Judaïsme

Zohar I, Section Bereschith (fol. 25a-29b)

Selon une autre interprétation, les mots : « Et de là ce fleuve se divise en quatre canaux » préfigurent les quatre hommes qui ont pénétré dans le jardin mystérieux « Pardès ». Le premier est arrivé jusqu’au canal « Pischon », qui veut dire « Pi schonè halakhoth » (la bouche qui enseigne la loi). Le second a pénétré dans le canal « Ghiohon », ce qui veut dire l’endroit où est enseveli celui dont l’Écriture dit : « Tout ce qui marche sur la poitrine » (Ghiohon). À ce canal s’abreuve Gabriel, dont le nom est composé de Gheber-el (l’homme-dieu) ; c’est à quoi font allusion les paroles de l’Écriture : « L’homme (gheber) qui marche dans une route inconnue et que Dieu a recouvert de son voile » ; et ailleurs : « Et nul homme jusqu’aujourd’hui n’a connu le lieu où il a été enseveli » ; ce verset est traduit par le Thargoum de cette façon : « Et l’homme (gheber) n’a connu son sépulcre », jusqu’au jour où il se révélera. Ce canal renferme le second degré de la doctrine appelée « Remez » (allusion) ; et, en effet, une allusion est suffisante pour un sage.
Le troisième est parvenu jusqu’au canal appelé « Hideqel », qui veut dire : « Had qal » (la parole facile). C’est le troisième degré de la doctrine appelé « Darasch » (homélie). Le quatrième a atteint le quatrième canal appelé « Perath », qui constitue le cerveau de l’arbre séphirothique et d’où émane la matière fécondante. Ben Zoma et Ben Azaï, qui ont pénétré dans la pelure de la doctrine, ont été lésés par la pelure ; mais Rabbi Aqiba, qui est parvenu jusqu’au cerveau de l’arbre séphirothique, y est, selon la tradition, entré en paix et en est sorti en paix.
Rabbi Éléazar dit à son père : Père, je me trouvai un jour à l’école où les collègues discutaient sur le sens des paroles de Rabbi Aqiba, qui dit à ses disciples : Lorsque vous arriverez auprès des pierres transparentes et éclatantes de lumière, ne vous écriez pas : Eaux ! eaux ! car vous pourriez vous exposer à un grand danger, ainsi qu’il est écrit : « Celui qui profère des mensonges n’est point agréable à mes yeux. » Pendant que les collègues discutaient sur le sens de ces paroles, le Vieillard des vieillards vint à descendre ; et, s’adressant aux collègues, il leur dit : Maîtres, quel est le sujet de votre discussion ? Ils lui répondirent : C’est le sens de l’exhortation adressée par Rabbi Aqiba à ses disciples, relative aux pierres transparentes et éclatantes de lumière. Le Vieillard des vieillards leur dit : En vérité, les paroles de Rabbi Aqiba cachent le mystère suprême qui a été exposé à l’école céleste. C’est afin que vous ne fussiez pas induits en erreur que je suis descendu ici pour vous révéler ce mystère suprême
caché aux hommes de la présente génération. En vérité, les pierres transparentes et éclatantes de lumière donnent naissance à des eaux cristallines symbolisées par la lettre Aleph, qui représente le commencement et la fin. Le trait ayant la forme d’un Vav, qui sépare le Yod d’en haut de celui d’en bas, est le symbole de l’arbre de la vie ; quiconque en mangera aura la vie éternelle. Les deux Yod de la lettre Aleph ont la même signification que les deux Yod du mot « vaïiçer » (et il créa) ; ils sont le symbole de deux formations, de celle d’en haut et de celle d’en bas, c’est-à-dire de la seconde Séphira ou hypostase appelée « Hocmâ ». Les deux Yod symbolisent la « Hocmâ », qui est le commencement et la fin de toute chose ; ils représentent les mystères de la « Hocmâ » d’en haut qui, dans l’arbre séphirotique, est située au-dessous de la première Séphira appelée « Kether ». Ces deux Yod correspondent également aux deux yeux séphirotiques, d’où coulèrent deux larmes qui tombèrent dans le grand océan.
Et pourquoi sont-elles tombées dans l’océan ? En raison des tables de la loi que Moïse fit descendre du ciel, et dont Israël n’a pas été jugé digne de profiter. C’est pourquoi elles furent brisées et jetées. C’est ce qui occasionna la destruction du premier et du second temples. Et pourquoi les premières tables furent-elles jetées, alors que Moïse pouvait s’en servir pour les rendre aux Israélites ? C’est parce que le Vav s’en est envolé. C’est ce même symbole qui est indiqué par le Vav du mot « vaïiçer » (et il créa). C’est pourquoi Moïse donna à Israël d’autres tables de la loi, qui étaient du côté de l’arbre du Bien et du Mal. C’est pour cette raison que la Loi est formée de préceptes négatifs et de commandements : « Ceci est permis, cela est défendu » ; c’est parce que la Loi émane de l’arbre du Bien et du Mal. Le côté droit, c’est la vie ; le côté gauche, c’est la mort. C’est pourquoi Rabbi Aqiba dit à ses disciples : Lorsque vous arriverez auprès des pierres transparentes et éclatantes de lumière, ne vous écriez pas : Eaux ! eaux ! c’est-à-dire ne comparez pas les pierres éclatantes et transparentes de lumière aux autres pierres des tables de la loi, renfermant la Vie et la Mort, ainsi qu’il est écrit : « Le cœur du sage est à droite et le cœur de l’insensé est à gauche. » Mais il y a plus ; en agissant ainsi, vous vous exposerez à un grand danger ; car la loi émane de l’arbre du Bien et du Mal ; c’est pourquoi il y a division, alors que les pierres transparentes et éclatantes de lumière forment l’unité où il n’y a aucune division. Mais si vous pensez que les premières tables de la loi que Moïse avait jetées et qui émanaient de l’arbre de la Vie, n’existant plus, il y a division même auprès des pierres transparentes et éclatantes de lumière, vous vous exposerez au danger de ressembler à ceux dont l’Écriture dit : « Celui qui profère des mensonges n’est point agréable à mes yeux » ; car auprès de ces pierres, il n’y a point de division, attendu qu’elles sont les mêmes que celles qui ont été brisées par Moïse.
Lorsque le Vieillard des vieillards eut cessé de parler, les collègues accoururent pour l’embrasser ; mais il s’envola et disparut. Selon une autre interprétation, les paroles : « Il sortait un fleuve d’Éden » signifient qu’en haut l’arbre de la Vie n’est pas entouré de pelures étrangères à son essence, ainsi qu’il est écrit : « Le malin ne demeure point près de toi » ; mais l’arbre d’en bas est entouré de pelures étrangères à son essence. Le fleuve sortant de l’Éden désigne Hénoch, appelé également Métatron, qui sort de l’Éden de la « Petite Figure » ; car le jardin d’Éden supérieur du Saint, béni soit-il, n’est point infesté par les démons, pour avoir besoin d’un gardien. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Il sortait un fleuve d’Éden » ; ceci équivaut à dire : Métatron sortait de son propre
Éden, « pour arroser le jardin », son propre jardin appelé « Pardès », où ont pénétré Ben Azaï, Ben Zoma et Elisée. Ce jardin est entouré de pelures ; aussi est-il bon d’un côté et mauvais de l’autre, parce que la Loi émane de l’arbre du Bien et du Mal ; c’est pourquoi elle est formée de préceptes de ce genre : « Ceci est défendu à manger, cela est permis ; cet acte est licite, cet autre ne l’est pas ; ceci est impur, cela est pur. » Un vieillard se leva alors en s’écriant : Rabbi, Rabbi, tes paroles sont exactes, mais cet arbre d’en bas n’est pas l’arbre de la Vie. Mais voici le mystère des deux Yod du mot « vaîiçer » (et il créa) ; ils indiquent deux créations, celle du Bien et celle du Mal, symbolisées par l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. « L’arbre » indique le « Petit homme » ; « le Bien et le Mal » indiquent le côté de la Vie et le côté de la Mort. Il y a en effet deux créations qui sont symbolisées par les choses défendues et les choses permises. C’est à quoi fait allusion le verset : « Il a créé l’homme, poussière de la terre, il a soufflé dans son âme le souffle de la vie », c’est la Schekhina d’en haut. L’« Éden », c’est la pénitence. C’est aussi à quoi fait allusion le verset : « Et l’arbre de la Vie était dans le jardin » ; « l’arbre de la Vie », c’est la Colonne du milieu ; « le jardin » indique la Schekhina d’en bas. L’homme est composé de trois choses : la vie (nephesch), l’esprit (rouah ou halâ) et l’âme (neschamah). C’est par eux que l’homme devint un « esprit vivant », esprit qui provient de la bouche même de la Schekhina qui est appelée « âme vivante ». Aussitôt que le Vieillard eut prononcé ces paroles, il monta au ciel. Rabbi Siméon s’écria : Collègues, c’est assurément un ange, celui qui vient de nous apparaître ; car, en effet, ses paroles sont corroborées par plusieurs passages bibliques. Rabbi Siméon commença alors l’interprétation du verset suivant :
« Et Jéhovah Élohim prit l’homme et le mit dans le jardin de l’Éden, afin qu’il le cultivât et le gardât. » « Prit l’homme » : d’où le prit-il ? Il l’a pris des quatre éléments dont il est dit : « De là ce fleuve se divise en quatre canaux. » L’Écriture veut dire que Dieu détacha l’homme de ces quatre éléments et le plaça dans le jardin de l’Éden ; c’est ainsi que le Saint, béni soit-il, agit avec les hommes, formés de quatre éléments ; quand ces hommes font pénitence et se consacrent à l’étude de la loi, le Saint, béni soit-il, les détache des éléments dont ils furent formés. C’est de ces hommes que l’Écriture dit : « Et de là ce fleuve se divise en quatre canaux », c’est-à-dire : Dieu détache leurs âmes des éléments matériels ; en d’autres termes, il les préserve de tous désirs coupables et les place dans son jardin, qui est la Schekhina. « Afin qu’il le cultivât et le gardât » : le mot « cultivât » désigne les commandements ; « le gardât » désigne les préceptes négatifs. Lorsque l’homme a observé la loi, c’est lui qui dominera les quatre éléments qui se transforment en un fleuve dont il sera abreuvé, et non pas des eaux amères ; ce fleuve témoignera que l’homme a su maîtriser les éléments dont il fut formé. Mais si l’homme a transgressé la loi, il sera abreuvé des eaux amères qui émanent de l’arbre du Mal, c’est-à-dire de l’Esprit tentateur. De tous ceux qui sont dominés par les quatre éléments, l’Écriture dit : « Et il leur rendait la vie amère. » Alors que, de ceux qui sanctifient leurs membres et leurs corps, en les plaçant du côté du Don et en les plaçant au-dessus des quatre éléments, l’Écriture dit : « Ils arrivèrent à Mara, et ils ne pouvaient boire les eaux de Mara, parce qu’elles étaient amères. » La tradition explique ainsi le verset précédent. « Et il leur rendait la vie amère par des travaux pénibles » désigne les difficultés que présente la loi ; le mot « behomer » (de mortier) désigne la règle herméneutique concernant la comparaison entre une loi modérée et une autre aggravée (homer) ; « ou-bilbenim » (et de briques) désigne l’éclaircissement (libon) de la loi ; enfin les mots : « Toute sorte d’ouvrages des champs » désignent la Boraïtha ; « tous leurs travaux » désignent la Mischnah. Tels sont les travaux pénibles dont Israël est chargé pendant l’époque de la loi. Mais lorsque Israël fera pénitence, les paroles de l’Écriture s’accompliront : « Dieu lui montra un bois qu’il jeta dans les eaux ; et les eaux, d’amères qu’elles étaient,
devinrent douces. » Le bois dont parle l’Écriture est l’arbre de la Vie ; c’est par lui que les eaux deviendront douces ; et c’est Moïse qui procurera à Israël cet arbre qui désigne le Messie ; car c’est de Moïse que l’Écriture dit : « Et la verge de Dieu était entre ses mains. » Le mot « Maté » (verge) désigne Métatron ; de son côté viennent et la Vie et la Mort. Quand il se transforme en verge, il est favorable aux hommes, car il se trouve alors du bon côté ; mais quand il se transforme en un serpent, il est contre l’homme. C’est pourquoi, lorsqu’il se transforma en serpent, Moïse eut peur, ainsi qu’il est écrit : « Et Moïse s’enfuit de devant le serpent. » Le Saint, béni soit-il, l’a remis au pouvoir de Moïse ; ainsi fut formée la loi traditionnelle composée de préceptes relatifs aux aliments défendus et permis. Mais aussitôt que Moïse a frappé la pierre de sa verge, le Saint, béni soit-il, la lui a reprise, ainsi qu’il est écrit : « L’Égyptien parut, la verge à la main, et Banaïas la lui arracha. » La verge de Moïse, c’est l’esprit tentateur, c’est le serpent, cause de la captivité d’Israël. Les paroles de l’Écriture : « De là ce fleuve se divise en quatre canaux », peuvent encore s’expliquer d’une autre façon. Heureux l’homme qui se consacre à l’étude de la loi ; car, au moment où le Saint, béni soit-il, ôtera l’âme du corps d’un tel homme, l’âme quittera le corps composé de quatre éléments et montera au ciel pour y être placée à la tête de quatre Qayoth, ainsi qu’il est écrit : « Ils vous porteront sur leurs mains. » Il est écrit : « Et Jéhovah Élohim commanda à l’homme et lui dit : Mangez de tous les arbres du jardin ; mais ne mangez point de l’arbre du Bien et du Mal. » Nous savons par une tradition que toutes les fois que l’Écriture emploie le terme de « commandement » (çav), celui-ci a rapport à la défense de l’idolâtrie. Le penchant à l’idolâtrie émane du foie ; le mot « cabad » (foie) signifie également « dur » ; c’est pourquoi l’idolâtrie est désignée par le terme de « travail dur ». Le foie est le siège de la colère ; c’est pourquoi la tradition dit : Quiconque se met en colère est aussi coupable que s’il se livrait au culte de l’idolâtrie. Telle est la signification des paroles : « Et Élohim commanda », c’est-à-dire : Dieu défendit à l’homme l’idolâtrie, en le mettant en garde contre la colère qui en est la source. Les paroles « à l’homme » désignent le meurtre, ainsi qu’il est écrit : « Quiconque aura répandu le sang de l’homme, par l’homme aura son propre sang répandu. » Le penchant au meurtre vient de la bile, qui forme également l’épée de l’ange de la mort, comme il est écrit : « Et la fin est amère comme l’absinthe et perçante comme une lame à deux tranchants. » Les paroles : « Et lui dit » désignent l’inceste qui vient de la rate, comme il est écrit : « Telle est la voie de la femme adultère qui, après avoir mangé, s’essuie la bouche et dit : Je n’ai point fait de mal. » Par le mot « la bouche » l’Écriture entend la rate, siège du penchant à l’inceste. La rate n’a aucune ouverture, et pourtant elle absorbe le sang noir du foie, de sorte qu’à première vue, personne ne s’en douterait. C’est pourquoi l’Écriture compare la femme adultère à la rate, le crime de cette femme ne laissant pas non plus de traces visibles, alors que le meurtre qui vient de la bile est un crime qui laisse des traces ; le meurtrier répand le sang du cœur de sa victime, de même que la bile porte la trace du sang noir du foie. Aussi les hommes fuient-ils le meurtre plus que l’adultère, uniquement en raison des traces que laisse le premier, alors qu’au point de vue moral, un de ces crimes égale l’autre. Quiconque se rend coupable de meurtre, d’idolâtrie ou d’inceste, tue son âme à l’aide du foie, de la bile ou de la rate, et il sera puni de l’enfer. Les chefs de l’enfer, préposés aux souffrances localisées aux trois viscères susnommés, sont : « Maschhith »,
« Aph » et « Hemah ». Les quinze cas d’inceste correspondent à la valeur numérique des deux premières lettres du nom de Jéhovah, du Yod et du Hé. Les six autres cas d’inceste correspondent à la lettre Vav du nom de Jéhovah. Avant la captivité d’Israël, alors que la Schekhina était parmi Israël, le Saint, béni soit-il, commanda : « Tu ne découvriras point dans ta mère ce qui doit être caché. » En agissant de façon à mériter la captivité, Israël a découvert dans la Schekhina ce qui doit être caché, ainsi qu’il est écrit : « C’est à cause de vos péchés que votre mère a été renvoyée. » C’est à cause du crime de l’inceste qu’Israël a été envoyé en captivité avec la Schekhina, dans laquelle il a découvert ce qui doit être caché. Ce sont ces démons qui divisent les deux Hé et empêchent le Vav de pénétrer au milieu ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Tu ne découvriras point dans la femme et dans sa fille ce qui doit être caché » ; c’est une allusion aux Intrus composés des « Nephilim, Ghiborim, Amaleqim, Rephaïm et Anaqim », qui se sont introduits entre les deux Hé ; et, tant qu’ils y sont, le Saint, béni soit-il, s’interdit d’en approcher. Ce mystère est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Le fleuve deviendra sec et aride » ; c’est-à-dire le Hé d’en haut, symbole de la Schekhina d’en haut, deviendra sec, et le Hé d’en bas, symbole de la Schekhina d’en bas, deviendra aride, pour empêcher les Intrus de se nourrir du Vav qui est l’arbre de la Vie. C’est pourquoi le Vav ne s’approche pas des deux Hé tant que les Intrus y sont ; et le Saint, béni soit-il, symbolisé par le Yod, s’interdit l’union avec le Hé final de Jéhovah, ainsi qu’il est écrit : « Tu ne découvriras point dans ta belle-fille ce qui doit être caché, parce qu’elle est la femme de ton fils » ; or, les Intrus constituent une division entre le Vav et le Hé. Telle est également la signification des paroles de l’Écriture : « Tu ne découvriras point dans la femme de ton père ce qui doit être caché. » Car le Yod désigne le Père, le Hé désigne la Mère, le Vav désigne le Fils, et le Hé final désigne la Fille. C’est ce qu’entend l’Écriture par les défenses de ne point découvrir ce qui doit être caché dans la femme du père, dans la sœur du père, dans la fille du fils ou dans la fille de la fille, — c’est-à-dire dans le Hé final qui est l’enfant du premier Hé ; enfin l’Écriture défend de découvrir ce qui doit être caché dans le frère du Père ; c’est le Yod écrit en pleines lettres qui est le fils de la lettre Yod et le frère de la lettre Vav. Le résumé de ce que nous venons de dire est que, tant que les Intrus seront mêlés à Israël, il n’y aura point de rapprochement entre les lettres du nom de Jéhovah ; mais aussitôt qu’ils seront effacés du monde, l’Écriture dit au sujet des lettres du nom du Saint, béni soit-il : « En ce jour-là, Jéhovah sera un, et son nom sera un », c’est-à-dire uni. C’est pourquoi l’homme, qui est Israël, trouve son unité dans la doctrine ésotérique, dont l’Écriture dit : « Elle est un arbre de Vie pour ceux qui l’embrassent ; et heureux celui qui se tient fortement uni à elle. » Cet arbre de la Vie est la « Matrona », symbolisée par la Séphira « Malcouth » (Règne) ; c’est pour cette raison qu’Israël est appelé « Fils de rois ». C’est pourquoi le Saint, béni soit-il, a dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; faisons-lui une aide contre lui. » Par cette « aide contre l’homme », l’Écriture entend la « Mischnah », servante de la Schekhina ; cette servante a été donnée pour épouse à Israël pendant son adolescence. Elle était tantôt son aide, tantôt contre lui. Ainsi, la Mischnah sert à Israël, durant la captivité, d’épouse ; elle est tantôt son aide, par les sentences : « Pur, permis à manger, l’acte est légal » ; elle est tantôt contre lui, par les sentences : « Impur, défendu à manger, l’acte est illégal. » La loi relative aux menstrues pures et impures est l’image de l’inconstance de la
servante de la Schekhina. Cette épouse, qui est la Mischnah, est indiquée dans les paroles de Dieu : « Une aide contre l’homme » ; car l’union d’Israël avec cette épouse n’est pas parfaite. Israël ne trouvera l’union avec l’épouse véritable qu’à l’époque où les Intrus seront effacés du monde. C’est pourquoi Moïse a été enterré hors de la terre sainte. « Et personne ne connut son sépulcre jusqu’à ce jour. » Le sépulcre désigne la Mischnah qui, durant l’adolescence d’Israël, avait la prééminence sur la « Matrona » que Moïse avait entrevue. Aussi, durant ce temps, le Roi et la « Matrona » étaient séparés de l’Époux céleste. C’est pourquoi l’Écriture dit : « La terre est troublée par trois choses, et elle ne peut supporter la quatrième : par un esclave, lorsqu’il règne ; par un insensé, lorsqu’il est rassasié de pain ; par une femme digne de haine, lorsqu’un homme l’a épousée ; et par une servante, lorsqu’elle prend la place de sa maîtresse. » L’esclave qui règne désigne l’esclave que l’on sait, c’est-à-dire Samaël ; la servante qui prend la place de la maîtresse désigne la Mischnah, qui prend la place de la « Matrona » ; et l’insensé qui est rassasié de pain désigne les Intrus qui sont appelés « le peuple d’insensés et nullement sages ». Rabbi Simeon continua sa conférence, et il dit : Il est écrit : « Et Jéhovah Élohim forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel. » Malheur aux gens ignares et aveugles qui n’examinent point les mystères de la doctrine et ne savent pas que, par les mots « les animaux des champs et les oiseaux du ciel », l’Écriture désigne les illettrés ; même les individus pourvus de vie (néphesch) et d’esprit (haïâ) sont sans utilité, ni pour la Schekhina en captivité, ni pour Moïse qui est avec elle ; car tant que la Schekhina est en captivité, Moïse ne la quitte pas un instant.
Rabbi Éléazar demanda : Qui donc était l’objet des œuvres de l’homme parmi les Israélites, durant l’époque de Moïse ? Rabbi Simeon lui répondit : Quoi ! mon fils, est-ce toi qui parles de la sorte ? N’as-tu pas lu les paroles de l’Écriture : « C’est moi qui annonce dès le commencement ce qui ne doit arriver qu’à la fin des siècles, qui prédis les choses longtemps avant qu’elles soient faites. » Rabbi Éléazar lui répondit : Tes paroles sont en effet exactes. C’est pourquoi la tradition nous apprend que Moïse n’est pas mort et qu’il est appelé « homme ». C’est à lui que font allusion les paroles de l’Écriture : « Mais il ne se trouvait point d’aide pour l’homme, et tous étaient contre lui. » Et de même il est dit, au sujet de la Colonne du milieu, que l’homme (Moïse) ne trouva point d’aide contre les démons pour faire sortir la Schekhina de l’exil, ainsi qu’il est écrit : « Il regarda d’un côté et de l’autre côté, et il vit qu’il n’y a point d’homme », c’est-à-dire : Moïse, qui était l’image de la Colonne du milieu, vit qu’il n’y avait personne pour lui prêter aide.
En ce moment, l’Écriture dit : « Et Jéhovah Élohim envoya un profond sommeil à l’homme ; et lorsqu’il était endormi, il tira une de ses côtes et mit de la chair à sa place. » « Jéhovah Élohim » désigne le Père et la Mère ; les mots « un profond sommeil » désignent la captivité, ainsi qu’il est écrit : « Abram fut surpris d’un profond sommeil. » De même, « lorsqu’il était endormi » désigne la captivité. L’Écriture dit : « Il tira une de ses côtes. » Des côtes de qui ? En vérité, le Père et la Mère ont tiré une de leurs côtes, qui sont les vierges de la « Matrona » ; ils ont pris une vierge du côté blanc que l’Écriture désigne par les mots : « Qui est belle comme la lune. » L’Écriture ajoute : « …Et mit de la chair à sa place » ; par le mot « chair », l’Écriture désigne l’union des êtres célestes avec les filles des hommes, ainsi qu’il est écrit : « Parce qu’il n’est que
La chair désigne Moïse, dont la chair était plus rayonnante, ainsi qu’il est dit : « La figure de Moïse ressemblait au soleil », alors que celle de la vierge du côté droit ressemble à la lune. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Tu es belle comme la lune et éclatante comme le soleil. » Selon une autre version, les paroles de l’Écriture « et mit (vaïsgor) de la chair à sa place » signifient que le Père et la Mère ont voulu la protéger, ainsi qu’il est écrit : « Et Dieu la protégea » (vaïsgor). Selon une autre version, les paroles « et mit (vaïsgor) de la chair à sa place » signifient que Dieu fit, de la vierge du côté blanc, la couronne de la « Matrona », ainsi qu’il est écrit : « Les anneaux d’or seront au-dessous de la couronne (misghereth) », et ailleurs : « La porte du parvis intérieur, qui regarde vers l’Orient, sera fermée (sagour) les six jours ouvrables. » Il est écrit : « Et Jéhovah Élohim forma la côte qu’il avait tirée de l’homme pour lui en faire une épouse. » Ici on trouve une allusion au mystère du lévirat. La tradition dit : Quand le lévirat a été une fois négligé, on n’y procède plus à la suite, ainsi qu’il est écrit : « C’est ainsi que sera traité celui qui ne veut pas établir la maison de son frère. » Mais le Saint, béni soit-il, a bien procédé à cet acte de lévirat, ainsi qu’il est écrit : « Et Jéhovah Élohim, c’est-à-dire le Père et la Mère, ont formé le fils », ainsi qu’il est écrit : « Jéhovah a bâti Jérusalem. » Le Vav est le fils du Yod et du Hé, qui sont le Père et la Mère. C’est du Père et de la Mère que l’Écriture dit : « Et Jéhovah Élohim forma la côte qu’il avait tirée de l’homme. » La côte tirée de l’homme désigne la Colonne du milieu ; cette côte a été tirée du Hé, qui est sa vierge ; c’est de cette vierge que l’Écriture dit : « Je lui ferai moi-même, dit Jéhovah, un mur de feu tout autour, et j’établirai ma gloire en elle. » C’est parce que le temple futur sera formé par la main propre du Saint, béni soit-il, qu’il durera de génération en génération ; c’est de ce temple que dit l’Écriture : « La gloire de cette dernière maison sera encore plus grande que celle de la première. » Les premiers temples ont été bâtis par la main de l’homme, alors que celui-ci le sera par la main du Saint, béni soit-il. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Si le Seigneur ne bâtit une maison, c’est en vain que travaillent ceux qui la bâtissent. » Les mots « et Jéhovah Élohim forma la côte » s’appliquent également à Moïse qui, au moment de bâtir le tabernacle, avait déjà prévu le dernier tabernacle que Dieu formera de la « côte », ainsi qu’il est écrit : « Il y aura aussi au second côté (tzelà) du tabernacle qui regarde le nord, vingt ais. » Le « tzelà » dont parle l’Écriture désigne la côte de l’arbre séphirotique appelée « Hésed », qui forme le côté blanc, d’où lui vient le nom de « lune ». L’Écriture ajoute : « …Et mit de la chair à sa place. » Le blanc du côté droit de l’arbre séphirotique appelé « Hésed » fut uni au rouge du côté gauche de l’arbre séphirotique appelé « Gueboura » ; en ce moment furent accomplies les paroles de l’Écriture : « Il met sa main gauche sous ma tête, et il m’embrasse de sa main droite. » L’Écriture dit en outre : « Voici maintenant l’os de mes os et la chair de ma chair. » Cela désigne la Schekhina, vierge fiancée à la Colonne du milieu, ainsi que l’Écriture dit : « Voilà maintenant l’os de mes os et la chair de ma chair. » Dieu dit à cette vierge : « Je sais que tu es os de mes os et chair de ma chair », et l’Écriture ajoute : « Celle-ci s’appellera “femme” (ischah), parce qu’elle a été prise de l’homme (isch) », c’est-à-dire cette vierge sera appelée mère, parce qu’elle a été prise de l’homme appelé père, symbolisé par le Yod, ou Moïse, qui personnifie ici-bas la Figure d’en haut. À cette époque, les Israélites mériteront de trouver toujours l’épouse prédestinée à chacun d’eux dès la création. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai un esprit nouveau au milieu de vous », et ailleurs : « Après cela je répandrai mon esprit sur toute chair ;
vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards seront instruits par des songes, et vos jeunes gens auront des visions. » C’est une allusion aux âmes nouvelles qui se répandront en Israël, ainsi que la tradition a dit : « Le fils de David ne viendra pas avant que toutes les âmes, renfermées dans la région appelée « Gouph » (corps) n’aient été épuisées. » C’est alors seulement que les âmes nouvelles arriveront ici-bas. À cette époque, les Intrus seront exterminés de ce monde et la tradition s’accomplira, d’après laquelle Moïse et Israël trouveront désormais l’épouse qui a été destinée à chacun d’eux dès la création. Il est écrit : « L’homme et la femme étaient tous deux nus et ils n’en rougissaient point. » L’Écriture veut dire : lorsque disparaîtront les Intrus, qui sont la cause de la luxure, tout penchant à l’incontinence disparaîtra du monde. Il est écrit : « Et le serpent était le plus fin de tous les animaux que Jéhovah Élohim avait formés sur la terre. » Par les mots « le plus fin », l’Écriture entend le plus rusé à faire le mal ; « de tous les animaux » signifient : de tous les serpents des autres peuples païens, qui sont les enfants du premier serpent qui a séduit Ève. Les Intrus constituent cette impureté que le serpent a inoculée à Ève ; de cette impureté sortit Caïn, qui tua Abel le pasteur des brebis ; c’est de lui que l’Écriture dit : « … Parce qu’il est chair. » Le mot « parce que » (beschagam) désigne Abel. Le mot « beschagam » désigne également Moïse, qui tua l’Égyptien ; Moïse aussi peut être considéré comme le fils aîné d’Adam. Moïse enim verenda patris sui operuerat ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Les enfants de Qeni, c’est-à-dire Jethro, le beau-père de Moïse. » Pourquoi est-il appelé Qeni ? Parce qu’il s’est séparé de Caïn, ainsi qu’il est écrit : « Qeni s’était retiré de Caïn. » En d’autres termes, il voulait convertir les Intrus ; c’est ce qui est exprimé par le terme de « verenda patris sui operuerat ». Et comme le Saint, béni soit-il, compte la bonne intention pour une bonne action, il lui dit : La conversion des Intrus est impossible ; tes descendants en souffriront ; ce sont eux qui ont porté le mal au monde en faisant manger à l’homme de l’arbre du Bien et du Mal, et c’est à cause d’eux qu’Israël sera mené en captivité et que Moïse n’entrera pas dans la terre promise ; car, bien que la punition de Moïse ait eu pour cause le fait d’avoir frappé la pierre au lieu de lui parler ainsi que Dieu l’a commandé : « … Et tu parleras à la pierre », ce sont pourtant toujours les Intrus qui ont déterminé Moïse à agir contre la volonté de Dieu. Mais comme le Saint, béni soit-il, récompense la bonne intention au même titre que la bonne action, il dit à Moïse : « Je t’établirai prince sur un autre peuple plus grand et plus fort que n’est celui-ci » ; c’est pourquoi Dieu a dit également : « J’effacerai de mon livre celui qui aura péché contre moi » ; ces paroles désignent les descendants d’Amalec, dont il est dit : « Vous exterminerez Amalec », car ce sont eux qui ont été cause que les premières tables de la loi ont été brisées. Aussitôt après, l’Écriture ajoute : « … Et leurs yeux furent ouverts à tous les deux ; et ils virent qu’ils étaient nus. » Israël s’aperçut qu’il était encore plongé dans l’argile d’Égypte et qu’il était privé de la doctrine ésotérique ; car c’est d’Israël que l’Écriture dit : « Tu es toute nue et pleine de confusion. » C’est pourquoi Job a répété deux fois le mot « nu », ainsi qu’il est écrit : « Je suis sorti nu du sein de ma mère et je retournerai nu dans le sein de la terre. » Job s’est servi du mot « schamah » (nu), mot formé des mêmes lettres que le nom de Moïse (Moscheh, mro), d’abord pour indiquer que Moïse s’était efforcé de convertir les Intrus ; et ensuite pour nous indiquer que Moïse reviendra ici-bas pour proclamer parmi Israël le nom de la Schekhina. C’est pourquoi Job a ajouté : « Jéhovah a donné, Jéhovah a repris : le nom de Jéhovah
soit béni ! C’est au moment où les deux tables de la Loi seront brisées, c’est-à-dire la loi biblique et la loi traditionnelle, que l’homme s’apercevra qu’il est nu. L’Écriture ajoute : « …Et ils entrelacèrent des feuilles de figuiers et s’en firent de quoi se couvrir. » L’homme se couvrira de ces pelures qui émanent des Intrus, parce qu’il s’apercevra qu’il est nu et qu’il n’a rien qui puisse couvrir ce qui doit être caché. L’habit dont se couvre Israël consiste dans l’habit légal pourvu de franges, dans les phylactères et dans leurs lanières ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Et Jéhovah Élohim fit à l’homme et à sa femme des habits de peaux dont il les revêtit. » Pour indiquer l’habit légal, l’Écriture emploie le mot « hagoroth » (ceinture), et ailleurs : « Ceins ton épée sur ta cuisse, fais éclater ta gloire et ta majesté. » Ces paroles désignent la récitation de la liturgie Schéma, pour laquelle on met l’habit légal, ainsi qu’il est écrit : « Les louanges de Dieu seront dans leur bouche, et ils auront dans leurs mains des épées à deux tranchants. » C’est pourquoi, lorsqu’Adam et Ève s’aperçurent de leur nudité, ils firent pour eux des ceintures (hagoroth). Il est écrit : « Et ils entendirent la voix de Jéhovah Élohim. » Ces paroles font allusion à la voix de Dieu sur le mont Sinaï, ainsi qu’il est écrit : « …Qu’un peuple ait entendu la voix d’Élohim qui lui parlait du milieu des flammes. » À cette voix d’Élohim, les Intrus ont péri, parce que ce sont eux qui avaient dit à Moïse : « Que le Seigneur ne nous parle point, de peur que nous ne mourions. » C’est après que les Intrus ont péri que la Loi a été donnée. Les ignorants de nos jours ont les âmes des Intrus ; et c’est d’eux que l’Écriture dit : « Maudit soit celui qui dort avec toutes sortes de bêtes. » Le mot « bêtes » désigne les ignorants qui sont du côté du serpent, à qui Dieu avait dit : « Tu es maudit entre tous les animaux et toutes les bêtes de la terre. » Il y a beaucoup d’impuretés mêlées à Israël, et ces impuretés sont aussi dangereuses que les fauves et les serpents. Il y a d’abord les impuretés qui viennent du côté du premier serpent ; il y a ensuite les impuretés du côté des peuples païens qui ressemblent aux animaux sauvages et aux bêtes fauves ; il y a en outre les impuretés du côté des esprits malfaisants ; ce sont les âmes des coupables qui se transforment en esprits malfaisants ; il y a enfin les impuretés du côté des démons, des esprits diaboliques mâles et femelles, qui, tous, sont mêlés à Israël. Parmi toutes ces impuretés, il n’y en a aucune qui soit si pernicieuse que celle d’Amalec, qui est le mauvais serpent appelé « l’autre Dieu » ; c’est ce serpent qui est cause de toutes les impudicités dans le monde. Lui est un assassin, et son épouse un poison (sam) mortel, parce qu’elle incite à l’idolâtrie. Or, comme lui est appelé « l’autre dieu » (el), et que son épouse est appelée « poison mortel » (sam), il s’ensuit que les deux ensemble ont pour nom commun « Samaël » (dieu empoisonneur). Il y a deux démons du nom de « Samaël » qui ne se ressemblent guère ; mais la malédiction dont Dieu chargea le premier serpent les a atteints tous les deux. Il est écrit : « Et Jéhovah Élohim appela l’homme et lui dit : Où es-tu ? » Ici, Dieu indiqua à l’homme la destruction du Temple, destruction pleurée dans le verset qui commence par le mot « aïecah », ainsi qu’il est écrit : « Comment cette ville pleine de peuple est-elle devenue solitaire ? » Le mot « aïecah » (où es-tu) est composé des mêmes lettres que le mot « eçah » (comment). Et dans les temps futurs, le Saint, béni soit-il, fera disparaître du monde tous les mauvais esprits, ainsi qu’il est écrit : « Il précipitera la mort pour jamais, et le Seigneur-Dieu séchera les larmes de tous les yeux, et il effacera de dessus la terre l’opprobre de son peuple. » À cette époque, tout rentrera à sa place normale, ainsi qu’il est écrit : « En ce jour-là, Jéhovah sera un et son nom sera un. »
Nous savons par une tradition que tous les mots « Schelomoh »
(Salomon) mentionnés dans le Cantique des Cantiques, désignent le Roi de la Paix, le Roi dont la résidence est ici-bas, mais dont le règne est d’en haut, et qui est, par conséquent, le Roi d’en haut et d’en bas à la fois. Telle est la signification de la lettre Beth, dont la valeur numérique est de deux, que l’Écriture a placée à la tête du mot « Hocmâ », ainsi qu’il est écrit : « Par la Sagesse (be-Hocmâ) la maison se bâtira », et ailleurs : « Le roi Schelomoh s’est fait une litière de bois du Liban. » Par « litière » l’Écriture entend la rédemption de ce bas monde par le monde d’en haut. Car, tant que le Saint, béni soit-il, n’avait point créé le monde, le nom divin se trouvait caché en Dieu, mais Dieu n’était pas caché dans son nom ; en d’autres termes, la sainteté divine était inaccessible aux lettres. Lorsque le monde eut été créé, Dieu marqua son peuple d’un signe distinctif et il bâtit des temples. Mais tout cela n’a pas pu subsister. C’est alors que Dieu, s’entourant d’un surplis de lumière, prit l’essence de son côté droit dans le « monde de la Pensée », c’est-à-dire la Séphira « Hocmâ », qui se trouve, dans l’arbre séphirothique, à droite de « Kether », au monde d’émanation, et recréa le monde. C’est alors que de cette lumière sortirent les grands arbres du Liban ; et c’est alors que les vingt-deux lettres devinrent le char de Dieu. Les dix Verbes par lesquels le monde a été créé devinrent alors stables. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Le roi Schelomoh s’est fait une litière de bois du Liban », et ailleurs : « Les arbres de la campagne seront nourris avec abondance, aussi bien que les cèdres du Liban que Dieu a plantés. » Ces arbres du Liban ont été plantés par le roi Schelomoh pour sa gloire et pour que l’on sache que lui est un et que son nom est un, ainsi qu’il est écrit : « En ce jour-là, Jéhovah sera un et son nom sera un », et ailleurs : « ...Et qu’ils connaissent que votre nom est Jéhovah et que vous êtes seul le Très-Haut sur toute la terre. » Par cette manifestation de Dieu, toutes les portes des palais célestes s’ouvrirent devant l’homme. Qu’il regarde en haut, qu’il vole du côté droit, qu’il coure du côté gauche, qu’il tourne son regard vers les quatre points cardinaux, il ne verra qu’une seule lumière : Celle d’en haut et celle d’en bas, qui ne sont qu’une, pareille au grand Océan, dont l’Écriture dit : « Tous les fleuves entrent dans la mer et la mer n’en regorge point. » Car la lumière céleste attire également toutes les lumières et les fait entrer en elle-même, ainsi qu’il est écrit : « Je suis la fleur des champs et je suis le lis de la vallée » ; or, le mot « scharon » (champs) désigne le grand Océan qui absorbe toutes les eaux du monde. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Par la Sagesse (Hocmâ), la maison se bâtira » ; la lettre « Beth » placée à la tête du mot « Hocmâ » désigne les deux règnes d’en haut et d’en bas ; car c’est en établissant en bas le règne d’en haut que la maison du Roi deviendra unie et que le Roi s’en réjouira, ainsi qu’il est écrit : « Et le Roi se réjouira en Élohim. » Comme Élohim établira en bas le règne d’en haut, le Roi se réjouira en Élohim, car les deux règnes ne formeront qu’un. Pour jouir du règne d’en haut, il suffit de jouir du règne d’en bas ; alors la vie sera accordée à tous ceux qui en sont susceptibles ; car le Roi est le Maître de la maison, et tous les hommes de ce monde en sont les membres. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Be-reschith bara Élohim », ce qui veut dire : Les deux règnes ont été créés par Élohim. Car le règne est appelé « reschith » (commencement), en raison des paroles de l’Écriture : « Reschith Hocmâ » (le commencement de la Sagesse). C’est en absorbant toutes les lumières, pareil au grand Océan vers lequel vont tous les fleuves, qu’Élohim établit ici-bas le règne d’en haut. Avant la manifestation d’Élohim, la lumière céleste ressemblait à un océan dont les eaux sont
gelées ; toutes les eaux des fleuves qui se jettent dans un pareil océan gèlent également et ne peuvent plus retourner dans leur lit. C’est à un pareil océan que font allusion les paroles de l’Écriture : « Du sein de qui la glace est-elle sortie ? » Tant que l’Océan reste gelé, nul ne peut se servir de ses eaux ; et, quand la mer du Nord est gelée, ses glaces ne fondent qu’à l’aide d’un vent du Sud qui y apporte la chaleur. C’est alors que les eaux sorties des glaces se dirigent du Nord vers le Sud pour rendre grâce en quelque sorte au Sud qui les a délivrées des liens du Nord. Les glaces fondues, toutes les eaux des fleuves entrent alors dans leur lit et procurent ainsi à tous les animaux l’élément nécessaire pour étancher leur soif, ainsi qu’il est écrit : « Elles servent à abreuver toutes les bêtes des champs. » De même, en établissant ici-bas le règne d’en haut, toutes les glaces ont fondu, et toutes les voix d’ici-bas s’élèvent alors vers le ciel, pour lui rendre grâce de ce qu’il a délivré ce bas monde par son règne. La lettre Beth du commencement de la Genèse désigne les deux règnes, celui d’en haut et celui d’en bas, qui sont en communication, à l’exemple du Sud et du Nord ; le règne d’en haut fond la glace en bas, et le règne d’en bas rend grâce à celui d’en haut. Ce mystère est symbolisé par le son du cor (schophar), qui est le prélude de la délivrance. Le règne d’en haut envoie en bas sa voix vivifiante et celui d’en bas adresse en haut sa voix de reconnaissance. C’est pourquoi l’Écriture ajoute : « Dieu créa par Élohim les cieux et la terre » ; car les deux règnes se complètent ; le règne du Roi d’en haut est glorifié par le règne d’ici-bas. On trouve une allusion à ce mystère dans les paroles de l’Écriture : « Le fils d’Ischaï vit sur la terre » ; car toute vie éternelle ici-bas n’est possible que par le Messie, fils d’Ischaï ; c’est lui qui est le maître de tout ; et la terre est nourrie par lui. C’est pourquoi l’Écriture dit : « ...Et la terre. » Le Vav du mot « ve-eth » désigne la nourriture de ce monde qui vient d’Élohim. Le mot « eth » se compose de la première et de la dernière des vingt-deux lettres de l’alphabet ; ce mot désigne Élohim, qui est également composé de ciel et de terre, ainsi qu’il est écrit : « Sortez, filles de Sion, et voyez le roi Schelomoh avec le diadème dont sa mère l’a couronné le jour de ses noces. » De même qu’Élohim est venu en bas par l’opération des deux Séphiroth suprêmes, en quelque sorte mâle et femelle, de même il est le maître du ciel et de la terre. Lui attire le ciel sur la terre et le Roi d’en haut attire la terre vers le ciel, de sorte que chacun règne sur les deux mondes et, à force de régner simultanément sur les deux mondes, on connaît le règne d’en haut par le règne d’en bas, à cela près que le règne d’en bas est pourvu d’une large voie, ainsi qu’il est écrit : « La voie des justes est comme une lumière brillante », alors que le règne d’en haut n’est pourvu que d’un étroit sentier, ainsi qu’il est écrit : « Le sentier que l’oiseau ignore... » Ce mystère de la différence des voies du règne d’en haut et de celui d’en bas est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Qui a ouvert un chemin au milieu de la mer et un sentier au travers des eaux profondes. » Les deux règnes ressemblent au mâle et à la femelle, dont l’un complète l’autre. Le ciel représente le mâle et la terre, qui demande les eaux du mâle, représente la femelle. Ce n’est que lorsque le ciel accorde à la terre ses eaux que celle-ci devient féconde. C’est pourquoi l’Écriture ajoute le Vav aux mots « ve-eth ha-aretz » (et la terre), ainsi que nous venons de l’expliquer. Il est écrit : « Levez vos yeux en haut et voyez qui (Mi) a créé Cela (Éléh). » Ces mots expriment toute l’œuvre de la création ; car c’est par « Mi » d’en haut et par « Éléh » d’en bas que tout a été fait. C’est pourquoi, au commencement de la Genèse, la lettre Beth est répétée
Ceux qui viennent deux fois consécutives, ainsi que la lettre Aleph : « Bereschith bara Élohim eth. » La lettre Beth désigne le principe femelle et la lettre Aleph désigne le principe mâle. C’est de ces deux lettres que sont sorties toutes les lettres de l’alphabet. Le mot « ha schamaïm » désigne la totalité des vingt-deux lettres. Le Hé avant le mot « schamaïm » et le préfixe Vav du mot « eth » nous indiquent également que le Hé donna naissance au ciel et le pourvut de vie, alors que le Vav donna naissance à la terre et la pourvut de nourriture et de tout ce dont elle a besoin. Le mot « ve-eth » indique que le Vav prit l’Aleph et le Thav, qui sont le symbole du commencement et de la fin, et que c’est à l’aide de cette combinaison que la terre trouve sa nourriture. Ce mystère est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Tous les fleuves vont à la mer. » C’est pourquoi l’Écriture dit : « Ve-eth ha aretz » ; car la terre ne trouve sa nourriture que dans son union avec le ciel. Il n’y a point d’effet sans cause ; le bruit qu’on entend lorsque le marteau frappe l’enclume semble sortir de cette dernière, mais en réalité il est dû au choc que celle-ci reçoit du marteau. De même, la fumée des volcans n’est pas due à la terre dont elle sort, mais au feu intérieur de la terre ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Tout le mont Sinaï était couvert de fumée, parce que le Seigneur y était descendu au milieu des feux » ; l’Écriture nous donne ici le feu et la fumée pour image de la terre et du ciel. Tout ce qui se produit sur la terre n’est que l’effet ; la cause est au ciel. C’est pourquoi le ciel est comparé à la main droite et la terre à la main gauche, ainsi qu’il est écrit : « C’est ma main gauche qui a fondé la terre et c’est ma droite qui a mesuré les cieux : Je les appellerai et ils se présenteront ensemble devant moi. » Le ciel représentant le principe mâle et la terre le principe femelle, il convient qu’ils se présentent ensemble devant Dieu, l’un à droite et l’autre à gauche. Telle est la signification des paroles de l’Écriture : « Levez vos yeux en haut et voyez Qui (Mi) a créé Cela (Éléh) » ; l’Écriture veut dire que « Mi » et « Éléh » se complètent l’un l’autre. Car, avant la création, tout était au-dessus de l’entendement et de la conception, et « Hocmà » était aussi cachée que le Point suprême. Ce n’est que quand une lumière se fut répandue sur le monde que l’on put s’apercevoir de l’existence de cette lumière ; avant la création, la subtilité de cette lumière était telle que nul ne pouvait en percevoir l’existence. Mais lorsque la lumière devint accessible au monde, on commençait à se demander « Qui » (Mi) ? C’est alors seulement que l’existence de « Cela » (Éléh) devint possible. Ce mystère est également exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Du sein de « Qui » (Mi) la glace est sortie » ; car, en effet, le monde serait comme une glace, s’il n’y avait que « Mi » ; car toute demande et toute recherche seraient infructueuses. L’Écriture dit : « Bereschith. » Que signifie ce mot ? Signifie-t-il : Par les deux Verbes, Élohim créa, etc., en séparant le mot en deux : « Beu », c’est-à-dire par deux, et « reschith », c’est-à-dire Verbe ; ou bien : Par le Verbe, Élohim créa, etc., en lisant Bereschith comme un seul mot ? La vérité est qu’avant la création du monde il n’y avait aucune distinction entre le Principe suprême et le Verbe ; ce n’est qu’après la création qu’on commença à distinguer entre « Mi » (Qui) et « Éléh » (Cela). Malgré cette distinction, l’un et l’autre ne font qu’un. Ainsi, le « Mi » d’en haut est devenu ici-bas « Iam » ; on voit donc que si la forme est changée, le fond est le même, « Mi » et « Iam » étant tous les deux formés des mêmes lettres : I et M. De même, le Principe suprême et le Verbe sont deux tout en n’étant qu’un au fond. Il est écrit : « Pendant que le Roi se reposait, le nard dont j’étais parfumée a répandu sa bonne odeur » ; « le Roi » désigne le Principe suprême, et « le nard qui répandait
Sa bonne odeur » désigne le Verbe qui est le Roi d’en bas et qui a formé le monde d’en bas d’après le modèle du monde d’en haut ; « la bonne odeur qu’il répand » désigne la lumière céleste. Le monde a été créé de deux façons ; il y avait la création opérée par le côté droit et celle opérée par le côté gauche. La durée de la création de la terre correspond à la durée de la création des cieux, car ceux-ci ont été créés également dans le délai de six jours célestes, ainsi qu’il est écrit : « Car en six jours Dieu a fait les cieux et la terre. » Ces six jours correspondent aux six routes, aux six ouvertures de l’abîme, et enfin aux six canaux qui conduisent les eaux vers l’abîme. Tel est le sens des paroles de la tradition : « Les ouvertures pratiquées sous l’autel à l’usage des libations (schithim) ont été créées pendant les six jours de la création » ; car ces ouvertures amènent la paix au monde.
Il est écrit : « ...Et la terre était thohou et bohou. » Au moment de la création, les éléments constitutifs n’étaient pas épurés ; la fleur de chaque élément était mêlée à la lie. Aussi, tout manquait de linéament, tel le signe tracé par une plume à la pointe chargée du dépôt de l’encre. C’est alors que, grâce au nom gravé de quarante-deux lettres, le monde prit des formes plus nettes. Toutes les formes qui existent dans le monde émanent de ces quarante-deux lettres, qui sont en quelque sorte la couronne du nom sacré. C’est en se combinant ensemble, en se superposant et en formant ainsi certaines figures en haut et certaines autres en bas, qu’elles ont donné naissance aux quatre points cardinaux et à toutes les formes et les images qui existent dans le monde. La formation du monde ayant eu pour moule les lettres du nom sacré, il s’ensuit que ces lettres ont dû être disposées dans un sens inverse à l’ordre que nous voyons dans le monde ; tel un mot gravé sur un sceau ; pour que le mot paraisse disposé dans l’ordre qui lui convient, il faut que les lettres qui le composent soient gravées en sens inverse. Ainsi, ce qui, dans l’ordre de ce monde, nous paraît être le premier, figure sur le moule céleste comme le dernier. Il en est de même de toute lettre qui a contribué à la création du monde.
Aussitôt que les lettres furent gravées sur le sceau de Dieu, le grand serpent et ses légions disparurent de la surface du monde et furent relégués sous les ouvertures de la terre conduisant à l’abîme, à une profondeur de mille cinq cents aunes. Mais le profond abîme rendit, plus tard, les démons à la surface de la terre qui fut, à la suite, entièrement voilée de ténèbres, jusqu’au jour où la lumière céleste, dissipant les ténèbres, vint éclairer le monde, ainsi qu’il est écrit : « Il découvre ce qui était caché dans de profondes ténèbres, et il produit au jour l’ombre de la mort. »
Les eaux ont été pesées sur une balance. Trois gouttes représentant chacune la mille cinq centième partie d’un doigt, venant à tomber sur un des plateaux en plus que sur l’autre, il en résulta que l’un des plateaux monta en haut et l’autre descendit en bas. Mais aussitôt que, à l’aide d’une main, l’excédent d’un plateau a été enlevé, la balance reprit son équilibre. Telle est la signification des paroles de l’Écriture : « Qui (Mi) a mesuré les eaux à l’aide de sa main. » Avant que la lumière céleste n’eût encore éclairé le monde, tout restait plongé dans les ténèbres, et les eaux congelées ne faisaient couler aucun fleuve ni aucune rivière. Mais lorsque la lumière apparut, elle échauffa de ses rayons les eaux congelées qui, fondues, reprirent le mouvement inhérent à leur nature, ainsi qu’il est écrit : « Et Élohim dit : Que la lumière soit faite, et la lumière fut faite. » La lumière dont parle l’Écriture est celle qui existe de toute éternité, de laquelle émanent toutes les légions et toutes les puissances célestes et qui remplit le monde de son éclat. Lorsque cette lumière se manifesta pour la première fois dans le monde, son éclat remplissait le monde d’une extrémité à l’autre ; mais quand Dieu prévit le nombre des coupables de ce monde, il cacha cette lumière et la rendit inaccessible par toute autre voie, si ce n’est par des sentiers étroits et obscurs.
Il est écrit : « Et Élohim vit que la lumière était bonne. » La tradition nous apprend que tous les songes, dont la matière consiste en un objet que l’Écriture qualifie du nom de « bon », présagent la paix en haut et en bas. Les lettres dont est composé le mot « Tob » (bon) sont, en effet, disposées dans l’ordre indiquant la paix d’en haut et d’en bas.
Quiconque voit dans un songe la lettre « T » peut la prendre pour un présage favorable pour lui et pour tout son songe, attendu que l’Écriture commence par les mots « et Dieu vit que cela était bon ». Ce mot « bon » indique la lumière qui, au moment de la création, éclairait le monde d’une extrémité à l’autre. La lettre « T », vue dans un songe, désigne le mot « Tab », qui est synonyme du mot « Tob », et signifie la paix. La valeur numérique de la lettre « T » est de neuf, symbole de la neuvième Séphirâ, après Kether, qui reçoit sa lumière de la Séphirâ suprême. Ainsi, la lettre Yod est le symbole du Point suprême ; la lettre Vav est le symbole de la lumière qui procède des deux premières Séphiroth ; le « T » est le symbole de la neuvième Séphirâ (après Kether), Séphirâ qui, étant appelée « Malcouth », est identique à la deuxième Séphirâ. La lettre « B » est le symbole de la première Séphirâ, attendu que c’est par elle que commence l’Écriture.

Source Sepher ha-Zohar, tome I, trad. Jean de Pauly (1906), archive.org SepherHaZoharLeLivre1 (OCR corrigé) · Sommaire