Judaïsme

Zohar I, Section Bereschith (fol. 39a-45b)

Rabbi Siméon dit : Quel est l’homme qui sait formuler ses prières avec autant de justesse que Moïse, qui savait proportionner ses prières à la circonstance ? Tantôt elles étaient longues et tantôt brèves ! Rabbi Siméon dit en outre : J’ai trouvé dans un livre ancien que le mystère de la prière se trouve dans sa composition : Pour que la prière déchire le firmament et pénètre par les portes célestes, il faut qu’elle soit formulée de manière à correspondre à la circonstance ; c’est alors seulement qu’elle est efficace ; c’est alors seulement qu’elle concilie le Maître de manière convenable, en faisant ressortir l’unité parfaite de l’essence divine. Heureux les justes qui savent se concilier leur Maître, conjurer les fléaux, attirer la Schekhina ici-bas, faire descendre les bénédictions du ciel et obtenir de leur Maître qu’il ne juge point le monde avec trop de rigueur. Rabbi Siméon se leva en s’écriant : Il est écrit : « Qui racontera les œuvres de la puissance du Seigneur, et qui fera entendre toutes ses louanges ? » Ces paroles désignent Abraham, le zélateur, qui est assis à la droite du Saint, béni soit-il. Ah ! qui ôtera la terre de dessus les yeux d’Abraham, pour que celui-ci nous apprenne les mystères de la prière, lui à qui ont été révélés les palais du Roi suprême ! Il y a sept autres palais sacrés pourvus de portes par lesquelles les prières des hommes parviennent auprès du Maître ; la prière de ceux qui savent se concilier leur Maître et faire ressortir l’unité parfaite qui règne en haut. Car c’est de ceux qui savent découvrir l’unité du monde d’en bas avec celui d’en haut et la similitude de l’esprit d’en bas avec celui d’en haut que l’Écriture dit : « Seigneur, ils vous ont cherché dans leurs maux pressants et vous les avez instruits par l’affliction qui les a obligés de vous adresser leur humble prière. »
Le premier palais est celui dont l’Écriture dit : « Ils virent le Dieu d’Israël ; sous ses pieds paraissait un ouvrage fait de saphir, qui ressemblait au ciel lorsqu’il est serein. » Ce palais renferme le mystère des mystères. Ici demeure l’esprit appelé « Saphira », duquel émane une lumière pareille à celle du saphir. Sa lumière envoie des rayons dans les deux directions. La lumière réelle est unique et transparente. Mais comme elle est reflétée en haut et en bas et à tous les quatre points cardinaux, elle paraît se multiplier. Telle la lumière d’une chandelle ; on voit plusieurs étincelles se dégager de la flamme de la chandelle, qui ne sont pourtant que les parties de la flamme unique ; de même les lumières multiples que l’on remarque dans ce palais ne sont que les reflets de la lumière unique. Mieux encore sera la comparaison de cette lumière avec les réverbérations d’une surface de cuivre étincelante. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et il sortait d’eux des étincelles comme il en sort de la surface du cuivre luisant. » Cet esprit mentionné se tient à droite du palais. À gauche, se tient un esprit appelé « Lebanah », dont les lumières ne sont que le reflet de celles du premier. Et comme la couleur propre à « Lebanah » est rouge, il s’ensuit que la lumière qu’elle répand est blanche et rouge ; elle est blanche, parce qu’elle est en réalité la même que celle de « Saphira », qui est de couleur blanche ; mais elle est également rouge, parce qu’elle passe par le canal de « Lebanah », qui est rouge. Ceux qui aperçoivent la lumière de « Lebanah » ne se doutent pas que ce soit la lumière de « Saphira », car « Lebanah » absorbe la lumière de « Saphira » de manière imperceptible. On peut en dire la même chose que l’Écriture dit des sept vaches du songe de Pharaon : « Ces dernières dévorèrent et consumèrent les premières. »
… mières, sans qu’elles parussent en aucune sorte en être rassasiées.»
C’est ce mystère qu’on entend par le terme : « Un esprit est dans l’autre et tous les deux ne forment qu’un. » Ce sont les deux lumières, l’une concentrée, en apparence, dans l’autre, mais qui ne sont au fond qu’une seule. Ce palais est pourvu de deux portes qui conduisent aux cieux supérieurs appelés « cieux des cieux ». Ces deux esprits répandent des étincelles dont sont formés les anges appelés « Ophanim ». Les « Ophanim » sont aussi sacrés que les Hayoth, ainsi qu’il est écrit : « Et l’aspect des Ophanim et la manière dont ils sont faits ressemblent à l’Eau ». Telle est également la signification des paroles de l’Écriture : « Et les Hayoth paraissent à la vue comme des charbons de feu brûlants et comme des lampes ardentes. On voit courir au milieu des Hayoth des flammes de feu et des éclairs qui sortent du feu. » Ces paroles désignent l’esprit sacré duquel ils émanent et qui les éclaire, ainsi qu’il est écrit : « Et les Hayoth vont et viennent, comme des éclairs qui brillent. »
Lorsqu’un esprit s’unit à l’autre, une grande lumière blanche se répand au-dessus des quatre « Ophanim » dont chacun, ayant la forme d’un lion pourvu d’ailes d’aigle, règne sur mille trois cents fois dix mille « Ophanim » subalternes. Ces quatre « Ophanim » forment les quatre roues du char céleste, qui font marcher le char dans toutes les quatre directions. Mais comme la lumière suprême se manifeste sous trois couleurs différentes, les quatre lumières des quatre « Ophanim » reviennent à douze. Ce sont ces quatre « Ophanim » qui constituent les quatre figures du char de Dieu ; chacune de ces figures est tournée vers un des quatre points cardinaux. Et lorsque les roues du char sont mises en mouvement, toutes les figures des « Ophanim » se trouvent tournées les unes en face des autres, ainsi qu’il est écrit : « ...Afin que, les cordons se trouvant vis-à-vis l’un de l’autre, les rideaux fussent joints ensemble. » Et quand les roues se mettent en mouvement, une voix douce et harmonieuse se fait entendre dans ce bas-monde, qui est l’image de celui d’en haut. Tous les anges, hors et au-dessous de ce palais, tournent leurs yeux vers la lumière qui en émane.
Les anges qui se trouvent au-dessous de ce palais en aperçoivent la lumière jusqu’à la hauteur de l’étoile appelée « Sabathaï » ; mais les anges qui séjournent au-dessous de cette étoile n’aperçoivent plus la lumière du palais. Tous ceux qui peuvent apercevoir la lumière de ce palais sont nourris de cette même lumière, ainsi qu’il est écrit : « Partout où est l’esprit et où l’esprit s’élève, les roues s’élèvent aussi et le suivent, parce que l’esprit de vie est dans les roues. » Tous ces esprits qui sont à portée de la lumière voient directement la lumière de « Saphira », alors que les autres esprits ne jouissent que de la lumière passée par le canal de « Lebanah », — tel un homme qui voit la lumière du soleil reflétée par l’eau, excepté toutefois l’homme qui, bien que hors de la portée de ce palais, jouit, grâce à la prière, de la vue de cette lumière de « Saphira ». Car, en entrant dans ce palais, la prière de l’homme opère l’union parfaite entre l’esprit d’en haut et l’esprit d’en bas.
Alors la lumière descend du ciel, entoure l’homme, réjouit son cœur et le conduit à contempler les mystères du second palais. L’union des quatre « Ophanim » s’opère à ce moment, de même que l’union du « Feu » avec l’« Eau » et celle de l’« Eau » avec le « Feu » ; celle du « Sud » avec le « Nord » et celle du « Nord » avec le « Sud » ; celle de l’« Est » avec l’« Ouest » et celle de l’« Ouest » avec l’« Est ». Ainsi la prière de l’homme provoque l’union de l’esprit d’en bas avec celui d’en haut et, par là, l’union de tout. L’esprit qui réside dans ce palais a les yeux tournés en haut vers le deuxième palais. Les « Ophanim » de ce palais ont les yeux tournés vers les « Hayoth » du deuxième palais, et ceux des « Hayoth » sont tournés vers les « Ophanim ». Ils attendent tous le moment où la prière de l’homme provoque l’union de tous les palais. Cette union s’opère à l’aide d’une colonne placée au milieu du palais d’en bas et élevée jusqu’aux cimes du palais suprême. Tous les esprits qui se trouvent dans les régions placées entre le palais suprême et celui d’en bas doivent s’attacher à cette colonne du milieu, et ils seront unis à l’Esprit suprême, ainsi qu’il est écrit : « Et un esprit les anime tous. »
Le deuxième palais est celui dont l’Écriture dit : « ... Semblable au ciel, lorsqu’il est serein. » Il est le séjour d’un esprit du nom de « Zohar ». Il dégage une lumière toujours blanche et jamais mêlée avec d’autres couleurs, comme l’est celle de « Lebanah ». C’est pourquoi l’Écriture la compare à un ciel serein. La lumière de ce palais est, à celle du premier, ce qu’est la force visuelle de la pupille à la cornée. Pour apercevoir un objet, il ne suffit pas qu’il soit placé en face de l’œil ; mais il faut encore que la pupille soit tournée vers lui. Il en est de même de la lumière du second palais qui, seule, permet de contempler tour à tour le côté droit et le côté gauche, ce qu’on ne saurait pas faire à l’aide de la lumière du premier palais. Ce mystère est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Les jointures de vos hanches sont comme des colliers travaillés par la main d’un ouvrier. » Heureux le sort de celui qui sait se servir de cette lumière pour voir dans toutes les directions.
À cet esprit est attaché un autre esprit dont la couleur est noire. C’est cet alliage du noir qui rend foncée la blancheur de la lumière du second palais. C’est pourquoi l’Écriture la compare à un ciel serein. C’est de cette lumière que naissent les « Séraphim », ainsi qu’il est écrit : « Les Séraphim étaient autour du trône ; ils avaient chacun six ailes. » Ils sont pourvus de six ailes, parce que c’est la lumière du sixième palais, en commençant par le palais suprême, qui leur donne naissance. Ces anges sont appelés ainsi parce qu’ils ont pour mission de brûler tous ceux qui ne se soucient pas de la gloire de leur Maître. Ce mystère est renfermé dans les paroles de la tradition : « Quiconque profane la Couronne sera consumé. » Quiconque a étudié l’Écriture et les six séries de la Mischna est à même de formuler sa prière et d’opérer par elle l’union de tout avec son Maître. Les « Séraphim » s’attachent également à ceux qui sanctifient tous les jours le nom sacré de leur Maître. Et lorsque, grâce à la prière des hommes, les roues du char de Dieu sont mises en mouvement, les « Séraphim » dégagent une flamme consumant tous les serpents descendus du premier serpent, par la faute duquel la mort est venue au monde, serpents qui s’attachent au talon de l’homme pour en troubler la prière.
Les « Séraphim » qui ont la figure de l’aigle ont les yeux tournés vers la figure d’aigle gravée sur le char de Dieu, ainsi qu’il est écrit : « La trace de l’aigle dans le ciel... » L’esprit qui séjourne dans ce deuxième palais gouverne tous les « Séraphim ». Lorsque les roues du char de Dieu se mettent en mouvement, les « Séraphim » s’ébranlent ; et plusieurs légions sont consumées par leur propre feu ; mais ils sont renouvelés, et ils vont se cacher sous l’aile de l’aigle du char de Dieu, l’aigle qui compte parmi les quatre « Hayoth » qui entourent le char de Dieu.
Lorsque la lumière se lève au-dessus du char de Dieu, toutes les roues se mettent à tourner. Celle de l’Est se trouve entravée dans sa marche par les trois autres roues qui sont tournées vers d’autres directions ; il en est de même de celle de l’Ouest, de celle du Sud et de celle du Nord. Mais, lorsque le char est soulevé en haut par le milieu, il peut être dirigé dans toutes les directions sans être entravé par les roues. C’est la Colonne du milieu qui soulève le char et fait marcher toutes les figures dans la direction qu’il veut. C’est cette Colonne du milieu qui provoque et qui arrête la marche du char de Dieu, et partant qui ferme et qui ouvre la porte des prières. Aussitôt que la voix de la prière se fait entendre au ciel, les anges de toutes les régions s’ébranlent ; les « Ophanim » des régions inférieures montent dans les régions supérieures ; et tous les anges en général cherchent à s’approcher de l’Esprit suprême qui leur donne vie et mouvement. Heureux l’homme par la volonté de qui pareil rapprochement s’opère ! Aussitôt que la prière de l’homme est parvenue à ce deuxième palais, l’esprit qui y réside le fait monter au troisième palais. De cette façon, l’union du deuxième et du troisième palais s’opère. C’est l’union du « Feu » et de l’« Eau », de l’« Eau » et du « Feu », de l’« Air » et de la « Terre », de la « Terre » et de l’« Air », de l’« Est » et de l’« Ouest », de l’« Ouest » et de l’« Est », du « Nord » et du « Sud », du « Sud » et du « Nord ». C’est dans ce palais que s’opère la première union entre les éléments. D’ici, la Colonne du milieu fait monter les esprits au troisième palais où l’union apparaît encore plus parfaite que dans le deuxième palais, ainsi qu’il est écrit : « Et tous ont un seul esprit. » C’est au moment de sortir du deuxième palais pour monter au troisième que les esprits se sentent élevés à un degré supérieur de sainteté. Et c’est à cette élévation que correspond la génuflexion qui marque le moment où l’on cherche à s’unir à son Maître.
Le troisième palais est celui où réside l’esprit appelé « Nogah », esprit dont la lumière est d’une pureté absolue, dépourvue de toute couleur ; elle n’est ni blanche ni verte, ni noire ni rouge. C’est pourquoi cette lumière est appelée « pure », parce qu’elle est exempte de tout alliage. Mais c’est précisément en raison de la pureté de cette lumière que les esprits ne peuvent l’apercevoir qu’à travers les deux lumières qu’ils ont déjà perçues dans les deux palais inférieurs. C’est pour cette raison que la lumière de ce troisième palais paraît présenter trois nuances différentes, alors qu’en réalité la diversité des nuances n’est due qu’aux lumières précédentes à travers lesquelles celle-ci est vue. La lumière de ce palais projette des fusées représentant une gerbe de lumière de vingt-deux couleurs différentes. Mais la lumière du troisième palais ne commence à répandre sa clarté qu’au moment où une faible lumière d’en bas y arrive. C’est la flamme d’un copeau qui met le feu à un bûcher. Cette faible lumière d’en bas est celle de la prière des hommes. Aussitôt cette lueur arrivée, la gerbe s’allume en projetant ses vingt-deux fusées de lumières de couleurs différentes, qui correspondent aux vingt-deux lettres de l’Écriture. Ensuite, toutes ces fusées s’unissent en une seule Colonne de lumière. La lumière de ce palais émane de l’esprit qui y réside et dont la seule aspiration est de s’approcher du quatrième palais et de contribuer ainsi à l’union de tout. Les étincelles qui se dégagent de cette lumière donnent naissance à d’autres « Hayoth » sacrés et puissants, dont les figures sont semblables à celles des autres « Hayoth ». Ils unissent en eux la forme du lion et de l’aigle. Au-dessous de ces « Hayoth » se trouvent les quatre « Ophanim » à la couleur de l’« Eau » reflétant toutes les autres couleurs. Ils ont sous leurs ordres six cent mille fois dix mille anges subalternes. Chacun de ces « Ophanim » est pourvu de huit ailes. Tous ces « Ophanim » sont nés de la lumière des « Hayoth », qui sont au-dessus d’eux ; et c’est de cette lumière qu’ils se nourrissent. Les quatre chefs des « Ophanim » se tiennent aux quatre points cardinaux du monde. Chacun est pourvu de quatre figures, dont deux sont tournées vers les « Hayoth », et les deux autres couvertes de leurs ailes, pour les empêcher de regarder le mouvement du char de Dieu, parce que cette vue les anéantirait. Leur crainte de Dieu donne naissance à d’autres légions et armées d’anges qui louent Dieu et chantent des hymnes à sa gloire, sans interruption. Le nombre de ces armées d’anges est incalculable. Le troisième palais est pourvu de quatre portes correspondant aux quatre points cardinaux. Chacune de ces quatre portes est gardée par dix chefs. Au moment où les prières, montant des palais inférieurs, parviennent au troisième, toutes les portes s’ouvrent. Et alors la grande fusion s’opère : les chefs sont confondus avec les autres chefs, les armées avec les autres armées, les « Ophanim » avec les « Hayoth », et les « Hayoth » avec les « Ophanim », les lumières avec les lumières, et les esprits avec les esprits, et tous ensemble avec l’esprit qui réside dans ce palais. Il existe en outre dans ce palais un endroit qui reflète la lumière, telle une plaque d’or luisante. Là sont enfermées d’innombrables légions et armées d’anges, qui ne peuvent monter plus haut avant que l’union n’ait été faite entre ce palais et le quatrième à l’aide de la prière. Ces anges sont les messagers de la justice, que le chef de la justice résidant dans le quatrième palais envoie au monde pour y exécuter les jugements supérieurs. Or, les anges chargés de porter dans le monde les fléaux et les tourments s’arrêtent au troisième palais, pour attendre les prières d’en bas, susceptibles d’arrêter leur marche en avant. Ces anges sont appelés les « maîtres d’armes », parce qu’ils font la guerre au monde en exécutant les jugements supérieurs. Dans ce palais sont suspendus, sur soixante murs, six cent mille boucliers d’or sur lesquels les guerriers suspendent leurs armes avant de pénétrer
dans le palais. Mais, en sortant du quatrième palais, ils ne s’avancent que jusqu’à la région de l’étoile appelée « Maadim », où leur course est arrêtée, en attendant la prière d’en bas. Aussitôt que la prière y est parvenue, le zèle des anges porteurs des fléaux et des tourments se ralentit, et ils finissent par être fusionnés avec les anges messagers porteurs de joie et de décrets favorables ; et tous, alors, s’unissant à la Colonne du milieu, remontent au quatrième palais. Remarquez que tous ces palais à travers lesquels passent les prières sont indispensables ; chaque palais forme le complément de l’autre. Pour que l’union soit parfaite en haut, il faut que, par la prière d’en bas, l’union commence à être faite dans les palais inférieurs. Heureux l’homme qui, sachant faire cette union, s’attache à son Maître, conjure les fléaux et attire les bénédictions célestes sur le monde. Un tel homme est appelé « Juste » et « Colonne du monde » ; la prière d’un tel homme n’est jamais adressée infructueusement au ciel. Un tel homme aura sa récompense dans le monde futur, où il comptera parmi les enfants de la foi. Remarquez que tous ces palais, tous ces « Hayoth », toutes ces légions d’anges, toutes ces lumières et tous ces esprits sont indispensables dans l’ordre céleste. Tous sont unis entre eux par des liens indissolubles autant qu’indispensables. De même que les diverses parties de l’œil sont indispensables à la vue, et que la pupille ne saurait fonctionner sans l’aide de la cornée, de même tous ces palais et tous ces anges sont indispensables à l’union parfaite des échelles inférieures et à leur union avec la Colonne du milieu ; c’est par ces gradations que la prière doit passer, afin qu’elle parvienne à constituer une couronne de manière convenable. Le passage de la prière du troisième au quatrième palais constitue une élévation dans la sainteté, élévation à laquelle correspond l’adoration de l’homme au moment de se concilier son Maître.
Le quatrième palais diffère de tous les autres. Il est fait de quatre palais, formés l’un dans l’autre, mais qui pourtant n’en constituent qu’un seul. Ici réside un esprit du nom de « Zecouth » (justification) ; car en ce lieu on justifie tous les enfants du monde. De ce palais se répandent soixante-dix lumières, qui correspondent aux soixante-dix chefs qui entourent ce palais et en gardent les portes. Au-dessus de ces soixante-dix lumières s’élèvent deux autres lumières, qui complètent le tribunal. Car les soixante-dix lumières forment le sanhédrin devant lequel sont portées toutes les actions des hommes pour y être jugées. Les deux lumières supérieures sont les témoins. C’est à ce mystère que font allusion les paroles de l’Écriture : « Ton ventre est comme un monceau de froment, tout environné de lis. » Ces soixante-dix lumières prononcent les sentences, bonnes ou mauvaises, suivant les circonstances ; c’est pourquoi cet endroit est appelé « lieu de justification », parce que c’est là que les actions des hommes doivent être justifiées en présence des soixante-dix juges et appuyées sur les témoignages des deux témoins. L’esprit qui réside dans ce palais est marqué par les trois lettres Yod, Hé et Vav, qui sont attachées l’une à l’autre, telle l’union du mâle et de la femelle, union qui donne naissance à une lumière qui éclaire les quatre points cardinaux. Cette lumière en produit trois autres qui correspondent aux trois juges d’un tribunal ordinaire. C’est devant ce tribunal que paraissent toutes les questions relatives à la richesse et à la pauvreté, la maladie et la santé. Les sentences prononcées par ces tribunaux sont inscrites sur des billets et confiées à des millions d’anges qui les portent dans le monde, afin d’y procéder à l’exécution du jugement. Au-dessus de ce tribunal sont assis quatre « Séraphim » d’une couleur vive, pareille à celle des sons ; ces « Séraphim » projettent soixante-douze fusées de lumière pour correspondre aux soixante-douze lumières susnommées. Au-dessous d’eux coule un fleuve de feu qui consume tous les anges qui s’en approchent. C’est également dans ce fleuve de feu que sont punis tous les anges ayant mérité un châtiment. C’est pourquoi ce fleuve ne pénètre pas dans le quatrième palais, parce que l’esprit qui l’habite porte la marque des lettres Yod, Hé et Vav ; et en présence de ces lettres il n’y a point de punition. Tous les arrêts concernant le monde proviennent de ce palais, les bons arrêts aussi bien que les mauvais, excepté les arrêts concernant la fécondité, la vie et les
moyens d’existence ; ces trois arrêts ne sont point de la compétence de ce palais ; ils émanent de plus haut. Au milieu de ce palais se trouve un endroit où sont recueillis les esprits qui y arrivent du troisième palais. Ce palais est en outre pourvu de douze portes. À chacune de ces portes se tiennent de nombreux chefs qui proclament à leurs subordonnés les arrêts rendus et qui doivent être portés dans le monde, ainsi qu’il est écrit : « Et cria d’une voix forte : Abattez l’arbre par le pied, coupez-en les branches, etc. » Les anges subalternes, munis des arrêts, les portent jusqu’au firmament appelé « Hama » (soleil). Et aussitôt que le soleil se lève, les arrêts sont portés de là à tous les points cardinaux du monde. Une fois parvenus au-dessus du soleil, les arrêts y sont colportés même par les démons, par les diables, et même par les oiseaux. Lorsqu’un homme est malade, c’est dans le quatrième palais qu’on juge s’il doit rester en vie ou s’il doit mourir.
— Comment ? Mais on a dit précédemment que la question de vie et de mort n’est pas de la compétence de ce tribunal ? Non, elle n’est pas de sa compétence ; mais la décision d’en haut est toujours conforme au jugement que porte ce tribunal. Heureux l’homme qui, s’attachant à son Maître, voit sa prière pénétrer dans ce palais. Le degré de ce palais est symbolisé par la prosternation face contre terre au moment de la prière, acte par lequel on cherche à atténuer la rigueur du jugement, ainsi qu’il est écrit : « Dieu est fidèle ; il est éloigné de toute iniquité, et il est rempli de justice et de droiture. »
Le cinquième palais est celui où réside l’esprit « Beraqa » (foudre). La lumière qui se dégage de cet esprit projette sur les palais inférieurs une lumière pareille à celle de la foudre. Cette lumière ressemble à la pourpre ; elle renferme en outre plusieurs couleurs : le blanc, le noir, le rouge et le vert. Mais toutes ces couleurs sont tellement mêlées qu’elles semblent n’en former qu’une seule. Elles ressemblent à l’homme qui, bien que composé également de plusieurs éléments, semble n’en former qu’un seul. Au-dessous de cette lumière se tiennent quatre « Ophanim » dont les figures sont tournées vers les quatre points cardinaux. Chacun de ces « Ophanim » a une des couleurs sus-nommées, et c’est à mesure que les « Ophanim » se rapprochent les uns des autres que les couleurs des lumières perdent de leur précision et semblent se fusionner les unes avec les autres. Lorsqu’a lieu l’union des quatre « Ophanim », l’un rentre dans l’autre. Mais comme la lumière particulière à chacun d’eux diffère de celle de l’autre, on voit, même après l’union, un « Ophan » dans l’autre, ainsi qu’il est écrit : « Et un Ophan est au milieu d’un autre Ophan. » La diversité des couleurs que l’on remarque dans ce palais provient de cette épée étincelante dont l’Écriture dit : « Il mit des Chéroubim devant le Jardin de l’Éden, lesquels faisaient étinceler une épée de feu. » Cette épée du cinquième palais se trouve ainsi suspendue au-dessus des juges qui tiennent leurs assises au quatrième palais. C’est pourquoi la tradition dit : « Chaque juge doit se souvenir, au moment de rendre la justice, qu’une épée est suspendue au-dessus de sa tête. » La tradition fait allusion à l’épée de feu suspendue au cinquième palais. L’Écriture dit que l’épée tourne constamment. Car, au moment du rapprochement des quatre « Ophanim », deux étincelles s’en échappent, s’envoient hors du palais et tournent constamment devant la porte. L’essence de ces deux étincelles est insaisissable ; tantôt ces étincelles prennent une forme mâle, et tantôt une forme femelle ; tantôt elles apparaissent sous forme d’esprits, tantôt sous celle d’anges supérieurs. D’où vient cette variété de formes sous lesquelles apparaissent ces étincelles ? Ces étincelles prenant naissance du choc produit par l’union des « Ophanim » sont de deux natures différentes ; l’une, constamment luisante, constitue le mâle ; l’autre, luisante par intervalles, constitue la femelle. L’étincelle mâle éclaire les anges messagers envoyés en mission sur la terre ; comme ces anges ont besoin d’une grande lumière, c’est l’étincelle mâle qui leur est destinée. C’est pourquoi, à ceux-ci, les étincelles apparaissent sous une forme mâle. Par contre, les anges qui, ayant été consumés, viennent de renaître, ont besoin de la lumière de l’étincelle femelle, laquelle, en les éclairant, les fait revenir à
leur état primitif. C’est pourquoi ces anges aperçoivent les étincelles sous la forme femelle. Comme chaque étincelle est formée par les quatre « Ophanim » unis, elle tient la couleur de chacun. C’est pourquoi elle tourne constamment dans tous les sens par la force attractive de chacun des quatre « Ophanim ». Les esprits préposés aux deux étincelles sont également unis par l’effet de la prière ; un de ces esprits rentre dans l’autre de façon à ce que tous les deux ne paraissent former qu’un seul, contrairement à ce qui se produit pour les « Ophanim » qui, même après leur union, sont visibles l’un dans l’autre, ainsi que nous l’avons dit précédemment. L’union parfaite de ces deux esprits provient de ce fait qu’elle est faite avec amour. C’est d’une pareille union que l’Écriture dit : « Tes deux mamelles sont comme deux petits jumeaux de la femelle d’un chevreuil, qui paissent parmi les lis. » C’est de pareilles unions qu’est formé le palais « Ahabah » (amour). Car, après l’union, le cinquième palais change de nom et prend celui d’« Ahabah », au lieu de celui de « Beraqa ». C’est dans ce palais que s’opère l’union de tous les êtres par leur attachement commun au Mystère des mystères ; et c’est de ce palais que l’Écriture dit : « C’est là que je t’offrirai mon amour. » Lorsque les deux lumières s’unissent en une seule, des milliers et des millions d’anges en jaillissent qui portent le nom de « Mandragores », « Raisins » et « Grenades ». Tous ces anges ne se meuvent que dans l’espace compris entre le cinquième palais et l’étoile de « Nogah », car ils ne sont pas autorisés à franchir cette région, ainsi qu’il est écrit : « Quand un homme donnerait toutes les richesses de sa maison pour l’amour « Ahabah », c’est-à-dire, pour attirer les anges du palais d’Ahabah, ceux-ci le mépriseraient. » C’est à ce palais que correspond la prosternation avec les bras tendus, geste fait par quiconque désire s’unir en amour à son Maître.
Le sixième palais est le séjour d’un esprit appelé « Bandelette écarlate ». Le mystère de ce palais est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Tes lèvres sont comme des bandelettes d’écarlate. » Ce palais est appelé « Palais de la volonté » ; car tous les esprits inférieurs aspirent à être unis à l’esprit de ce palais, à lui être unis dans le « baiser de l’amour ». L’esprit de ce palais est en relations et avec les six palais inférieurs et avec les six palais supérieurs dont il a été parlé précédemment. C’est pourquoi ils répandent douze lumières qui correspondent à l’union des six lumières des palais d’en bas avec les six lumières des palais d’en haut. Ce palais est également appelé « palais de la volonté », parce que quiconque sait faire l’union de ces palais attire la volonté de Dieu de haut en bas, ce qui veut dire qu’il fait en sorte que la volonté de Dieu s’accomplisse en amour ici-bas aussi bien qu’en haut. Dans ce palais se trouve Moïse qui est mort par un baiser d’amour ; aussi ce palais est-il appelé le palais de Moïse. L’esprit qui l’habite est un esprit d’amour, un esprit d’union ; car c’est lui qui opère l’union dans l’amour des six lumières d’en bas avec celles d’en haut. Les étincelles qui jaillissent de ces lumières donnent naissance à quatre « Hayoth » sacrés de bonté et d’amour. Ces « Hayoth » sont appelés les « grands Hayoth » ; ils s’unissent aux « Hayoth » inférieurs et plus petits qu’eux, ainsi qu’il est écrit : « De grands et de petits animaux... » Leur union se fait dans les quatre directions comme l’intérieur de la coquille de noix. C’est en raison de cela que ce palais est aussi appelé « Jardin des noyers », ainsi qu’il est écrit : « Je suis descendu dans le Jardin des noyers. » Que signifient les paroles : « Je suis descendu dans le Jardin des noyers » ? — Parce qu’il est le palais d’amour, j’y suis descendu pour unir le mâle et la femelle. Ces quatre « Hayoth » se subdivisent en douze, de sorte que chaque côté du palais en présente trois. Tous les êtres inférieurs dépendent d’eux et subsistent grâce à eux : les esprits d’en bas grâce aux esprits d’en
haut, les lumières d'en bas par ceux d'en haut, les uns par les autres, de sorte qu’ils ne forment qu’une unité. Ainsi cet esprit, formé de tout, monte en haut pour former une couronne à l’Esprit suprême et s’unir avec lui. Et de cette façon a lieu l’union de tous les esprits avec l’Esprit suprême ; c’est à quoi font allusion les paroles de l’Écriture : « Qu’il me donne un baiser de sa bouche. »
Ces paroles de l’Écriture expriment la grande, la parfaite et l’éternelle joie qu’éprouveront tous les mondes par leur union avec l’Esprit suprême. Les esprits imparfaits deviendront parfaits par cette union, et les esprits privés de lumière répandront une grande clarté à l’aide de cette union. Et toute cette union ne dépend que de la prière de l’homme. Heureux le sort de celui qui, sachant prier de manière convenable, opère l’union de tous ces palais et de tous ces esprits qui n’attendent que la prière de l’homme leur permettant de s’élever d’échelle en échelle, pour se rapprocher de l’Esprit suprême.
Ce mystère est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Et Jacob baisa Rachel. » Abraham, qui est à la droite de l’Esprit suprême, préside au palais appelé « Ahabah » (amour). C’est Abraham qui se consacre à l’union de ce palais avec l’Esprit suprême, au point qu'ils n’en forment qu’un. On trouve une allusion au mystère de ce palais dans les paroles de l’Écriture : « Je sais que tu es belle. » Or, la beauté de la femme consiste dans ses seins. Isaac, qui se tient à gauche de l’Esprit suprême, préside au palais destiné à la justice, d’où émanent tous les arrêts. C’est Isaac qui se consacre à l’union de l’esprit appelé « Zecouth » avec l’Esprit suprême au point qu’ils n’en forment qu’un. Les autres prophètes président aux deux palais dont les esprits s’appellent « Nogah » et « Zohar ». Ce mystère est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Les jointures de tes hanches sont comme des colliers. » Joseph le Juste, cette colonne du monde, préside au palais appelé « Saphira ». Ce palais est très glorieux, en dépit des paroles de l’Écriture : « Sous ses pieds… » L’Écriture ne place ce palais sous les pieds de Dieu que pour la gloire du Roi.
C'est de ce palais que la Colonne du milieu fait monter tous les esprits au septième palais qui constitue le Mystère des mystères et où aboutissent toutes les échelles, parce que toutes y sont unies au point de n’en former qu’une. C’est de cette union parfaite et finale que parle l’Écriture : « Jéhovah est Élohim, Jéhovah est Élohim. » Heureux, ici-bas et dans le monde futur, le sort de celui qui sait faire cette union et qui sait s’approcher de son Maître.
C’est à cette union finale que correspondent la génuflexion, l’adoration, la prosternation accompagnée du geste d’étendre les bras et de poser la face contre terre, gestes que font ceux qui désirent attirer sur eux l’esprit de l’Esprit suprême, l’Âme de toutes les âmes, ceux qui désirent que leurs prières montent auprès de l’Être suprême, l’Infini, duquel émanent toutes les lumières et les bénédictions. Lorsque l’union parfaite du monde d’en bas et de celui d’en haut sera accomplie, tous les arrêts de rigueur seront supprimés et la volonté de Dieu sera faite en haut et en bas. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et il m’a dit : Israël, tu es mon serviteur et je me glorifierai en toi » ; et ailleurs il est dit : « Heureux le peuple qui a le Seigneur pour son Dieu. »
Le septième palais est dépourvu de toute forme ; il constitue le Mystère des mystères devant lequel est suspendu le voile qui le sépare de tous les autres palais, afin que personne ne puisse voir les deux « Chéroubim » qui se trouvent dans l’intérieur de ce voile. C’est pourquoi ce palais est appelé le « Saint des saints », parce que lui seul voit l’Esprit des esprits, l’Esprit qui anime tous les autres et les éclaire. C’est au moment de l’union de tous les esprits avec l’Esprit suprême que toutes les lumières du septième palais se déverseront hors du Saint des saints et inonderont tous les mondes.
Toute lumière qui descend en bas est comparable à la semence que le mâle communique à la femelle. Or, l’union parfaite ne saurait s’accomplir qu’autant que la semence sera communiquée par le septième palais d’en haut au septième palais d’en bas ; c’est alors seulement que l’union sera parfaite, ainsi qu’il convient. Heureux le sort de celui qui sait opérer cette union ; un
Tel homme est aimé en haut et aimé en bas. Lorsque le Saint, béni soit-il, décrète des châtiments, un homme tel que nous venons de le dire est capable de conjurer les châtiments. Que l’on n’imagine point qu’en agissant de la sorte, cet homme s’oppose aux résolutions de son Maître ; il n’en est rien. Mais, en faisant l’union telle qu’elle a été décrite, tous les arrêts de rigueur sont annulés d’eux-mêmes ; car, en présence d’une telle union, la rigueur ne saurait avoir lieu. Heureux le sort d’un tel homme, et dans ce monde et dans le monde futur. C’est d’un tel homme durant son séjour en ce bas monde que l’Écriture dit : « Et le Juste est la base du monde. » D’un tel homme une voix céleste fait retentir tous les jours les paroles suivantes : « Tu te réjouiras dans le Seigneur ; tu trouveras tes délices dans le saint d’Israël. » De même que la fumée des sacrifices montait au ciel, alors que les pontifes officiaient et que les lévites chantaient des hymnes, de même l’élévation des esprits d’un palais à l’autre s’accomplit au moment où l’homme adresse ses prières à la Lumière suprême, à la Lumière des lumières ; c’est alors que tous les esprits, semblables aux petites lumières, sont absorbés par la grande lumière, en pénétrant tous dans le Saint des saints où ils sont inondés des bénédictions qui coulent du Saint des saints, telles que les eaux jaillissant d’une source intarissable. C’est dans ce septième palais que réside le Mystère des mystères qui est au-dessus de tout entendement et de tout calcul. Là réside la volonté éternelle, la volonté de l’Infini, la volonté qui régit tous les mondes en haut et en bas, la volonté qui n’est perceptible que par l’acte qui la suit, la volonté qui est destinée à régner en bas autant qu’en haut, afin que l’union de tout avec la volonté soit parfaite. Heureux le sort de l’homme qui sait s’attacher à son Maître au moment de l’union ; un tel homme est heureux en haut et heureux en bas, ainsi qu’il est écrit : « Que ton père et ta mère soient dans l’allégresse, et que celle qui t’a mis au monde tressaille de joie. » Remarquez que, lorsque l’union parfaite s’opère, tout est concentré dans la Pensée suprême ; toutes les formes et toutes les images disparaissent pour faire place à la Pensée suprême qui, seule, anime, vivifie et éclaire tout. Au moment de l’union, disons-nous, toutes les formes et toutes les images qui ne sont faites que pour permettre à l’entendement de concevoir la Pensée suprême qui est au-dessus de tout entendement, parce qu’elle est au-dessus de toute forme et de toute image, disparaissent et laissent la Pensée suprême apparaître dans toute sa pureté. Or, la Volonté suprême réside dans la Pensée ; il s’ensuit donc que, par la prière qui opère l’union, l’homme attire la Volonté suprême ici-bas. C’est de ce Mystère que l’Écriture dit : « Heureux le peuple qui possède tous ces biens ; heureux le peuple qui a le Seigneur pour Dieu. » Quiconque a le bonheur de s’attacher à son Maître d’une telle façon fait participer tout le monde à la miséricorde d’en haut ; la prière d’un tel homme n’est jamais infructueuse ; il porte ses revendications devant son Maître, ainsi qu’un fils porte les siennes devant son père. Dieu exauce les vœux d’un tel homme ; celui-ci inspire de la crainte à toutes les créatures ; il ordonne, et le Saint, béni soit-il, exécute. Enfin, c’est d’un tel homme que l’Écriture dit : « Tu formes des desseins et ils te réussissent ; et la Lumière brille dans les voies par lesquelles vous marchez. »
Il est écrit : « Et Élohim dit : Que la lumière soit faite, et la lumière fut faite. Et Élohim vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière d’avec les ténèbres. » Rabbi Isaac dit : On peut inférer de ces paroles de l’Écriture que le Saint, béni soit-il, avait caché la lumière primitive qui éclairait le monde d’une extrémité à l’autre. Par les mots : « Et Élohim vit que la lumière était bonne », l’Écriture veut dire qu’elle était bonne à être cachée, afin que les coupables de ce monde ne pussent en jouir. Rabbi Siméon dit : Par les mots : « Et Élohim vit que la lumière était bonne », l’Écriture veut dire que, partout où il y a de la lumière, la colère de Dieu ne sévit point ; car ici l’Écriture se sert du terme « était bonne », de même qu’ailleurs il est écrit : « Voyant qu’il était bon aux yeux du Seigneur qu’Israël fût béni… » C’est pourquoi, à la fin du verset, l’Écriture ajoute : « Et il sépara la lumière d’avec les ténèbres. » C’est par cette séparation de la lumière d’avec les ténèbres que la première est à l’abri de tout ce qui est susceptible d’attirer sur le monde la colère de Dieu. Bien que le Saint, béni soit-il, ait associé la lumière avec les ténèbres, il a tenu à les séparer, dans ce sens que quiconque marche dans la lumière soit préservé de tout acte susceptible d’attirer la colère de Dieu. Remarquez que toute lumière ici-bas n’est si précieuse que parce qu’elle émane de la lumière céleste ; c’est cette lumière qui réjouit tout. C’est avec elle que la main droite de Dieu grave des couronnes, comme nous l’avons déjà expliqué.
Il est écrit : « Combien est grande, Seigneur, l’abondance de ta bonté, que tu as cachée et réservée pour ceux qui te craignent ! Tu l’as rendue pleine et parfaite pour ceux qui espèrent en toi à la vue des enfants des hommes. » « L’abondance de ta bonté » désigne la lumière primitive que le Saint, béni soit-il, cacha et réserva aux justes qui craignent le péché, ainsi que cela a été dit.

Source Sepher ha-Zohar, tome I, trad. Jean de Pauly (1906), archive.org SepherHaZoharLeLivre1 (OCR corrigé) · Sommaire