Selon une autre explication, émise par les savants, ce verset de la Genèse s’applique aux anges-messagers. Ceux-ci, connaissant le passé et l’avenir et, partant, prévoyant que l’homme finirait par pécher, s’opposèrent à la création de l’homme. Mais il y a plus ; au moment où la Schekhina dit au Saint, béni soit-il : « Faisons l’homme », les démons Aza et Azaël requérirent contre l’homme en disant : « Pourquoi créer l’homme, puisque tu sais qu’il finira par pécher contre toi avec sa femme, qui émane du côté de la lumière passive appelée “ténèbres” ? Car le mâle émane du côté de la lumière active, alors que la femelle émane du côté gauche où, dans le “monde de création”, règnent les ténèbres. » Alors la Schekhina leur répondit : Vous requérez contre l’homme en lui reprochant la femme ; c’est une femme qui sera cause de votre chute, ainsi qu’il est écrit : « Les enfants de Dieu, voyant que les filles des hommes étaient belles, prirent pour leurs femmes celles d’entre elles qui leur plurent. » Lorsque ces anges éprouvèrent des désirs pour les femmes et se laissèrent séduire, la Schekhina les rejeta en les privant de leur sainteté. Les collègues répliquèrent à Rabbi Siméon : Maître, les démons Aza et Azaël n’ont cependant pas menti en disant que l’homme finirait par pécher avec une femme ? Rabbi Siméon leur répondit : C’est précisément à cause de cela que la Schekhina dit à ces démons : Pour que vous puissiez requérir contre les hommes, il faudrait que vous fussiez plus chastes qu’eux. Or, l’homme finira par pécher avec une seule femme, alors que vous finirez par pécher avec plusieurs femmes, ainsi qu’il est écrit : « Les enfants de Dieu, voyant que les filles des hommes étaient belles » ; l’Écriture ne parle pas d’une seule fille, mais de plusieurs. En outre, disait la Schekhina, l’homme fera pénitence après son péché, alors que vous ne le ferez point.
Les collègues dirent à Rabbi Siméon : Puisque les désirs sexuels sont cause de tous les maux, pourquoi existent-ils ? Rabbi Siméon répondit à ses collègues : Si le Saint, béni soit-il, n’avait pas créé l’Esprit du bien et l’Esprit du mal, dont l’un émane du côté de la lumière et l’autre du côté des ténèbres, l’homme n’aurait jamais pu ni mériter ni démériter ; c’est pourquoi Dieu l’a créé composé de deux esprits. Or, les désirs sexuels sont bons ou mauvais, selon l’esprit qui les inspire ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Voyez, j’ai posé devant vos yeux d’un côté la Vie et le Bien, de l’autre la Mort et le Mal. » Les collègues répliquèrent : Pourquoi fallait-il que l’homme méritât et déméritât ? N’aurait-il pas mieux valu que l’homme fût pourvu de l’esprit du bien seul et n’eût aucun mérite ? Ainsi créé, il n’aurait jamais causé tant de ravages dans les régions célestes ! Rabbi Siméon leur répondit : L’homme devait, de droit, être composé des deux esprits mentionnés, attendu que la loi a été créée à son intention.
Pour que les justes soient récompensés, il faut nécessairement que les méchants soient châtiés ; or, Dieu voulut que le bien fût répandu dans le monde, ainsi qu’il est écrit : « Dieu n’a pas créé la terre en vain, mais l’a formée afin qu’elle fût habitée. » Les collègues répliquèrent à Rabbi Siméon : Nous venons d’entendre une chose que nous n’avons jamais entendue ; car il est évident que le Saint, béni soit-il, n’a rien créé qui fût inutile. Mais il y a plus. La loi créée constitue l’habit de la Schekhina. Si l’homme n’avait pas été créé de façon à avoir la faculté de pécher, la Schekhina serait demeurée sans habit, à l’exemple d’un pauvre. C’est pourquoi quiconque commet des péchés est comme s’il dépouillait la Schekhina de ses habits, et c’est ce qui vaut à l’homme les châtiments ; et quiconque observe les commandements de l’Écriture a autant de mérite que s’il habillait la Schekhina de ses habits. C’est pourquoi on s’enveloppe avec un manteau à franges (Çiçith) et c’est pourquoi l’Écriture dit : « Car c’est le seul habit qu’il a pour se vêtir, c’est celui dont il se sert pour couvrir son corps, et il n’en a point d’autres pour mettre sur lui quand il dort. » Par ces mots, l’Écriture entend la Schekhina ; et par les mots « quand il dort », l’Écriture entend : Quand la Schekhina est dans la captivité. Remarquez que les ténèbres sont symbolisées par la partie noire de l’écriture formée par les traits des lettres, et la lumière est symbolisée par la partie blanche de l’écriture, c’est-à-dire le blanc existant dans l’intérieur et autour des lettres. Lorsqu’un homme adresse au ciel une prière qui n’est pas sincère, plusieurs anges de destruction se mettent à la poursuite de cette prière, ainsi qu’il est écrit : « Tous ses persécuteurs se sont saisis d’elle. » C’est pourquoi on dit dans la prière : « Mais lui, il use de miséricorde ; il pardonne les péchés et ne détruit pas entièrement. » Le mot « Péché » désigne Samaël, qui est le serpent ; « ne détruit pas » désigne l’ange destructeur ; « sa colère » (Apo) désigne le démon appelé « Aph » (colère) ; « son courroux » (hamoto) désigne le démon « Hema ». L’Écriture veut dire que Dieu n’a pas permis que les démons s’emparassent de leurs prières.
Les anges destructeurs qui cherchent à s’emparer des prières des hommes obéissent à sept chefs ; chacun de ces chefs a soixante-dix sous-chefs sous ses ordres ; ces anges requièrent dans tous les cieux contre les prières des hommes ; ils sont suspendus aux lèvres de quiconque fait une prière et leur nombre total est de cent millions. Mais lorsque la prière de l’homme monte au ciel d’une manière parfaite, c’est-à-dire lorsque l’homme revêtu de son habit légal et des phylactères de la tête et du bras fait sa prière, alors l’Écriture dit : « Et tous les peuples de la terre verront que vous portez le nom de Jéhovah, et ils vous craindront. » Ainsi que nous l’avons exposé précédemment, le nom de Jéhovah, c’est le phylactère de la tête ; aussi, dès que les anges destructeurs aperçoivent le nom de Jéhovah sur la tête de celui qui fait sa prière, ils prennent la fuite, ainsi qu’il est écrit : « Mille tomberont à ton côté gauche et dix mille à ta droite. »
Comme Jacob avait prévu, grâce à l’Esprit-Saint, la dureté de la dernière captivité qui aura lieu à la fin des jours, il s’en effraya, ainsi qu’il est écrit : « Jacob eut une grande peur et il fut saisi de frayeur. » C’est pourquoi il partagea le saint peuple en trois parties, ainsi qu’il est écrit : « Il mit à la tête les deux servantes avec leurs enfants, Lia et ses enfants au second rang, Rachel et Joseph au dernier. » Ce partage de la suite de Jacob en trois rangs préfigure les trois captivités. Le rang composé des servantes et de leurs enfants est l’image de la captivité d’Edom. L’Écriture ajoute : « Lia et ses enfants au second rang, Rachel et Joseph au dernier » ; ces mots désignent les autres captivités.
C’est pour avoir prévu la pauvreté et les autres tourments qui attendaient ses descendants dans les diverses captivités, que Jacob a dit : « Si Dieu demeure avec moi, s’il me protège dans le chemin par lequel je marche et me donne du pain pour me nourrir et des vêtements pour me vêtir, et si je retourne heureusement à la maison de mon père, le Seigneur sera mon Dieu. » En disant : « ...Parce qu’on crut que le peuple venant de passer par le désert était abattu de soif et de lassitude », David faisait allusion à la captivité de la Schekhina ; prévoyant les souffrances de celle-ci, il éprouva de la compassion. Mais quand il prévit le retour d’Israël, il composa, pour manifester sa joie, dix genres de cantiques, dont le dernier commence par les mots : « Oraison du pauvre, lorsqu’il est dans l’affliction et qu’il répand sa prière en la présence du Seigneur. » La prière du pauvre arrive devant Dieu avant les prières de tous les autres hommes ; c’est pourquoi David mit à la tête de sa prière son titre de pauvre. Quelle est la prière du pauvre ? C’est celle du soir qui, étant facultative, se fait sans l’époux ; et c’est pourquoi elle est en quelque sorte pauvre. Le Juste pauvre, c’est la descendance de Jacob qui, elle aussi, est sous la domination des autres peuples et ressemble à la prière du soir, en ce sens qu’elle aussi se trouve dans la nuit de la captivité. La prière du jour du Sabbat est une charité faite aux pauvres. C’est pourquoi, pendant la prière qui doit être faite debout, l’homme doit prendre une attitude d’humilité pareille à celle du pauvre devant la porte du roi. Cette attitude pendant la prière doit être prise durant les six jours ouvrables, et cela à cause de la Schekhina ; c’est-à-dire qu’on doit prendre l’attitude d’un pauvre pour imiter la Schekhina qui l’est également. C’est pourquoi on l’entoure de l’habit légal pourvu de franges, à l’exemple d’un pauvre. Et quand l’homme porte les phylactères, il doit également garder l’attitude d’un pauvre devant la porte d’un roi ; car, pendant la prière, l’homme se trouve également devant la porte du palais de Celui qui est appelé « Adonaï » ; la valeur numérique de ce nom étant équivalente à celle du mot « Hecal » (Palais). C’est pourquoi on prononce avant la prière le verset : « Adonaï, ouvre mes lèvres, pour que ma bouche prononce tes louanges. » Durant les jours ouvrables, aussitôt que l’on commence la prière du soir, un aigle descend du ciel pour recevoir entre ses ailes la prière du soir et la porter devant Dieu. Cet ange qui paraît sous la forme d’un aigle est tantôt appelé « Ouriël », lorsque la prière est adressée du côté de la Séphira appelée « Hésed » ; tantôt « Nouriël », lorsque la prière est adressée du côté de la Séphira appelée « Gueboura » ; car cette dernière Séphira ressemble à un grand feu, ainsi qu’il est écrit : « Un fleuve de feu et très rapide sortait de devant sa face. » Pendant la prière du matin, c’est un lion qui descend du ciel pour recevoir cette prière entre ses bras ailés ; car chaque ange de la légion des Hayoth, sous les ordres de Michel, est pourvu de quatre ailes. Pendant la prière des vêpres, c’est un bœuf qui descend du ciel pour recevoir cette prière entre ses cornes et ses ailes. Ces anges, qui apparaissent sous la forme d’un bœuf, sont sous les ordres de Gabriel. Mais, au jour du Sabbat, où la Schekhina descend sur la terre, le Saint, béni soit-il, descend du ciel, accompagné des trois Patriarches, pour accueillir sa fille unique. Tel est le mystère renfermé dans le mot
« Schabath », c’est-à-dire « Sché-bath », mot qui signifie « car c’est la fille unique ». À ce moment, les êtres célestes d’un ordre supérieur, qui sont appelés du nom du Seigneur, entonnent le verset suivant : « Levez vos portes, ô princes ; et vous, portes éternelles, levez-vous et ouvrez-vous, afin de laisser entrer le Roi de gloire. » Aussitôt les portes de sept palais s’ouvrent. Le premier palais, c’est le palais de l’amour ; le second, c’est le palais de la crainte ; le troisième, c’est le palais de la miséricorde ; le quatrième, c’est le palais de la prophétie par réverbération ; le cinquième, c’est le palais de la prophétie sans réverbération ; le sixième, c’est le palais de la justice ; le septième, c’est le palais des punitions. C’est à ces sept palais que font allusion les paroles de l’Écriture : « Bereschith bara Élohim. » Le mot Bereschith, séparé en deux, constitue Bara schith, ce qui veut dire « il créa six », c’est-à-dire six palais. Élohim constitue le septième palais. Ainsi furent créés ici-bas sept palais, pour correspondre aux sept palais d’en haut. C’est également à ces palais que font allusion les sept voix répétées dans le Psaume qui commence par les mots : « Apportez au Seigneur… » Dans ce même Psaume, le mot Jéhovah est répété dix-huit fois, pour correspondre aux dix-huit mondes que parcourt le Saint, béni soit-il, ainsi qu’il est écrit : « Le char de Dieu est environné de dix mille fois mille » ; ce char sert à Dieu pour parcourir les dix-huit grands mondes. Les portes des palais où montent les prières sont gardées par de nombreux gardiens ; aucune prière n’y pénètre
Mais la porte du palais de la Schekhina n’est gardée par aucun gardien ; et c’est des prières adressées à ce palais que le Psalmiste a dit : « Elles ne seront point confondues par les ennemis qui se tiennent à la porte. » Car la porte de la Schekhina s’ouvre directement à toutes les prières, attendu que la prière émane du Saint, béni soit-il ; or, tout ce qui émane du Saint, béni soit-il, doit parvenir à la Schekhina sans intermédiaire. Nous disons que la prière émane du Saint, béni soit-il, parce que toute l’Écriture, ainsi que tous les commandements, positifs aussi bien que négatifs, émanent du nom de Jéhovah, ainsi que nous avons expliqué le mystère renfermé dans les paroles de Dieu : « Ceci est mon nom en toute éternité, et ceci me fera connaître dans tous les siècles. » Or, le mot « Schemi » (mon nom), augmenté des deux premières lettres du nom de Jéhovah, du Yod et du Hé, représente la valeur numérique de trois cent soixante-cinq, nombre équivalent aux commandements négatifs ; et le mot « Zicri » (me fera connaître), augmenté des deux dernières lettres du nom de Jéhovah, du Vav et du Hé, représente la valeur numérique de deux cent quarante-huit, nombre équivalent aux commandements positifs. C’est également pour cette raison que la liturgie du Schéma est composée de deux cent quarante-huit mots. C’est aussi pour cette raison qu’avant la récitation du Schéma on prononce la bénédiction : « Sois béni, Seigneur, qui as choisi ton peuple d’Israël dans l’amour. » Or, tous les Israélites sont synthétisés par Abraham, dont Dieu a dit : « La descendance d’Abraham, mon ami », paroles qui désignent
Israël. Car Israël est contenu dans le nom de Jéhovah, écrit en pleines lettres, dont la valeur numérique est de quarante-cinq, valeur numérique égale à celle du mot « Adam » (Homme). Or, quand le verset dit : « Il créa l’homme à son image », il fait allusion à Israël qui était dans la Pensée de Dieu avant la création du monde. Le mot « Mahschaba » (Pensée) est composé de « Haschab Ma ». Dieu pense à « Ma », c’est-à-dire à Adam. Donc, quand l’Écriture dit qu’il créa l’homme (Adam) à son image, elle fait allusion à Israël. Ainsi la création d’Israël était déjà dans la Pensée ; c’est pourquoi Jacob prit le nom d’Israël, et c’est pourquoi également l’Écriture dit : « Et Élohim créa l’homme à son image », c’est-à-dire : il le créa à l’image que son Maître avait dans la Pensée. Les enfants, la vie et les moyens d’existence proviennent de la Colonne du milieu, qui est « mon fils aîné, Israël ». C’est lui qui est l’arbre de la Vie ; c’est lui qui est l’arbre qui nourrit tout le monde. C’est pourquoi la nourriture d’Israël, ce sont ses prières, qui tiennent lieu des sacrifices depuis la destruction du Temple. Et c’est de l’époque de l’exil que l’Écriture dit : « Donne-moi des fils, sinon je mourrai. » Car la Schekhina est le sacrifice que Dieu a placé à sa droite, à sa gauche et autour de lui. Et lorsqu’elle monte vers lui, il faut qu’elle fasse monter avec elle toutes les dix Séphiroth, attendu que tout acte sacré ne doit être accompli par une réunion inférieure à dix, et la moitié de la Schekhina constitue un acte sacré. C’est pourquoi, quand l’homme veut que sa prière parvienne au ciel avec toute la suavité de la mélodie, ou quand il désire secouer le joug du premier serpent qui cherche constamment à troubler les prières, il doit préalablement s’unir à la Schekhina et s’en servir comme d’une fronde contre le serpent. Ce mystère est renfermé dans les dénominations des accents servant au chant des mots : « Zarqa, Maqeph, Schophar, Holekh, Segoltha. »
Rabbi Siméon ouvrit sa conférence de cette manière : Écoutez, anges d’en haut ; accourez en masse pour m’entendre, vous, habitants d’ici-bas. C’est à vous que je m’adresse, Maîtres des écoles célestes et des écoles ici-bas. Et toi, Élie, je te conjure de prendre une permission pour descendre et accourir ici ; car je me propose de faire entendre le mystère qui a bouleversé le monde à la suite de la grande bataille que le Bien a livrée au Mal. Et toi aussi, ô Hénoch, chef céleste, descends ici avec tous les chefs de l’école céleste qui sont sous tes ordres ; car ce n’est pas pour ma gloire que je fais cette demande, mais pour la gloire de la Schekhina.
Rabbi Siméon reprit alors la suite de son discours précédent : Ô Zarqa ! En vérité, c’est grâce à toi que nos prières peuvent parvenir à ce lieu déterminé auquel nous les adressons. De même que la pierre de la fronde est lancée contre un point déterminé, de même l’on doit, pendant la prière, diriger sa pensée vers cette pierre fondamentale et entourée de couronnes, qui est symbolisée par le point-voyelle appelé Zarqa. C’est pourquoi la tradition nous apprend : Toutes les inclinations exécutées pendant la prière doivent être faites avant la prononciation du nom divin. En prononçant le nom sacré, on doit se relever pour faire monter la prière en haut. Et, parce qu’à ce moment la Schekhina monte vers son époux céleste, l’homme ne doit pas interrompre sa prière, alors même qu’un serpent s’enroulerait autour de son talon, bien que Dieu eût accordé au premier serpent le pouvoir de mordre le talon, ainsi qu’il est écrit : « Elle te brisera la tête et tu la mordras au talon. » Quand la pensée de l’homme est dirigée vers cette pierre qui est symbolisée par le yod du nom de Jacob, ainsi qu’il est écrit : « Il a mis son arc et sa confiance dans le Dieu tout-puissant, et les chaînes de ses mains ont été rompues par la main du tout-puissant Dieu de Jacob ; il est sorti de là pour être la pierre fondamentale d’Israël », quand, disons-nous, la pensée de l’homme est tournée vers cette pierre, le serpent est
impuissant à s’attaquer à l’homme, ne fût-ce qu’au talon ; c’est pourquoi l’on ne doit pas interrompre sa prière, alors même que le serpent cherche à mordre au talon. Il faut faire monter la prière vers l’Infini (en se redressant lorsqu’on prononce le nom sacré) et la faire descendre jusqu’à Celui qui est sans borne, comme la tradition nous dit : Toutes les génuflexions doivent être faites à la prononciation du mot : « Sois béni, Seigneur. » L’homme ne doit jamais se séparer de la Schekhina, ni en haut, ni en bas.
L’union de la Schekhina avec son époux céleste s’opère, tantôt en passant par les six degrés du côté des deux cuisses de l’arbre séphirothique ; c’est pourquoi, pendant la prière, on fait des génuflexions, pour que les six articulations de la jambe servent d’emblème aux six degrés séphirothiques par lesquels la Schekhina passe pour s’unir à son époux céleste. Tantôt la Schekhina s’unit à son époux céleste, en passant par les six degrés des bras séphirothiques. Mais parfois aussi elle s’élève et monte entre le Père et la Mère, entre le Yod et le Hé. Il faut faire monter le Hé (la Schekhina ou la Mère) en haut, et lorsqu’il arrive en haut, il prend quelquefois la forme d’un « Vav » oblique qui, en s’unissant avec deux Yod (le Père), forme la lettre Aleph, symbole de l’unité. Il faut la faire monter auprès de Celui dont l’Écriture dit : « La pierre que ceux qui bâtissaient avaient rejetée a été placée à la tête de l’angle. » Lorsque la Schekhina monte en haut, elle va se placer à la hauteur la plus élevée ; et c’est pourquoi les anges se demandent : « Où est le lieu de sa gloire ? » Lorsqu’elle monte au-dessus de l’Aleph, elle forme une couronne (Taga) sur la tête de l’Aleph. Cette couronne est appelée « Kether ». Et lorsque la Schekhina descend en bas, elle prend la forme d’une voyelle sous l’Aleph, voyelle appelée « Nekoudah », de même que la couronne qui surmonte l’Aleph est appelée « Taga » dans le mystère des accents.
Lorsqu’il s’unit à la Schekhina, il forme la lettre Zaïn, symbole de l’alliance qui constitue la septième Séphirâ ; car sûrement cette pierre est la pierre fondamentale de tous les mondes. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Tu auras une pierre parfaite et juste. » Ce verset parle de la justesse des poids et des mesures, car il s’applique à la mesure de la distance qui sépare une Séphirâ de l’autre. Il n’y a point d’accent qui n’ait son équivalent dans les points-voyelles. Ainsi, à l’accent Segoltha correspond le point-voyelle Segol ; à l’accent Zaqeph correspond le point-voyelle Scheva. Ceux qui connaissent les mystères renfermés dans les accents trouveront les correspondants pour tous les autres accents : Zarqa, Maqeph, Schophar, Holekh, Segoltha.
Il est écrit : « Ceux-là (Éléh) sont les enfants des cieux et de la terre. » Il a été enseigné que, partout où l’Écriture emploie le terme Éléh, le passage qui suit n’a aucun rapport avec celui qui précède. Aussi, en disant « Les enfants des cieux et de la terre », l’Écriture ne se rapporte pas à ce qui précède, mais au thohou mentionné au deuxième verset du premier chapitre de la Genèse : « Et la terre était thohou et bohou. » L’Écriture veut donc dire que les enfants des cieux et de la terre sont les démons appelés « thohou ». Ceci explique la tradition suivante : « Le Saint, béni soit-il, crée des mondes et les détruit. » C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et la terre était thohou et bohou » ; or, l’état de thohou et bohou était avant la création de la terre ; mais cela s’explique de cette façon : que par le mot « terre » l’Écriture désigne la terre préexistante que Dieu a détruite. Comment comprendre que le Saint, béni soit-il, crée des mondes pour les détruire ensuite ? Mieux aurait valu qu’il ne les eût point créés ! En vérité, cette tradition renferme un mystère ; car comment expliquer autrement les mots : « …Et les détruit » ? D’abord, le Saint, béni soit-il, ne
détruit jamais l’œuvre de ses mains; et ce qui plus est, l’Écriture dit des cieux : « Car les cieux disparaîtront comme la fumée, et la terre s’en ira en poudre comme un vêtement usé; et ceux qui l’habitent périront avec elle. » De ce verset, il résulterait que, non seulement Dieu détruit les mondes déjà créés à la suite de la colère ressentie contre les êtres qui les habitent, mais encore que le Saint, béni soit-il, crée et détruit systématiquement ! La vérité est que le Saint, béni soit-il, a créé le monde en y joignant la doctrine ésotérique exprimée dans le mot Bereschith, ainsi qu’il est écrit : « Le Seigneur m’a possédé au commencement de ses voies ; avant qu’il créât aucune chose, j’étais dès lors. » C’est par ce Commencement que Dieu créa le ciel et la terre, qui sont basés sur l’Alliance (Berith) dont les lettres se retrouvent dans le mot Bereschith (« Berith » de « Ber(esch)ith »). C’est de cette Alliance que l’Écriture dit : « Si l’Alliance que j’ai faite n’existait pas, il n’y aurait ni jour ni nuit, ni ciel ni terre. » C’est également à cause de cette Alliance que l’Écriture dit : « Les cieux sont pour le Seigneur ; et il a donné la terre aux enfants de l’homme. » Par le mot « terre », le Psalmiste désigne notre terre, qui est comprise dans les sept terres dont le roi David a dit : « Je marcherai devant le Seigneur dans les terres de la vie. » Ainsi, Dieu créa le ciel et la terre après avoir détruit les mondes préexistants et les avoir réduits à un état de thohou, parce que l’Alliance, qui seule soutient les mondes, n’était pas encore faite. C’est à cause de cela, pour que le monde actuel ne subisse pas le sort des mondes préexistants, que le Saint, béni soit-il, voulait confier la doctrine aux peuples païens également, en leur proposant d’abord l’alliance de la circoncision. Mais ceux-ci n’ayant pas voulu l’accepter, la terre est demeurée stérile et aride. Telle est la signification des paroles de l’Écriture : « Que les eaux se rassemblent en un seul lieu, et que l’élément aride paraisse. » Par les mots « que les eaux se rassemblent », l’Écriture désigne la doctrine ésotérique ; « en un seul lieu » désigne Israël dont les âmes dépendent de cet endroit que l’Écriture désigne par les mots : « Bénie soit la gloire du Seigneur en son lieu. » « La gloire du Seigneur » désigne la Schekhina d’en bas ; « en son lieu » désigne la Schekhina d’en haut. Et, comme les âmes d’Israël sont attachées à la Schekhina, il s’ensuit que la Schekhina demeure parmi Israël et que, par conséquent, le nom de Jéhovah repose sur Israël, ainsi qu’il est écrit : « Et la part du Seigneur, c’est son peuple. » C’est pourquoi l’Écriture dit : « Que les eaux se rassemblent en un seul lieu », c’est-à-dire : que le salut soit réservé exclusivement à Israël ; « et que l’élément aride paraisse », c’est-à-dire : que les païens, qui n’ont pas voulu accepter le salut, demeurent arides et stériles. C’est ce qu’entend la tradition par les mots : « Le Saint, béni soit-il, crée des mondes et les détruit » ; c’est parce que les êtres qui les habitent n’acceptent pas les commandements de la doctrine. Ce n’est pas que Dieu détruise ses œuvres, ainsi que les hommes se l’imaginent ; mais ce sont les œuvres elles-mêmes qui se détruisent en refusant le salut. Pour quelle raison, en effet, Dieu détruirait-il ses enfants que, selon la tradition, il a créés par la seconde hypostase appelée Hé, ainsi qu’il est écrit : « Behibaram » (qu’il a créés), mot qui, d’après la tradition, doit être séparé en deux : « Behe baram », ce qui signifie : Dieu les a créés par le Hé ? C’est grâce à cela que s’opère la conversion des peuples païens qui avaient refusé le salut au
cinquième millénaire après la création, époque aride et stérile, pendant laquelle eut lieu la destruction du premier et du second temple. C’est pourquoi la lettre Hé du mot « behibaram », anagramme du mot Abraham, est écrite dans le Pentateuque plus petite que les autres lettres. C’est pour avoir voulu convertir les païens et les amener sous les ailes de la Schekhina que Moïse, qui avait cru que ces peuples sont de ceux qui furent créés par le Hé, a déchu et s’est attiré l’apostrophe de Dieu : « Va, descends, car ton peuple a péché. » C’est parce que les Israélites n’ont pas accepté la lettre Hé avec la crainte due à Yod et l’amour dû à Hé, qu’ils ont déchu de leur état qui était celui de Vav, lettre qui procède du Yod et du Hé. C’est afin qu’aucun être humain ne fût perdu, que le Vav descendit en même temps que le Hé. Les âmes des hommes qui peuplaient les mondes préexistants transmigrèrent au moment de la captivité d’Israël. Les âmes des Intrus (Ereb Rab) émanent du côté de ceux dont l’Écriture dit : « Car le ciel disparaîtra comme la fumée ; la terre s’en ira en poudre comme un vêtement usé ; et ceux qui l’habitent périront avec elle. » Lorsqu’il s’agissait de la punition d’êtres semblables, Noé n’a pas voulu intercéder auprès de Dieu en leur faveur, ainsi qu’il est écrit : « Tous périrent de dessus la terre. » Car les hommes, exterminés par le déluge, avaient les mêmes âmes que ceux dont l’Écriture dit : « Vous exterminerez de dessous le ciel le souvenir d’Amalec. » Sans méfiance aucune, Moïse fit tomber du ciel le Hé parmi ces hommes. C’est pourquoi Moïse a été condamné à ne pas entrer dans la Terre-Sainte jusqu’à ce que le Hé fût revenu à sa place. C’est pourquoi, lorsque le Hé est descendu du ciel sur la terre, le Vav descendit également. Qui relèvera le Hé ? C’est le Vav qui manque à Moïse (ntira s’écrit sans Vav). C’est pourquoi la lettre Hé du mot « behibaram », anagramme du mot Abraham, est plus petite que les autres lettres du Pentateuque. C’est à quoi fait allusion le verset : « Il les a fait sortir d’Égypte », grâce au Vav qui a entraîné le Hé avec lui. Aussitôt Yod et Hé s’y ajoutèrent et le serment divin s’accomplit, ainsi qu’il est écrit : « La main du Seigneur s’élèvera de son trône contre Amalec, et le Seigneur lui fera la guerre de génération en génération. » (Yad al kes yah milhamah la-Jéhovah be-Amaleq.) Que signifient donc les paroles « et le Seigneur lui fera la guerre de génération en génération », puisqu’après la descente du Yod et du Hé la guerre cessera ? Les mots « de génération en génération » désignent l’époque de Moïse, dont l’Écriture dit : « Une génération passe et une autre lui succède. » La tradition nous a appris que le mot « génération » ne désigne jamais un nombre inférieur à soixante fois dix mille ; or, une tradition nous apprend également qu’à l’époque de Moïse une seule femme portait dans son sein soixante fois dix mille enfants. Les Intrus sont composés de cinq catégories d’êtres : des Nephilim (les Tombés), Ghiborim (les Puissants), Anaqim (les Hauts), Rephaïm (les Géants), Amaleqim (les Amalécites). C’est à cause de ceux-ci que le Hé est tombé de sa place. Balaam et Balac sont du côté d’Amalec. Quand on retranche les lettres « Ain » et « Mem » du mot « Balaam » et les lettres « Lamed » et « Qoph » du mot « Balaq », les lettres retranchées forment le mot « Amaleq », et les lettres qui restent forment le mot « Babel ». C’est d’eux que dit l’Écriture : « Parce que c’est là que fut confondu (babal) le langage de toute la terre. » Ce sont eux qui ont survécu au cataclysme du déluge, ainsi qu’il est écrit : « Il a anéanti tout ce qui existait. » Les âmes de ces cinq catégories ont survécu jusqu’à la
Quatrième captivité d’Israël. Ce sont ceux qui sont à la tête des ennemis d’Israël, appelés « les instruments d’iniquité ». C’est de ces puissants qu’il est écrit : « Or, la terre était corrompue devant Dieu et remplie d’iniquité. » Ce sont les âmes de la catégorie des Amalécites. Les Nephilim sont ceux dont l’Écriture dit : « Et les enfants de Dieu, voyant que les filles des hommes étaient belles... » Ceux-ci forment la seconde catégorie des âmes rejetées du ciel. Lorsque le Saint, béni soit-il, voulut créer l’homme, ainsi qu’il est dit : « Faisons l’homme à notre image, etc. », il se proposa de placer l’homme au-dessus de toutes les légions célestes, de sorte que tous les êtres célestes fussent commandés par l’homme, de même que Joseph commandait sur toute l’Égypte, ainsi qu’il est écrit : « ...Afin qu’il établisse des commandants sur tout le pays. » Mais les anges révoltés vinrent requérir contre l’homme en disant : « Qu’est-ce que l’homme, pour mériter que vous vous souveniez de lui ? Qu’est-ce que l’homme, pour mériter le commandement ? Il est certain, dirent ces anges, que l’homme finira par pécher contre vous. » Le Saint, béni soit-il, leur répondit : « Si vous étiez en bas, à sa place, vous seriez plus coupables que lui. » Aussitôt après cette réponse divine, il arriva ce que dit l’Écriture : « Et les enfants de Dieu, voyant que les filles des hommes étaient belles... » Aussitôt que ces anges eurent ces désirs coupables, le Saint, béni soit-il, les rejeta enchaînés en bas. Ces anges sont Aza et Azaël, dont émanent les âmes des Intrus qui sont appelés « les Tombés », parce qu’ils se sont abaissés eux-mêmes en se servant des femmes pour satisfaire leur penchant à la luxure. C’est pourquoi le Saint, béni soit-il, les rejeta hors du monde céleste, les priva de toute part à la béatitude éternelle et leur accorda la récompense en ce bas monde, ainsi qu’il est écrit : « ...Et qui récompense promptement ceux qui le haïssent, pour les perdre ensuite. » Les Ghiborim sont les âmes de la troisième catégorie dont l’Écriture dit : « Il en sortit des enfants qui furent des Ghiborim (des Puissants) et d’une grande célébrité. » Ces âmes sont du même côté que celles dont l’Écriture dit : « Venez, faisons-nous une ville et une tour qui soit élevée jusqu’au ciel, et rendons notre nom célèbre. » Ces âmes animent les corps de ceux qui bâtissent des synagogues et des écoles, qui font faire des Pentateuques et des ornements pour ces mêmes Pentateuques, sous prétexte d’arriver au ciel, mais en réalité pour se faire une célébrité. C’est à eux que fait allusion le verset : « ...Et rendons notre nom célèbre. » C’est l’esprit du démon qui s’empare d’Israël et le fait agir ainsi. Israël est comparable à la terre du sol au moment du déluge, dont l’Écriture dit : « Les eaux crurent et grossirent prodigieusement au-dessus de la terre » ; car le démon s’empare des œuvres d’Israël et les emporte toutes. Les Rephaîm sont les âmes de la quatrième catégorie. Les hommes animés de ces âmes ont ceci de caractéristique que, toutes les fois qu’ils voient Israël en détresse, ils l’abandonnent, bien qu’ils aient le pouvoir de le secourir ; ils abandonnent également la doctrine ainsi que ceux qui la cultivent ; ils font en outre du bien aux païens. C’est d’eux que l’Écriture dit : « Les géants (Rephaîm) ne ressusciteront plus. » Et lorsque l’heure de la délivrance (Rédemption) aura sonné pour Israël, alors arrivera ce que l’Écriture ajoute : « Leur mémoire sera à jamais effacée. » Les Anaqim sont les âmes de la cinquième catégorie ; les hommes animés de ces âmes vilipendent ceux dont l’Écriture dit : « Et elles seront un ornement à votre tête, et comme de riches colliers (Anaqim) à votre cou. » C’est d’eux que l’Écriture dit : « Les Rephaîm sont semblables aux Anaqim », c’est-à-dire : les uns valent les autres. C’est à cause de ceux-ci que le monde est retourné à l’état de thohou et de bohou. Le mystère de ces cinq catégories d’âmes, qui ont causé la destruction du temple, est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Et la terre était thohou et bohou. »
Mais aussitôt après que la racine et la base du monde apparaîtront, racine désignée dans l’Écriture par le terme « lumière », parce que cette racine est de l’essence même du Saint, béni soit-il, toutes ces âmes seront effacées de dessus la terre et exterminées. Mais la délivrance (Rédemption) ne dépend que de l’extermination des âmes de la catégorie d’Amalec, afin que soit accompli le serment de Dieu, ainsi que nous l’avons dit précédemment. Selon une autre explication, les paroles de l’Écriture : « Voici (Éléh) les enfants du ciel et de la terre » désignent ceux dont l’Écriture dit : « Aaron les ayant pris, les jeta en fonte, et il en forma un veau. Alors les Israélites dirent : Voici (Éléh) ton Dieu, ô Israël. » Le jour où les âmes de ces hommes seront exterminées sera aussi solennel que le jour où le Saint, béni soit-il, créa le ciel et la terre, ainsi qu’il est écrit : « Au jour où Dieu créa la terre et le ciel... » À cette époque, le Saint, béni soit-il, s’unira à la Schekhina et le monde sera renouvelé, ainsi qu’il est écrit : « Car comme les cieux nouveaux et la terre nouvelle que je vais créer subsisteront toujours devant moi, dit le Seigneur... » Telle est la signification des paroles : « Au jour où Dieu créa... » À cette époque, dit l’Écriture : « ...Élohim avait produit de la terre toutes sortes d’arbres beaux à la vue et portant des fruits agréables au goût. » Mais, avant l’extermination de ces cinq catégories d’âmes qui se sont introduites parmi les Israélites, la pluie de la doctrine ésotérique ne tombera pas sur Israël, et Israël qui est comparé aux plantes et aux arbres ne poussera pas. Ce mystère est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Le ciel et la terre furent créés avant que toutes les plantes des champs fussent sorties de la terre et que toutes les herbes de la campagne eussent poussé ; car le Seigneur Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n’y avait point d’homme pour la labourer. » « Il n’y avait point d’homme pour labourer », c’est-à-dire : Israël n’était pas encore là pour offrir
des sacrifices. Selon une autre version, les mots « avant que toutes les plantes des champs fussent sorties de la terre » désignent le premier Messie, et les mots « et que toutes les herbes de la campagne fussent poussées » désignent le second Messie. Et pourquoi ? Parce que Moïse ne sera plus parmi les Israélites pour intercéder en leur faveur auprès de la Schekhina ; c’est ce que l’Écriture dit : « Il n’y a point d’homme pour labourer la terre. » Ce mystère est également exprimé dans le verset : « Le sceptre ne sera point ôté de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu’à ce que soit venu Schiloh. » Les mots « le sceptre de Juda » désignent le Messie, fils de David ; les mots « le prince de sa postérité » désignent le Messie, fils de Joseph ; et les mots « jusqu’à ce que soit venu Schiloh » désignent Moïse ; car la valeur numérique des deux noms, Schiloh et Moscheh (ou Moïse) est identique. Les mots « vélo iqhath » (et c’est lui qui sert l’attente des nations), sont composés des mêmes lettres que les mots « velevi qehath », c’est-à-dire les ancêtres de Moïse, Lévi et Caath. Selon une autre explication, les mots « toutes les plantes des champs » désignent les justes dont les âmes émanent de Celui qui est appelé « le Juste vivant en toute éternité ». Le mot « siah » (plantes) est composé de la lettre Schin et du mot « hai » (vie) ; or, la lettre Schin symbolise par ses trois branches les trois patriarches, et le mot « hai » (vie) indique Celui qui vit en toute éternité. Selon une autre explication encore, les mots « et toutes les herbes » (Eseb) signifient que l’union des branches de l’arbre céleste, qui sont au nombre de soixante-douze, ne sera réalisée dans la Schekhina qu’à la venue de l’Homme (Adam), dont le nom, Adam, représente une valeur numérique égale à celle du nom de « Jéhovah ». Le mot « Eseb » est composé de Aïn
et Beth, qui numériquement ont la valeur de soixante-douze, nombre équivalent à celui des mots « Jéhovah » et « Adonaï », et de Schin (ש), formé de trois branches, symbole des trois patriarches. Par les mots : « Avant que toutes les herbes de la campagne eussent poussé », l’Écriture désigne le Juste (Çadiq). C’est de lui qu’il est écrit : « La Vérité sortira de la terre » ; et ailleurs il est dit : « Et la Vérité sera jetée sur la terre. » Les docteurs de la loi, qui sont comparés aux herbes, ne pousseront plus, dans la captivité, jusqu’à ce que se soient accomplies les paroles de l’Écriture : « La Vérité sortira de la terre. » Et qui accomplira cette prophétie ? C’est Moïse, dont l’Écriture dit : « La loi de la Vérité a été dans sa bouche » ; car personne ne saurait aussi bien dévoiler à Israël les mystères de la Schekhina que Moïse. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Il n’y a point d’homme pour labourer la terre. » Mais aussitôt que Moïse reviendra : « Un nuage (ed) s’élèvera de la terre pour en arroser la surface ». L’Écriture veut dire que « ed » (nuage) sera ôté de « Adonaï » ; il y sera joint le Vav ainsi que le Noun, et ainsi on aura le mot « Adon », Maître de toute la terre. C’est ce qu’ajoute l’Écriture : « Qui en arrosera toute la surface », c’est-à-dire Israël puisera aussitôt après la doctrine ésotérique à l’aide des soixante-dix interprétations. Selon une autre interprétation, le mot « ed », que le Thargoum traduit par « nuée », désigne Celui dont l’Écriture dit : « Car la nuée du Seigneur se reposait sur le tabernacle » ; c’est à cette source que puiseront les docteurs de la loi à ce moment.
Il est écrit : « Et Jéhovah Élohim forma l’homme », c’est-à-dire il forma Israël. Le mot « vaïiçer » (il forma) est écrit avec deux Yod, alors que grammaticalement il n’en demande qu’un seul ; c’est pour nous indiquer qu’à ce moment, le Saint, béni soit-il, forma l’homme, et avec la figure de ce bas monde et avec celle du monde futur. Le mot « vaïiçer » indique qu’à ce moment le Saint, béni soit-il, a gravé son nom sur la figure de l’homme en lui donnant la forme de deux Yod et d’un Vav au milieu ; ce sont les deux yeux qui représentent les deux Yod et le nez du milieu qui a la forme du Vav. Or, la valeur numérique des deux Yod et du Vav égale celle du nom de Jéhovah. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Je le vois du sommet des rochers » ; or le mot « çourim » (rochers) signifie également « figures » ; Balaam disait qu’en regardant la figure d’Israël, il y voyait le nom de Jéhovah. Une autre ressemblance d’Israël avec le nom divin se trouve dans les deux tables de la loi qui représentent les deux Yod, alors que le Vav est symbolisé par l’Écriture gravée sur les tables. Dieu a, en outre, formé l’homme de façon qu’il représente l’époux et l’épouse célestes, qui sont symbolisés par les lettres Yod et Hé et unis par le Vav. Dieu forma l’homme avec cette figure céleste qui est appelée Israël, Colonne du milieu, qui embrasse la Schekhina d’en haut et celle d’en bas ; la Schekhina d’en haut et celle d’en bas sont symbolisées par la récitation de la liturgie Schéma du soir et du matin. C’est à ces deux Schekhina que font allusion les paroles de l’Écriture : « L’os de mes os, la chair de ma chair. » Aussitôt après, Dieu planta Israël dans le jardin de l’Éden sacré, ainsi qu’il est écrit : « Et Jéhovah Élohim planta dès le commencement un jardin dans l’Éden, et y plaça l’homme qu’il avait formé. » « Jéhovah Élohim » désignent le Père et la Mère célestes ; « un jardin » désigne la Schekhina d’en bas ; « dans l’Éden » désigne la Mère céleste ; « et y plaça l’homme » désigne la Colonne du milieu ; il en fit son épouse, qui ne doit jamais être séparée de l’époux, dont elle fait les délices. À ce moment, le Saint, béni soit-il, planta Israël, qui constitue les rejetons sacrés de ce monde, ainsi qu’il est écrit ;
« Ils sont les rejetons que j’ai plantés, les ouvrages que ma main a faits pour me rendre gloire. » Il est écrit : « Et Jéhovah Élohim fit pousser de la terre tout arbre agréable à la vue et portant des fruits bons à manger. » « Jéhovah Élohim » désignent le Père et la Mère célestes ; « tout arbre agréable à la vue » désigne le Juste ; « et portant des fruits bons à manger » désigne la Colonne du milieu, par laquelle seront nourris tous les êtres de la terre ; car c’est elle qui tient tout en son pouvoir ; le Juste n’aura d’autre nourriture que celle que lui accordera la Schekhina. La Schekhina n’aura plus besoin des êtres d’ici-bas pour se nourrir ; mais, au contraire, tous ici-bas seront nourris par elle. Durant la captivité d’Israël, la Schekhina et Celui qui vit en toute éternité n’ont eu d’autre nourriture que les dix-huit bénédictions de la prière. Mais au moment de la délivrance (Rédemption), c’est la Schekhina qui constituera la nourriture de tout le monde. C’est alors que l’arbre de la vie sera planté dans le jardin, ainsi qu’il est écrit : « Qu’il porte sa main à l’arbre de Vie, et qu’il prenne aussi de son fruit, pour qu’en en mangeant il vive éternellement. » Car les esprits de l’autre côté, qui émanent de l’arbre du Bien et du Mal, esprits désignés par le nom d’intrus (Ereb Rab), n’ont aucune prise sur la Schekhina, qui est au-dessus de toute impureté, ainsi qu’il est écrit : « Jéhovah a été seul son conducteur, et il n’y avait point avec lui de dieu étranger. » C’est pourquoi on n’accueille pas de prosélytes à l’époque messianique ; car la Schekhina sera alors comme la vigne sur laquelle on ne peut greffer aucune espèce étrangère. À cette époque, Israël sera un « arbre agréable à la vue ». C’est par la Schekhina qu’Israël reconquerra sa beauté, ainsi qu’il est écrit : « Il a fait tomber du ciel sur la terre celle qui rendra à Israël sa beauté. » L’arbre du Bien et du Mal fut écarté d’Israël, avec lequel il ne doit avoir aucune accointance, car c’est à Israël que Dieu adressa le précepte : « Ne mange point de l’arbre du Bien et du Mal ; car au moment où tu en mangeras, tu mourras, tu mourras. »
L’arbre du Bien et du Mal signifie les Intrus ; c’est pour s’être mêlé aux Intrus qu’Israël est mort deux fois ; une fois par la destruction du premier temple, et une deuxième fois par la destruction du second temple. Israël est mort pour la Schekhina d’en haut par la destruction du premier temple ; et il est mort une seconde fois pour la Schekhina d’en bas par la destruction du second temple. C’est à ces deux morts d’Israël que font allusion les paroles de l’Écriture : « Et le fleuve deviendra sec et aride », c’est-à-dire le fleuve de lumière auquel donne naissance le Hé d’en bas et qui remonte au Yod, symbole de l’Infini, deviendra sec et aride pour Israël. Mais au moment de la délivrance d’Israël, seul peuple saint, de l’exil, le fleuve qui avait été sec et aride jusque-là « sortira de l’Éden pour arroser le jardin ». « Le fleuve » désigne la Colonne du milieu qui sortira de l’Éden, qui est la Mère d’en haut ; « pour arroser le jardin », c’est la Schekhina d’en bas. C’est de cette époque que dit l’Écriture, au sujet de Moïse et d’Israël : « Alors vous trouverez vos délices dans le Seigneur. » Le mot « anag » (délices) est composé des lettres initiales des mots : « Eden », « Nahar » (fleuve), « Gan » (jardin). C’est alors que s’accompliront les paroles de l’Écriture : « Alors Moïse et les enfants d’Israël chanteront ce cantique au Seigneur » ; l’Écriture ne dit pas « chantèrent », mais « chanteront », parce que Moïse et Israël ne chanteront ce cantique que lorsque le mot « anag » aura été transformé en « nega » (fléau) pour les « Intrus » et les autres peuples païens du monde qui, à l’instar de Pharaon et des Égyptiens, seront accablés de fléaux, alors qu’Israël aura « anag » (délices). Telle est la signification des paroles de l’Écriture : « Et un fleuve sortira de l’Éden pour arroser le jardin. » L’Écriture ajoute : « Et de là, le fleuve se divise en quatre canaux. » Ces quatre canaux sont : la Séphira « Hés
vers le Sud. À ce canal s’abreuvent Michel et ses légions, et avec celles-ci la tribu de Juda, et encore deux autres tribus. Le second canal est la Séphirâ « Gueboura », symbolisée par le bras gauche de l’arbre séphirothique ; c’est pourquoi la tradition dit : Quiconque veut s’enrichir doit tourner le visage vers le Nord. À ce canal s’abreuvent les légions de Gabriel, et avec celles-ci la tribu de Dan, et encore deux autres tribus. Le troisième canal est la Séphirâ « Néçah », symbolisée par la cuisse droite de l’arbre séphirothique. À ce canal s’abreuvent les légions de Nouriël, et avec celles-ci la tribu de Ruben, et encore deux autres tribus. Le quatrième canal est la Séphirâ « Hod », symbolisée par la cuisse gauche de l’arbre séphirothique ; c’est de cette Séphirâ que parle l’Écriture au sujet de Jacob : « Il se trouva boiteux d’une jambe. » À ce canal s’abreuvent les légions de Raphaël, dont la mission est de guérir les maux de la captivité ; et avec celles-ci la tribu d’Éphraïm, et encore deux autres tribus.