Ainsi les trois lettres du mot « Tob », dont chacune symbolise une des trois Séphiroth suprêmes, désignent le Juste du monde qui unit en sa personne le ciel et la terre, ainsi qu’il est écrit :
« Dites au Juste qu’il est bon » ; il est bon parce qu’il unit en lui, et la bonté d’en haut et la commisération d’en bas, ainsi qu’il est écrit : « Le Seigneur est bon envers tous, et sa miséricorde s’étend sur toutes ses œuvres. » L’Écriture dit : « Le Seigneur est bon envers tous » ; ici se trouve exprimée la prophétie d’après laquelle il arrivera un jour où tout le monde ouvrira les yeux à la lumière céleste. Tout ce qui précède est le sens anagogique des mots de l’Écriture.
« Dites au Juste qu’il est bon » ; il est bon parce qu’il unit en lui, et la bonté d’en haut et la commisération d’en bas, ainsi qu’il est écrit : « Le Seigneur est bon envers tous, et sa miséricorde s’étend sur toutes ses œuvres. » L’Écriture dit : « Le Seigneur est bon envers tous » ; ici se trouve exprimée la prophétie d’après laquelle il arrivera un jour où tout le monde ouvrira les yeux à la lumière céleste. Tout ce qui précède est le sens anagogique des mots de l’Écriture.
Il est écrit : « Bereschith bara Élohim. » Ces paroles de l’Écriture font allusion au mystère renfermé dans le verset : « Lorsque vous serez arrivés dans la terre que je vous donnerai et que vous aurez mangé des pains de ce pays-là, vous offrirez au Seigneur les prémices de la farine que vous pétrirez. » Les « prémices » désignent la « Sagesse suprême » (Hocmâ), qui constitue les prémices. « Bereschith » signifie donc : « Par les prémices », Dieu créa, etc. La lettre B du mot Bereschith désigne le monde, qui est arrosé par ce fleuve mystérieux dont l’Écriture dit : « Et un fleuve sort de l’Eden pour arroser le Jardin. » Ce fleuve, qui prend sa source dans le lieu secret d’en haut, doit couler sans discontinuer, afin d’apporter la vie aux choses d’ici-bas. Ce lieu secret d’en haut est symbolisé par le premier B de la Genèse. La lettre B renferme toutes les autres lettres, de même que le fleuve qu’elle symbolise vivifie toutes les autres choses. Le lieu secret ressemble à un sentier étroit où l’on ne marche que très difficilement, mais où tous les trésors du monde sont cachés. De ce lieu secret sortent deux forces. C’est pourquoi l’Écriture dit « les cieux » (ha-schamaïm), et non pas « des cieux » (schamaïm), parce que l’Écriture voulait indiquer les forces qui sortent du lieu secret d’où coule le fleuve mystérieux. L’Écriture ajoute : « …Et la terre. » En plaçant « la terre » près « des cieux », l’Écriture nous indique
que le fleuve mystérieux amènera sur la terre la sainteté d’en haut ; et lorsque le règne du ciel sera venu sous la forme de prémices sur la terre, celle-ci sera élevée et rendue en quelque sorte égale au ciel. Au moment de la création, il n’y avait aucune distinction entre le ciel et la terre ; ce n’est que quand la terre se sépara du côté du ciel qu’elle est retombée à l’état de thohou et bohou, afin que l’on sache que ce n’est que par le mérite de la lumière suprême que la terre peut s’élever jusqu’au ciel, mais que, réduite à son propre mérite, la terre reste terre. Au moment d’éclairer la terre, la lumière céleste se dirigea du côté droit, et l’obscurité du côté gauche. Dieu les sépara pour les unir ensuite, ainsi qu’il est écrit : « Et Élohim sépara la lumière d’avec les ténèbres. » Mais que l’on ne pense pas que, par le mot « sépara », l’Écriture entende une séparation éternelle, attendu que l’Écriture ajoute : « Et du soir et du matin se fit le premier jour. » Ainsi, on voit que si Dieu a séparé la lumière des ténèbres, c’était afin de les unir plus tard. La lumière et les ténèbres se complètent ici-bas ; il n’y a pas de jour sans nuit, ni de nuit sans jour ; et cet état de choses durera jusqu’à l’accomplissement des paroles du Psalmiste : « La nuit aura une lumière égale à celle du jour. »
Rabbi Éléazar se levant le premier, prit la parole. Il est écrit : « La voix du Seigneur est sur les eaux ; le Dieu majestueux a tonné ; le Seigneur est sur une grande abondance d’eau. » L’Écriture désigne le fleuve céleste qui vivifie tout sur la terre et qui, pareil à un canal d’arrosage, se sépare en plusieurs artères formées par la voix du Seigneur. Par les mots « le Dieu majestueux a tonné », l’Écriture fait allusion au mystère exprimé dans les mots : « Qui peut comprendre le tonnerre de sa grandeur ? », mots qui désignent la Séphira appelée « Gueboura ». Selon une autre version, les mots « le Dieu majestueux a tonné » désignent le bras droit de l’arbre séphirothique, dont procède le bras gauche. Les mots : « Le Seigneur est sur une grande abondance d’eau » désignent la « Sagesse suprême » (Hocmâ), appelée « Yod », qui est au-dessus du fleuve céleste qui sort du lieu secret, ainsi qu’il est écrit : « Votre chemin est dans les eaux abondantes. »
Interrompant le discours de Rabbi Éléazar, Rabbi Siméon commença à interpréter le verset suivant : « Les anneaux d’or seront au-dessous de la couronne pour y passer les bâtons, afin qu’on s’en serve à porter la table. » Que signifie le mot « misghereth » ? C’est ce lieu secret où personne ne peut pénétrer et qui n’est ouvert que pour un seul. Celui-ci y a pénétré, y a établi des portes pour permettre l’accès et y a allumé des lampes. C’est parce que ce lieu est tellement secret qu’il est appelé « misghereth », pour désigner le monde futur. Par « les anneaux », l’Écriture entend la chaîne sacrée formée de trois anneaux ; bien que séparés en apparence, ces anneaux ne forment qu’un : l’eau provient de l’air, l’air du feu et le feu de l’eau. Ainsi, les trois éléments, différents en apparence, ne sont au fond qu’un. Ces anneaux renferment des maisons et des endroits différents qui proviennent des trois éléments ; et il n’est permis à l’homme profane que l’examen extérieur, non l’examen intérieur. On dit à un abstème : « Tourne autour de la vigne, mais n’y pénètre pas. » C’est pourquoi le profane ne peut s’approcher que de la partie extérieure du Tabernacle, alors que le service intérieur est réservé à ceux qui sont destinés à servir Dieu. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Si quelque profane s’approche, il sera puni de mort. »
La lettre « B » du mot « Bereschith » est plus grande que les autres lettres du Pentateuque. Rabbi Yossé en demanda la raison ; il s’exprima en ces termes : Que signifient les six jours exprimés par le mot « Bereschith », ainsi que la tradition nous l’apprend ? Rabbi Siméon lui répondit : De même que l’Écriture dit : « Les cèdres du Liban » pour indiquer que ces cèdres proviennent du Liban, de même, la tradition veut dire que les six jours de la création
... sont sortis de « Bereschith ». Quant à l'explication des six jours célestes, l’Écriture s’en est chargée en disant : « C’est à vous, Seigneur, qu’appartient la grandeur, la puissance, la gloire et la victoire ; et c’est à vous que sont dues les louanges ; car “Tout” est dans le ciel et sur la terre. C’est à vous qu’il appartient de régner ; et vous êtes élevé au-dessus de tous les princes. » Par le mot « Tout », l’Écriture désigne le Juste ; l’Écriture dit : « Tout est dans le ciel et sur la terre » ; il est dans le ciel par le cœur de l’arbre séphirothique appelé « Thiphereth » et il est également sur la terre par la communauté d’Israël. Le Targoum traduit ces mots de cette façon : « Qui unit le ciel et la terre. » Car la base du monde appelée « Tout » s’unit au ciel et à la terre : à l’aide de la Séphira « Thiphereth » appelée « ciel », et par la communauté d’Israël appelée « terre ». C’est pourquoi l’Écriture commence par le mot « Bereschith », qui signifie « Be reschith », c’est-à-dire « par le deuxième Commencement », ce qui indique la deuxième des trois Séphiroth suprêmes appelée « Sagesse éternelle » (Hocmâ). C’est ainsi que le Targoum de Jonathan traduit le mot « Bereschith » par « la Sagesse ». Cette essence divine est appelée « la deuxième », parce que, dans l’énumération des trois Séphiroth suprêmes, elle est placée après la Couronne suprême, laquelle, pour cette raison, est appelée « la première ». Mais de ce que l’essence appelée « Sagesse éternelle » (Hocmâ) est placée « la deuxième », il ne s’ensuit pas qu’elle soit ultérieure à « la première » ; l’une et l’autre existent de toute éternité. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Bereschith bara Élohim », ce qui veut dire : « Par le deuxième Commencement, Élohim créa le ciel et la terre. » Car si la Couronne suprême est appelée « Commencement », la Sagesse éternelle, qui est le Verbe, est également appelée « Commencement ».
Ainsi, le mot « Bereschith » désigne le Verbe, par lequel furent créés les six jours, dont parle la tradition. Ces six jours désignent les lumières qui émanent du Verbe et éclairent le monde. C’est pourquoi l’Écriture dit : « … Et un fleuve sort de l’Éden, pour arroser le Jardin », c’est-à-dire pour l’arroser, l’entretenir et lui fournir tout ce dont il a besoin. L’Écriture dit : « Élohim », qui désigne l’Élohim vivant en toute éternité. Or « bara Élohim » semble indiquer que « Bereschith », qui désigne l’Élohim d’en haut, a créé l’Élohim d’en bas. En vérité, grâce au fleuve céleste d’où émane tout, la première et la troisième des trois Séphiroth suprêmes, unies en quelque sorte comme mâle et femelle, ont donné naissance à Élohim d’en bas, qui est également composé du ciel, représentant le principe mâle, et de la terre, représentant le principe femelle. Et comme le monde n’a été créé que par Élohim d’en bas, Dieu lui a confié tout pouvoir au ciel aussi bien que sur la terre. L’Écriture ajoute : « Eth ha-schamaïm », « les deux », ce qui nous indique que ce n’est que quand Élohim, qui vit en toute éternité, se fut manifesté comme « le deuxième » des trois « Commencements », que le troisième « Commencement » descendit du ciel sur la terre. C’est alors que les trois Principes suprêmes se trouvèrent complètement unis. Le troisième « Commencement » qui descendit du ciel sur la terre, après la manifestation d’Élohim, forme le dernier anneau de la chaîne sacrée, dont émane toute lumière, en haut aussi bien qu’en bas. Les paroles de l’Écriture : « Bereschith bara Élohim eth ha-schamaïm ve-eth ha-aretz » ont donc la signification suivante : Par le deuxième « Commencement » Dieu opéra l’œuvre de la création (Bereschith bara). Et quand l’Élohim, qui vit en toute éternité, s’est manifesté sur la terre, il fit descendre le troisième « Commencement » du ciel sur la terre (Élohim eth ha-schamaïm ve-eth ha-aretz). Rabbi Yehouda dit : Maintenant je saisis le sens du verset : « La cognée se glorifie-t-elle contre celui qui s’en sert ? » À qui appartient la gloire ? N’est-ce pas à l’artisan, et non pas à la cognée dont il s’est servi. De même, bien que l’Élohim suprême ait créé le monde par l’Élohim d’en bas, c’est à celui d’en haut qu’appartient la gloire.
Rabbi Yossé dit : C’est également ainsi qu’il faut expliquer les paroles de l’Écriture : « Il n’y a point d’autre nation qui ait des “Élohim” aussi proches d’elle, comme notre Jéhovah Élohim, etc. » Pourquoi l’Écriture dit-elle : « Des Élohim aussi proches » ? Elle aurait dû dire : « Un Élohim aussi proche » ! L’Écriture fait une allusion à l’Élohim supérieur et à l’Élohim d’ici-bas, qui est désigné par le terme de « La crainte d’Isaac ». C’est pourquoi l’Écriture dit que les Élohim sont proches, attendu que l’Élohim d’en haut et celui d’en bas ne sont qu’un, sous deux aspects différents.
Il est écrit : « Et Élohim dit : Que la lumière soit faite; et la lumière fut faite. » À qui Élohim dit-il : « Que la lumière soit faite » ? Il le dit aux hommes d’ici-bas : « Que la lumière soit faite en ce bas monde ! » Et l’Écriture ajoute : « ...Et la lumière fut faite » ; elle fut faite pour le monde futur. Cette lumière appelée « lumière de l’œil » a d’abord été créée par le Saint, béni soit-il. C’est cette lumière que le Saint, béni soit-il, montra à Adam, le premier homme, à l’aide de laquelle il pouvait voir d’une extrémité du monde à l’autre. C’est la même lumière que le Saint, béni soit-il, a montrée à David ; ce qui lui inspira le verset : « Combien est grande l’abondance de votre bonté que vous avez cachée pour ceux qui vous craignent ! » Enfin, c’est la même lumière que le Saint, béni soit-il, montra à Moïse, et à l’aide de laquelle ce dernier put voir de Galaad jusqu’à Dan. Mais au moment où le Saint, béni soit-il, prévit les trois générations coupables qui se révolteront contre l’autorité du ciel (la génération d’Enoch, la génération de l’époque du déluge et la génération de la division des langues), il cacha cette lumière, afin que les coupables ne s’en servissent, et la confia à Moïse qui s’en servit durant les trois mois qui suivirent sa naissance prématurée, ainsi qu’il est écrit : « Elle le cacha pendant trois mois. » Mais comme il fallut qu’au bout de ces trois mois il parût devant Pharaon, le Saint, béni soit-il, l’a reprise et l’a gardée cachée jusqu’au jour où il monta sur le mont Sinai pour recevoir la Loi. En ce jour, le Saint, béni soit-il, rendit cette lumière à Moïse, qui s’en servit durant le reste de sa vie ; c’est pourquoi les enfants d’Israël ne purent l’approcher jusqu’au jour où il se couvrit d’un voile, ainsi qu’il est écrit : « Et ils craignirent d’approcher de lui. » Moïse s’entourait de lumière comme un homme s’entoure d’un manteau, ainsi qu’il est écrit : « Vous vous êtes revêtu de lumière comme d’un vêtement. »
L’Écriture dit : « Que la lumière soit faite ; et la lumière fut faite. » Partout où l’Écriture emploie le terme « iechi » (soit faite ou soit fait), on entend une action qui subsiste en ce monde et dans le monde futur. Rabbi Isaac dit : La lumière que le Saint, béni soit-il, répandit dans le monde au moment de la création répandait sa clarté d’une extrémité de la terre à l’autre ; mais elle fut cachée ensuite. Pourquoi fut-elle cachée ? — Afin que les coupables de ce monde n’en jouissent. Dieu l’a cachée pour le Juste ; nous entendons : pour le juste par excellence, dont l’Écriture dit : « La lumière se levait sur le juste et la joie dans ceux qui ont le cœur droit. » C’est alors que les mondes seront rachetés et ne formeront qu’un avec le ciel ; mais, jusqu’à ce jour, la lumière restera secrète et cachée. Cette lumière sortira des ténèbres qui, durant longtemps, ont passé pour lumières. Ce n’est que par la comparaison des ténèbres avec cette lumière qui se répandra dans le monde à la fin des temps que les ténèbres seront reconnues ce qu’elles sont en réalité. C’est pourquoi, après avoir dit : « Et Élohim appela la lumière jour », l’Écriture ajoute : « ...Et il appela les ténèbres nuit », attendu que ce n’est que par la comparaison avec la lumière que les ténèbres paraissent ce qu’elles sont en réalité. C’est pourquoi nous savons par une tradition que le verset : « Il découvre dans les ténèbres ce qui est caché dans les profondeurs » doit être interprété de façon analogue. Que signifient les mots « découvre dans les ténèbres » ? Est-ce à dire qu’il découvre les choses cachées dans les profondeurs ? Pourtant nous savons que l’Écriture fait allusion aux couronnes célestes qui sont les plus cachées. Pourquoi donc l’Écriture parle-t-elle de « profondeurs », alors que les couronnes célestes sont dans les régions supérieures ? Rabbi Yossé dit : Le sens de l’Écriture est celui-ci : Il fait découvrir les Mystères suprêmes dans les ténèbres symbolisées par la nuit, c’est-à-dire qu’on ne saurait apprécier la lumière qu’en la comparant avec les ténèbres. Lorsque l’homme est arrivé à ce degré d’entendement, il voit la lumière dans les ténèbres mêmes ; tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Et la lumière de la lune sera aussi éclatante que celle du soleil. »
Remarquez que tous les Mystères suprêmes, qui émanent de la Pensée céleste, ne peuvent être saisis que par le Verbe. Quel Verbe ? C’est le Verbe désigné par le nom de « Sabbat ». Et c’est parce que le jour du Sabbat est le symbole du Verbe que toute parole profane est interdite en ce jour. Rabbi Siméon avait coutume de dire à sa mère, chaque fois qu’il l’entendait parler de choses profanes, au jour du Sabbat : « Mère, gardez le silence ; car aujourd’hui c’est Sabbat, où toute parole profane est interdite. » La parole profane est défendue au jour du Sabbat, parce que c’est le Verbe seul qui doit dominer en ce jour. Ce Verbe, qui prit naissance par l’union de la lumière active et de la lumière passive appelée ténèbres, est désigné dans les paroles de l’Écriture : « Il découvre dans les ténèbres ce qui est dans les profondeurs », c’est-à-dire : c’est par l’union de la lumière avec les ténèbres qu’est né le Verbe qui nous fait découvrir les Mystères suprêmes. Rabbi Isaac dit : S’il en est ainsi, pourquoi donc l’Écriture dit-elle : « ...Et Élohim sépara la lumière d’avec les ténèbres » ? Rabbi Yossé lui répondit : La
la lumière donna naissance au jour et les ténèbres à la nuit, c’est-à-dire : Dieu fit d’abord la distinction entre la lumière et les ténèbres ; mais, après, il les réunit ensemble, au point de n’en former qu’un, ainsi qu’il est écrit : « Et il était soir, et il était matin, jour un », c’est-à-dire : en unissant la lumière et les ténèbres, il en résulta que le soir, le matin et le jour ne formèrent qu’une unité. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « ...Et Élohim sépara la lumière d’avec les ténèbres. » Car c’est Élohim qui sépara la lumière d’avec les ténèbres, pour mettre un terme à l’antagonisme qui existait durant la captivité d’Israël. Rabbi Isaac dit : Jusqu’à la manifestation d’Élohim, le principe mâle était dans la lumière et le principe femelle dans les ténèbres. Mais aussitôt qu’Élohim s’est manifesté, la lumière et les ténèbres furent unies au point de ne former qu’une unité. Pourquoi étaient-elles séparées avant ? Pour qu’il y ait une distinction entre la lumière et les ténèbres. Pourquoi furent-elles unies après ? Parce qu’on ne trouve la vraie lumière que dans les ténèbres et les vraies ténèbres que dans la lumière. Bien qu’elles soient unies maintenant, elles se distinguent par une différence de nuances ; mais malgré cette légère différence, elles ne forment qu’une unité, ainsi qu’il est écrit : « Jour un. » Rabbi Siméon dit : Le monde a été créé uniquement par l’Alliance et n’est soutenu que par celle-ci, ainsi qu’il est écrit : « S’il n’y avait mon Alliance du jour et de la nuit, je n’aurais point établi les lois du ciel et de la terre. » Quelle Alliance ? Celle du Juste qui est la base du monde. C’est le mystère de ce Juste qui est désigné par le mot « zacor » (souvenir). Le jour et la nuit étant le symbole de l’unité céleste, et cette unité étant opérée par le Juste, il s’ensuit que celui-ci est la base du monde ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « S’il n’y avait mon Alliance du jour et de la nuit, c’est-à-dire l’Alliance opérée par le Juste et symbolisée par le jour et la nuit, je n’aurais point établi les lois du ciel et de la terre. » « Les lois du ciel » désignent celles qui émanent de l’Éden supérieur. Rabbi Siméon a ouvert une de ses conférences par l’exorde suivant : Il est écrit : « À la voix du Médiateur, entre ceux qui puisent, sera publiée la justice de Dieu. » « La voix du Médiateur » désigne la voix de Jacob ; car le mot « mehatztzin » signifie « médiateur », de même que le mot « isch ha benaïm ». L’Écriture dit « entre ceux qui puisent », car il est assis entre ceux qui puisent de l’eau d’en haut ; et, lui, prend des deux côtés et les réunit en sa personne. L’Écriture ajoute : « ...Sera publiée la justice de Dieu » ; c’est-à-dire : c’est là que la foi a commencé, c’est là que fleurissent les justes de Dieu. L’Écriture ajoute enfin : « ...Et la clémence de Dieu sera répandue à profusion sur Israël, et le peuple de Dieu paraîtra devant les portes. » Ces paroles désignent le Juste de ce monde, qui est éternel et sacré ; c’est lui qui puisera les eaux célestes et les répandra à profusion dans le grand Océan qui sont les eaux célestes. L’Écriture dit : « Sur Israël », car c’est à lui que le Saint, béni soit-il, a légué cet héritage pour toujours. Mais quand Israël pratiquera la circoncision, sans mettre à nu le gland, alors arrivera ce que dit l’Écriture : « Et le peuple de Dieu paraîtra devant les portes ». Ils arriveront devant les portes du Juste ; mais ils ne pourront guère y pénétrer. C’est de cette époque que l’Écriture dit : « Ils abandonnèrent le Seigneur, le Dieu de leurs pères... Dieu leur suscita des juges, pour les délivrer des mains de ceux qui les opprimaient ; mais ils ne voulurent pas seulement les écouter » jusqu’à ce que Débora arrivât et les ramenât à Dieu, ainsi qu’il est écrit : « Vous qui vous êtes signalé parmi les enfants d’Israël, en exposant volontairement votre vie au péril, bénissez le Seigneur ! » Et plus loin, l’Écriture ajoute : « On a cessé de voir dans Israël celui qui répand à profusion, jusqu’à ce que lève Débora, jusqu’à ce que lève une mère en Israël. »
Que Débora se soit élevée, jusqu’à ce qu’il se soit élevée une mère dans Israël. « Celui qui répand à profusion » désigne le Juste, ainsi que nous l’avons dit précédemment. Israël a cessé de mettre à nu le gland dans l’acte de la circoncision. L’Écriture ajoute : « Jusqu’à ce qu’il se soit élevée une mère dans Israël. » Que signifie « une mère dans Israël » ? C’est celle qui attira ici-bas les eaux célestes, pour que le monde puisse subsister par Israël et montrer que le monde ne peut subsister que grâce à lui. Tout ce mystère est résumé dans les paroles de l’Écriture : « Le Juste est le fondement éternel. » Trois sortent d’un ; un est dans trois ; un est au milieu de deux, qui tirent leur source de celui du milieu ; et celui du milieu tire sa source de tous les côtés. De cette façon, tout est un, ainsi qu’il est écrit : « Et il était soir, et il était matin, jour un » ; car le soir et le jour ne forment qu’un. Ce mystère est également exprimé dans le verset : « L’Alliance du jour et de la nuit… » et tout est un.
Il est écrit : « Et Élohim dit : Que le firmament soit fait au milieu des eaux, et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux. » Rabbi Yehouda dit : Il y a sept firmaments en haut, qui, tous, sont enclavés dans la région de la sainteté céleste et qui embrassent tous les degrés du nom sacré. Le firmament dont parle l’Écriture est établi au milieu des eaux ; c’est le firmament établi au-dessus des « Hayoth » et qui sépare les eaux d’en haut de celles d’en bas. Les eaux d’en bas soupirent auprès de celles d’en haut. Aussi, ce firmament établi au milieu sert-il d’intermédiaire entre les eaux d’en haut et celles d’en bas. Il est écrit : « Ma sœur, l’épouse, est un jardin formé ; elle est un jardin fermé et une fontaine scellée. » Par « jardin fermé », l’Écriture désigne cette région de sainteté où tout est renfermé ; mais elle est appelée « jardin fermé » parce que rien de cette lumière ne peut parvenir jusqu’à la terre ; elle ressemble à une mer gelée dont les eaux sont inutilisables. Pourquoi les eaux sont-elles gelées ? Parce qu’un vent du nord y souffle, qui transforme les eaux en glace. Les eaux ne deviennent utilisables qu’au moment où un vent en sens contraire, arrivant du sud, y amène la chaleur. De même, la sainteté des régions supérieures ne peut arriver ici-bas, sans qu’un vent en sens contraire y arrive pour en rendre les eaux utilisables. Tel est le mystère du firmament que Dieu établit au milieu des eaux, c’est-à-dire entre les régions supérieures et les régions inférieures. L’Écriture ne dit pas : « Qu’un firmament soit fait et qu’il soit placé au milieu des eaux », mais bien : « Que le firmament soit au milieu des eaux », parce que le firmament dont parle l’Écriture existe de toute éternité ; au moment de la création, il n’a pas été créé, mais seulement placé au milieu des eaux supérieures et inférieures, c’est-à-dire au-dessus des Hayoth. Rabbi Isaac dit : Dans l’intérieur du corps humain, il existe un diaphragme qui sépare la poitrine de l’abdomen. Ce diaphragme, tout en séparant la partie supérieure de la partie inférieure, transmet à cette dernière les éléments qu’il reçoit de la première. Il en est de même du firmament établi au milieu, entre les régions supérieures et les régions inférieures ; il communique aux « Hayoth » inférieures la lumière qu’il reçoit d’en haut. Remarquez que l’union de ces deux eaux a produit la lumière passive appelée ténèbres. C’est à ce mystère que font allusion les paroles de l’Écriture : « Et le voile séparera le Saint d’avec le Saint des saints. » Rabbi Abba a ouvert une de ses conférences par l’exorde suivant : Il est écrit : « Celui qui couvre d’eau sa partie la plus élevée, et qui monte sur les nuées, et qui s’avance sur les ailes des vents… » Par le mot « les eaux », le Psalmiste désigne les eaux supérieures par lesquelles fut établie la maison, ainsi qu’il est écrit : « Par la Sagesse (Hocmâ), la maison sera bâtie, et par l’Intelligence (Thebounâ), elle sera affermie. » L’Écriture ajoute : « Qui monte sur les nuées. » Rabbi Yessa l’Ancien sépara le mot « abim » (nuées) en deux parties : « ab » (nuée) et « Im » (océan) ; d’après cette interprétation, l’Écriture désigne les ténèbres émanant du côté gauche, dont le séjour est dans le grand Océan. Enfin l’Écriture ajoute : « Et qui s’avance sur les ailes des vents » ; ces paroles
désignent l’esprit de la Sainteté supérieure. Ce mystère est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Tu mettras aux deux extrémités de l’oracle deux chérubins d’or battu. » Il est écrit : « Il est monté sur les chérubins et il s’est envolé ; il a volé sur les ailes des vents. » L’Écriture commence d’abord par « C’roub », c’est-à-dire au singulier, et elle finit par « canphè » (les ailes), au pluriel, parce que ce n’est qu’après que l’Esprit s’était révélé que Dieu a volé sur les ailes des vents ; mais auparavant il ne s’était révélé qu’au « C’roub ». Rabbi Yossé dit : Il est écrit : « Il a mesuré les eaux. » Le mot « mesuré » doit être pris au pied de la lettre, attendu que ce sont elles qui sont distribuées ici-bas pour perfectionner le monde ; car elles proviennent du côté de la Séphira « Gueboura » (Justice). Rabbi Abba dit : Les Anciens rapportent que, lorsque les grands hommes de l’antiquité sont arrivés, dans leurs méditations, à considérer ces mystères, ils remuaient les lèvres, mais ne prononçaient pas un mot, de crainte d’être punis s’ils en divulguaient une partie. Rabbi Éléazar dit : La première lettre de l’alphabet planait, au commencement des choses, au-dessus du nœud pur auquel elle servit de couronne ; elle monta en haut et descendit en bas. C’est ainsi qu’elle grava sur la surface des eaux inférieures les formes de toutes les autres lettres. Ainsi toutes les lettres sont formées sur un même modèle et se complètent les unes les autres. C’est lorsque toutes les lettres ont été formées ici-bas qu’a été élevée sur elles la base de ce monde. C’est également alors que les eaux d’en haut se mêlèrent à celles d’en bas et donnèrent naissance au monde appelé « maison » (baïth). C’est pourquoi l’Écriture commence par la lettre Beth, pour indiquer que la naissance du monde est due aux deux eaux, celles d’en haut et celles d’en bas, qui étaient mêlées ensemble jusqu’au jour où le firmament, établi au milieu d’elles, les sépara. Cette séparation a eu lieu au deuxième jour de la création. C’est pourquoi, en ce jour, a été également créé l’enfer, qui consiste en un feu dévorant. Le châtiment de l’enfer est destiné aux coupables.
Rabbi Yehouda dit : C’est en raison de ce mystère que la tradition nous apprend que toute discorde ayant pour effet la gloire du ciel subsistera longtemps, attendu que la séparation des eaux d’en haut d’avec celles d’en bas avait pour but la gloire du ciel ; et c’est pourquoi le firmament existe encore, ainsi qu’il est écrit : « Et Élohim donna au firmament le nom de Ciel. » Tout ce qui est accordé de sainteté céleste aux hommes d’ici-bas est mesuré par le firmament établi au milieu, entre le Saint et le Saint des saints, ainsi qu’il est écrit : « Et le voile séparera le Saint d’avec le Saint des saints. » Remarquez qu’après la séparation des eaux, l’Écriture ajoute : « Que les eaux de dessous le ciel se rassemblent en un seul lieu » ; l’Écriture parle seulement des eaux de dessous le ciel. Ces eaux sont toutes concentrées dans un endroit appelé « un » ; et c’est le « îam » (mer) qui complète l’essence divine « Un ». Sans lui, Dieu ne serait pas appelé « Un ». C’est en lui que sont concentrées toutes les eaux d’ici-bas, ainsi qu’il est écrit : « Tous les fleuves entrent dans la mer (îam). »
Rabbi Yessa dit : Les paroles de l’Écriture : « Que les eaux de dessous le ciel se rassemblent en un lieu », désignent le lieu dont l’Écriture dit : « Et l’Alliance par laquelle je fais la paix avec vous ne sera jamais ébranlée. » Car c’est lui qui a pris tous les péchés des hommes et les a jetés dans le grand Océan, et c’est grâce à lui que la terre peut subsister. C’est pourquoi l’Écriture ajoute : « …Et que le sol aride paraisse » ; par « sol aride » l’Écriture désigne la terre, ainsi que l’Écriture ajoute : « …Et Élohim donna au sol aride le nom de terre. »
Pourquoi la terre est-elle appelée « sol aride » ? Rabbi Isaac dit : C’est en raison des paroles de l’Écriture : « Pendant sept jours vous mangerez du pain d’affliction. » Bien que le mot « oni » se prononce de façon à lui donner la signification d’« affliction », il s’écrit de manière à être interprété par « pauvre ». C’est parce que celui qui est le pain du monde est pauvre.
Pourquoi la terre est-elle appelée « sol aride » ? Rabbi Isaac dit : C’est en raison des paroles de l’Écriture : « Pendant sept jours vous mangerez du pain d’affliction. » Bien que le mot « oni » se prononce de façon à lui donner la signification d’« affliction », il s’écrit de manière à être interprété par « pauvre ». C’est parce que celui qui est le pain du monde est pauvre.
pourquoi la terre est appelée « aride ». Elle absorbe toutes les eaux de ce monde et elle demeurera aride jusqu’à ce que les eaux célestes la remplissent. L’Écriture ajoute : « …Et il appela mers toutes les eaux rassemblées. » C’est l’endroit où se réunissent les eaux célestes ; et de là elles se répandent partout. Rabbi Ḥiyà dit : « Les eaux rassemblées » désignent le Juste, attendu que l’Écriture ajoute immédiatement après : « …Et Élohim vit que cela était bon », et ailleurs il est dit : « Dites au Juste qu’il est bon. »
Rabbi Yossé dit : « Les eaux rassemblées désignent Israël, ainsi qu’il est écrit : « Dieu est l’attente (miqveh) d’Israël. » Rabbi Ḥiyà dit : « Les eaux rassemblées » désignent le Juste ; c’est pourquoi Dieu l’appela « mers », parce qu’il est la source de tous les courants et de tous les fleuves. C’est pourquoi également l’Écriture ajoute : « …Et Élohim vit que cela était bon. » C’est lui qui est cause de ce que l’Écriture emploie le mot « bon » au troisième jour de la création, ce qu’elle ne fait pas au deuxième jour de la création. L’Écriture emploie le mot « bon » parce que la terre produisit au troisième jour des fruits par la force de ce Juste, ainsi qu’il est écrit : « Que la terre produise de l’herbe et du gazon qui portent de la graine, et un arbre fruitier qui porte du fruit selon son espèce. » Que signifie « un arbre fruitier » ? C’est l’arbre du Bien et du Mal qui, lui aussi, porte des fruits. L’Écriture ajoute : « Qui porte du fruit », c’est-à-dire le fruit du Juste qui est la base du monde. L’Écriture dit en outre : « Selon son espèce » ; car tous les hommes qui sont pénétrés de l’Esprit saint, qui est le fruit de cet arbre, sont marqués du signe de cet arbre, et sont de son espèce. Que signifient : « Alliance sacrée, Alliance de paix » ? C’est l’Alliance que Dieu a faite avec les hommes de foi, qui sont de l’espèce du Juste et dont ils ne se séparent jamais. C’est le Juste qui est l’arbre qui engendre et produit le fruit, selon son espèce, c’est-à-dire semblable à lui. Heureux le sort de celui qui ressemble à sa mère et à son père. C’est pourquoi la marque sacrée de la circoncision s’imprime le huitième jour après la naissance ; c’est pour que le nouveau-né ressemble à sa mère. Et, lorsque la circoncision a été faite, on met à nu le gland et on reproduit ainsi la marque sacrée, afin que le nouveau-né ressemble à son père. C’est pourquoi l’Écriture dit : « …Un arbre fruitier qui porte du fruit selon son espèce » ; « arbre fruitier » désigne la mère ; « qui produit des fruits » : c’est l’Alliance sacrée, c’est le père. L’Écriture dit : « Qui renferme sa semence en lui-même sur la terre (zaroo-bo al ha-aretz). » Pourquoi l’Écriture dit-elle « zaroo » (sa semence), au lieu de « zera » (semence) ? L’Écriture veut dire « zera vav », c’est-à-dire que le Vav, qui est le symbole du Juste, a servi de semence sacrée pour l’Arbre. C’est pourquoi l’Écriture dit « sur la terre » ; car cette semence sacrée fut jetée sur la terre, ce qui donna naissance à l’Arbre. Heureux le sort de ceux d’Israël ! Car ils sont saints et ils ressemblent aux saints Anges. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Tout ton peuple sera un peuple de justes. » Certes ils seront justes ; car ils descendent des justes et ils leur ressembleront. Heureux leur part dans ce monde et dans le monde futur !
Rabbi Ḥiyà dit : Il est écrit : « Dieu crée la terre par sa puissance. » Pourquoi l’Écriture dit-elle « crée la terre », au lieu de « créa la terre » ? C’est que le Saint, béni soit-il, crée constamment la terre (Eretz) supérieure aux six autres terres. Et par qui la crée-t-il constamment ? « Par sa puissance », dit l’Écriture, mot qui désigne le Juste. L’Écriture ajoute : « Il affermit le monde (Thebel) par sa Sagesse. » Le mot « Thebel » désigne la terre inférieure aux six autres terres. « Par sa Sagesse » désigne le Juste, ainsi qu’il est écrit : « Il jugera le monde (Thebel) par le Juste. » Ainsi, le Saint, béni soit-il, crée constamment la terre, en y apportant sans cesse des améliorations. Et cela, par qui le fait-il ? Par sa puissance, ainsi que nous venons de l’expliquer.
Rabbi Yehouda dit : Les combinaisons de lettres démontrées par Rabbi Éléazar sont au nombre de vingt-deux. Ces combinaisons consistent en ceci que chaque lettre du commencement de l’alphabet est remplacée par une autre de la fin, éloignée à une égale distance de la dernière lettre que celle-ci de la première. On trouve un terme mnémotechnique pour ces combinaisons dans les paroles de
L’Écriture : « Akh bekha El (Il n’y a que Dieu en toi). » Rabbi Yossé dit : Le fléau d’une balance est placé au milieu des deux plateaux. On trouve un terme mnémonique pour ce principe dans les paroles de l’Écriture : « Ne faites rien contre l’équité, ni dans les jugements, ni dans ce qui sert de règle, ni dans les mesures, ni dans les poids (mischqal) » ; or le mot « mischqal » désigne ce qui est au milieu. C’est ainsi que s’explique le mystère renfermé dans les paroles de l’Écriture : « Le sicle sacré », terme qui désigne le Juste, ainsi qu’il est écrit : « La balance juste. » Tout ce qui est au monde n’existe que grâce à la balance juste du sicle sacré. Rabbi Yehouda dit : Le « sicle sacré » désigne l’Esprit saint. Rabbi Isaac dit : Il est écrit : « C’est par le Verbe du Seigneur que les cieux ont été affermis, et c’est par le souffle de sa bouche que toute l’armée des cieux a été produite. » Les mots « par le Verbe du Seigneur les cieux ont été affermis » désignent les cieux inférieurs qui ont été affermis par le Verbe qui réside dans les cieux supérieurs ; car c’est grâce au Verbe que les eaux du fleuve céleste coulent constamment et ne cessent d’arroser les mondes inférieurs. « C’est par le souffle de sa bouche que toute l’armée des cieux a été produite », désignent l’esprit qui est symbolisé par le principe mâle, et c’est par lui que tous les êtres d’ici-bas subsistent. Il est écrit : « Tu arroses les montagnes des eaux qui tombent d’en haut, et la terre est rassasiée des fruits qui sont tes ouvrages. » Que signifient les mots « des eaux qui tombent d’en haut » ? Ce sont les eaux qui émanent du fleuve céleste et qui ne cessent d’arroser les mondes inférieurs, ainsi que nous venons de le dire. C’est pourquoi l’Écriture dit un peu plus haut : « Tu couvres d’eau sa partie la plus élevée. » Car les mots « et la terre est rassasiée des fruits qui sont tes ouvrages » désignent le fleuve qui descend ici-bas, comme le verset dit : « ...Et qui renferme sa semence en lui-même sur la terre », ainsi que nous l’avons expliqué précédemment.
Il est écrit : « Que les lumières soient faites dans le firmament du ciel. » Le mot « Meoroth » (lumières) est écrit de façon incomplète. Rabbi Hizqiya en donne la raison suivante : La lumière peut nous rendre heureux, mais elle peut aussi nous rendre malheureux. Rabbi Yossé en donne la raison suivante : Les mots : « Que les lumières soient faites » désignent celles d’ici-bas. Or, la lumière de la lune est cause de l’épilepsie des enfants. C’est donc à cause de la lumière de la lune que le mot « Meoroth » est écrit de façon incomplète ; car, outre que sa lumière est cause d’une maladie des enfants, sa lumière est inférieure à toutes les autres, et parfois même elle est obscurcie et ne reçoit plus sa nourriture du soleil. L’Écriture ajoute : « ...Dans le firmament du ciel. » C’est le firmament qui renferme toutes les lumières. Rabbi Isaac, au contraire, dit : C’est le firmament inférieur qui n’a aucune lumière de lui-même ; nous l’appelons « règne » (Malcouth), « ciel », « terre d’Israël » et « terre de vie ». Ainsi, en disant « dans le firmament du ciel », l’Écriture entend le firmament qu’on désigne sous le nom de « ciel ». C’est pour ces raisons que le mot « Meoroth » est écrit sans la lettre Vav. Pourquoi plutôt cette lettre qu’une autre ? Parce que, sans le Vav, qui est le symbole de l’Esprit saint, c’est la mort qui règne dans le monde. Par les mots « iehi meoroth » (que les lumières soient faites), mots écrits de façon incomplète, l’Écriture fait allusion à la femelle des démons, appelée « Lilith », qui a reçu l’autorisation de résider dans le monde. C’est également à elle que font allusion les paroles de l’Écriture : « Là, le grand et le petit se trouvent égaux ; là, l’esclave est affranchi de la domination de son maître », et ailleurs : « Le Seigneur fera voir sa magnificence en ce lieu-là… ; les vaisseaux à rames ne prendront point leur route par là et la
grande galère n’y passera point. » C’est pourquoi également l’Écriture ajoute : « C’est là où “Lilith” se retire ; c’est là où elle trouve son repos. » Rabbi Éléazar dit : Le mot « Meoroth » (lumières) est écrit de façon incomplète parce que les lumières dont nous jouissons ici-bas ne sont que le reflet des lumières supérieures, tel un fer blanc réfléchissant la clarté d’une chandelle. Il est écrit : « L’arche de l’Alliance du Maître de toute la terre... » L’« arche » désigne la lumière qui n’éclaire que par réflexion ; l’« Alliance » désigne la lumière éclairant directement et sans réflexion. Donc, l’arche désigne la lumière incomplète exprimée par le mot « Meoroth », alors que l’Alliance désigne la lumière parfaite pareille à celle du soleil. Le premier terme désigne la loi écrite, le second l’Alliance faite par la médiation du « Maître de toute la terre ». Si l’arche a porté le nom de « Maître », c’est parce qu’elle portait la loi écrite qui n’était que le reflet de ce soleil qui l’éclairait et qui éclaire encore tout le monde. Aussi en a-t-elle pris le nom composé des lettres « Aleph », « Daleth », « Noun » et « Yod » (Adonaï). Car, de même que « Çadiq » et « Çadeq » ont la même signification, de même « Adon » et « Adonaï » dépendent l’un de l’autre. Remarquez que les étoiles et les planètes n’existent que par l’Alliance qui est comparée au soleil, ainsi que nous l’avons dit. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Dans le firmament du ciel », mots qui indiquent l’Alliance, parce que toutes les étoiles, ainsi que toutes les planètes, n’existent que par l’Alliance. Rabbi Yessa, le Vieillard, avait coutume de dire : Les mots : « Que les lumières soient faites dans le firmament du ciel » signifient : que la lumière de la lune soit suspendue à celle du soleil. Puisqu’il est écrit : « ... Et qu’elles éclairent », il est évident que la lumière du soleil y est comprise. L’Écriture dit : « Et qu’elles servent de signes pour marquer les temps » (oul-moadim), parce que c’est de ces astres que dépend la fixation des saisons, des fêtes, des néoménies et des Sabbats. Le cours des astres a été réglé de façon à être en harmonie avec l’unité du nom sacré ; la création des astres a été, par conséquent, opérée dès le commencement. Il y a sept astres qui correspondent aux sept firmaments ; tous font partie du système de notre monde ; et, au-dessus d’eux, est le monde supérieur. Il y a également deux mondes : le monde supérieur et le monde inférieur. Le monde inférieur est formé sur le modèle du monde supérieur, ainsi qu’il est écrit : « Que le Seigneur, le Dieu d’Israël, soit béni d’un monde à l’autre monde. » Il y a également un Roi en haut et un Roi en bas. Nous savons, par une tradition, ce qui suit : Il est écrit : « Dieu règne, Dieu a régné, Dieu régnera en toute éternité. » « Dieu règne » désigne le Roi d’en haut, c’est-à-dire la première des trois Séphiroth suprêmes ; « Dieu a régné » désigne le Roi du milieu, c’est-à-dire la deuxième des trois Séphiroth suprêmes ; « Dieu régnera » désigne le Roi d’en bas, c’est-à-dire la troisième des trois Séphiroth suprêmes. Rabbi Aha dit : « Dieu règne » désigne la « Sagesse suprême » (Hocmà ylaah), qui règne dans le monde supérieur, synonyme du monde futur. « Dieu a régné » désigne la « beauté d’Israël », beauté qui correspond à la Séphira « Thiphereth ». « Dieu régnera en toute éternité » désigne l’Arche de l’Alliance. Mais, après David, il viendra un temps où l’ordre sera renversé, ainsi qu’il est écrit : « Dieu régnera en toute éternité. » « Jéhovah Melekh » désigne le Roi d’en bas ; « olam » désigne le Roi du milieu ; « vaed » désigne le Roi d’en haut. C’est là qu’est la réunion et la perfection de tout. « Il a régné », en haut ; « il régnera », en bas. Rabbi Abba dit : L’Écriture dit que « les lumières ont été suspendues au firmament du ciel pour éclairer la terre ». Les astres sont-ils donc suspendus au firmament du ciel ? L’Écriture veut nous indiquer que les véritables lumières propres à éclairer la terre ne sont pas ici-bas, mais « suspendues au