Il est écrit : « Et il fut soir, et il fut matin, ce qui forma un jour. » Le soir provient du côté des ténèbres et le matin du côté de la lumière, et c’est de leur association que le jour est formé. Rabbi Yehouda dit : Pourquoi l’Écriture dit-elle, à chaque jour de la création : « Et il fut soir, et il fut matin » ? C’est pour nous indiquer qu’il n’y a point de jour sans nuit, ni de nuit sans jour ; c’est pourquoi l’on ne doit pas les séparer. Rabbi Yossé dit : La lumière primitive qui éclaira le premier jour de la création est celle qui éclaire tous les jours suivants ; c’est pourquoi le mot « jour » est répété. Rabbi Éléazar dit : C’est pour cette raison que l’Écriture emploie le mot « matin » à tous les jours de la création, bien que ce mot désigne la lumière primitive. Rabbi Siméon dit : Le premier jour de la création accompagne tous les autres jours dont il est la synthèse. On peut en conclure qu’il n’y a aucune division entre les fractions du temps qui, toutes, ne sont que les fragments d’une unité.
Il est écrit : « Et Élohim dit : Que la lumière soit faite. » Par cette lumière, l’Écriture entend les anges créés au premier jour de la création, émanations de la lumière d’en haut. L’Écriture ajoute : « …Et Élohim vit que la lumière (eth-ha or) était bonne. » Par le mot « eth », l’Écriture nous indique que dans la lumière que Dieu trouva bonne, n’est pas seulement comprise la lumière prophétique sans réverbération, mais aussi celle par réverbération. Rabbi Éléazar dit : Le mot « eth » indique que, dans la lumière que Dieu trouva bonne, sont compris tous les anges provenant du côté de la lumière ; car, lorsque l’union parfaite aura été opérée, la lumière de ces anges redeviendra aussi éclatante qu’elle l’était primitivement.
Il est écrit : « Que le firmament soit fait au milieu des eaux. » Rabbi Yehouda dit : Par ce firmament, l’Écriture entend la limite entre les lumières célestes et l’entendement de l’homme ; c’est pourquoi l’Écriture ajoute : « …Et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux », c’est-à-dire : qu’il sépare les « eaux » célestes d’avec les « eaux » d’ici-bas. « Et Élohim fit le firmament. » L’Écriture ne dit pas : « Et le firmament fut fait », ainsi que c’est le cas de la lumière pour laquelle l’Écriture emploie le terme : « Et Élohim dit : Que la lumière fût faite, et la lumière fut faite. » Mais, pour le firmament, l’Écriture dit : « Que le firmament soit fait », et un peu plus loin : « …Et Élohim fit le firmament. » L’Écriture nous indique que la limite entre les lumières célestes et l’entendement de l’homme est une œuvre si compliquée que Dieu a dû la déterminer de façon toute particulière.
Rabbi Isaac dit : C’est au deuxième jour de la création que l’enfer, destiné aux coupables de ce monde, ainsi que la discorde, sont nés ; c’est également au deuxième jour que l’œuvre commencée n’a pas été achevée. C’est pour cette raison que l’Écriture n’emploie pas le mot « bon » ; ce n’est qu’au troisième jour où l’œuvre de la veille a été achevée que l’Écriture emploie le mot « bon » deux fois : une fois pour le deuxième et une fois pour le troisième jour. C’est le troisième jour qui répara la faute née au deuxième jour ; car c’est lui qui mit un terme à la discorde. Aussi apporta-t-il un soulagement aux coupables de ce monde ; car c’est au troisième jour que le feu de l’enfer fut modéré. C’est pourquoi
Le deuxième jour est considéré comme un jour incomplet ; il n’est réparé que par le troisième jour. Rabbi Hiyâ, étant assis devant Rabbi Siméon, dit : Puisque la discorde née au deuxième jour provenait de ce fait que ce jour émanait du côté des ténèbres, alors que le premier jour émanait du côté de la lumière, pourquoi le premier jour ne pouvait-il réparer la faute née au deuxième jour ? En d’autres termes, pourquoi fallait-il que ce fût le troisième jour qui réparât la faute née au deuxième, alors que le premier aurait pu le faire ? Rabbi Siméon lui répondit : Comme il y avait discorde entre le premier et le deuxième jour, il a fallu que ce fût un troisième qui les pacifiât. Il est écrit : « Que la terre produise de l’herbe. » C’est par la production des herbes que se manifeste l’union féconde des eaux d’en haut avec celles d’en bas ; car c’est par la tombée des eaux d’en haut que la fécondité se produit en bas. Ce sont en quelque sorte les eaux d’ici-bas qui appellent celles d’en haut, telle une femelle appelant le mâle ; car les eaux d’en haut sont mâles et celles d’en bas sont femelles.
Rabbi Siméon dit : Tout ce qui est en haut est également en bas. Rabbi Yossé lui dit : Il y a pourtant Élohim qui n’existe qu’en haut et non pas en bas ! Tu me répondras peut-être qu’il y a aussi un Élohim en bas ; à ceci je répondrai : Celui d’en haut est appelé « Élohim vivant », alors que celui d’en bas ne porte que le nom d’« Élohim » sans épithète. Mais la vérité est que celui d’en bas est désigné sous le nom de « Tholdoth » (produits), ainsi qu’il est écrit : « Voici les produits (Éléh tholdoth) des cieux et de la terre qui furent créés (behibaram). » Or, une tradition nous apprend que le mot « behibaram » doit être lu séparé : behi baram ; cela signifie que Dieu créa (les cieux et la terre) par le Hé. Et Celui qui est en haut est le Père de tout ; c’est lui qui a tout créé ; c’est lui qui a fécondé la terre, qui est devenue grosse et a donné naissance à des « produits » (tholdoth). Elle fut fécondée comme une femelle est fécondée par un mâle. Rabbi Éléazar dit : Toutes les forces étaient en puissance dans l’intérieur de la terre, dès que celle-ci fut créée ; mais elle ne les manifesta par ses produits qu’au sixième jour de la création, ainsi qu’il est écrit :
« Et Élohim dit : Que la terre produise des êtres vivants. » On nous objectera peut-être les paroles de l’Écriture : « Et la terre produisit de l’herbe. » À ceci nous répondrons : La terre était bien pourvue des facultés génératrices dès le troisième jour de la création ; mais ces facultés demeurèrent cachées et ne se manifestèrent qu’à l’heure voulue. Car, au commencement, la terre était aride et stérile, ainsi que le Thargoum traduit les mots « thohou » et « bohou » ; plus tard, elle fut pourvue de facultés génératrices, propres à produire des herbes, des plantes et des arbres ; et ce n’est qu’au sixième jour que ces facultés entrèrent en fonction. Il en est de même des lumières créées au premier jour de la création, qui n’entrèrent en fonction qu’à l’heure voulue.
Il est écrit : « Que les lumières soient faites au firmament du ciel. » Le mot « Meoroth » est écrit de façon incomplète, pour indiquer que c’est toujours le mauvais serpent, dont la souillure a formé la division entre tous ceux qui devaient être unis, qui était également cause que le soleil était empêché de cohabiter avec la lune. Le mot « Meoroth » désigne la malédiction dont la terre fut chargée par la faute du serpent, ainsi qu’il est écrit : « Que la terre soit maudite à cause de ce que vous avez fait. » C’est pourquoi l’Écriture emploie le mot « Meoroth », qui est la forme du singulier, pour nous indiquer que la lune désignée par les mots : « Que la lumière (Meoroth) soit faite », et le soleil désigné par les mots : « … au firmament du ciel » avaient été créés primitivement dans le but de cohabiter ensemble et d’éclairer la terre simultanément ; mais c’est par la faute du serpent que les lumières de ces deux astres furent séparées. De ce que l’Écriture dit : « Qu’elles luisent dans le firmament du ciel et qu’elles éclairent le dessus de la terre », au lieu de dire : « Et qu’elles éclairent la terre », on peut conclure qu’au ciel, aussi bien que sur la terre, le temps est calculé d’après la course de la lune. Rabbi Siméon dit : Les notaricons,
Les calculs de la division du temps, les solstices et les jours intercalaires sont faits d’après la course de la lune. Or, ces calculs n’ont de raison d’être qu’ici-bas, mais non pas en haut. Rabbi Éléazar objecta à Rabbi Siméon : Nos collègues ne parlent-ils pas souvent des fractions du temps au ciel ? Rabbi Siméon lui répondit : Les fractions du temps au ciel n’ont pas besoin d’être mesurées d’après la course de la lune ; celle-ci ne sert qu’aux habitants de la terre pour leur indiquer les fractions de temps observées au ciel. Rabbi Éléazar objecta de nouveau : Il est pourtant écrit : « Et qu’elles servent de signes pour marquer les temps. » Or, de ce que l’Écriture dit « signes », au pluriel, on devrait conclure que la course de la lune sert également de signe en haut comme en bas. Rabbi Siméon lui répondit : Le mot « Othoth » (signes, au pluriel) est écrit de façon incomplète, afin de nous indiquer que la course de la lune ne sert de signe que pour la division du temps ici-bas, mais non pas en haut. Rabbi Éléazar demanda en outre à Rabbi Siméon : Pourquoi l’Écriture dit-elle : « Et qu’elles servent de signes... », comme si c’étaient la lumière du soleil et de la lune ensemble qui servaient de signes, alors qu’il ne s’agit que de la lumière de la lune ? Rabbi Siméon lui répondit : La lune est désignée par un mot au pluriel, parce qu’elle ressemble à un trésor où sont accumulés plusieurs objets précieux. Or, de même que le trésor est parfois désigné par un mot au pluriel en raison de la diversité des objets qu’il renferme, de même la lune est désignée par un pluriel. Remarquez qu’il y a un point hors duquel commence tout calcul, mais dont l’intérieur échappe à toute estimation et à toute supputation. Ce point, c’est le Point suprême où cesse tout calcul et tout compte, parce qu’il est au-dessus du temps et de l’espace. Or, de même qu’en haut il y a un point hors duquel commence le calcul, de même ici-bas il y a un point qui sert de base à tous les calculs ; et ce point, c’est la lune qui indique les solstices, les notaricons, les mois intercalaires, les fêtes et les Sabbats. Ainsi la lune est ici-bas le symbole du Point suprême d’en haut à partir duquel commence le calcul. C’est pourquoi Israël, qui est attaché au Saint, béni soit-il, compte ses divisions du temps d’après les phases de la lune, divisions conformes à celles d’en haut, ainsi qu’il est écrit : « Vous êtes attachés au Seigneur votre Dieu. »
Il est écrit : « Et Élohim dit : Que les eaux produisent des êtres vivants. » Rabbi Éléazar dit : Ces paroles de l’Écriture ont été expliquées de cette façon : Les eaux d’en bas désignent les lumières d’ici-bas qui, de même que celles d’en haut, sont fécondes. L’Écriture ajoute : « ...Et l’oiseau volant sur la terre. » Pourquoi l’Écriture dit-elle « volant » au lieu de « qui vole » ? Rabbi Siméon dit : Par le mot « oiseau », l’Écriture désigne l’ange Michel, ainsi qu’il est écrit : « Et un des Séraphins vola vers moi. » Le mot « volant » désigne l’ange Gabriel, ainsi qu’il est écrit : « Et l’homme Gabriel, que j’avais vu au commencement dans une vision, vola tout d’un coup à moi. » Le mot « sur la terre » désigne le prophète Élie qui arrive au monde en quatre fois, ainsi qu’il est écrit : « L’esprit du Seigneur vous transportera en quelque lieu qui me sera inconnu. » « L’esprit du Seigneur » indique le premier vol ; « vous transportera » indique le deuxième vol ; « en quelque lieu » en indique le troisième ; « qui me sera inconnu » indique enfin le quatrième. L’Écriture ajoute : « ...Sous la surface du firmament du ciel. » Ces paroles désignent l’ange de la mort, qui est tantôt sur la terre et tantôt au ciel, ainsi que la tradition nous apprend : L’ange de la mort est le même que l’esprit tentateur ; il descend tantôt sur la terre pour y séduire les hommes, et tantôt il remonte au ciel pour se faire l’accusateur de ses victimes. Rabbi Abba objecta : L’ange de la mort avait été créé au deuxième jour, alors que le verset dont nous interprétons les paroles est placé au cinquième jour de la création. Mais la vérité est que les mots « sur la terre » désignent l’ange Raphaël qui a pour mission de guérir la terre de ses maux, ainsi que les hommes de leurs maladies. Les mots « sous la surface du firmament du ciel » désignent l’ange Oriel, ainsi que cela se voit par les paroles mêmes de l’Écriture.
Rabbi ajoute ensuite : « …Et Élohim créa les grands poissons. »
Rabbi Éléazar dit : Ces poissons désignent les soixante-dix grands chefs préposés à la direction des soixante-dix peuples de la terre. C’est ce que l’Écriture entend par les « grands poissons ». L’Écriture ajoute : « …Et tous les êtres vivants qui se meuvent (nephesch hayâ). » Ces paroles désignent les Israélites dont les âmes (nephesch) proviennent de « Havâ », en raison de quoi Israël est appelé dans l’Écriture « peuple unique ». L’Écriture ajoute en outre : « Que les eaux produisent… », désignant ainsi les hommes qui se consacrent à l’étude de la doctrine. « …Et les oiseaux selon leur espèce » désignent les justes parmi Israël, grâce auxquels Israël est appelé « nephesch hayâ ». Selon une autre version, les paroles : « …Et tous les oiseaux selon leur espèce » désignent les anges messagers chargés de missions sur la terre, ainsi que cela a été déjà dit précédemment.
Rabbi Éléazar dit : Ces poissons désignent les soixante-dix grands chefs préposés à la direction des soixante-dix peuples de la terre. C’est ce que l’Écriture entend par les « grands poissons ». L’Écriture ajoute : « …Et tous les êtres vivants qui se meuvent (nephesch hayâ). » Ces paroles désignent les Israélites dont les âmes (nephesch) proviennent de « Havâ », en raison de quoi Israël est appelé dans l’Écriture « peuple unique ». L’Écriture ajoute en outre : « Que les eaux produisent… », désignant ainsi les hommes qui se consacrent à l’étude de la doctrine. « …Et les oiseaux selon leur espèce » désignent les justes parmi Israël, grâce auxquels Israël est appelé « nephesch hayâ ». Selon une autre version, les paroles : « …Et tous les oiseaux selon leur espèce » désignent les anges messagers chargés de missions sur la terre, ainsi que cela a été déjà dit précédemment.
Rabbi Abba dit : « Nephesch hayâ » désignent les Israélites qui sont les enfants du Saint, béni soit-il, et dont les âmes émanent de celui-ci. Mais les âmes des autres peuples païens n’émanent pas de Dieu. D’où émanent-elles ? Rabbi Éléazar dit : Les âmes des autres peuples émanent du côté gauche, source de l’impureté ; c’est pourquoi tous les autres peuples sont impurs et souillent tous ceux qui les approchent.
Il est écrit : « Et Élohim dit : que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce, et des animaux, des reptiles et des bêtes sauvages de la terre selon leurs espèces. » Pourquoi l’Écriture répète-t-elle, dans ce verset, deux fois le mot « lemina », selon leurs espèces ? Rabbi Éléazar dit : Ceci confirme l’interprétation que nous avons donnée précédemment : « Des êtres vivants » désignent les Israélites dont les âmes sont saintes parce qu’elles émanent d’en haut ; alors que : « …Des animaux, des reptiles et des bêtes sauvages de la terre » désignent les autres peuples païens qui ne sont point des « êtres vivants » (nephesch hayâ), mais qui constituent le prépuce du genre humain, qu’il faut retrancher.
Il est écrit : « Et Élohim dit : que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce, et des animaux, des reptiles et des bêtes sauvages de la terre selon leurs espèces. » Pourquoi l’Écriture répète-t-elle, dans ce verset, deux fois le mot « lemina », selon leurs espèces ? Rabbi Éléazar dit : Ceci confirme l’interprétation que nous avons donnée précédemment : « Des êtres vivants » désignent les Israélites dont les âmes sont saintes parce qu’elles émanent d’en haut ; alors que : « …Des animaux, des reptiles et des bêtes sauvages de la terre » désignent les autres peuples païens qui ne sont point des « êtres vivants » (nephesch hayâ), mais qui constituent le prépuce du genre humain, qu’il faut retrancher.
Il est écrit : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance. » L’Écriture veut dire : l’homme également composé des six directions, qui sont le haut, le bas et les quatre points cardinaux ; et c’est grâce au mystère de la « Sagesse » (Hocmâ), que l’homme sera perfectionné avec l’aide d’en haut. « Faisons l’homme », c’est le mystère du mâle et de la femelle ; tout est fait par la « Sagesse sainte et suprême ». « À notre image et à notre ressemblance » signifie que l’un ressemble à l’autre ; l’homme aussi est seul de son espèce et gouverne tout.
Il est écrit : « Et Élohim vit tout ce qu’il avait fait ; et cela était très bon. » Ici, l’Écriture supplée par le superlatif à la lacune du deuxième jour, où le mot « bon » ne figure pas, parce qu’en ce jour-là la mort avait été créée. L’Écriture emploie ici le terme « très bon », qui corrobore l’affirmation des collègues d’après laquelle les mots « très bon » désignent la mort. Pourquoi l’Écriture dit-elle : « Et Élohim vit tout ce qu’il avait fait ; et cela était très bon. » Est-ce que Dieu ne l’a pas vu avant ? Fallait-il qu’il vît tout ce qu’il avait fait pour savoir que c’était « très bon » ? Mais la vérité est que le Saint, béni soit-il, a tout prévu avant ; il a prévu toutes les générations qui se succéderont, ainsi que tout ce qui arrivera au monde, dans le courant des siècles ; Dieu a tout prévu avant la création du monde. C’est précisément le sens des paroles de l’Écriture : « Et Élohim vit tout ce qu’il avait fait », ce qui veut dire : Élohim prévit avant la création tout ce qu’il avait fait ensuite ; et l’Écriture ajoute : « …Et tout cela était très bon », parce que tout ce que Dieu a prévu ne peut être que « très bon ».
L’Écriture ajoute : « Et il fut soir, et il fut matin qui formèrent ensemble le sixième jour. » Pourquoi, à tous les autres jours de la création, l’Écriture n’emploie-t-elle pas le Hé comme préfixe déterminatif, ainsi qu’elle le fait pour le sixième jour, qui est désigné par le mot « ha-schischi » (le sixième) ? C’est parce que, quand la création du monde fut achevée, le mâle s’est uni à la femelle dans l’union du Hé pour former un tout. C’est pourquoi également l’Écriture ajoute : « Le ciel et la terre furent achevés avec tous leurs ornements » ; c’est-à-dire : ils ont formé de tout une unité complète et harmonieuse.
Il est écrit : « Le ciel et la terre furent achevés avec tous leurs ornements. » Rabbi Éléazar ajoute :
Il est écrit : « Le ciel et la terre furent achevés avec tous leurs ornements. » Rabbi Éléazar ajoute :
a ouvert une de ses conférences par l’exorde suivant : Il est écrit : « Combien est grande l’abondance de la bonté que tu as cachée et réservée pour ceux qui te craignent ! » Remarquez que le Saint, béni soit-il, a créé l’homme en ce monde et l’a pourvu de telles qualités qu’il lui fut possible de mériter la Lumière céleste que le Saint, béni soit-il, a cachée et réservée pour les Justes, ainsi qu’il est écrit : « Aucun œil n’a vu, hors toi seul, ô Seigneur, ce que tu as réservé à ceux qui espèrent en toi. » Et à l’aide de quelle œuvre l’homme méritera-t-il de jouir de la Lumière céleste ? — Par l’étude de la doctrine ésotérique ; car quiconque se consacre tous les jours à l’étude de la doctrine ésotérique aura le bonheur de participer au monde futur et aura autant de mérite que s’il avait créé le monde, attendu que c’est par la doctrine que le monde a été créé, et que c’est par elle qu’il subsiste, ainsi qu’il est écrit : « Le Seigneur a fondé la terre par la Sagesse et a établi les cieux par l’Intelligence. » Et ailleurs il est écrit : « J’étais avec lui et je réglais toutes choses ; j’étais chaque jour dans les délices, et jouant sans cesse devant lui. » Ces paroles de l’Écriture signifient que quiconque se consacre chaque jour à l’étude de la doctrine affermit le monde, puisqu’il contribue à faire subsister les mondes. Remarquez que c’est par l’Esprit que le Saint, béni soit-il, a créé le monde, et que c’est aussi par l’Esprit que le monde subsiste : par l’esprit de ceux qui se consacrent à l’étude de la doctrine, et surtout par l’esprit des enfants qui vont à l’école. Les paroles de l’Écriture : « Combien est grande l’abondance de ta bonté… » désignent cette bonté que Dieu a réservée à ceux qui craignent le péché. L’Écriture ajoute : « … Tu l’as créé pour ceux qui espèrent en toi en face des enfants des hommes. » Que signifient les mots « tu l’as créé » ? Ces mots désignent l’œuvre de la création. Rabbi Abba dit : Ils désignent le paradis ; car c’est par l’Espérance que le Saint, béni soit-il, créa la terre. Aussi, les Justes, qui pratiquent l’Espérance, seront placés dans ce paradis
qui est situé en face du paradis supérieur, ainsi qu’il est écrit : « Tu l’as créé pour ceux qui espèrent en toi en face des enfants des hommes. » « En face des enfants des hommes », car il y a un autre paradis qui est en face des anges. Rabbi Siméon dit : L’Écriture parle du paradis supérieur ; quant au terme « en face des enfants des hommes », il indique que ce paradis sera le séjour des Justes qui font la volonté de leur Maître. L’Écriture dit : « Le ciel et la terre furent achevés. » Ces paroles indiquent que l’œuvre de la création a été achevée en haut aussi bien qu’en bas ; c’est le haut et le bas qui sont désignés par les mots « ciel et terre ». Rabbi Siméon dit : Ces paroles désignent le culte et la foi de la loi écrite et le culte et la foi de la loi traditionnelle. « … Et leurs constellations » désignent les détails de la loi, les commentaires qui sont au nombre de soixante-dix. Le mot « va-ïcoulou » (et furent achevés) exprime l’étroite union existant entre ces deux lois dont l’une est le complément de l’autre. En disant : « … Le ciel et la terre », et ensuite en ajoutant : « … Avec toutes leurs constellations », l’Écriture fait succéder le genre à l’espèce, ce qui nous permet d’appliquer ici la règle herméneutique aux termes de laquelle on doit, en pareil cas, généraliser l’espèce également. Aussi les mots : « … Avec toutes leurs constellations » désignent-ils les diverses interprétations de la loi, les choses permises et les choses défendues. Il est écrit : « Et Élohim termina au septième jour l’ouvrage qu’il avait fait. » Ces paroles signifient la loi traditionnelle qui est désignée sous le nom de « septième jour ». L’Écriture veut donc dire que Dieu termina son ouvrage dans la doctrine traditionnelle, qui est la base du monde. L’Écriture dit : « L’ouvrage qu’il avait fait » ; mais elle ne dit pas : « Tout son ouvrage », attendu que la loi écrite n’y est pas comprise, cette loi qui émane de la Sagesse (Hokmah). L’Écriture répète trois fois le terme « septième jour ». D’abord : « Dieu termina au septième jour » ; ensuite : « Il se reposa le septième jour » ; et enfin : « Il bénit le septième jour. » Le premier terme désigne la loi traditionnelle qui
renferme les mystères formant la base du monde, ainsi que nous venons de le dire. Le deuxième terme : « Il se reposa le septième jour » désigne la base du monde. Dans le livre de Rab Yeba, le Vieillard, il est dit que ce terme désigne le Jubilé. C’est pourquoi l’Écriture dit, à la suite du deuxième terme : « ... De tout son ouvrage » ; car tout est issu de ce jour. Le troisième terme : « Et Élohim bénit le septième jour » désigne le grand pontife qui bénit tout le monde et qui a la prééminence sur tous les autres hommes. En effet, la tradition nous apprend qu’au moment du partage des offrandes, c’est le grand pontife qui procède le premier au prélèvement de sa part. Et, comme la bénédiction du peuple est réservée au grand pontife, celui-ci est désigné par le nom de « septième ». Rabbi Yessa, le Vieillard, dit : Ces deux termes de l’Écriture « le septième jour » désignent deux choses : la base du monde et la Colonne du milieu. « ... Et il le sanctifia » indique l’endroit où furent élevés les murs du temple, ainsi qu’il est écrit : « Il m’a fait voir lui et son sanctuaire. » C’est dans cet emplacement que résident tous les saints d’en haut ; c’est de là que sort le pain embaumé qui fait les délices du « Synode d’Israël », ainsi qu’il est écrit : « Le pain d’Ascher sera excellent ; et les rois y trouveront leurs délices. » L’Écriture veut dire que c’est d’« Ascher » que viendra l’Alliance de la Paix. Le pain des pauvres deviendra le « pain embaumé » qui fera les délices des rois. Que signifie le terme de « rois » ? Il désigne le « Synode d’Israël ». C’est de cet endroit qu’émanent toutes les délices des mondes ; et toutes les saintetés célestes sortent de là. C’est pourquoi l’Écriture dit : « ... Et il le sanctifia » (vaïqadesch otho) ; le mot « otho » désigne l’alliance (oth). L’Écriture ajoute : « ... Parce qu’il s’était reposé en ce jour » ; ce jour-là, tout ce qui existe en haut et en bas se repose.
Il est écrit : « ... Qu’Élohim créa pour qu’il fût fait (ascher bara Élohim laasoth). » Nous savons que « souvenez-vous » mène à « pratiquez », pour perfectionner l’œuvre du monde. Les mots : « ... Qu’Élohim créa pour qu’il fût fait » signifient qu’« Élohim créa l’instrument de travail pour tous, c’est-à-dire la Loi ». Rabbi Siméon explique ce verset d’une autre façon encore. Il est écrit : « Qui garde son Alliance et sa miséricorde jusqu’à mille générations... » Le terme « qui garde » désigne le Synode d’Israël ; l’« Alliance » désigne la base du monde ; « la miséricorde » désigne Abraham. Car c’est le « Synode d’Israël » qui garde l’« Alliance » et la « miséricorde » ; c’est pourquoi il est appelé le « gardien d’Israël », attendu qu’il garde la porte où sont suspendues toutes les œuvres du monde. Telle est, en vérité, la signification des mots : « ... Qu’Élohim a créé pour qu’il fût fait. » Ainsi sont faites les œuvres de Dieu ; leur ensemble procure au monde tout ce qui lui est utile et salutaire ; c’est ainsi que furent produits les esprits et les âmes, les démons et les diables. Mais, dira-t-on peut-être, les démons et les diables ne sont point utiles au monde. À ceci nous répondrons qu’il n’en est rien, parce que ceux-ci également sont utiles au monde, en ce sens qu’ils servent au châtiment des coupables ; car les démons vont au-devant du coupable pour le punir. Quiconque marche sur la voie conduisant au côté gauche y rencontre des esprits émanant du même côté. C’est pourquoi les démons et les diables aussi sont utiles au monde. Remarquez ce
que l’Écriture dit de Salomon : « Et s’il commet quelque chose d’injuste, je le châtierai avec la verge dont on châtie les hommes, et je le punirai des plaies des enfants des hommes. » Que signifient « les plaies des enfants des hommes » ? Ce sont les démons.
Remarquez qu’au moment de la création de ces êtres, le jour de Sabbat vient interrompre l’œuvre divine ; de là vient qu’ils sont restés êtres spirituels dépourvus de corps. Ces êtres n’ont rien de commun avec les choses saintes, attendu qu’ils émanent du côté gauche. Ils forment la partie vile des pépites dont l’or a été extrait. Et c’est précisément à cause de cela qu’ils n’ont rien de commun avec la sainteté et qu’ils sont incomplets ; le nom sacré n’est point attaché à eux, et ils tremblent devant le nom sacré. Le nom sacré n’est attaché à rien d’incomplet. Remarquez, en outre, que le nom sacré ne demeure jamais attaché à un homme incomplet qui meurt sans laisser de fils ; un tel homme ne pénètre pas après sa mort dans le vestibule du Paradis, parce qu’il est incomplet ; un tel arbre, déraciné, a besoin d’être planté de nouveau, afin que le nom sacré soit complété dans toutes les directions ; or, ce nom ne s’attache jamais à ce qui est incomplet. Remarquez que ces êtres incomplets tiennent à la fois de « l’en haut » et de « l’en bas » ; c’est pourquoi ils ne peuvent s’accorder ni avec ceux d’en haut, ni avec ceux d’en bas. C’est d’eux que l’Écriture dit : « ... L’ouvrage qu’Élohim a créé pour qu’il fût fait » ; car ces êtres sont incomplets en haut aussi bien qu’en bas. On demandera peut-être pourquoi ces êtres sont incomplets en haut, alors qu’ils sont de purs esprits ? À ceci nous répondrons : Ils sont incomplets en haut parce qu’ils le sont en bas. Tous ces êtres arrivent du côté gauche ; ils sont invisibles à l’œil de l’homme, bien qu’ils l’environnent constamment dans le but de lui nuire. Ils ont trois choses de communes avec les anges et trois autres avec les hommes ; ceci a été déjà exposé.
Après la création de ces esprits, ils sont restés cachés sous l’abîme du grand Océan durant la nuit et le jour du Sabbat. Lorsque la sainteté du jour eut pris fin sans que ces esprits fussent complets, ils s’envolèrent de l’abîme et vinrent au monde qu’ils parcourent encore dans tous les sens. Aussi le monde doit-il être gardé pour être à l’abri de leurs atteintes. C’est ainsi que tout ce qui émane du côté gauche se réveilla, que le feu de l’enfer fut allumé, et que tous les esprits du côté gauche parcoururent le monde. Ces esprits ont voulu se pourvoir de corps ; mais ils ne purent pas y parvenir. Aussi devons-nous nous mettre en garde contre eux ; et c’est pourquoi il a été établi une formule liturgique contre les fléaux, que l’on récite chaque fois que ces êtres malfaisants sévissent dans le monde.
Remarquez que la « tente de la Paix » a été étendue sur le monde au moment où, lors de la création, la sainteté du Sabbat commençait. Que signifie la « tente de la Paix » ? C’est le Sabbat durant lequel tous les esprits, tous les démons et tous les diables, ainsi que tous les esprits qui souillent, vont se cacher au-dessous de l’abîme du grand Océan ; car, au moment où la sainteté se réveille dans le monde, l’esprit impur ne peut pas coexister avec elle ; celui-ci prend la fuite devant celle-là. Aussi, en ce jour, le monde est gardé par le ciel même, de sorte que nous n’avons plus besoin de réciter la formule liturgique pour notre garde, formule finissant par les mots : « Béni sois-tu, Seigneur, Maître de l’univers, qui gardes ton peuple d’Israël. Amen », attendu que cette formule n’a été rédigée que pour être récitée durant les jours de la semaine, pendant lesquels le monde a besoin d’être gardé, alors qu’au jour du Sabbat la « tente de la Paix » est étendue sur le monde qui se trouve ainsi gardé de tous les côtés. Même les coupables subissant leur peine dans l’enfer sont gardés en ce jour ; et tous les êtres d’en haut, aussi bien que ceux d’en bas, sont en paix durant ce
jour. C’est pourquoi nous récitons, pour consacrer la sainteté de ce jour, la bénédiction dont voici la teneur : « Béni soit le Seigneur qui étend la tente de la Paix sur nous, sur tout son peuple d’Israël et sur Jérusalem. » Pourquoi « sur Jérusalem » ? Parce que c’est là qu’est l’emplacement de cette « tente ». Nous devons donc demander à cette « tente » de s’étendre également sur nous pour nous protéger, telle une mère qui protège ses enfants ; de cette façon nous ne craindrons rien d’aucun côté ; c’est pourquoi nous disons : « ... Qui étend la tente de la Paix sur nous. » Remarquez qu’à l’heure où Israël, en prononçant cette bénédiction, invite la « tente de la Paix » à venir le visiter comme une hôtesse sacrée, la sainteté céleste descend et, étendant ses ailes au-dessus d’Israël, le couvre comme une mère couvre ses enfants. Tous les mauvais esprits disparaissent donc du monde, et Israël demeure alors placé sous la sainteté de son Maître. C’est alors que la « tente de la Paix » accorde à chacun de ses enfants une âme nouvelle. Pourquoi ? Parce que les âmes reposent en elle et émanent d’elle. Aussi, au moment où elle étend ses ailes au-dessus de ses enfants, elle fait descendre une âme nouvelle pour chacun de ses enfants. Rabbi Siméon dit en outre : C’est en raison de ce que nous venons de dire que la tradition nous apprend que le Sabbat est l’image du monde futur ; car, en effet, c’est ainsi ; l’un est l’image de l’autre, de même que l’année sabbatique est l’image de l’année jubilaire. L’âme supplémentaire, accordée à chacun durant le jour de Sabbat, provient du mystère exprimé dans le mot « zacor » (souvenez-vous) ; c’est de là que ces âmes supplémentaires arrivent à cette « tente de la Paix » ; celle-ci les prend au monde futur et les accorde comme supplément au monde sanctifié. Par ce supplément, la joie se répand dans le monde. Et tout ce qui est profane, toutes les douleurs et tous les tourments disparaissent du monde, ainsi qu’il est écrit : « En ce jour-là, le Seigneur mettra un terme à vos tristesses, à vos peines et à la dure servitude à laquelle vous soupiriez auparavant. »
C’est pourquoi l’homme doit goûter, pendant la nuit du Sabbat, de tous les mets préparés, pour symboliser ainsi l’universalité de la « tente de la Paix » qui embrasse toutes les âmes, pourvu toutefois qu’on n’entame pas un mets destiné au repas du lendemain. Selon une autre leçon, Rabbi Siméon se serait exprimé de cette façon : Pourvu toutefois qu’on n’entame aucun des mets destinés aux deux repas du jour suivant. Cette dernière leçon est la meilleure. À plus forte raison peut-on goûter de tous les mets lorsqu’il en reste pour le lendemain plus qu’il n’en faut pour les deux repas réglementaires ; le minimum de mets prescrits pour chacun des repas du Sabbat est de deux, ainsi que cela a été fixé par les collègues.