Judaïsme

Zohar I, Section Bereschith (fol. 50b-54b)

Cette lumière, que nous désignons par le nom de piédestal, est unie, d’une part, à la lumière blanche, et, d’autre part, au corps d’où elle s’élève, c’est-à-dire au charbon ou à la chandelle. La lumière de couleur bleue devient parfois rouge, alors que la lumière blanche ne change jamais et reste toujours invariable. Ainsi que nous venons de le dire, la lumière de couleur bleue est unie, à sa partie supérieure, à la lumière blanche, et, à sa partie inférieure, au corps d’où elle s’élève. Elle consume le corps qui est au-dessous d’elle, parce que tout ce qui est au-dessous d’elle se consume nécessairement à mesure qu’elle continue à s’élever, alors que la lumière blanche, qui est au-dessus de celle-ci, ne consume rien, ni ne s’altère jamais. C’est pourquoi Moïse a dit : « ... Car le Seigneur ton Dieu est un feu dévorant », ce qui veut dire : c’est le feu de couleur bleue qui consume le corps qui est au-dessous d’elle. C’est pour cette raison que Moïse a dit : « ... Le Seigneur ton Dieu », mais non pas : « Le Seigneur notre Dieu » ; car Moïse a été dans cette lumière blanche qui est au-dessus de l’autre et qui ne consume rien. Remarquez qu’il n’y a rien qui unisse la lumière de couleur bleue avec celle de couleur blanche, si ce n’est Israël qui se trouve au-dessous de la lumière de couleur bleue. Remarquez en outre qu’en dépit de la loi qui veut que cette lumière consume le corps qui est au-dessous d’elle, Israël reste constamment attaché à elle sans être consumé. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Vous vous attachez au Seigneur votre Dieu, et vous restez toujours en vie jusqu’aujourd’hui », ce qui veut dire : bien que le Dieu que vous connaissez soit la flamme de couleur bleue qui consume tout ce qui est au-dessous d’elle, vous êtes quand même conservés en vie jusqu’aujourd’hui.
Au-dessus de la lumière blanche, il y a une lumière transparente et presque imperceptible, qui correspond au mystère suprême. Ainsi, vous voyez que dans la flamme se trouve l’image des mystères suprêmes. Rabbi Pinhas, s’approchant de Rabbi Siméon et l’embrassant, s’écria : Béni soit Dieu qui a dirigé mes pas vers toi, parce que ceci m’a valu d’entendre ces bonnes paroles. Rabbi Siméon et les collègues accompagnèrent Rabbi Pinhas sur un parcours de trois lieues et revinrent ensuite sur leurs pas. Rabbi Siméon dit alors aux collègues : Ce que je viens de vous dire constitue le mystère de la « Sagesse éternelle » unie avec l’essence divine. Ainsi, le dernier Hé du nom sacré de Jéhovah constitue la lumière de couleur bleue qui, à son tour, est unie aux trois lettres précédentes, Yod, Hé et Vav, qui constituent la lumière blanche.
Remarquez que tantôt la lumière de couleur bleue est désignée par la lettre Daleth et tantôt par la lettre Hé. Lorsqu’Israël ne s’attache point ici-bas à cette lumière, elle est désignée par la lettre Daleth ; mais quand elle est unie à la lumière blanche, elle est désignée par la lettre Hé, ainsi qu’il est écrit : « Si une fille fiancée à un homme... » Le mot « naarah » est écrit, en cet endroit, sans le Hé final, ce qui est contre la règle de la langue hébraïque, où « naar » signifie « fils » et « naarah » « fille ». Pourquoi ? Parce qu’elle ne s’est point attachée au mâle ; et partout où il n’y a pas d’union entre le mâle et la femelle, il n’y a point de Hé non plus ; aussi, en pareil cas, la lumière de couleur bleue est-elle désignée par la lettre Daleth. Mais quand elle s’unit à la lumière blanche, elle est désignée par le Hé ; car alors l’union est parfaite, en ce sens qu’elle est attachée à la lumière blanche qui est au-dessus d’elle ; et Israël qui est au-
dessous d’elle, est attaché à elle. Tel est également le mystère de la fumée qui s’élève de l’autel où sont offerts les sacrifices ; cette fumée provoque la flamme de couleur bleue qui est au-dessus d’elle ; et, quand cette flamme est reproduite, elle s’unit à la lumière blanche qui est au-dessus d’elle, de sorte que la chandelle brille alors avec une parfaite unité. Et comme c’est dans la nature de cette lumière de couleur bleue de consumer le corps qui est au-dessous d’elle, elle descend également pour consumer le sacrifice déposé sur l’autel, ainsi qu’il est écrit : « Et le feu du Seigneur tomba et consuma l’offrande. » C’est alors que l’on sait que la lumière brille dans une parfaite union ; car, du moment qu’elle consume au-dessous d’elle la graisse des sacrifices et des holocaustes, il est certain qu’elle est unie, à sa partie supérieure, à la lumière blanche, attendu qu’elle ne consume rien au-dessous d’elle qu’autant qu’elle est unie à la lumière qui est au-dessus d’elle. Après que cette flamme a consumé les holocaustes, les cohanites, les lévites et les laïcs s’unissent à elle dans le chant des hymnes, dans la méditation et dans la prière, et, l’union du monde d’en haut et de celui d’en bas ainsi obtenue, l’en-haut et l’en-bas sont bénis. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Et vous vous attachez au Seigneur votre Dieu, et vous êtes conservés en vie jusqu’aujourd’hui. » Pourquoi l’Écriture dit-elle « et vous » (veathem), au lieu de dire « vous » (athem) ? C’est pour accentuer par là l’antithèse qui est formée par Israël ; les holocaustes sont consumés dès que la flamme de couleur bleue les touche, alors qu’Israël est attaché à cette même flamme ; et pourtant il est conservé en vie jusqu’aujourd’hui. Toutes les couleurs vues en songe sont d’un bon présage, excepté la couleur bleue, parce que, ainsi que nous venons de le dire, elle consume le corps qui est au-dessous d’elle. C’est l’arbre de la mort qui couvre le monde ; et c’est précisément parce que le monde est situé au-dessous de cet arbre que tout y est consumé. Mais, dira-t-on peut-être, il y a pourtant en haut également des êtres célestes qui sont au-dessous de cette flamme de couleur bleue et qui pourtant ne sont pas consumés. À ceci nous répondrons ce qui suit : Remarquez que les êtres d’en haut sont tous compris dans cette lumière même, étant d’une essence céleste, alors que les êtres d’en bas sont d’une essence différente ; ils sont à cette flamme ce que la chandelle est à la lumière. Remarquez que tout l’espace est divisé en quarante-cinq parties, dont chacune présente une couleur différente. Ces sept couleurs différentes sont celles qui, frappant de leurs rayons les pierres des sept abîmes, en font ressortir l’eau ; car c’est l’air de couleur blanche qui se métamorphose en eau. La lumière et les ténèbres sont les seules qui forment l’air et l’eau ; la matière constitutive unie avec la lumière forme l’air ; unie avec les ténèbres, elle forme l’eau. En quittant sa source, la lumière se dirige par soixante-quinze canaux vers le monde matériel. À l’entrée de la lumière à chacun de ces canaux, une voix retentit qui fait trembler l’abîme ; cette voix fait entendre ces paroles : « Partage-toi, matière, pour que la lumière pénètre en toi », ainsi qu’il est écrit : « Un abîme appelle l’autre abîme au bruit des canaux. » Au-dessous de ces canaux, il y a trois cent soixante-cinq rigoles, dont une partie est de couleur blanche, une autre de couleur noire et une troisième de couleur rouge. Ces rigoles sont divisées en dix-sept classes, dont chacune présente la forme d’un réseau. Deux de ces réseaux ont l’aspect du fer, et deux autres celui du cuivre. Aux deux extrémités de l’espace, se trouvent deux trônes qui sont constamment en communication entre eux à l’aide des canaux et des rigoles qui vont de l’un à l’autre. Chacun de ces trônes forme un ciel dont l’un est situé du côté droit et l’autre du côté gauche ; celui du côté droit est de couleur noire et celui du
côté gauche est multicolore. Comme la lumière va d’un trône à l’autre, il s’ensuit que, chaque fois que la lumière d’un trône est parvenue à l’autre par la voie d’un des canaux mentionnés, elle retourne auprès du premier trône pour y puiser une nouvelle force. Ainsi, la lumière va, par certains canaux, du trône droit au trône gauche, et retourne, par certains autres canaux, du trône gauche au trône droit, tel le sang des veines du corps humain. Le sang monte au cœur par certaines veines et en ressort par d’autres. Telle est l’image de cette région de l’espace formant sept couleurs différentes ; ces sept couleurs constituent le mystère suprême. Sept autres lumières sont divisées en sept mers qui, toutes, aboutissent à une seule grande mer. Cette dernière est la mer suprême où sont concentrées les sept autres. Les sept lumières dont il était parlé tombent dans cette grande mer et se séparent ensuite en sept, pour correspondre au nombre des sept mers qui forment autant de branches de la grande, ainsi qu’il est écrit : « Il le frappera dans ses sept branches. » Chacune des sept branches se subdivise en sept étangs, chaque étang en sept rivières et chaque rivière en sept ruisseaux. Il résulte de ce qui précède que les eaux de la grande mer, de ses branches, des sept étangs, des sept rivières et des sept ruisseaux sont en contact. Un grand poisson, émanant du côté gauche, parcourt toutes ces voies d’eau. Ses écailles sont aussi solides que le fer ; une flamme s’échappe de sa bouche, qui consume tous ceux qu’il rencontre sur sa route ; et sa langue est effilée comme une épée. Tous ses efforts tendent à pénétrer dans le sanctuaire, qui est la grande mer, pour y souiller la sainteté, y éteindre les lumières et faire en sorte que les eaux de la grande mer, une fois gelées, ne puissent plus se déverser dans ses embranchements. Ce mystère est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Et le serpent était le plus fin des animaux que Jéhovah Élohim avait formés sur la terre. » Le mauvais serpent voulait arriver à son but, à souiller la sainteté d’en haut en commençant à souiller l’homme ici-bas. Connaissant la ramification de toutes les voies d’eau, il comprit qu’en rendant amère l’eau du ruisseau, ce fait se répercuterait jusqu’aux eaux de la grande mer. C’est pourquoi il allait séduire l’homme ici-bas, afin de couper les ramifications des voies inférieures avec les voies supérieures. Ce serpent a amené la mort au monde ; il émane du côté gauche ; il sut s’introduire furtivement dans l’intérieur de l’homme. Mais il y a un autre serpent qui émane du côté droit. Tous les deux serpents accompagnent l’homme durant sa vie. L’Écriture dit : « … De tous les animaux que Jéhovah Élohim avait formés sur la terre. » Car tous les animaux de la terre ne sont pas doués de tant de ruse pour arriver à nuire à l’homme, ainsi que l’a fait le serpent, parce qu’il constitue la gangue de l’or. Malheur à celui qui se laisse entraîner par le serpent, car il causera sa perte ainsi que celle de ses successeurs, ainsi que cela est arrivé. Adam s’est laissé entraîner par le serpent, parce qu’il voulait connaître tous les secrets d’ici-bas. Le serpent, en lui montrant tous les plaisirs du monde, s’est attaché à lui et a causé la mort pour lui et pour toutes les générations qui lui succéderont. Jusqu’au jour où Israël était placé au pied du mont Sinaï, la souillure du serpent n’a pas disparu du monde. Que dit l’Écriture lorsque Adam et Ève ont péché en s’attachant à l’arbre de la mort ? L’Écriture dit : « Et ils entendirent la voix de Jéhovah Élohim qui fut promené dans le Jardin. » L’Écriture ne dit pas « qui se promenait » (mehalekh), mais « qui fut promené » (mithkalekh). Remarquez que, tant qu’Adam n’avait péché, il était placé sur le degré de la « Sagesse éternelle » (Hocmâ), qui constitue la lumière suprême. Il ne fut jamais détaché de l’arbre de la vie ; mais
Aussitôt qu’il a été séduit par le plaisir de connaître tous les secrets d’ici-bas, il s’était tellement abaissé qu’il s’est détaché de « l’arbre de la vie » ; il est parvenu à connaître le Mal, mais il a abandonné le Bien. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Tu n’es pas un Dieu qui approuve l’iniquité ; le Malin ne demeurera point près de toi. » L’Écriture veut dire que quiconque se laisse entraîner par le Malin ne peut pas cohabiter avec « l’arbre de la vie ». Tant qu’Adam et Ève n’avaient point péché, ils entendaient la voix céleste, ils connaissaient le mystère suprême de la « Sagesse éternelle », ils étaient entourés de la splendeur d’en haut et n’avaient aucune crainte. Mais aussitôt qu’ils ont péché, ils devinrent capables d’entendre même la voix d’ici-bas. De même, avant qu’Israël n’ait péché, il était épuré de l’infection du serpent dès le moment où il était placé au pied du mont Sinaï ; car, dès ce jour, l’esprit tentateur disparut du monde. À cette époque, Israël s’était uni de nouveau à l’« arbre de la vie » ; il monta toujours en haut et ne descendit jamais en bas ; il vit les splendeurs célestes, et il jouit de leurs lumières ; il éprouva cette joie qui remplit le cœur de tous ceux qui désirent connaître et entendre les mystères suprêmes. Le Saint, béni soit-il, l’entoura d’une cuirasse formée des lettres de son nom sacré, afin que le serpent ne puisse plus s’attacher à lui et le souiller, comme il l’avait fait auparavant. Mais dès qu’Israël a péché en adorant le veau d’or, il fut rejeté de l’échelle sur laquelle il s’était trouvé et privé de la cuirasse formée des lettres du nom sacré. Aussitôt le mauvais serpent s’attacha à lui comme avant, et amena de nouveau la mort dans le monde. Et, après le chapitre du péché, l’Écriture ajoute : « Et Aaron et tous les enfants d’Israël voyaient que le visage de Moïse jetait des rayons, et ils craignirent de s’approcher de lui. »
Avant, l’Écriture disait : « Et Israël vit la main puissante du Seigneur », ce qui veut dire qu’Israël a pu contempler la splendeur céleste et jouir de la vue des lumières suprêmes, ainsi qu’il est écrit : « Et tout le peuple entendit les tonnerres et le son de la trompette et voyait les lampes ardentes. » Mais aussitôt qu’Israël a péché, il devint incapable de contempler même le visage de l’intermédiaire, ainsi qu’il est écrit : « Et ils craignirent de s’approcher de lui. » Remarquez ce que l’Écriture dit d’Israël lorsqu’il a péché : « Les enfants d’Israël quittèrent leurs ornements de la montagne d’Horeb. » Par « la montagne d’Horeb », l’Écriture entend « le mont Sinaï » ; et l’Écriture veut dire qu’au moment du péché, Israël fut dépouillé de cette cuirasse qui était son ornement et dont Dieu l’avait pourvu au mont Sinaï, afin qu’il fût à l’abri des attaques du mauvais serpent. Que dit l’Écriture après qu’Israël a été dépouillé de cette cuirasse ? L’Écriture dit : « Et Moïse prit le tabernacle, le dressa bien loin hors du camp, et l’appela le tabernacle de l’alliance (moëd). » Rabbi Éléazar demanda : Quel rapport y a-t-il entre ce verset et la cuirasse dont Israël fut dépouillé ? Voici le rapport entre ces deux faits : Aussitôt que Moïse s’aperçut qu’Israël était dépouillé de la cuirasse dont le ciel l’avait pourvu pour le mettre à l’abri des atteintes du mauvais serpent, il se dit : il est certain que le mauvais serpent élira désormais domicile parmi Israël ; et si le tabernacle restait aussi dans le camp, le serpent le souillerait. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et Moïse prit le tabernacle, le dressa bien loin hors du camp, et l’appela le tabernacle de l’alliance (moëd). » Le tabernacle ne portait-il donc ce nom même avant
... il soit déplacé hors du camp ? Non ; avant, il ne portait que le nom de tabernacle ; et ce n’est qu’après avoir été transféré hors du camp qu’il prit le nom de « tabernacle de moëd » (alliance). Que signifie « moëd » ? Les opinions de Rabbi Éléazar et de Rabbi Abba sont divergentes au sujet de l’interprétation de ce mot. Selon Rabbi Éléazar, ce mot signifie quelque chose de bien, à savoir « la fête » ; car, de même que la fête désignée par le mot « moëd » a lieu le jour de pleine lune, c’est-à-dire le jour où cet astre apparaît à nos yeux plein, sans aucune échancrure, de même le tabernacle prit alors le nom de « moëd », parce qu’il était plein, c’est-à-dire parce que le serpent n’a pas pu parvenir désormais à le souiller et à y produire ainsi une échancrure. C’est pour cette raison que Moïse lui donna le nom de « tabernacle de moëd ».
Selon Rabbi Abba, au contraire, ce mot désigne quelque chose de mal ; car, précédemment, le sanctuaire portait simplement le nom de « tabernacle », ainsi qu’il est écrit : « Tes yeux verront Jérusalem comme une demeure comblée de richesses, comme une tente qui ne sera point transportée ailleurs, et dont les pieux qui l’affermissent en terre ne s’arracheront jamais. » Ainsi, le tabernacle a été primitivement établi pour durer toujours et pour accorder au monde ce dont il a besoin, c’est-à-dire pour procurer aux hommes la vie éternelle, en enchaînant la mort pour toujours. Mais, après le péché d’Israël, le tabernacle a pris le nom de « moëd », mot qui signifie « époque déterminée », ainsi qu’il est écrit : « Je sais que tu me livreras à la mort où est marqué (moëd) la maison de tous ceux qui vivent. » Car, à partir de ce moment, le tabernacle n’était plus à même de procurer la vie éternelle ; il ne pouvait que procurer une vie temporaire. Avant, le tabernacle, pareil à la lune quand elle est pleine, ne présentait à l’œil aucune échancrure. Mais, après le péché d’Israël, le tabernacle ressemblait à la lune au moment où elle présente des échancrures ; et c’est pourquoi Moïse lui donna le nom de « tabernacle de moëd », nom qui signifie « tabernacle temporaire ».
Rabbi Siméon consacra une fois une nuit entière à l’étude de la doctrine ésotérique. Rabbi Yehouda, Rabbi Isaac et Rabbi Yossé étaient assis à côté de lui. Prenant le premier la parole, Rabbi Yehouda dit : La tradition donne au verset : « Les enfants d’Israël quittèrent leurs ornements, dès la montagne d’Horeb », l’interprétation suivante : Israël fut dépouillé, après son péché, de la cuirasse dont Dieu l’avait pourvu au mont Sinaï, pour le mettre à l’abri des atteintes du mauvais serpent. C’est, ajoute la tradition, depuis ce moment que la mort, ôtée du monde pendant un court espace de temps, réapparut de nouveau. Or, voici la remarque que je tiens à faire : Cette interprétation s’applique fort bien à Israël ; mais je demande si la cuirasse dont Dieu pourvut les Israélites au mont Sinaï fut également enlevée à Josué qui n’a point péché, ou bien si elle lui a été laissée ? Si cette cuirasse n’a pas été enlevée à Josué, comment se fait-il qu’il soit mort comme tous les autres Israélites ? Si, au contraire, Josué en fut dépouillé également, comment se fait-il que lui, qui n’a point péché, puisqu’il était avec Moïse au moment où Israël fit le veau d’or, ait subi la même peine que les autres Israélites ? On répondra, peut-être, que Josué n’a pas été pourvu au mont Sinaï de cette cuirasse dont Dieu munit les autres Israélites. Mais pourquoi en aurait-il été privé ?
Rabbi Siméon commença de la manière suivante : Il est écrit : « Car le Seigneur est juste ; il aime la justice ; son visage est appliqué à regarder l’équité. » Ce verset a été déjà expliqué par les collègues. Mais la signification véritable de ce verset est la suivante : Le Seigneur est juste parce que son nom est le Juste ; et cet attribut de Dieu est d’autant plus visible au monde qu’aucun de ses autres attributs n’est plus manifeste ici-bas que celui de la justice, attendu que tout est réglé avec équité. Remarquez que lorsque le Saint, béni soit-il, juge le monde, il ne procède autrement que d’après les actes de la plu-
Remarquez, en outre, que lorsqu’Adam commit le péché en mangeant de l’arbre du Bien et du Mal, il causa la mort à tout le genre humain, provoqua la séparation de la femme de l’homme et donna naissance à l’échancrure de la lune. Lorsqu’Israël fut placé au pied du mont Sinaï, l’échancrure de la lune disparut et la lumière de cet astre redevint permanente. Mais aussitôt qu’Israël eut péché en adorant le veau d’or, il remit le monde dans le mauvais état primitif, dans lequel Adam l’avait plongé ; la lune présenta de nouveau une échancrure et le mauvais serpent, reprenant sa force, se rattacha au monde. Lorsque Moïse vit qu’Israël était dépouillé de la cuirasse dont il fut entouré au mont Sinaï, il comprit que le règne du mauvais serpent allait recommencer, et il s’empressa de transférer le tabernacle hors du camp d’Israël. Mais puisque l’échancrure a été déjà provoquée, le monde est retombé dans le même mal dans lequel Adam l’avait plongé. Or, si le péché d’Adam a suffi pour causer la mort à tout le genre humain, à plus forte raison le péché de tout Israël a-t-il suffi pour causer la mort de Josué, bien que celui-ci fût encore pourvu de la cuirasse dont il avait été entouré au mont Sinaï. Du moment que la mort est revenue au monde, celui-ci se trouva remis dans l’état où le péché d’Adam l’avait plongé ; aussi personne ne pouvait plus se soustraire aux flèches du mauvais serpent, excepté Moïse, qui domina la mort. Car la mort de Moïse était de l’autre côté, c’est-à-dire : elle n’était pas causée par le péché d’Adam, mais elle était opérée par un mystère suprême. C’est pourquoi la tradition nous apprend que Josué n’est pas mort à cause de ses péchés, mais à la suite du mauvais conseil que le serpent avait donné à Ève. Ce mystère est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Le jeune Josué, fils de Nun, qui le servait, ne s’éloignait point du tabernacle. » L’Écriture veut dire que, bien que Josué paraisse ici-bas jeune (naar), puisqu’il est mort comme les autres Israélites, il ne s’éloignait point du tabernacle d’en haut, puisqu’il ne commit jamais de péchés.
Remarquez que ce qui est arrivé à Israël, après le péché, est également arrivé à Adam. Dès qu’Adam et Ève eurent péché, le Saint, béni soit-il, leur ôta la cuirasse formée de la lumière des lettres sacrées dont il les avait entourés. C’est alors qu’ils furent saisis d’effroi, car ils s’aperçurent qu’ils étaient dépouillés de leur cuirasse, ainsi qu’il est écrit : « Ils reconnurent qu’ils étaient nus. » Auparavant, ils étaient entourés de cette glorieuse cuirasse qui les rendait libres en les mettant à l’abri de toute atteinte. Mais, dès qu’ils eurent péché, ils s’aperçurent qu’ils en étaient dépouillés ; ils constatèrent la perte de leur liberté qui causa la mort pour eux et pour tout le monde.
Il est écrit : « Et ils entrelacèrent des feuilles de figuier et s’en firent des ceintures. » Ce verset a été déjà expliqué précédemment ; l’Écriture veut dire qu’Adam et Ève s’attachèrent aux plaisirs de ce bas monde ; et c’est pourquoi ils se couvrirent de feuilles de l’arbre du Bien et du Mal. Car, par le mot « feuilles », l’Écriture désigne les légions de démons et de mauvais esprits qui naissent des plaisirs de ce bas monde, ainsi que cela a été déjà dit. En ce moment, la taille d’Adam fut diminuée de cent aunes. Après le péché, la séparation de l’homme de la Sainteté céleste se produisit ; l’homme fut placé sous la Séphirâ de la rigueur, et la terre fut maudite, ainsi que cela est dit dans l’Écriture. Il est écrit : « Et chassa II (eth) l’homme. » Rabbi Éléazar dit : Nous ne savons pas qui était celui qui chassa, ni qui était celui qui était chassé ; était-ce le Saint, béni soit-il, qui chassa l’homme, ou bien était-ce inversement ? En vérité, c’était inversement, ainsi qu’il est écrit : « Va ïgaresch eth » (et chassa « eth »). Qui chassa « eth » ? L’Écriture répond : « Ha-adam » (l’homme). C’est à la suite du péché que l’homme chassa d’ici-bas celui qui est appelé « eth ». C’est pourquoi l’Écriture dit précédemment : « Et Jéhovah Élohim le chassa du jardin de l’Éden. » Et c’est pour donner la raison de ce renvoi de l’homme du jardin de l’Éden que l’Écriture ajoute, dans le verset suivant : « Va-igaresch eth ha-adam » : c’était parce que l’homme avait chassé le « eth »
d’ici-bas. L’Écriture ajoute : « Il mit des Chérubins devant le jardin de l’Éden, et l’épée étincelante qui évolue constamment pour garder le chemin qui conduit à l’arbre de vie. » Dieu mit Adam et Ève hors du jardin de l’Éden et barra le chemin qui y conduit, afin qu’ils n’y retournassent et n’aggravassent le mal qu’ils avaient déjà causé au monde. Par le mot « l’épée étincelante qui évolue constamment », l’Écriture entend les anges préposés au châtiment des hommes en ce monde. Comme ces anges apparaissent sous plusieurs formes variées, ils sont appelés « épée étincelante », car leur forme réelle est aussi insaisissable que celle d’une épée étincelante au moment où l’on s’en sert pour faire le moulinet. Ces chefs apparaissent tantôt sous la forme d’hommes, tantôt sous celle de femmes et tantôt sous celle de flamme ; d’autres fois encore, ils apparaissent sous la forme d’esprits, de sorte que leur forme véritable est insaisissable. Et pourquoi Dieu les a-t-il placés devant le jardin de l’Éden ? Pour que l’homme n’y causât plus d’autres ravages que ceux qu’il avait déjà causés. Par l’« épée étincelante », l’Écriture désigne les anges chargés de jeter le feu sur la tête des coupables qui subissent leur châtiment dans l’enfer. Ces anges prennent des formes variées, suivant le degré de culpabilité de ceux qu’ils sont chargés de châtier. Ce sont ces anges que l’Écriture désigne par le terme d’« épée étincelante » (lahat), ainsi qu’il est écrit : « Car il viendra un jour de feu semblable à une fournaise ardente ; tous les superbes et tous ceux qui commettent l’impiété seront alors comme de la paille, et ce jour qui doit venir les embrasera (lahat). » Ainsi qu’on le voit, le mot « lahat » s’applique à l’enfer. Le mot « épée » désigne également l’épée de Dieu destinée au châtiment des coupables, ainsi qu’il est écrit : « L’épée du Seigneur est pleine de sang. »
Rabbi Yehouda dit : Par le mot « épée étincelante », l’Écriture désigne les esprits tentateurs qui, ici-bas, apparaissent à nos yeux sous les images les plus riantes et les plus alléchantes, pour nous faire dévier de la bonne voie, et qui, remontés au ciel, s’y constituent nos accusateurs, pour faire perdre nos âmes. Remarquez que, lorsque l’homme se laisse entraîner par l’esprit tentateur, c’est lui qui court après cet esprit et ses nombreuses légions. Mais, dès que l’homme a fini par être corrompu, c’est l’esprit tentateur et ses nombreuses légions qui courent après l’homme ; celui-ci les craint et voudrait s’échapper, mais il lui est désormais impossible de se soustraire à leur pouvoir. Remarquez que Salomon avait pénétré le mystère de la « Sagesse » (Hocmâ) ; le Saint, béni soit-il, lui a posé sur la tête la couronne de la royauté. Aussi inspirait-il de la crainte à tout le monde. Mais, dès qu’il s’est laissé entraîner par l’esprit tentateur et ses nombreuses légions, il devint sujet à la crainte ; et, en dépit de sa sagesse et de la couronne royale, il tremblait devant des êtres que l’homme le plus humble est capable de mettre en déroute, pourvu qu’il marche dans la voie du Seigneur. Remarquez que, lorsqu’Adam eut péché, le mauvais serpent s’attacha à lui et le souilla, ainsi que toutes les générations futures ; et c’est le mauvais serpent qui est souillé et qui souille le monde. Mais, tant que l’âme réside dans le corps, le mauvais esprit n’est autorisé à s’en approcher, à moins que l’homme ne l’attire par le péché. Mais aussitôt que l’homme rend l’âme, le mauvais esprit souille la dépouille, ainsi que tous ceux qui s’en approchent, ainsi qu’il est écrit : « Quiconque touche le corps mort d’un homme, sans recevoir l’aspersion de cette eau ainsi mêlée, souillera le tabernacle du Seigneur, et il périra au milieu d’Israël. » Parce que, dès que l’âme s’envole du corps, celui-ci retombe au pouvoir du mauvais serpent, le corps étant déjà souillé par lui. Remarquez que tous les hommes ont, d’après la tradition, l’avant-goût de la mort lorsqu’ils dorment dans le lit et lorsque la nuit étend ses ailes sur les enfants du monde. C’est cet avant-goût de la mort qui excite l’esprit impur qui parcourt le monde en le souillant à s’attacher aux mains de l’homme et à les souiller. Aussi,
lorsque, au retour de l’âme, l’homme se réveille, il souille tout ce qu’il touche de ses mains, avant de les avoir lavées, parce que l’esprit impur s’y était attaché pendant la nuit. C’est pour la même raison qu’il est défendu de se faire donner, le matin, ses habits par quelqu’un qui n’a pas encore lavé ses mains ; parce que, les habits étant souillés par les mains de celui qui les a touchés, ils attireront l’impureté sur celui qui les porte ; car le mauvais esprit est autorisé à s’attacher à tout ce qui contient ne fût-ce qu’un atome d’impureté. C’est pourquoi il est défendu également de se faire verser l’eau sur les mains par quelqu’un qui n’a pas encore lavé les siennes ; parce que le mauvais esprit a, ainsi que nous venons de le dire, l’autorisation de s’attacher à l’homme souillé, ne fût-ce que d’une impureté légère. Il convient donc que l’homme s’observe constamment, se garde de toute impureté et se mette à l’abri des atteintes du mauvais serpent. Mais un jour viendra où le Saint, béni soit-il, fera disparaître le mauvais esprit de ce monde, ainsi qu’il est écrit : « J’exterminerai de la terre l’esprit impur », et ailleurs : « Il précipitera la mort pour jamais. »
Il est écrit : « Et Adam connut Ève, et elle conçut et enfanta Caïn. » Rabbi Abba a ouvert une de ses conférences par l’exorde suivant : Il est écrit : « Qui connaît l’âme des enfants des hommes qui monte en haut, et l’âme des bêtes qui descend en bas... » Ce verset a déjà été expliqué de diverses façons ; et toutes les explications sont bonnes. Il en est ainsi de l’interprétation de l’Écriture ; celle-ci est susceptible de soixante-dix interprétations qui sont toutes vraies. Remarquez que, lorsque l’homme marche dans la voie de la vérité, il se trouve du côté droit, où un esprit saint des régions supérieures s’attache à lui et l’unit ainsi à la Sainteté d’en haut, dont il n’est jamais séparé, tant que cet esprit est attaché à lui. Mais quand l’homme marche dans la mauvaise voie, il s’attire un esprit impur du côté gauche qui le souille, ainsi qu’il est écrit : « Prenez garde de ne pas souiller vos âmes et ne touchez aucune de ces choses, de peur que vous ne soyez impurs. » Ces paroles signifient : Quiconque s’attire l’esprit impur est souillé. Remarquez, en outre, que lorsque l’homme marche dans la voie de la vérité il attire sur lui l’Esprit Saint des régions supérieures et s’attache à lui. Le fils qu’il engendre est également du côté droit ; et, comme l’Esprit Saint repose sur l’enfant dès sa naissance, il vivra dans la sainteté de son Maître, ainsi qu’il est écrit : « Soyez saints parce que je suis Saint. » Mais quand l’homme marche dans la mauvaise voie et reste attaché à l’esprit impur qui émane du côté gauche, le fils qu’il engendre est également dominé par l’esprit impur et finira par souiller tous ceux qui l’approcheront. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Qui connaît l’âme des enfants des hommes qui monte en haut, et l’âme des bêtes qui descend en bas... » L’Écriture veut dire : « Qui » (Mi) seul connaît les âmes qui descendent dans les corps ; lui seul sait distinguer entre les âmes qui vont animer les corps engendrés dans la pureté, et celles qui vont animer les corps engendrés dans l’impureté. Les âmes de la première catégorie progressent par le fait qu’elles animent un corps ici-bas ; celles de la seconde catégorie, au contraire, rétrogradent par ce même fait. Comme Adam a été souillé par l’esprit impur avant son union avec Ève, il était nécessaire que le fils engendré dans cet état d’impureté fût du côté gauche ; et c’est ainsi que naquit Caïn. Mais après avoir fait pénitence, Adam engendra un autre fils à l’état de pureté. De là vient que l’un des fils d’Adam était du côté impur et l’autre du côté pur. Rabbi Éléazar dit : La raison de la différence entre les deux fils d’Adam est la suivante : Au moment où le serpent injecta sa souillure à Ève, celle-ci conçut ; et lorsqu’Adam s’unit à elle, elle conçut de nouveau ; et c’est ainsi qu’elle mit au monde deux fils : l’un des œuvres du serpent et l’autre des œuvres d’Adam. De là vient que l’un des fils d’Ève était du côté pur et l’autre du côté impur. Abel avait l’image d’en haut et Caïn celle d’en bas. De là vient également la
différence de leur conduite. Comme Caïn était issu du côté de l’ange de la mort, il était nécessaire qu’il tuât son frère qui était du côté opposé. C’est de Caïn que descendent tous les êtres malfaisants, tous les démons, tous les diables et tous les mauvais esprits qui pullulent dans le monde. Rabbi Yossé dit : Le nom de « Caïn » (Qaïn) dérive du mot « Qina » (nid), afin de nous indiquer que Caïn constituait le nid de tous les êtres malfaisants qui arrivent dans le monde du côté impur ; et il est devenu le nid des êtres impurs après qu’il eut offert son offrande. Car chacun des fils d’Adam a offert l’offrande à sa façon ; l’un l’a offerte au côté dont il émane, et l’autre l’a offerte au côté opposé dont il émane, ainsi qu’il est écrit : « Il arriva longtemps que Caïn offrit au Seigneur des fruits de la terre ; et Abel offrit aussi des premiers-nés de son troupeau et de ceux qu’il avait de plus gras. » Rabbi Siméon dit : Que signifient les paroles : « Il arriva longtemps après… » (miqeç iamim) ? Ces paroles désignent celui qui est appelé « la fin (qeç) de toute chair » ; c’est l’ange de la mort. C’est à celui-ci que Caïn a sacrifié ; c’est pourquoi l’Écriture dit « miqeç iamim », au lieu de « miqeç iemin », ce qui signifierait : le côté droit. C’est pourquoi l’Écriture dit, dans Daniel : « Mais pour toi, va jusqu’au temps qui a été marqué, et tu seras en repos, et tu demeureras dans l’état où tu es jusqu’à la fin de tes jours. » Lorsque Daniel entendit le mot « jusqu’au temps qui a été marqué (leqeç) », il demanda : est-ce « qeç ha-iamin », ou bien « qeç iemin » ? La voix céleste lui répondit : c’est « qeç iemin » que j’entends. Par contre, Caïn étant issu de « qeç iamim », c’est à ce côté qu’il sacrifia. L’Écriture ajoute : « … Et Caïn offrit au Seigneur des fruits de la terre. » L’Écriture veut nous indiquer, par le mot « fruits » (péri), que l’offrande de Caïn avait pour cause déterminante les fruits (péri) de l’arbre du Bien et du Mal dont Adam et Ève avaient mangé malgré la défense de Dieu. Rabbi Éléazar dit : L’Écriture nous rapporte que Caïn avait offert des fruits de la terre, pour nous indiquer que chacun des fils d’Adam a offert ce qui était le plus adéquat à sa nature, ainsi qu’il est écrit : « Dites au Juste qu’il est bon, car il mangera le fruit (péri) de ses œuvres. Malheur à l’impie qui est mauvais, car il sera puni selon l’œuvre de ses mains. » C’est pourquoi Caïn offrit quelque chose de la terre, alors qu’Abel offrit les premiers-nés qui sont consacrés au côté saint. C’est pour cette raison que l’Écriture ajoute : « … Et le Seigneur regarda Abel et ses offrandes ; mais il ne regarda pas Caïn, ni ce qu’il lui avait offert. » C’est pourquoi Caïn entra dans une très grande colère ; et son visage en fut tout abattu. Par le mot « son visage », l’Écriture désigne le côté gauche dont Caïn était issu ; Caïn entra précisément en colère parce qu’il avait vu que le côté d’Abel l’emportait sur le sien. Et l’Écriture ajoute : « … Lorsqu’ils furent dans les champs, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua. » Le mot « les champs » désigne la femme, ainsi qu’il est écrit : « Elle était seule dans un champ. » Caïn était jaloux de la sœur jumelle née avec Abel, ainsi qu’il est écrit : « Et elle enfanta de nouveau avec son frère Abel. » Et la tradition nous apprend qu’Abel était mis au monde avec une sœur jumelle.
Il est écrit : « Si tu fais bien, tu es récompensé (s’eth). » Ce verset a déjà été expliqué. Mais le mot « s’eth » est expliqué par Rabbi Abba encore d’une autre façon. Dieu dit à Caïn : Si tu fais bien, ton âme s’élèvera en haut et ne redescendra jamais plus en bas (s’eth). Rabbi Yossé dit : L’interprétation qui vient d’être donnée du mot « s’eth » est bonne ; mais j’ai entendu une autre explication de ce mot. Dieu dit à Caïn : Si tu fais bien, l’esprit impur te quittera et ne s’attachera plus à toi (s’eth). L’Écriture ajoute : « Et si tu ne fais pas le bien, le péché guette à la porte. » Par le mot « porte », l’Écriture désigne la rigueur céleste ; car le Tribunal suprême est appelé « porte », ainsi qu’il est écrit : « Ouvrez-moi les portes de la justice. » Par les mots « le péché guette », l’Écriture désigne l’esprit impur. Dieu dit à Caïn : Si tu ne fais pas bien, l’esprit impur, que tu t’es attaché par tes actes, guette ton
âme devant la justice éternelle pour la perdre. Car, ainsi que nous l'avons déjà dit, c'est l’esprit tentateur lui-même qui se fait, plus tard, l'accusateur de ses victimes ; il cause la perte de ceux qu'il a séduits. Rabbi Isaac dit : Lorsque Caïn se jeta sur Abel pour le tuer, il ne savait comment s’y prendre pour séparer l’âme du corps d’Abel. Il le mordit alors à la façon du serpent. En ce moment, le Saint, béni soit-il, le maudit. Il erra dans tous les coins du monde ; mais aucune région de la terre ne voulait lui accorder l’hospitalité. Les voyages de Caïn durèrent jusqu'au jour où, se repentant de ses actes, il se réconcilia avec son Maître ; c'est alors seulement que la terre inférieure lui accorda l'hospitalité. Rabbi Yossé dit : Ce n'est pas la terre inférieure, mais notre propre terre qui lui accorda l'hospitalité après sa pénitence, ainsi qu'il est écrit : « Et le Seigneur mit un signe sur Caïn. » Rabbi Isaac répliqua : Cette version est inexacte ; car, en réalité, c’est la terre inférieure qui lui accorda l'hospitalité. Quant aux paroles de l'Écriture citées : « Et le Seigneur mit un signe sur Caïn », elles se rapportent précisément à la terre inférieure ; c’est pour cette terre que Dieu le marqua d’un signe, pour qu’il pût y subsister, ainsi qu'il est écrit : « Tu me chasses aujourd’hui de dessus la terre (Adamah)... » Ainsi, Dieu ne le chassa que de dessus notre terre appelée « Adamah », mais non pas de la terre inférieure. Après la pénitence de Caïn, c’était la terre appelée « Arqa » qui lui accorda l'hospitalité. C’est de tous les habitants d’« Arqa » que l'Écriture dit : « Ils seront exterminés de la terre et périront sous les cieux. » C'est sur cette terre que Caïn élit désormais domicile ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Et il s’établit au pays de Nod, situé à l’orient de l’Éden. » Rabbi Isaac dit en outre : À partir du moment où Caïn tua Abel, Adam se sépara de sa femme. Dès ce moment,
Adam recevait la visite de deux démons femelles, avec lesquelles il eut des relations ; il engendra ensuite ces mauvais esprits et ces diables qui pullulent dans le monde. Que cette chose (c'est-à-dire qu'Adam ait pu avoir des relations avec des démons) n’étonne personne ; car tout homme voit parfois en songe des démons femelles qui lui sourient ; et, si elles parviennent à exciter en lui la concupiscence, elles engendrent des démons. Ce sont ces démons engendrés par l’homme pendant son sommeil qui sont désignés sous le nom de « plaies des enfants des hommes ». Ces démons n’apparaissent sous aucune autre forme que sous celle de l’homme ; mais ils n’ont pas de cheveux sur la tête. C’est d’eux que l’Écriture dit au sujet de Salomon : « Je le châtierai avec la verge dont on châtie les hommes, et je le punirai des plaies des enfants des hommes. » De même qu’aux hommes, des démons mâles apparaissent en songe aux femmes, avec lesquelles ils ont des relations. Les femmes deviennent enceintes des œuvres des démons et engendrent d’autres démons sous la forme d’hommes. Ceux-ci sont également désignés sous le nom de « plaies des enfants des hommes ». Après cent trente ans, Adam éprouva, pour la première fois, le désir de retourner cohabiter avec Ève. Il s’unit à sa femme et engendra un fils qu’il appela du nom de Seth. Il l’appela de ce nom pour indiquer que la naissance de ce fils constitua la fin d'une situation, de même que les lettres Schin et Thav, dont ce nom est composé, sont les dernières lettres de l'alphabet. Rabbi Yehouda dit : Adam appela son fils du nom de Seth, parce que c’était l’âme d’Abel qui, revenue sur la terre, anima Seth, ainsi qu’il est écrit : « Le Seigneur m’a donné un autre fils à la place d’Abel que Caïn a tué. » Rabbi Yehouda dit en outre : L’Écriture dit : « Et il engendra un fils à son image et à sa ressemblance ; et il le nomma Seth. » Nous en inférons que les autres fils d’Adam n’avaient aucune ressemblance avec leur père, ni au physique, ni au moral, ainsi que Rabbi Siméon l’a dit au nom de Rabbi Yeba, le Vieillard : Tous les autres enfants d’Ève étaient engendrés par l’union de celle-ci avec Samaël monté sur le dos du
serpent ; c’est pourquoi tous ces enfants n’avaient point la figure humaine. Mais, objectera-t-on peut-être, il a été pourtant dit qu’Abel n’était point issu du même côté que Caïn ; pourquoi donc celui-ci n’avait-il pas la figure humaine ? Cela est vrai ; mais Caïn et Abel, cependant, n’ont pas eu de figure humaine, parce que l’enfantement d’Abel aussi n’a pas eu lieu à l’état de pureté absolue. Rabbi Yossé ajouta : C’est pourquoi, en parlant de la naissance de Caïn, l’Écriture s’exprime ainsi : « Et Adam connut Ève, sa femme ; et elle conçut et enfanta Caïn. » Mais l’Écriture ne dit pas : « … Et il engendra Caïn. » De même, pour annoncer la naissance d’Abel, l’Écriture s’exprime ainsi : « Elle enfanta de nouveau son frère Abel. » Voilà pourquoi ni l’un ni l’autre de ces deux fils n’avaient la figure d’Adam. Mais lorsqu’il s’agit de la naissance de Seth, l’Écriture dit : « Et il engendra un fils à son image et à sa ressemblance. »
Rabbi Siméon dit : Adam fut séparé de sa femme pendant cent trente ans ; et, pendant le temps qu’il vécut séparé d’elle, il engendra des démons et des diables qui pullulent dans le monde. Tant qu’Adam était souillé par l’infection de l’esprit impur, il n’éprouvait aucun désir pour s’unir à sa femme ; ce n’est que lorsqu’il se purifia de cette infection qu’il éprouva le désir de cohabiter avec sa femme ; et c’est alors qu’il engendra un fils, ainsi qu’il est écrit : « Et il engendra un fils à son image et à sa ressemblance. » Remarquez que, tant que l’homme marche sur la voie qui conduit au côté gauche, il reste tellement souillé qu’il n’éprouve de désir que pour ce qui est impur ; tout ce qui est pur et saint n’a ni charme ni attrait à ses yeux. Aussi, tant que l’homme marche dans cette voie, il est formellement possédé de l’esprit impur. Heureux les justes qui marchent sur la voie droite ; car ils marchent dans la voie de la vérité, et leurs enfants seront dignes d’eux. C’est de ces justes qui marchent sur la voie droite que l’Écriture a dit : « Car ceux qui ont le cœur droit habiteront sur la terre. »
Rabbi Hiyâ demanda : Que signifient les paroles de l’Écriture : « Et la sœur de Tubal-Caïn était Noéma (douceur) » ? Pourquoi l’Écriture nous apprend-elle que la sœur de Tubal-Caïn avait le nom de Noëma ? Pour nous indiquer qu’elle a séduit des hommes, et même des esprits. Rabbi Isaac dit : Elle a séduit Aza et Azaël que l’Écriture désigne sous le nom « d’enfants de Dieu ». Rabbi Siméon dit : Elle était la mère de tous les démons, car elle était issue du côté de Caïn ; c’est elle, en compagnie de Lilith, qui cause aux enfants l’épilepsie.
Rabbi Abba dit à Rabbi Siméon : Maître, vous avez pourtant dit qu’elle s’efforce à éveiller la concupiscence de l’homme ; donc elle a une autre occupation que celle de frapper les enfants d’épilepsie ? Rabbi Siméon lui répondit : En effet, elle s’évertue à exciter les désirs de l’homme, et parfois elle enfante, de leurs œuvres, des démons ; mais cela ne l’empêche pas de frapper en même temps les enfants d’épilepsie. Noëma continue jusqu’à nos jours d’exciter les désirs de l’homme.

Source Sepher ha-Zohar, tome I, trad. Jean de Pauly (1906), archive.org SepherHaZoharLeLivre1 (OCR corrigé) · Sommaire