprême par la droite et par la gauche ; car, lorsque la Séphira suprême voulut se l’attacher, elle étendit son bras gauche pour l’accueillir et créa ainsi le monde. C’est en raison de ce que notre monde n’est uni à la Séphira suprême que par la gauche, qu’il n’aura de durée que jusqu’au septième millénaire ; c’est alors seulement que, uni à la Séphira suprême par la droite et par la gauche, la solidité du monde deviendra parfaite, ainsi qu’il est écrit : « Car, comme les cieux nouveaux et la terre nouvelle que je vais créer subsisteront toujours devant moi, dit le Seigneur… » Car, après l’union parfaite du monde avec la Séphira suprême, le monde ne disparaîtra jamais. Mais, d’après cette interprétation, quel est le sens des paroles : « Assieds-toi à ma droite » ? « Jéhovah dit à Adoni : Assieds-toi à ma droite provisoirement jusqu’à ce que j’aie rendu tes ennemis à ton service ; mais aussitôt que cet événement aura eu lieu, ta place à ma droite ne sera plus provisoire, mais permanente », ainsi qu’il est écrit : « Tu t’étendras à droite et à gauche ». L’Écriture veut dire qu’à ce moment-là, tout ce qui est du côté gauche sera fusionné avec ce qui est du côté droit. Remarquez que les mots « eth ha-schamaïm » (les deux) désignent la Schekhina d’en haut, et les mots « veeth haaretz » (et la terre) désignent la Schekhina d’en bas, dont l’union sera, en ce jour-là, aussi parfaite que celle du mâle et de la femelle.
Pendant que Rabbi Siméon parlait ainsi, les collègues s’apprêtèrent à partir. Rabbi Siméon se leva et leur dit : « J’ai encore un mot à vous communiquer. » Rabbi Siméon commença alors à parler de la manière suivante : Nous avons deux versets qui semblent se contredire. Il est écrit : « Car le Seigneur ton Dieu est un feu dévorant. » Et un peu plus haut il est dit : « Vous vous êtes attachés au Seigneur, votre Dieu, et vous avez tous été conservés en vie jusqu’aujourd’hui. » Or, puisque Dieu est qualifié de « feu dévorant », comment Israël peut-il s’attacher à lui ? Nous avons déjà expliqué ces versets aux collègues. Remarquez que les paroles : « Car le Seigneur ton Dieu est un feu dévorant » ont déjà été interprétées par les collègues de cette façon : Dieu est un feu qui consume l’autre feu ; car il y a des feux qui sont plus intenses que les autres. Mais remarquez ce que je veux ajouter à cette interprétation. Que celui qui désire pénétrer le mystère de l’union sacrée contemple la flamme qui s’élève, soit d’un charbon, soit d’une chandelle allumée ; car la flamme ne sort jamais que de certains corps.
Remarquez que, dans la flamme qui s’élève, on constate deux lumières : l’une est blanche et l’autre noire, ou plutôt bleue. La
La lumière blanche est en haut, où elle s’élève en ligne droite, et la lumière noire, ou de couleur bleue, sert, en quelque sorte, de piédestal à la lumière blanche. Bien qu’unies ensemble, la lumière blanche est distincte de l’autre. La lumière noire, ou de couleur bleue, se trouve au-dessous de la première à laquelle elle forme, en quelque sorte, un piédestal ; ceci prouve que la lumière qui est au-dessus d’elle est plus précieuse. Tel est le mystère de l’ordonnance biblique concernant les franges de la couleur bleue appelée « thekheleth ».
La lumière blanche est en haut, où elle s’élève en ligne droite, et la lumière noire, ou de couleur bleue, sert, en quelque sorte, de piédestal à la lumière blanche. Bien qu’unies ensemble, la lumière blanche est distincte de l’autre. La lumière noire, ou de couleur bleue, se trouve au-dessous de la première à laquelle elle forme, en quelque sorte, un piédestal ; ceci prouve que la lumière qui est au-dessus d’elle est plus précieuse. Tel est le mystère de l’ordonnance biblique concernant les franges de la couleur bleue appelée « thekheleth ».