Judaïsme

Zohar I, Section Bereschith (fol. 33b-39a)

Remarquez que la tradition nous apprend qu’Adam a été créé au premier jour de l’an. Or, il y a un jour de l’an céleste et un jour de l’an d’ici-bas. Le jour de l’an est celui où Dieu accorde la fécondité aux femmes stériles. Comment savons-nous que c’est au jour de l’an que Dieu accorde cette faveur ? Parce qu’il est écrit : « Et le Seigneur (va-Jéhovah) visita Sara » ; or, partout où l’Écriture emploie le mot « va-Jéhovah », il est question de jour de l’an. Et c’est parce qu’Adam était mis au monde le jour de l’an, que la rigueur domine au monde. C’est pourquoi l’Écriture dit « le péché de la porte », c’est-à-dire : où règne la rigueur.
Il est écrit : « Il soupirera auprès de ta personne ; et tu le domineras. » « Il soupirera auprès de ta personne » veut dire : jusqu’à ta disparition ; « et tu le domineras » veut dire : c’est de toi que dépendra sa domination. Ce mystère est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « ...Et tu donnes la vie à tous. » C’est d’ici qu’on infère que le Saint, béni soit-il, ne régnera sur la terre que lorsque tous les coupables auront disparu. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Ve atha thimschal bo » ; car aussitôt que l’Ange de la mort aura fait disparaître les coupables, le Saint, béni soit-il, exercera sa domination sur cet Ange et l’empêchera de s’attaquer également aux âmes de ces coupables. Aussi l’Écriture dit-elle : « ...Et tu (ve-atha) le domineras. »
Rabbi Isaac dit : Partout où il y a des juges chargés de trancher les différends, il y a également un fonctionnaire chargé de veiller à ce que la sentence soit exécutée. Rabbi Yehouda dit : « ...Et tu le domineras » signifie : Tu domineras l’Ange de la mort, si tu fais pénitence.
Rabbi Yossé dit : Tant que la génération de Caïn vivait sur la terre, elle n’a cessé de la corrompre ; elle avait certains traits de communs avec les êtres d’en haut et les êtres d’en bas. Rabbi Isaac dit : Lorsque les anges Aza et Azaël sont tombés hors du lieu de sainteté céleste, ils virent les filles des hommes avec lesquelles ils péchèrent et engendrèrent des fils qui ont donné naissance à la race des « Nephilim » (les Tombés), ainsi qu’il est écrit : « Et il y avait des géants (Nephilim) sur la terre, »
en ce temps-là. » Rabbi Riyâ dit : Par « fils d’Élohim », l’Écriture désigne les fils de Caïn ; car, lorsque Samaël cohabita avec Ève, il lui communiqua sa corruption, dont elle devint enceinte ; c’est alors qu’elle enfanta Caïn, dont le visage n’était point semblable à celui des autres hommes ; et tous ceux qui descendirent de sa souche ne furent appelés autrement que « fils d’Élohim ». Rabbi Yehouda dit : Ils sont également désignés par le nom de « fils des Tombés » (Nephilim). L’Écriture ajoute : « Il en sortit des enfants qui furent des hommes puissants et célèbres dans le siècle. » Le nombre de ces hommes puissants était de soixante, en sorte que le nombre des puissants sur la terre égalait celui des puissants d’en haut ; car, ici, l’Écriture emploie le terme de « puissants », et ailleurs il est écrit : « Le lit de Schelomoh est environné de soixante puissants d’entre les forts d’Israël. » Rabbi Yossé dit : Que signifient « les hommes d’un nom » ? Ils étaient originaires de l’endroit où règne le nom divin, c’est-à-dire : ils étaient originaires du ciel ; car, ici, l’Écriture se sert du mot « nom » ; et ailleurs il est écrit : « Celui qui blasphème le nom du Seigneur… » ; et ailleurs : « …Et le fils d’une femme israélite a blasphémé le nom. » Rabbi Iliyâ dit : Ils n’étaient pas originaires du ciel, mais de ce bas monde ; ainsi, le mot « meolam », du monde, désigne le monde d’ici-bas, ainsi qu’il est écrit : « Souvenez-vous, Seigneur, de vos bontés et de vos miséricordes qui sont dans le monde (meolam) » ; ici également, le Psalmiste parle du monde d’ici-bas ; car ce sont les patriarches qui attirent ici-bas les miséricordes divines. Rabbi Isaac dit : « Meolam » désigne le lit de Schelomoh, ainsi qu’il est écrit : « Le lit de Schelomoh est environné de soixante puissants. » Rabbi Aha dit : Avant la corruption du monde, tous les hommes étaient appelés « fils d’Élohim ».
Remarquez qu’au moment de la création, toutes les œuvres n’existaient qu’à l’état de dessin ; ce n’est qu’après que le Saint, béni soit-il, les eut déracinées et transplantées ailleurs, qu’elles apparurent sous leur forme actuelle. Rabbi Yessa demanda : Quelle est la signification de ce verset : « Ceci est le livre de la Genèse de l’homme. Au jour qu’Élohim créa l’homme, il le fit à la ressemblance d’Élohim. Il les créa mâle et femelle ; il les bénit et il leur donna le nom d’Homme (Adam) » ? Rabbi Abba lui répondit : Ce verset renferme un Mystère suprême. La tradition nous apprend, en effet, que, le jour de l’an, on ouvre au ciel trois livres ; l’un est destiné aux noms des justes parfaits, etc.
Le premier livre est le livre suprême qui est la source de tout, même des lettres de l’Écriture. Le livre du milieu participe et du ciel et de la terre. Enfin, le troisième livre, c’est le livre de la Loi écrite, qui était destiné au premier homme. Le « livre de la Genèse de l’homme » est le livre des justes parfaits, comme il est dit : « Ceci est le livre de la Genèse de l’homme. » L’« homme », c’est le juste qui est fécond. L’Écriture ajoute : « Lorsque Dieu a créé l’homme », c’est-à-dire que l’homme a été créé à l’image de Dieu. L’Écriture ajoute : « Il les créa mâle et femelle » ; le mot « les créa » (baram) finit par un Mem fermé, allusion au fait qu’ils étaient inclus l’un dans l’autre. Selon une autre version, le livre dont il est question dans l’Écriture désigne le mystère renfermé dans le verset suivant : « Le nom du Seigneur est une forte tour : Le Juste y a recours, et il y trouve une haute forteresse. » C’est ce mystère que Dieu avait révélé à Adam ; et c’est ce que l’Écriture désigne par le nom de « livre de la Genèse de l’homme ». C’est cette tour, dont parle l’Écriture, et qu’Adam avait parcourue. Quelle est cette tour ? C’est la tour de David ; et c’est elle que l’Écriture désigne par le terme : « Le nom du Seigneur
est une forte tour » ; car tout signifie la même chose, ainsi que cela est connu aux fidèles. Rabbi Abba dit en outre : Ce livre avait été révélé au premier homme ; et, aussitôt qu’il y regarda, il y reconnut la « Sagesse suprême ». Ce livre est également parvenu aux enfants de Dieu, c’est-à-dire aux hommes qui étaient les coryphées de la science durant leur vie et qui avaient le bonheur de reconnaître la « Sagesse suprême ». Puisse tout le monde méditer ce livre et reconnaître par lui la « Sagesse suprême ». Ce livre a été descendu du ciel et remis à Adam par l’Ange maître des mystères, qui était précédé de trois messagers. Lorsqu’Adam fut chassé de l’Éden, il pressait ce livre, de crainte qu’il ne s’échappât d’entre ses mains. Mais le livre s’envola. Adam se mit à pleurer et à prier son Maître pour que le livre lui fût rendu. Le livre lui fut alors rendu avec la promesse qu’il serait un jour révélé aux hommes, afin que ceux-ci connaissent la « Sagesse suprême » et s’efforcent à connaître leur Maître. Une autre tradition nous apprend également qu’Enoch possédait aussi un livre ; c’était le même qui avait été révélé à Adam. C’est ainsi qu’il connut le mystère de la « Sagesse éternelle » ; et c’est pourquoi il fut enlevé de la terre, ainsi qu’il est écrit : « Et il ne parut plus, parce qu’Élohim l’enleva. » C’est aussi Enoch que l’Écriture désigne par le mot « adolescent » (naar), ainsi qu’il est écrit : « Habitue l’adolescent (hanokh) dans son jeune âge. » Tous les trésors du Monde céleste avaient été confiés aux mains d’Enoch ; et Enoch, ayant reconnu la « Sagesse éternelle », la révéla aux autres et envoya des messagers pour répandre ce mystère dans le monde. La « Sagesse éternelle » avait confié aux mains d’Enoch mille clefs. Il prononça tous les jours cent bénédictions et en tressa des couronnes à son Maître. Dieu l’enleva de ce monde pour son service, ainsi qu’il est écrit : « … Parce qu’Élohim l’enleva. » C’est dès cette époque que ce livre est connu parmi les hommes sous le nom de « livre d’Enoch ».
Au moment où le Saint, béni soit-il, lui révéla ce mystère, il lui montra tous les trésors célestes ; il lui montra l’Arbre de vie du milieu du Jardin, ses feuilles et ses branches ; car tout se trouve dans le livre d’Enoch. Heureux le sort des gens de haute vertu, à qui le mystère de la « Sagesse éternelle » a été révélé, car ils ne l’oublieront jamais, ainsi qu’il est écrit : « Le mystère du Seigneur est révélé à ceux qui le craignent ; et il fait connaître son Alliance à ceux qui veulent la connaître. »
Il est écrit : « Mon esprit ne demeurera pas pour toujours avec l’homme, parce qu’il n’est que chair. » Rabbi Aha dit : En ce moment, la lumière qui forme l’Esprit de l’Arbre de vie sort de celui-ci et rentre dans l’Arbre qui renferme la mort. C’est ainsi que l’esprit dont les hommes sont privés durant leur vie s’empare des âmes au moment où elles quittent les corps. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Mon esprit ne demeurera pas pour toujours avec l’homme, parce qu’il n’est que chair » ; d’où il résulte que l’esprit ne demeure avec l’homme que tant qu’il est chair, mais qu’il revient à l’âme dès que celle-ci a quitté le corps.
Rabbi Éléazar dit : « … Car il n’est que (beschagam) chair » désigne Moïse ; car c’est lui qui éclaire la lune et c’est par lui que les hommes de ce monde ont trouvé le salut pendant un long espace de temps. Il est écrit : « Et le temps de l’homme sera de cent vingt ans. » Ces paroles désignent Moïse, par l’intermédiaire duquel la loi a été donnée à Israël ; et c’est de cette façon que Moïse a communiqué aux hommes l’esprit vital de l’Arbre de vie ; et si Israël n’avait péché, il aurait conservé à jamais cet esprit vital, ainsi qu’il est écrit : « Et les tables de la loi étaient l’œuvre d’Élohim ; et l’écriture était l’écriture d’Élohim gravée sur les tables de la loi » ; or, le mot « harouth », gravé, signifie également « affranchie » ; car si Israël n’avait pas péché, les tables de la loi l’auraient affranchi de l’Ange de la mort. Car Moïse a attiré l’Arbre de vie ici-bas ; et c’est ce qu’indique l’Écriture par les mots « beschagam hou basar » (il n’est que chair) ; « beschagam » veut dire : c’est grâce à Moïse que la parole subsiste et c’est grâce à lui que l’Esprit de vie est descendu ; c’est « beschagam » (Moïse) qui fait l’unité en haut et l’unité en bas. C’est pourquoi la tradition nous apprend que Moïse n’est pas mort ; et il a été seulement enlevé du monde ; mais il continue à éclairer la lune. De même que le soleil, lorsqu’il disparaît à nos yeux, ne meurt pas, mais continue à éclairer la lune de sa lumière, de même c’est le cas de Moïse.
Selon une autre version, les mots « beschagam hou basar » signifient que l’esprit de l’homme, c’est-à-dire son âme, sera revêtue plusieurs fois de chair, jusqu’à ce qu’elle soit devenue susceptible de l’Esprit de Dieu.
Rabbi Isaac dit : Les générations sorties de Seth étaient toutes justes et pieuses ; elles se répandirent dans le monde, le peuplèrent et introduisirent l’art de la guerre. Ces générations se perpétuèrent jusqu’à l’arrivée de Noé, qui donna aux habitants du monde une autre direction en les initiant dans la connaissance de l’agriculture ; car, avant Noé, les hommes n’avaient point besoin de semer ni de moissonner, et ce n’est que plus tard que le besoin s’en fit sentir, ainsi qu’il est écrit : « Tant que la terre durera maintenant, la semence et la moisson, le froid et le chaud, l’été et l’hiver, la nuit et le jour ne cesseront point de se succéder alternativement. » Rabbi Éléazar dit : Le Saint, béni soit-il, rachètera un jour le monde et accordera aux hommes son Esprit, afin que ceux-ci vivent éternellement, ainsi qu’il est écrit : « … Car mon peuple vivra aussi longtemps que l’Arbre » ; et ailleurs il est écrit : « Il précipitera la mort pour jamais ; et le Seigneur Dieu séchera les larmes de tous les yeux, et il effacera de dessus la terre l’opprobre de son peuple ; car c’est le Seigneur qui a parlé. »
Rabbi Siméon dit : Nous savons par une tradition que lorsque le Saint, béni soit-il, créa le monde, il grava le mystère de la Foi avec des lettres d’une lumière étincelante ; il grava ce mystère en haut et le grava aussi en bas ; là, aussi bien qu’ici, c’est le même mystère ; le monde d’ici-bas est fait d’après celui d’en haut ; le monde d’ici-bas n’est que le miroir de celui d’en haut ; il a été fait ainsi pour que tout soit uni dans une union parfaite. C’est pourquoi le Saint, béni soit-il, grava les lettres du mystère de la Foi en haut aussi bien qu’en bas ; c’est par ce mystère qu’il créa les mondes. Remarquez que le Saint, béni soit-il, a créé le premier homme de la même façon qu’il a créé le monde. Rabbi Siméon commença sa conférence de la manière suivante : Il est écrit : « Mais pour eux, ils ont rompu, comme Adam, l’Alliance ; et dans ce lieu ils ont violé mes ordres. » Lorsque le Saint, béni soit-il, créa l’homme, il le couronna de couronnes célestes et le forma de façon à dominer dans les six directions ; il le forma de façon parfaite en tout. Tous les êtres craignaient l’homme ; car, au moment de sa création, il portait sur son visage l’empreinte d’en haut. Tous les êtres tremblaient à la vue de ce visage. Ensuite le Saint, béni soit-il, l’introduisit dans le Jardin de l’Éden, afin qu’il pût y jouir des jouissances célestes. Les anges l’entouraient, lui rendaient les honneurs et lui révélaient les mystères relativement à la connaissance de leur Maître. Remarquez qu’au moment où le Saint, béni soit-il, introduisit l’homme dans le Jardin de l’Éden, il lui fit entrevoir tous les Mystères suprêmes et toute la « Sagesse », afin que l’homme connût la gloire de son Maître. Il y a en haut sept palais renfermant le mystère de la Foi, et il y a également en bas sept palais qui correspondent à ceux d’en haut. De ces sept palais d’en haut, six seulement sont accessibles à l’entendement de l’homme, alors que le septième est secret et mystérieux et fait partie des Mystères suprêmes. Comme les sept palais en bas sont formés sur le modèle de ceux d’en haut, il s’ensuit que, parmi les sept palais d’en bas, il y en a un qui est
supérieur à tous les autres, parce qu’il tient du ciel et de la terre. C’est ce palais que Dieu désigna à l’homme pour résidence. Mais après que le premier homme a été chassé du Jardin de l’Éden, le Saint, béni soit-il, réserva aux âmes des justes le bonheur de jouir de la présence de Dieu et de reprendre en haut ce visage du premier homme qui tenait du ciel et de la terre, ainsi que nous venons de le dire. Le premier palais est celui qui prépare le monde d’ici-bas à atteindre à une perfection pareille à celle des êtres d’en haut. Les légions du Jardin de l’Éden sont formées de nos collègues. Car aucun œil ne peut le voir, si ce n’est les âmes des justes, qui y sont admises, pour qu’elles participent du ciel et de la terre et pour qu’elles puissent y méditer sur les mystères de leur Maître, en y jouissant des charmes célestes. Les justes dont les âmes y trouvent accès sont ceux qui ne renient leur Maître sous la pression d’aucune menace. Il est écrit : « Une femme vaillante est la couronne de son mari. » Dans ce verset est exprimé le mystère de la Foi. L’homme doit toujours rester attaché à son Maître, le craindre constamment et ne jamais dévier ni à droite ni à gauche ; ainsi que nous venons de le dire, l’homme ne doit jamais céder à la pression des menaces et ne jamais renier son Maître par une crainte qui est appelée « femme adultère » ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Dites à la “Sagesse” : vous êtes ma sœur ; et appelez l’“Intelligence” (Bina) votre amie, afin qu’elle vous défende de la femme étrangère, de l’étrangère qui se sert d’un langage doux. » Dans ce palais se trouvent des âmes destinées à monter plus haut. Car, lorsque les âmes des justes quittent ce monde, elles entrent dans ce palais situé dans l’Éden inférieur ; elles y restent tout le temps nécessaire pour leur préparation à monter dans l’Éden supérieur. Dans chacun des palais de l’Éden inférieur se trouvent donc des âmes ayant déjà la forme de celles de l’Éden supérieur, et d’autres ayant la forme de celles de l’Éden inférieur. Car, dans l’Éden inférieur, les âmes sont enveloppées de vêtements dont l’essence correspond au lieu ; les âmes jouissent de ces enveloppes dont elles sont entourées aussi longtemps que dure leur séjour dans ces palais. Mais dès qu’arrive le moment de monter à une région supérieure, elles sont dépouillées de leur enveloppe. Malgré cette enveloppe, les âmes peuvent voir les formes célestes et contempler la gloire de leur Maître. Dans ce palais, les âmes peuvent également contempler la lumière qui se dégage des âmes des convertis, qui montent et descendent ; chaque fois, avant de monter, ces âmes s’entourent d’une enveloppe d’une lumière éclatante, mais à peine accessible à l’œil des autres âmes. Ce palais est plus splendide que les pierres précieuses et que l’or. Il est pourvu d’une porte qui conduit à la porte de l’enfer. C’est à travers cette porte que les justes aperçoivent les coupables qui ont refusé d’entrer dans l’Alliance sacrée et dont les âmes ont été violemment jetées, par les Anges destructeurs, dans l’enfer où elles sont brûlées. À la vue de ces tourments, les âmes des convertis se réjouissent d’y avoir échappé elles-mêmes. C’est également par cette porte que la lumière du palais pénètre trois fois par jour dans l’enfer pour apporter aux coupables quelque soulagement dans leurs tourments. À la tête des âmes résidant dans ce palais se trouvent celles d’Abdias, d’Onkelos le Converti et d’autres convertis. Le rang dans lequel sont placées les âmes, dans ce palais de l’Éden inférieur, est également conservé dans le palais de l’Éden supérieur, lorsque les âmes sont jugées dignes d’y être couronnées.
Le second palais est plus reculé que le premier dans l’intérieur de la région du Jardin de l’Éden. Il est situé à côté du tombeau des patriarches. Ce palais répand une lumière plus éclatante que le premier et qui dépasse en splendeur l’éclat de toutes les pierres précieuses. Ce palais est éclairé par une lumière colorée de toutes les couleurs, qui projette des rayons de haut en bas. Ce palais est le séjour de ceux qui, pour le salut de leurs âmes, ont souffert moralement et physiquement en ce bas monde et qui pourtant ont rendu chaque jour grâce à leur Maître, sans jamais négliger
La prière. Ce palais est la résidence de ceux qui ont sanctifié de toutes leurs forces le nom de leur Maître et qui ont répondu de toutes leurs forces à la formule liturgique : « Amen ! que son grand nom soit béni. » Ce sont les âmes des hommes mentionnés qui séjournent dans ce palais et qui sont éclairées par cette lumière composée de toutes les couleurs. À travers cette lumière, elles aperçoivent d’autres lumières, soit unies, soit désunies entre elles. Au-dessus de ces âmes se tient le Messie, qui arrive dans ce palais pour en faire monter les âmes au troisième palais. Dans ce palais séjournent les âmes de ceux qui, durant leur vie, ont souffert extrêmement à la suite de très graves maladies, ainsi que les âmes des jeunes enfants morts avant de devenir adultes. Séjournent également dans ce palais les âmes de ceux qui, durant leur vie, se sont affligés et ont répandu des larmes à cause de la destruction du Temple. Toutes les âmes des hommes mentionnés séjournent dans ce troisième palais. Le Messie les console, les élève de ce palais et les introduit au quatrième palais. Dans ce palais séjournent les âmes de tous ceux qui portaient le deuil de Sion et de Jérusalem, ainsi que les âmes de ceux qui ont été tués par les peuples païens. À la vue de ces âmes, le Messie s’afflige et pleure , et tous les chefs de la souche de David s’assemblent autour de lui et le consolent. Le Messie continue à pleurer jusqu’à ce que sa voix, montant en haut, s’unisse à la « Voix » par excellence. Il reste dans ce quatrième palais jusqu’à la néoménie. Lorsque le Messie descend pour entrer dans ce quatrième palais, il est accompagné de plusieurs rayons de lumière qui guérissent et éclairent les âmes de tous ceux qui ont été tués, qui ont souffert ou qui ont été à la peine pour le Messie. Le Messie s’entoure alors d’un manteau de pourpre sur lequel sont dessinés les noms de tous ceux qui ont été tués par les peuples païens à cause de lui. Ce manteau de pourpre s’élève alors en haut et communique l’empreinte de ces noms à la pourpre du Roi céleste. Il arrivera un jour où le Saint, béni soit-il, s’enveloppera de ce manteau de pourpre pour juger les peuples, ainsi qu’il est écrit : « Il exercera son jugement au milieu des nations. »
En attendant ce jour, le Messie visite les martyrs pour les consoler. Il est accompagné de nombreux rayons de lumière et de nombreuses légions d’anges, pour entourer et pour charmer les âmes des martyrs. C’est également dans ce palais que résident les dix grands maîtres d’Israël, tels que Rabbi Aqiba et ses collègues et autres, qui tous y acquièrent le don de voir la réverbération de cette Lumière glorieuse et suprême dont l’Écriture dit : « Aucun œil ne l’a jamais vue, hors vous seul, ô Dieu. » Le cinquième palais est le séjour des pénitents véritables qui, étant venus à résipiscence, se sont convertis et ont rendu leur âme à l’état de pureté. Ce palais est également le séjour de ceux qui ont sanctifié le nom de leur Maître en courant au-devant de la mort pour la gloire de Dieu. À la porte de ce palais se tient Manassès, roi de Juda, dont le Saint, béni soit-il, a agréé la pénitence, en lui tendant la main. Sont également reçues dans ce palais les âmes de ceux qui, à l’heure de leur mort, ont éprouvé un regret des mauvaises actions commises ; les âmes de ceux-ci partagent tous les jours les jouissances célestes avec les autres âmes de ce palais. Trois fois par jour, une lumière céleste pénètre dans ce palais qui charme chacune des âmes selon son degré de sainteté. Chacune des âmes de ce palais se brûle à la lumière qui se dégage du dais de sa voisine, aussi bien de sa voisine supérieure que de sa voisine inférieure. Ce palais est supérieur aux quatre palais susnommés ; même les justes parfaits ne peuvent y pénétrer et encore moins y séjourner. Ainsi que l’on voit, les pénitents occupent au ciel un rang supérieur à celui des justes parfaits, excepté toutefois les zélateurs dont les âmes sont assises au rang le plus élevé. Le sixième palais
est le séjour des âmes des zélateurs. Ce palais est supérieur à tous les autres palais auxquels les âmes ont accès. Ne peuvent pénétrer dans ce palais que les zélateurs saints, ainsi que tous ceux qui aiment leur Maître d’un amour véritable. À la porte de ce palais se tiennent tous ceux qui, durant leur vie, ont, chaque jour, proclamé l’unité de leur Maître. Ceux-là se tiennent à la porte pour que, lorsque le moment arrivera de sortir de ce palais pour monter dans les palais de l’Éden supérieur, ils en sortent les premiers. À l’une des portes de ce palais se tient Abraham, qui est la main droite du Saint, béni soit-il. À l’autre porte se tient Isaac qui a été lié sur l’autel et offert en holocauste parfait au Saint, béni soit-il. À la troisième porte se tient Jacob entouré des douze chefs des tribus, au-dessus desquels plane la Schekhina. Chaque fois qu’Israël est en détresse, les trois patriarches s’ébranlent et implorent la Schekhina pour qu’elle le protège ; alors la Schekhina descend, pose une couronne sur sa tête et protège Israël.
De même qu’il y a des palais en bas, dans le Jardin de l’Éden, de même il y en a en haut qui complètent ceux d’en bas où est renfermé le mystère de la Foi. Tous les six palais précités sont ramifiés entre eux et ont pour centre le septième palais. Le septième palais est plus secret et plus mystérieux que tous les autres. Au milieu de ce palais s’élève une colonne multicolore : vert, blanc, rouge et noir. Lorsque les âmes quittent le monde, elles sont introduites pour un instant dans ce palais. Telle âme qui voit telle couleur de la colonne est placée dans le palais qui correspond à cette couleur ; une autre âme aperçoit telle autre couleur de la colonne, et elle est placée dans le palais qui correspond à cette autre couleur, et ainsi de suite. Les six palais précités sont destinés au séjour des âmes, mais le septième ne l’est pas, les âmes n’y étant introduites que pour un instant.
Le nom de Seth exprime le mystère de ces six palais. C’est pourquoi l’Écriture dit « Bereschith », qui signifie « Bara schith » (créa six) ; c’est une allusion aux six palais formant les six degrés d’en bas ; tous sont compris dans le même mystère. Remarquez que la Genèse commence par le mot « Bereschith ». Rabbi Yehouda dit : Il y avait deux Temples, l’un était d’en haut, l’autre d’en bas. Il y a également, dans le nom de Jéhovah, deux Hé, dont l’un est d’en haut et l’autre d’en bas, et tous les deux sont un. La lettre Beth a ceci de particulier qu’elle représente la forme d’une maison à porte ouverte ; et si l’on tourne la lettre dans tous les sens, sa porte est également ouverte dans tous les sens. C’est pourquoi l’Écriture commence par le mot « Bereschith », ce qui veut dire « Beth reschith », c’est-à-dire : Celui qui est la Porte symbolisée par la lettre Beth constitue le commencement et la base (reschith) de tout l’édifice (baith). Rabbi Isaac dit au nom de Rabbi Éléazar : Par le mot « Bereschith », l’Écriture désigne cette figure qui est la synthèse de toutes les autres et à laquelle font allusion les paroles de l’Écriture : « Telle fut cette image de la gloire du Seigneur » ; c’est l’image dans laquelle sont concentrées les six autres. Le mot « Bereschith » peut donc s’interpréter de cette façon : « Be reschith bara schith », c’est-à-dire : c’est par la Figure par excellence, « Bereschith », que Dieu créa les six autres figures, « Bara schith ».
Rabbi Yossé a ouvert une de ses conférences par l’exorde suivant : Il est écrit : « Les fleurs paraissent sur la terre ; le temps de chanter est venu, et la voix de la tourterelle s’est fait entendre dans notre pays. » « Les fleurs » désignent les six degrés ; « paraissent sur la terre » désignent les six degrés de l’Éden d’en bas qui correspondent à ceux de l’Éden d’en haut ; « le temps de chanter est venu » signifie que c’est seulement par la connaissance des six degrés que l’homme devient apte à chanter les louanges de Dieu, ainsi qu’il est écrit : « …Afin qu’au milieu de ma gloire je chante vos louanges. » C’est pourquoi ce chapitre des Psaumes commence par le mot « cantique » ; et nous savons par la tradition que tous les Psaumes qui commencent par les mots « cantique de David » n’ont été chantés par David qu’après qu’ils lui ont été inspirés par la Schekhina.
Rabbi Abba dit : Tout dans le monde est divisé en deux parties dont l’une est visible et l’autre invisible. Ce qui est visible n’est que le reflet de ce qui est invisible. Ainsi les six jours célestes ont produit des choses invisibles ; les six jours de la création d’ici-bas ont produit des choses visibles. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Be-reschith bara Elohim », ce qui veut dire : « Bereschith » a donné naissance à Elohim, car Elohim, c’est le nom sacré visible. « Be-reschith » est en haut ; Elohim est son image en bas. Ainsi toutes les œuvres du Saint, béni soit-il, ont leur reflet ici-bas. De même que « Bereschith » est reflété en Elohim ici-bas, de même le ciel est reflété dans la terre ; le ciel invisible devait nécessairement avoir un reflet visible, et c’est la terre ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Eth haschamaïm ve eth haaretz » : Le ciel a produit la terre, qui en est la partie visible.
Il est écrit : « Et la terre était thohou et bohou. » Ce verset a été déjà expliqué par nous. La « terre » désigne la terre supérieure qui n’a point de lumière qui lui soit propre. L’Écriture ajoute « était », ce qui veut dire qu’elle existait déjà autrefois, mais qu’au moment de la création elle se trouvait à l’état de thohou et bohou. Enfin l’Écriture dit : « Et les ténèbres... », pour nous indiquer que la terre ayant demandé, au moment de la création, d’être diminuée par rapport à la terre préexistante, Dieu en a également diminué la lumière. L’Écriture énumère : Thohou, Bohou, Ténèbres, Esprit ; ce sont les quatre éléments formant la base du monde. Une autre version dit « ve eth ha-aretz » : c’est la terre d’en bas qui est divisée en plusieurs compartiments, différents de ceux d’en haut. C’est à quoi fait allusion le verset : « Et la terre était thohou, bohou, ténèbres et esprit ; et voici les sept compartiments dont les noms sont : « Eretz », « Adama », « Gliée », « Xesia », « Cia », « Arqa », « Thebel ». La plus grande de toutes, c’est « Thebel », ainsi qu’il est écrit : « Et il jugera la terre (Thebel) dans l’équité. »
Rabbi Yossé demanda : Quelle est cette terre qui porte le monde « Cia » ? Rabbi Simeon lui répondit : C’est la terre sur laquelle se trouve l’enfer, ainsi qu’il est écrit : « Une terre sèche et aride, image de la mort... » Ce mystère est exprimé dans les mots : « Et les ténèbres couvraient la face de l’abîme. » C’est une allusion à « Cia » où se trouve l’enfer et où séjourne également l’ange de la mort. Cette terre est désignée par le mot « ténèbres » parce que le feu de l’enfer qu’elle abrite noircit les faces de tous les damnés. Le mot « thohou » désigne la terre « Nesia », parce qu’on ne peut jeter l’œil sur cette terre sans oublier tout le passé. Le mot « bohou » désigne la terre « Arqa », parce que l’oubli n’existe pas sur cette terre. Rabbi Hiyâ dit : Le mot « bohou » désigne la terre « Gliée ». Les mots : « Et l’Esprit d’Élohim planait sur les eaux » désignent la terre « Thebel » qui se nourrit de l’esprit d’Élohim ; cet esprit règne également sur notre terre « Éretz ». De même qu’il y a en bas sept compartiments, de même, pour la terre céleste, il y a sept régions situées l’une au-dessus de l’autre, dans lesquelles séjournent les anges supérieurs. Ces sept régions sont unies à notre terre « Éretz » et ne subsistent que par elle. Dans toutes ces régions, les anges chantent des louanges du Saint, béni soit-il. Les degrés de ces anges sont indiqués par les régions qu’ils habitent. La première région, à commencer par celle d’en bas, est une partie de l’espace où il n’y a aucune lumière. Les anges qui l’habitent ressemblent à des ouragans dont on sent le passage mais qu’on ne peut voir ; ils sont invisibles, attendu qu’ils n’ont ni lumière, ni ténèbres, ni aucune couleur. Ils sont inconscients de leur propre existence, attendu que dans leur région il n’existe aucune forme. Cette région a pour chef un ange du nom de « Tahariel » qui a sous lui soixante-dix sous-chefs. Ce chef et ses sous-chefs parcourent cette région. Les anges de cette région sont anéantis tous les jours par des coups de foudre invisibles et imperceptibles aux autres anges. Ils sont renouvelés tous les matins. Comme ces coups de foudre ne se produisent que dans la nuit et jamais durant le jour, la disparition et la réapparition des anges indiquent dans cette région le jour et la nuit. La deuxième région est une partie de l’espace où il y a un peu plus de lumière que dans la précédente. Elle sert de séjour aux anges supérieurs préposés à veiller sur les œuvres des hommes et à détourner ceux-ci lorsqu’ils suivent la mauvaise voie. Cette région est visible et ne
ressemble pas à la précédente. Les anges qui l’habitent font parfois la guerre aux hommes. Ils se nourrissent des odeurs qui montent des bonnes œuvres d’ici-bas. Ils ont pour chef un ange du nom de « Qadomiel ». Ils commencent à chanter les hymnes à Dieu ; mais, à peine ont-ils commencé, qu’ils arrêtent leur chant et deviennent invisibles, jusqu’au moment où Israël commence ici-bas à chanter les louanges du Seigneur. C’est alors que ces anges redeviennent visibles et répandent plus de lumière qu’auparavant. Ils sanctifient le nom de Dieu trois fois par jour. Et quand Israël se consacre à l’étude de la doctrine, tous les anges prennent leur vol et s’élèvent en haut pour en témoigner ; et le Saint, béni soit-il, leur en tient compte. La troisième région est une partie de l’espace remplie de feu et de flammes. C’est de cette région que sort le fleuve de feu (Nahar dinour), qui se dirige à l’enfer, où il tombe sur la tête des coupables. C’est également dans cette région que séjournent les anges destructeurs qui tourmentent les coupables dans l’enfer. Ces anges sont les accusateurs d’Israël à qui ils portent beaucoup de préjudice, excepté à l’époque où Israël fait pénitence et met ainsi les mauvais anges dans l’impossibilité d’avoir prise sur lui. Ils ont un chef qui est du côté gauche ; d’ailleurs tous sont du côté des ténèbres, ainsi qu’il est écrit : « Et les ténèbres couvraient la face de l’abîme. » Samaël le coupable s’y trouve également. La quatrième région est la partie de l’espace qui est resplendissante de lumière. C’est là que séjournent les anges supérieurs du côté droit. Les anges qui y séjournent commencent les hymnes et les terminent, et, par conséquent, diffèrent des anges susnommés qui sont brûlés par les foudres avant d’achever leurs hymnes et qui sont renouvelés tous les matins. Les anges de la quatrième région restent toujours immuables ; ce sont les anges de miséricorde qui ne se transforment jamais. C’est de ces anges que l’Écriture dit : « Toi qui rends tes anges comme les vents, et tes ministres comme les flammes ardentes... » Ces anges sont chargés de missions sur la terre ; mais ils n’apparaissent aux hommes qu’en songe, ou d’une autre façon, selon le degré d’intelligence de celui à qui ils apparaissent. Ils ont un chef du nom de « Padaél ». Ces anges sont chargés de la garde des clés ouvrant les portes de miséricorde à ceux qui font pénitence et retournent vers leur Maître, c’est-à-dire des clés qui ouvrent les portes par où passent les prières et les vœux formulés. La cinquième région est une partie de l’espace où la lumière se manifeste avec plus d’éclat que dans toutes les régions précédentes. Elle est le séjour des anges dont une partie est de feu et l’autre d’eau. Ces anges sont des messagers tantôt de miséricorde et tantôt de rigueur. Les premiers séjournent d’un côté de la région, et les autres de l’autre côté. Tantôt ce sont les premiers qui sont lumineux et les derniers obscurs, tantôt c’est inversement. Ils chantent les louanges de leur Maître au milieu de la nuit. Ils ont un chef dont le nom est « Qadaschiël ». Lorsqu’arrive minuit et que souffle le vent du nord, le Saint, béni soit-il, arrive au Jardin de l’Éden pour s’entretenir avec les justes. Ce vent du nord avertit les anges chargés de chanter les louanges de Dieu, à minuit, que l’heure est arrivée. Tous entonnent alors les hymnes. Et lorsqu’arrive le matin et que l’obscurité du crépuscule se marie avec la clarté du jour, tous les autres anges entonnent des hymnes, et toutes les étoiles du ciel, ainsi que tous les anges d’ici-bas, accompagnent leur chant, ainsi qu’il est écrit : « ...Lorsque les astres du matin me louaient tous ensemble et que tous les enfants de Dieu étaient transportés de joie. » Ce chant des anges continue jusqu’au moment où Israël commence à chanter les louanges. La sixième région est celle qui est située le plus près du règne céleste. Cette région est parcourue par des navires qui couvrent les fleuves et les lacs sortant de la mer. Il y a également des poissons qui parcourent le monde dans tous les sens. Ils ont plusieurs chefs,
et le nom du chef suprême est « Oriel », qui est au-dessus de ses sous-chefs. Ces derniers ont des heures et des instants déterminés où commence et où finit leur gouvernement. Quand les navires se dirigent dans la direction du Sud, c’est le chef Michel qui gouverne cette région. Quand c’est dans la direction du Nord que les navires se dirigent, c’est Gabriel qui gouverne, attendu que cet ange se tient au côté gauche du char céleste, alors que Michel se tient au côté droit. Lorsque les navires se dirigent du côté de l’Est, c’est Raphaël qui gouverne cette région, attendu que lui aussi se tient du côté droit du char céleste. Enfin quand les navires se dirigent dans la direction de l’Ouest, c’est Oriel lui-même qui gouverne cette région ; c’est donc lui qui gouverne le dernier. La septième région est la partie de l’espace la plus supérieure de toutes ; là ne pénètrent que les âmes des justes qui jouissent dans cette région de la splendeur céleste et se délectent aux charmes célestes. Dans cette région ne se trouve aucun autre être en dehors des heureux susnommés. C’est là que sont accumulés les trésors de la paix, de la bénédiction et de la grâce. Mais, comme nous avons dit précédemment que le monde d’en bas est formé sur le modèle de celui d’en haut, il s’ensuit que le monde d’en bas est également divisé en sept régions. Toutes les sept terres sont habitées par des hommes ayant des figures semblables à la nôtre. Les habitants de toutes ces terres louent le Saint, béni soit-il, et lui rendent grâce. Mais les habitants d’aucune de ces sept terres ne connaissent aussi bien la gloire du Saint, béni soit-il, que ceux qui habitent la terre supérieure du nom de « Thebel » ; car elle n’est habitée que par des justes aux corps sanctifiés. De même que la septième de ces régions célestes est exclusivement réservée aux âmes des justes, de même la septième terre est exclusivement habitée par les corps des justes, pour que cette région ici-bas corresponde à celle d’en haut. Rabbi Siméon dit : Outre les sept régions mentionnées, il y a encore sept palais renfermant le mystère de la Foi. Ces sept palais sont situés dans les sept régions susnommées et correspondent aux sept cieux supérieurs.
Chaque palais est habité par un esprit supérieur. Le premier palais est habité par l’esprit chargé des âmes des convertis. Son nom est « Rahmiel ». C’est lui qui mène ces âmes pour les mettre en présence de la splendeur de la gloire suprême. Le deuxième palais est habité par un esprit du nom de « Ahinaël ». Il est chargé des âmes des enfants qui n’ont pas eu le bonheur de se consacrer en ce bas-monde à l’étude de la doctrine ésotérique ; c’est lui qui est chargé de les instruire. Le troisième palais est habité par un esprit du nom d’« Adrahinaël ». Il est chargé des âmes de ceux qui, avant de mourir, avaient pris la décision d’abandonner leur mauvaise conduite et de faire pénitence, mais qui, surpris par la mort, n’avaient pu exécuter leur résolution. Les âmes de tels hommes sont d’abord jetées dans l’enfer ; et, ensuite, l’esprit mentionné les en tire et les prépare à jouir de la splendeur de la gloire de leur Maître. Pourtant la jouissance de ces âmes est inférieure à celle des autres. Elles sont appelées « enfants de chair » ; c’est à elles que font allusion les paroles de l’Écriture : « Et à chaque néoménie et à chaque Sabbat, toute chair viendra se prosterner devant moi, dit le Seigneur. » Le quatrième palais est habité par l’esprit du nom de « Gadrihael ». Il est chargé des âmes de ceux qui ont été tués par les peuples païens, à cause de leur foi. Cet esprit fait monter ces âmes dans la pourpre du Roi, où leurs noms sont dessinés, en attendant le jour où le Saint, béni soit-il, les vengera, ainsi qu’il est écrit : « Il exercera son jugement contre les païens ; il remplira tout de ruines ; il écrasera sur la terre les têtes d’un grand nombre de personnes. » Le cinquième palais est habité par un esprit du nom d’« Adiriel ». Il est chargé des âmes des pénitents qui ont persévéré dans leur pénitence jusqu’à la mort. Ces âmes sont supérieures à toutes les autres, de même que le palais qui les abrite est supérieur aux autres. Au-dessus de tous ces cinq esprits est placé Michel, le grand chef céleste, sous les ordres duquel sont placés plusieurs milliers et plusieurs centaines de millions d’anges. Michel est chargé de délecter les âmes des zélateurs en leur montrant la lumière céleste qui se dégage du fleuve qui conduit au monde futur.

Source Sepher ha-Zohar, tome I, trad. Jean de Pauly (1906), archive.org SepherHaZoharLeLivre1 (OCR corrigé) · Sommaire