du mot « aryéh » (figure de lion) ; et enfin, la quatrième lettre, formée de l’« N » final (Noun), désigne l’homme dont la position du corps est verticale. Mais par « figure d’homme » on entend toujours celle du mâle et de la femelle ensemble. Tous les milliers d’anges dont parle le Psalmiste tiennent leurs figures du mystère exprimé par le mot « schinan ». Chaque groupe d’anges à figure particulière est placé au côté qui lui est réservé. Malgré la diversité de leurs figures, les anges ont un trait commun, et ce trait leur vient de Michel, qui a la figure d’homme et vers lequel toutes les figures sont tournées ; de cette façon, tous les anges, qu’ils aient la figure du bœuf, de l’aigle, du lion ou de l’homme, ont de commun un trait particulier à l’homme et reflètent un des quatre noms mystérieux gravés sur le char de Dieu. Lorsque les anges à figure de bœuf sont tournés vers Michel à figure d’homme, ils reflètent le trait de force, appelé « El » ; ce reflet demeurant ineffaçable, ils conservent en quelque sorte deux figures lorsqu’ils vont se placer derrière le trône de Dieu : d’abord, la figure qui leur est particulière, et ensuite celle qu’ils ont empruntée à l’homme en le regardant. Lorsque les anges à figure d’aigle sont tournés vers Michel à figure d’homme, ils reflètent le trait de grandeur appelé « gaddol » ; ce reflet demeurant ineffaçable, ils conservent en quelque sorte deux figures lorsqu’ils vont se placer derrière le trône de Dieu : d’abord la figure qui leur est particulière, et ensuite celle qu’ils ont empruntée à l’homme en le regardant. Lorsque les anges à figure de lion sont tournés vers Michel à figure d’homme, ils reflètent le trait de puissance appelé « ghibor » ; ce reflet demeurant ineffaçable, ils conservent en quelque sorte deux figures lorsqu’ils vont se placer derrière le trône de Dieu : d’abord la figure qui leur est particulière, et ensuite celle qu’ils ont empruntée à l’homme en le regardant. Comme Celui qui a figure d’homme les regarde tous, et comme tous le regardent, il s’ensuit que tous reçoivent l’empreinte particulière à l’homme, appelée « nora », parce qu’elle inspire la terreur ; de sorte que toutes les figures sont synthétisées dans celle de l’homme dont elles reflètent les traits, ainsi qu’il est écrit :
« Et leurs figures ressemblent à la figure de l’homme », c’est-à-dire : toutes les figures reflètent celle de l’homme, et celle-ci est la synthèse de toutes. C’est pourquoi le Saint, béni soit-il, est appelé dans l’Écriture : « Le fort, le grand, le puissant et le redoutable » ; car ces quatre noms sont gravés sur le char de Dieu, duquel émane le mystère des quatre figures symbolisées par les quatre lettres du nom « Jéhovah ». Lorsque ce char de Dieu marqué des quatre figures sort, il projette une lueur vive ; des fusées en sortent, déployant des gerbes lumineuses qui retombent en un nombre infini d’étincelles. Tel un arbre branchu, chargé de fruits, le char de Dieu, marqué des quatre figures, donne naissance à toutes les âmes qui constituent la semence du monde. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « De l’herbe qui porte de la graine », c’est-à-dire : les anges appelés « herbe » projettent autour du char de Dieu ces lueurs vives qui donnent naissance aux hommes dont la figure est la synthèse de toutes les autres. Tel est également le sens des paroles suivantes : « …Des arbres fruitiers qui portent du fruit, chacun selon son espèce, et qui renferment leur semence en eux-mêmes sur la terre. » Ces paroles désignent l’homme qui ne dépense sa semence qu’utilement. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Qui renferment leur semence en eux-mêmes sur la terre » ; on en déduit qu’il n’est pas permis à l’homme de dépenser sa semence inutilement. Les anges appelés « foin », qui sont synonymes de ceux appelés « gazon », n’ont pas de semence ; c’est pourquoi ils disparaissent et ne jouissent point de la stabilité des autres anges pourvus de figures gravées sur le char de Dieu. Les anges appelés « foin » n’ont pas de forme déterminée ; et tous les anges qui n’ont
Les êtres qui ont des traits et des figures déterminés n’ont qu’une durée temporaire ; ils sont consumés par ce feu qui consume le feu ; ils renaissent ensuite et sont de nouveau consumés, et ceci se renouvelle tous les jours. L’homme d’ici-bas, bien que pourvu de traits et d’une figure déterminés, ne jouit pas de la stabilité dont jouissent les anges à figures déterminées, attendu que ces derniers portent la figure sans avoir besoin pour cela d’une enveloppe quelconque, alors que la figure de l’âme humaine a besoin de l’enveloppe du corps, car l’âme ne porte la figure du corps qu’autant qu’elle est attachée à celui-ci. C’est pourquoi l’âme humaine, en quittant chaque nuit le corps, monte et est consumée par le feu qui consume le feu. À l’instant du réveil, l’âme renaît, retourne au corps et en prend de nouveau la figure. C’est pourquoi les âmes des hommes n’ont point la stabilité des êtres célestes à figures. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Elle est renouvelée tous les matins », c’est-à-dire : l’âme de l’homme est nouvelle chaque matin.
Et pour expliquer ce qui précède, l’Écriture ajoute : « Grande est ta fidélité. » La fidélité de Dieu est, en effet, grande et proportionnée à sa grandeur même. Dieu, étant grand, pourrait absorber toutes les âmes et tout ce qu’il y a en haut et en bas sans que son immensité en fût pleine ; et pourtant il rend les âmes aux hommes et fait renaître les anges sans figures consumés par son feu. Ce mystère est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Tous les fleuves entrent dans la mer, et la mer n’en est pas remplie. Les fleuves retournent au lieu d’où ils étaient sortis, pour couler encore de nouveau. » Ainsi, tous les fleuves vont à la mer, qui les absorbe sans en regorger ; ensuite la mer les rend comme ils étaient auparavant. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Grande est ta fidélité. »
Dans l’œuvre de la création de ce troisième jour, l’Écriture emploie deux fois le terme : « Et Dieu vit que cela était bon », parce que, en ce jour, la querelle entre le côté droit et le côté gauche cessa, ce qui a produit l’union des deux côtés. Dieu a donc dit « bon » au côté droit et « bon » au côté gauche, paroles qui constituèrent la paix. C’est également pourquoi, pour ce jour, l’Écriture emploie deux fois le mot « Vayomer » (et il dit). C’est ici qu’est renfermé le mystère du nom de quatre lettres susceptibles de douze transformations et correspondant aux quatre figures gravées sur les quatre côtés du char sacré.
Il est écrit : « Et Élohim dit : Que des lumières soient. » Le mot « Meoroth » (lumières) est écrit de façon incomplète, parce que la cause de l’affection épileptique chez les enfants a été créée en ce jour. Lorsque la lumière primitive eut été cachée, une pelure se forma autour du cerveau. Cette pelure, s’étant développée, en produisit une seconde. Quand celle-ci sortit, elle arriva jusqu’auprès de la « Petite Figure », elle éprouva alors le désir de s’attacher à la « Petite Figure », d’y laisser son empreinte et de ne s’en séparer jamais. Le Saint, béni soit-il, la sépara de la « Petite Figure » et la rejeta en bas. Lorsque Dieu créa l’homme dans le but de préparer l’avènement de la « Petite Figure » en ce monde, la pelure, voyant Ève s’attacher à l’homme, dont la belle figure est l’image de celle d’en haut, se ressouvint de la Figure parfaite qu’elle avait vue autrefois. Elle s’envola de la terre et essaya de nouveau de s’attacher à la « Petite Figure » ; mais les gardiens des portes d’en haut ne la laissèrent pas entrer. Le Saint, béni soit-il, la repoussa véhémentement et la jeta au fond de l’abîme océanique. Elle y demeura jusqu’au jour où Adam et sa femme péchèrent. En ce jour, le Saint, béni soit-il, la fit sortir.
du fond de l’abîme océanique et lui donna pouvoir sur les enfants qui, ayant de petites figures, sont punissables par suite des péchés de leurs ascendants. Elle parcourt le monde au vol. Elle s’approche des portes du paradis terrestre et, voyant les « Cheroubim » qui gardent les portes du paradis, elle s’assied à côté de l’épée étincelante, car c’est d’une étincelle de cette épée qu’elle a pris naissance. Lorsqu’elle voit que cette épée se retourne, elle s’enfuit, s’élance au vol dans le monde; et, y trouvant les enfants punissables, elle les tue. Ceci arrive pendant la période où la lune est en décroissance. C’est pourquoi le mot « Meoroth » est écrit de façon incomplète. Jusqu’à la naissance de Caïn, la pelure ne pouvait s’approcher d’Adam; mais après, elle s’approcha de lui et enfanta de mauvais esprits et des démons volants. Durant cent trente ans, Adam eut commerce avec des démons femelles, jusqu’à la naissance de « Naàmâ », dont la beauté séduisit les anges « Aza » et « Azaël », que l’Écriture appelle « enfants de Dieu ». Elle enfanta de leurs œuvres, et c’est ce qui a donné naissance aux mauvais esprits et aux démons qui pullulent dans le monde. « Naàmà » parcourt le monde en compagnie de Lilith durant la nuit; elle se pare et excite les hommes au point de provoquer chez ceux-ci une perte séminale. Partout où un homme dort seul dans une maison, elle s’attache à lui; les désirs coupables constituent pour elle la matière fécondante. Elle s’attache également aux hommes pendant la maladie. Tout cela a lieu pendant la période où la lune est en décroissance. Mais, quand la lune est en croissance, le mot « Meoroth » se change en le mot « Imrath » (le Verbe), ainsi qu’il est écrit : « Le Verbe de Dieu est pur comme l’or qui a passé par le feu; il est le protecteur de tous ceux qui espèrent en lui », c’est-à-dire il est le protecteur de tous ceux qui s’unissent dans la foi du Saint, béni soit-il, contre tous ces mauvais esprits et ces démons qui parcourent le monde pendant la décroissance de la lune.
Lorsque le roi Salomon descendit dans le jardin des noyers, ainsi qu’il est écrit : « Je suis descendu dans le jardin des noyers », il prit en main une coquille de noix, qui lui fit découvrir le système d’après lequel les démons forment la coquille de tout ce qui est saint en l’environnant; il vit en outre que toutes ces coquilles ne sont nées que des plaisirs, car ce n’est qu’à l’aide des plaisirs que ces coquilles cherchent à s’attacher aux hommes et à les souiller, ainsi qu’il est écrit : « Et les plaisirs des hommes engendrent des démons mâles et femelles », puisque c’est le plaisir que les hommes éprouvent au moment du sommeil qui donne naissance aux démons mâles et femelles. Il était nécessaire que le Saint, béni soit-il, les créât dans le monde et en fit le complément du monde. En tout, le cerveau est au milieu et plusieurs pelures l’entourent. Le monde entier est formé de cette façon, en haut aussi bien qu’en bas. À partir du mystérieux Point suprême jusqu’au plus infime degré de la création, tout sert de vêtement à quelque autre chose, et cette autre chose sert de vêtement à une chose supérieure, et ainsi de suite. De sorte que le cerveau entouré d’une pelure sert lui-même de pelure à un cerveau supérieur; tout est donc cerveau à ce qui lui est inférieur et pelure à ce qui lui est supérieur. Le Point suprême projetait une lumière immense d’une telle limpidité, d’une telle transparence et d’une telle subtilité qu’elle pénétra partout. De cette façon se forma autour de ce Point un palais lui servant de vêtement. La lumière du Point suprême étant d’une subtilité inconcevable, celle du
palais qui lui est inférieure forme ainsi un cercle foncé autour de lui. Mais la lumière du premier palais, bien qu’inférieure à celle du Point suprême, étant cependant d’une splendeur immense, a fini par former autour de ce palais un autre qui lui sert en quelque sorte de vêtement, et ainsi de suite ; ainsi, à partir du Point suprême, toutes les échelles de la création ne sont que des pelures les unes aux autres ; la pelure de l’échelle supérieure forme le cerveau de l’échelle inférieure. Cet ordre d’en haut a été également constitué ici-bas, ainsi qu’il est écrit : « Et Élohim créa l’homme à son image » ; car l’homme est composé de cerveau et de méninges, d’esprit et de corps ; tout cela est nécessaire à l’ordre du monde. Tant que la lune fut égale au soleil, elle brilla de sa propre lumière ; mais dès qu’elle se sépara du soleil et fut assignée à sa fonction, elle se diminua et sa lumière diminua ; ainsi se formèrent pelures sur pelures qui cachent le cerveau. Comme toutes les pelures sont formées dans l’intérêt du cerveau, celles autour de la lune sont également formées dans l’intérêt de la terre. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Que les lumières soient » ; le mot « Meoroth », étant écrit de façon incomplète, désigne les pelures ; et elle ajoute : « Pour éclairer la terre », c’est-à-dire ces pelures sont utiles à la terre.
Il est écrit : « Élohim fit les deux grandes lumières. » Le mot « Et il fit » (Vayaas) exprime quelque chose de général, une création totale. Primitivement, les deux lumières, intimement unies, répandaient une égale clarté. Les noms mystérieux « Jéhovah » et « Élohim » étaient alors d’une parfaite égalité, bien que l’un de ces deux noms, c’est-à-dire celui d’« Élohim », ne se fût encore manifesté que d’une façon mystérieuse. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Les grandes lumières » au pluriel avec l’article, parce que toutes les deux portaient des noms absolument identiques, c’est-à-dire que le nom d’une lumière désignait également celui de l’autre. Ces noms étaient « Maçpaç Maçpaç », qui forment parmi les treize attributs de miséricorde les deux degrés suprêmes, parce que tout émane du mystère qu’ils désignent et parce qu’ils constituent la base des mondes. De même les deux lumières luisaient primitivement simultanément et occupaient un rang égal. Mais lorsque la lune ne pouvait pas dominer simultanément avec le soleil, lorsqu’une lumière était gênée par l’autre, lorsque la lune disait : « Où paîtras-tu ? » et que le soleil lui répondait : « Où t’accroupiras-tu à midi ? », la lumière de la lune fut diminuée pour permettre au soleil de luire seul à midi. L’Écriture ajoute : « Pour que je ne m’égare pas en suivant les troupeaux. » Gênée d’être au même rang que le soleil, la lune s’humilia en diminuant sa lumière et renonça à occuper son rang supérieur ici-bas ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Suis les traces des troupeaux. » Le Saint, béni soit-il, dit à la lune : « Va et abaisse-toi toi-même ; tu n’auras d’autre lumière que celle que tu recevras du soleil. » Ainsi la lune était primitivement au même rang que le soleil ; et ce n’est que par la suite qu’elle se plaça au dernier degré, bien que sa lumière réelle soit supérieure à celle qu’elle répand ; car la femme ne peut jamais briller, si ce n’est dans l’union avec le mari. Les mots : « La grande lumière » désignent « Jéhovah », et les mots : « La petite lumière » désignent « Élohim », qui est la fin de tous les degrés, puisque, Verbe, il est la fin de la pensée. Primitivement, Élohim était marqué en haut par les lettres du nom sacré, qui sont au nombre de quatre ; ce n’est qu’après qu’il s’amoindrit en prenant le nom d’Élohim. Cependant la puissance d’Élohim se manifeste dans toutes les directions ; la lettre « Hé », qui unit les deux premières lettres du nom sacré d’Élohim avec les deux dernières lettres, participe et d’un côté et de l’autre, c’est-
à-dire : comme « El » signifie Dieu, et « Yam » (la mer) symbolise la matière, il en résulte que la lettre Hé du mot « Élohim », placée entre « El » et « Yam », participe de l’un et de l’autre. Les degrés formés en haut sont appelés « ceux qui président au jour », et les degrés formés en bas sont appelés « ceux qui président à la nuit ». L’Écriture ajoute : « Et il fit aussi les étoiles. » Ces paroles désignent les autres légions et armées célestes sans nombre qui, toutes, sont suspendues au firmament du ciel, c’est-à-dire à Celui qui vit en toute éternité, ainsi qu’il est écrit : « Et Élohim les mit dans le firmament du ciel pour luire sur la terre », c’est-à-dire : il fit descendre ici-bas ce mystère qui constitue le « sol (Ereç) d’en haut ». Celui qui vit en toute éternité a procédé d’une façon semblable, ainsi que l’Écriture dit : « Pour luire sur la terre », c’est-à-dire pour que la terre ici-bas fût éclairée d’une lumière semblable à celle d’en haut ; en ce jour le Royaume de David était établi, le quatrième pied du trône céleste était achevé et les lettres du nom sacré étaient disposées dans l’ordre qui leur convient. Malgré tout, le trône n’était pas encore achevé entièrement jusqu’au sixième jour, où la figure de l’homme fut formée ; c’est alors seulement que furent établis le trône d’en haut et le trône d’en bas, que les mondes ont été mis à leurs places et que toutes les lettres ont été disposées dans l’ordre qu’il leur convenait d’occuper dans le cercle formé par le gaz aériforme qui constituait le premier état de la création. Le quatrième jour est appelé dans l’Écriture « le jour rejeté par ceux qui bâtissaient », ainsi qu’il est écrit : « La pierre que ceux qui bâtissaient avaient rejetée » ; et ailleurs : « Les enfants de ma mère se sont élevés contre moi. » Car la lumière de la lune ayant été diminuée en ce jour, les pelures ont pris naissance. Toutes les lumières qui luisent sont suspendues au firmament du ciel pour affermir le trône de David. Toutes ces lumières produisent en bas des figures semblables à celles dont elles émanent toutes ; et toutes ces figures sont contenues dans la figure intérieure qui est celle de l’homme ; car cette figure du milieu est appelée Homme ; et c’est à cause de cela que tous ceux dont la figure ressemble à celle du milieu sont appelés hommes. C’est pourquoi il est écrit : « Vous êtes des hommes », ce qui veut dire : Vous êtes appelés du nom d’homme, mais non pas les autres peuples païens. Tout esprit est appelé homme ; car il émane de l’esprit du côté saint, alors que le corps dont il est entouré n’est que l’habit. C’est pourquoi il est écrit : « Vous m’avez revêtu de peau et de chair » ; ceci prouve que la chair de l’homme n’est que l’habit. Partout l’Écriture emploie le terme « la chair de l’homme » ; donc la chair ne constitue pas l’homme ; l’homme est à l’intérieur et la chair en forme l’habit. Les âmes qui, ici-bas, transmigrent dans des corps d’animaux, prennent la figure du vêtement qui les entoure, la figure des animaux purs énumérés dans l’Écriture : un bœuf, une brebis, un chevreau, un cerf, une chèvre sauvage, un buffle, un chèvre-cerf, un chevreuil, un oryx ou une girafe. Ainsi, les esprits créés pour être entourés d’un corps humain, dès qu’ils sont revêtus du corps d’un animal, prennent le nom de celui-ci. Aussi on dit : la viande du bœuf, parce que l’esprit qui réside à l’intérieur du bœuf a la figure et le nom de bœuf. Le bœuf est l’esprit qui réside à l’intérieur de ce corps, alors que la chair n’est que l’habit de cet esprit ; il en est de même de tous les autres animaux. C’est pourquoi les esprits des autres peuples païens, qui émanent du côté qui n’est pas saint, n’ont pas le nom d’homme. C’est pourquoi également ces esprits impurs n’ont rien de commun avec celui du milieu qui porte le nom d’homme. Les corps des
les affaires du ménage, ainsi qu’il est écrit : « Elle se lève pendant la nuit et elle partage le butin aux membres de sa maisonnée. » L’Écriture dit « elle » et non pas « il ». Ainsi « la lumière qui préside au jour » désigne l’être mâle, et « la lumière qui préside à la nuit » désigne l’être femelle. L’Écriture ajoute : « Et les étoiles. » Dès que la femme quitte pendant la nuit les affaires de la maison pour s’entretenir avec son mari, la direction de la maison est exclusivement réservée aux jeunes filles, qui restent à la maison pour s’occuper du ménage. Mais aussitôt le jour venu, c’est le mari qui reprend la direction de tout.
Il est écrit : « Et Élohim fit les deux lumières. » Car il y a deux lumières : celle qui monte en haut est appelée « flambeau de lumière », et celle qui descend en bas est appelée « flambeau de feu ». Car cette dernière lumière exerce son empire durant tous les jours ouvrables ; c’est pourquoi, à la fin du Sabbat, on récite une formule sur la lumière ; dans cette formule liturgique se trouvent les mots : « Sois béni, Seigneur, qui as créé le flambeau de feu », parce qu’à partir de ce moment le flambeau de feu est autorisé à exercer son empire. Les doigts de l’homme sont formés de manière à symboliser les degrés du mystère céleste. Les doigts sont formés d’un intérieur et d’un extérieur ; la partie extérieure est pourvue d’ongles ; c’est pourquoi il est permis de contempler ses ongles à la fin du Sabbat. Car la lumière provenant du feu, lumière dont la domination commence à ce moment, n’est digne que de servir à la contemplation de la partie extérieure des doigts, alors qu’il n’est pas permis de contempler à la lueur de cette lumière l’intérieur des doigts. Ce mystère est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Tu ne me verras que par derrière, mais tu ne pourras voir mon visage. » C’est pour cette raison que l’homme ne doit pas contempler l’intérieur de ses
doigts à la fin du Sabbat lorsqu’il récite la formule liturgique qui finit par les mots « qui as créé le flambeau du feu ». Par les mots « tu ne me verras que par derrière », l’Écriture désigne la partie extérieure des doigts pourvue d’ongles ; et par les mots « mais tu ne pourras voir mon visage », l’Écriture désigne la partie intérieure des doigts. La lumière à laquelle on doit contempler la partie intérieure des doigts ne domine qu’au jour du Sabbat ; et celle à la lueur de laquelle on doit contempler les ongles domine pendant les jours profanes. Durant le jour du Sabbat, le Saint, béni soit-il, domine seul l’intérieur du trône suprême ; il synthétise tout en lui, et il prend la direction de tout. C’est pourquoi, en ce jour, un repos est accordé à tous les mondes. Le saint peuple, appelé le peuple unique sur la terre, a hérité de ce « flambeau de lumière » émanant du côté droit ; cette lumière luisait primitivement et a été réservée plus tard au jour du Sabbat. C’est de ce « flambeau de lumière » qu’émanent toutes les lumières de la terre. Mais aussitôt que le Sabbat est fini, le flambeau de lumière se cache et devient invisible ; ce sont alors les flambeaux de feu qui commencent à exercer leur domination. Pendant combien de temps exercent-ils leur domination ? Dès la fin du Sabbat jusqu’au commencement du Sabbat prochain. C’est pour cette raison qu’à la fin du Sabbat il faut contempler les ongles à la lueur d’une lumière. Il est écrit : « Et les Hayoth allaient et revenaient comme des éclairs qui brillent. » Aucun œil ne peut contempler ces anges, attendu qu’ils vont et viennent. Les « Hayoth » entrevus par le prophète Ézéchiel étaient de ceux parmi lesquels se trouve la « roue » (Ophan). Que signifie la « roue » ? C’est Métatron, qui est le plus puissant et le plus élevé de tous les anges. Au-dessus de Métatron, à une distance de cinq cents lieues, se trouvent les « Hayoth », cachés sous les deux lettres suprêmes Yod et Hé ; car ces deux lettres sont au-dessus des lettres Vav et Hé. Ces « Hayoth » sont invisibles. Et le mystère le plus secret, l’inconcevable, domine tout et plane au-dessus des « Hayoth ». Les « Hayoth » visibles sont au-dessous des premiers qui sont cachés ; les « Hayoth » inférieurs reçoivent leur lumière de ceux d’en haut. Ainsi, les « Hayoth » sont tous placés dans la région appelée le « firmament du ciel ». C’est d’eux que parle l’Écriture : « Que les lumières soient dans le firmament du ciel », c’est-à-dire : les « Hayoth » qui se trouvent dans la région appelée « firmament du ciel ». Car, au-dessus des « Hayoth », il y a un autre ciel, ainsi qu’il est écrit : « Au-dessus de la tête des “Hayoth” on voyait un firmament qui paraissait comme un cristal étincelant et terrible à voir » ; c’est le firmament supérieur au-dessus duquel nul ne peut voir, parce que tout est au-dessus de l’entendement. Pourquoi ? Parce que tout y est enfermé dans la Pensée ; et la Pensée du Saint, béni soit-il, est cachée, secrète et trop élevée pour que l’entendement d’un homme puisse l’atteindre et la concevoir. Puis, si les choses suspendues à la Pensée suprême sont inaccessibles, à plus forte raison la Pensée elle-même. À l’intérieur de la Pensée, il n’y a personne qui puisse concevoir quoi que ce soit ; à plus forte raison il est impossible de connaître l’Infini (Ayn-Soph) qui est impalpable ; toute question et toute méditation resteraient vaines pour saisir l’essence de la Pensée suprême, centre du tout, secret de tous les secrets, sans commencement et sans fin, infini, dont on ne voit qu’une petite parcelle de lumière, telle que la pointe d’une aiguille ; et encore cette parcelle n’est-elle visible que grâce à la forme matérielle qu’elle a prise ; car le Verbe a pris la forme des signes de l’alphabet qui émanent tous du Point suprême. La lettre Aleph (א) est le symbole du commencement et de la fin ; toutes les échelles de la création y sont synthétisées. Bien que l’Aleph présente plusieurs parties, il ne forme qu’une seule lettre. C’est la lettre dont dé
Pendant les mondes supérieurs et inférieurs. La barre supérieure de l’Aleph est le symbole du mystère de la Pensée suprême ; au-dessous de cette barre se trouve un trait symbolisant le firmament supérieur. Au-dessus de ce firmament réside la Pensée inconcevable ; le trait formant séparation entre la barre supérieure et la barre inférieure représente la lettre Vav, dont la valeur numérique est de six, pour symboliser les six degrés qui existent entre la Pensée suprême et le firmament qui se trouve au-dessus des « Hayoth » cachés. La lumière émanant de la Pensée suprême a été cachée ; cette lumière est exprimée dans le mot « Bereschith ». Comme le mot « bara » du mot « Bereschith » est composé des mêmes lettres que le commencement du nom d’Abraham, l’Écriture fait allusion, ainsi qu’il est écrit : « Le Seigneur apparut à Abraham en la vallée de Mambré, lorsqu’il était assis à la porte de sa tente dans la plus grande chaleur du jour. » Ces paroles signifient que, lorsqu’Abraham se plaça à la porte de sa tente, c’est-à-dire à la porte qui se trouve entre le monde supérieur et le monde inférieur, porte symbolisée par le trait de la lettre Aleph, il éprouva la forte chaleur du jour, c’est-à-dire qu’il fut éclairé par la Lumière céleste. Ainsi Abraham a entrevu la première lumière des trois hypostases. La seconde lumière a été entrevue par Isaac à l’heure où le jour déclinait et où le soir approchait. C’est alors qu’Isaac fit sa prière pour l’avènement de cette lumière, ainsi qu’il est écrit : « Il était alors sorti dans le champ pour méditer, le jour étant sur son déclin. » C’est au moment où le jour était à son déclin qu’Isaac a prévu la défaite de Jacob dans sa lutte avec l’ange d’Ésaü. La troisième lumière qui procède des deux premières
était apparue à Jacob, ainsi qu’il est écrit : « Aussitôt qu’il eut passé Penïel, il vit le soleil qui se levait, mais il se trouva boiteux d’une jambe. » À ce déclin du jour, Jacob a contemplé de trop près la lumière désignée par la Séphirâ « Néçah » d’Israël ; à partir de ce moment il boita d’une jambe, attendu que cette Séphirâ constitue la cuisse droite de l’arbre séphirothique. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Jacob fut touché à une cuisse » ; ainsi, il ne fut pas touché aux deux cuisses, mais à une seule, parce qu’il n’avait contemplé que la lumière de la Séphirâ « Néçah », qui forme la cuisse droite de l’arbre séphirothique. Cette lumière constitue le quatrième degré ; c’est pourquoi, à partir de Jacob, aucun homme n’a plus été doué du don de la prophétie, jusqu’à l’arrivée de Samuel. C’est alors seulement que l’Écriture dit : « Celui qui triomphe dans Israël. » Ce n’est qu’à cette époque que la cuisse de l’arbre séphirothique s’était remise de la faiblesse dont elle fut atteinte dès le jour où Jacob fut mis en danger par l’ange d’Ésaü. Il est écrit : « Et il toucha le nerf de la cuisse. » Lorsque l’ange d’Ésaü vint lutter contre Jacob, il s’aperçut que celui-ci tenait sa force et du premier degré séphirotique et du second, c’est-à-dire et de la Lumière suprême qui forme la première hypostase, et de la lumière appelée « Homme », qui forme la seconde Séphirâ, ainsi que la seconde hypostase. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Cet homme, voyant qu’il ne pouvait le surmonter, lui toucha le nerf de la cuisse. » Lorsque l’ange s’était aperçu qu’il ne pouvait exercer d’empire sur le tronc de Jacob, parce qu’il représentait la Lumière suprême symbolisée par la tête appelée « Couronne », et la seconde lumière appelée « Homme », il le toucha au nerf qui constitue la force, symbole de la Séphirâ « Néçah », qui exprime la rigueur. C’est
pourquoi à partir de ce moment aucun homme n’a prophétisé jusqu'à l’arrivée de Samuel. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Celui qui triomphe dans Israël », et un peu plus loin : « Car il n’est point un homme », c'est-à-dire le don de la prophétie ne vient pas du degré séphirothique appelé « Homme », mais de celui appelé « Néçah ». Josué a bien prophétisé, mais ce n’était que le reflet de la prophétie de Moïse, ainsi qu’il est écrit : « Donnez-lui un reflet de votre gloire. » Cette prophétie n’émanait que du cinquième degré, ce qui plaçait la Séphirâ « Néçah » à la cuisse gauche. Ce n’est qu’à l’arrivée de David qu’elle a repris sa place à droite, ainsi qu’il est écrit : « Les délices de « Néçah » sont à ta droite. » L’Écriture ne dit pas : « Sont dans ta main droite », mais « à ta droite », c'est-à-dire « Néçah » est remis au côté droit d'où il avait été déplacé à la suite de la lutte de Jacob avec l'ange d'Ésaü. Pourquoi la cuisse de Jacob a-t-elle été affaiblie ? Parce que le côté impur s’y était attaché et lui enleva la force que confère le côté pur. Cette faiblesse a duré jusqu’à l’époque de Samuel. C’est pourquoi celui-ci est venu rappeler aux Israélites que « Néçah » constitue la cuisse d’Israël, ainsi qu’il est écrit : « Celui qui triomphe dans Israël. » C’est pourquoi dès le commencement des prophéties de Samuel jusqu’à la fin, toutes les paroles étaient des paroles de rigueur. En outre, le Saint, béni soit-il, doua Samuel, plus tard, de la Séphirâ appelée « Hod ». Quand ? Après qu’il eut oint des rois. C’est pourquoi Samuel vaut à lui seul autant que Moïse et Aaron ensemble ; car, de même qu’au ciel, Moïse et Aaron jouissent chacun d’une des deux Séphiroth « Néçah » et « Hod », de même Samuel jouissait des deux mêmes Séphiroth ici-bas. Toutes les Séphiroth sont enchaînées les unes dans les autres, ainsi qu’il est écrit : « Moïse et Aaron étaient ses prêtres, et Samuel était au nombre de ceux qui invoquaient son nom. » Les six côtés de l'arbre séphirothique sont tous liés entre eux ; et, de même qu’ils ont uni Moïse et Aaron, de même ils ont uni Jacob, Moïse et Joseph. D'abord Jacob était le Maître de la maison ; ensuite Moïse en est devenu le Maître après la mort de Jacob, car Joseph n’en jouit durant sa vie que par Jacob. Moïse pouvait s’emparer de la maison aussitôt après la mort de Jacob, sans en accorder à Joseph la jouissance durant sa vie. Mais Moïse était un juste et il laissa la maison à Joseph durant sa vie. Ainsi, au lieu de transmettre sa maison à Moïse, Jacob la légua d’abord à Joseph, ainsi qu’il est écrit : « Voici les enfants de Jacob : Joseph. » Jacob ayant légué la maison à Joseph, Moïse n’en prit possession qu’après la mort de Joseph. Lorsque la Schekhina sortit de la captivité d'Égypte, elle ne put s’unir qu’à Joseph, ainsi qu’il est écrit : « Et Moïse emporta les os de Joseph avec lui. » Pourquoi l'Écriture dit-elle : « Avec lui » ? Parce que l’homme ne peut s’unir à la femme que par une alliance. Aussi Moïse avait-il besoin des os de Joseph pour pouvoir s’unir à la Schekhina. Celle-ci avait en quelque sorte trois maris : Jacob d’abord, Joseph ensuite, et enfin Moïse. Or, Jacob ayant été enterré en Palestine, son corps appartenait déjà aux êtres célestes ; mais Joseph ayant été enterré hors de Palestine, comptait encore pour un être terrestre. Aussi la Schekhina qui, après la mort de Jacob, s’était unie à Joseph, ne pouvait-elle s’unir à Moïse tant que les os de Joseph reposaient hors de Palestine. C’est pourquoi Moïse emporta avec lui les os de Joseph ; alors seulement la Schekhina considéra son second époux, Joseph, comme n’appartenant plus à ce monde. Seuls les os de Joseph ont été enterrés en Palestine, et non pas sa chair, parce que les os sont le symbole des légions célestes qui émanent toutes du Juste appelé Çebaoth. Pourquoi est-il appelé Çebaoth ? Parce que toutes les légions et les armées célestes émanent de lui. C’est pourquoi seuls les os de Joseph, image de Çebaoth, sont entrés en Palestine. Moïse n'ayant pas eu la faveur d’entrer en Palestine, ni même d’y avoir ses os transportés, la Schekhina entra après la mort de Moïse en Palestine et retourna à son premier époux, qui était Jacob. Nous en déduisons qu’une femme qui se marie deux fois
Ici-bas va, après sa mort, cohabiter au ciel avec son premier mari. Durant sa vie, Moïse a joui d’une faveur plus grande que celle de Jacob. Jacob n’a cohabité avec la Schekhina qu’au ciel, alors que Moïse cohabitait avec elle ici-bas. Pour que l’on ne puisse pas penser que la cohabitation avec la Schekhina, ici-bas, ainsi que c’était le cas de Moïse, est une faveur moindre que celle de cohabiter avec elle au ciel, nous ferons remarquer qu’à la sortie d’Égypte les Israélites appartenaient au côté de « Jobel », de sorte que tous les six cent mille sortis d’Égypte appartenaient au monde supérieur. Aucun d’eux n’a quitté le désert pour entrer en Palestine, parce que les hommes appartenant à l’image de « Jobel » ne devaient pas entrer en Terre-Sainte. Leurs enfants seulement ont eu cette faveur. Moïse cohabita avec la Schekhina qui est symbolisée par la lune, alors même que son esprit habitait son corps, et il l’asservit à ses désirs. Lorsqu’il quitta ce monde, il s’éleva dans la montée suprême de l’Esprit-Saint et monta par l’Esprit vers le degré du Jubilé suprême (Jobel). Là se sont aussi attachés les six cent mille Israélites sortis d’Égypte qui lui appartenaient. Jacob n’a pas atteint ce degré ; il s’éleva par l’Esprit vers le degré de l’année sabbatique (Schemita) seulement. Jacob ne partagea pas ce bonheur de cohabiter avec la Schekhina pendant sa vie, parce qu’il avait gardé une autre maison. La Terre-Sainte ne peut s’obtenir que par la force d’en haut. C’est pourquoi ceux qui sont du monde supérieur peuvent seuls s’y attacher, étant tout en esprit, tandis que ceux du monde inférieur se tiennent à part, étant tout en corps. Et ils ne peuvent résider ensemble dans la lune ; mais les uns, ceux du monde supérieur, y résident ; les autres se tiennent en dehors d’elle. Les uns sont éclairés par les autres, et ceux qui sont entrés en Terre-Sainte sont la figure de leurs ancêtres, c’est-à-dire de la génération morte dans le désert, mais ne sont pas aussi élevés en degré qu’eux, pour ne pas former une génération. Il n’y avait pas de génération à qui ait apparu l’éclat et la splendeur de leur Maître face à face comme à eux. Jacob continuait à cohabiter avec son corps, avec ses femmes, après que son esprit se fut attaché à l’Esprit. Moïse s’est détaché de sa femme, et quoique en corps, il cohabita avec l’Esprit-Saint. Après sa mort, son esprit s’attacha à l’Esprit suprême, mystérieux d’en haut. Et tous les degrés s’attachèrent ensemble pour former un tout. L’âme de Moïse appartient au degré de « Jobel », son corps à celui de « Schemita » ; l’âme de Jacob s’attacha à « Schemita », son corps demeura durant sa vie attaché à ses femmes. Toutes ces lumières célestes sont la figure de celles qui sont sur terre. Et toutes ces lumières sont suspendues au firmament. L’Écriture emploie ici deux synonymes pour désigner le ciel ; c’est pour nous indiquer le mystère des deux noms unis entre eux et achevés en trois ; ils ne forment qu’un, chacun répondant à l’autre. C’est le Nom gravé qui les contient tous dans le mystère de la Foi.
Il est écrit : Et Élohim dit : « Faisons l’homme. » Et ailleurs il est écrit : « Le Seigneur fait connaître ses secrets à ceux qui le craignent. » Le Vieillard des Vieillards fit entendre sa parole : « Siméon, Siméon, dit-il, que signifie ce verset ? Qui est-ce qui dit à Élohim : Faisons l’homme ? Que signifie en cet endroit le mot Élohim ? » À peine le Vieillard des Vieillards eut-il achevé de parler qu’il disparut, et Rabbi Siméon ne le vit plus. Comme Rabbi Siméon avait entendu que la voix l’avait appelé : « Siméon, Siméon », et non pas : « Rabbi Siméon », il dit à ses collègues : « Il est évident que celui qui vient d’appeler est le Saint, béni
soit-il, dont l’Écriture dit : « Et l’Ancien des temps s’assit. »
soit-il, dont l’Écriture dit : « Et l’Ancien des temps s’assit. »
Donc c’est le moment d’examiner le mystère renfermé dans le verset de la Genèse, qui ne devait certainement pas être divulgué jusqu’à aujourd’hui. Mais maintenant nous avons reçu l’autorisation de le divulguer. Rabbi Siméon ouvrit sa conférence par la parabole suivante : « Il y avait un roi qui se proposait de construire plusieurs édifices. Ce roi avait un architecte, lequel ne faisait rien sans l’autorisation de son roi, ainsi qu’il est écrit : « J’étais son architecte. » Le roi, c’est la « Sagesse » supérieure d’en haut. Le roi d’en bas est la Colonne du milieu. Élohim est l’architecte céleste appelé « la Mère d’en haut ». Élohim est également l’architecte d’en bas ; et c’est lui qui est désigné par le nom de « Schekhina d’en bas ». Comme une femme n’est pas autorisée à faire quoi que ce soit sans l’autorisation du mari, tous les édifices ont été créés par voie « d’émanation ». Le Père adressa le Verbe à la Mère : « Qu’il soit fait telle et telle chose », et aussitôt la chose fut faite, ainsi qu’il est écrit : « Et Élohim dit : Que la lumière soit, et la lumière fut » ; c’est-à-dire, le Verbe dit à Élohim : « Que la lumière soit » ; le maître du palais ordonne et l’architecte obéit aussitôt. De même tous les édifices furent créés par voie d’émanation, ainsi qu’il est écrit : « Que le firmament soit », et plus loin : « Que des corps lumineux soient », et tout fut fait aussitôt. Lorsqu’on arriva au « monde de séparation », c’est-à-dire à cet état du monde où les choses semblent séparées les unes des autres, l’architecte dit au Maître des édifices : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance. » Le Maître des édifices lui répondit : « Certes, il est bon de le faire, mais il finira par pécher contre toi, car il est insensé, et il est écrit : « Le fils qui est sage est la joie de son père, et le fils insensé est la tristesse de sa mère. » La Mère répondit : « Puisque la faute de l’homme attristera la Mère et non pas le Père, je veux le créer à mon image. » C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et Élohim créa l’homme à son image », le Père ne voulant pas s’y associer. Lorsque l’homme a péché, qu’en dit l’Écriture ? L’Écriture dit : « Je vous déclare que c’est à cause de vos péchés que votre Mère a été renvoyée. » Le Roi dit à la Mère : « Ne t’avais-je pas dit que l’homme finirait par pécher ? » À ce moment l’homme fut chassé et la Mère fut chassée avec lui. C’est pourquoi il est écrit : « Le fils qui est sage est la joie de son père, et le fils insensé est la tristesse de sa mère. » Par les mots « le fils qui est sage », l’Écriture désigne l’homme en voie d’« émanation », et par les mots « le fils insensé », l’Écriture désigne l’homme en voie de « création ». À ces paroles, tous les collègues de Rabbi Siméon se levèrent en s’écriant : « Rabbi, Rabbi, y a-t-il donc une division entre le Père et la Mère, pour que l’homme soit dans la voie d’émanation du côté du Père et en création du côté de la Mère ? » Rabbi Siméon leur répondit : « Amis, amis, telle n’est pas mon intention, puisque l’homme “d’émanation” est composé d’un mâle et d’une femelle, qui émanent du Père et de la Mère, ainsi qu’il est écrit : “Et Élohim dit : Que la lumière soit, et la lumière fut.” Par les mots “que la lumière soit”, l’Écriture désigne la partie de l’homme qui émane du Père, c’est-à-dire le mâle, et par ces mots “et la lumière fut”, l’Écriture désigne la partie de l’homme qui émane de la Mère, c’est-à-dire la femelle. C’est pourquoi l’homme a été créé avec deux visages. Mais l’homme “d’émanation” est dépourvu d’image et de ressemblance ; et c’est la Mère céleste qui voulait pourvoir l’homme du “monde de création” d’une image et d’une ressemblance. Or, les deux lumières célestes émanant du Père et de la Mère étant appelées dans l’Écriture “lumière” et “ténèbres”, l’image, c’est-à-dire le corps de l’homme, devait également être composée de la lumière active émanant du Père et de la lumière passive, appelée “ténèbres”, émanant de la Mère. Mais comme le Père avait dit à la Mère que l’homme finirait par pécher dans le “monde de création”, il refusa de s’associer à la Mère pour la création de l’habit, c’est-à-dire du corps de l’homme. C’est pourquoi la lumière créée au premier jour de la Création a été cachée par le Saint, béni soit-il, pour les justes, et les ténèbres créées au premier jour de la Création ont été cachées pour les impies, ainsi qu’il est écrit : « Et les impies seront réduits au silence dans leurs ténèbres. » Et comme c’est à cause des ténèbres que l’homme devait finir par pécher contre la « lumière », le Père ne voulait pas s’associer à la création de l’homme d’en bas. C’est pourquoi la Mère dit au Père : « Faisons l’homme à notre image », c’est-à-dire de « lumière », et « à notre ressemblance », c’est-à-dire de lumière passive, appelée « ténèbres », qui sert de vêtement à la lumière active, de même que le corps sert de vêtement à l’âme, ainsi qu’il est écrit : « Tu m’as revêtu de peau et de chair. » Tous les collègues de Rabbi Siméon éprouvèrent une grande joie et s’écrièrent : « Heureux notre sort, heureux d’avoir été jugés dignes d’entendre ces paroles que personne, jusqu’aujourd’hui, n’a encore entendues. »
Rabbi Siméon de nouveau commença à parler de cette façon :
Il est écrit : « Voyez que moi je suis moi et qu’Élohim n’est point avec moi. » Rabbi Siméon s’écria : Collègues ! écoutez les paroles d’une haute antiquité que je vais vous dévoiler, maintenant que j’ai l’autorisation du Ciel de parler. Qui est-ce qui dit : « Voyez que moi je suis moi ? » C’est le Suprême de toutes les choses suprêmes, c’est Celui qui est appelé la « Cause de toutes les causes », c’est Celui qui fait naître toutes les causes suivies d’effets, et sans lequel rien ne se fait et rien n’existe, c’est Celui sans l’autorisation duquel rien n’est fait au ciel, ainsi que nous l’avons déjà indiqué à l’interprétation des mots : « Faisons l’homme à notre image. » Ces paroles indiquent en vérité que dans l’essence divine il y a deux hypostases qui se parlaient l’une à l’autre à ce moment. La seconde dit à la première : « Faisons », parce qu’elle ne doit rien faire sans l’autorisation et la parole de la première ; de même la première ne fait rien sans consulter la seconde. Mais Celui qui est appelé « la Cause de toutes les causes », Celui qui n’a son semblable ni en haut ni en bas, ainsi qu’il est écrit : « À qui (mi) me faites-vous ressembler ? À qui m’égalez-vous ? dit le Saint. » Celui-ci, disons-nous, a dit : « Voyez que moi je suis moi et qu’Élohim n’est point avec moi », c’est-à-dire : « Voyez qu’il n’y a pas d’Élohim que j’aie consulté, ainsi qu’a fait Élohim pour la création de l’homme. » Tous les collègues de Rabbi Siméon se levèrent et dirent à celui-ci : Maître, autorise-nous à t’interrompre à cet endroit. N’as-tu pas dit que la « Cause des causes » a dit à la première hypostase appelée Kether : « Faisons l’homme » ? Rabbi Siméon leur répondit : Que vos oreilles entendent ce que votre bouche prononce. Je ne vous ai pas dit que Celui qui est appelé la « Cause de toutes les causes » soit le même qu’Élohim, et je ne vous ai pas dit non plus que Celui qui est appelé la « Cause de toutes les causes » soit un autre qu’Élohim. Dans l’essence divine, il n’y a ni association ni nombre : tout y est Un. L’association qui existe dans l’essence divine est comparable à celle existant entre le mâle et la femelle, qui ne sont appelés qu’un, ainsi qu’il est écrit : « Car je les ai appelés un. » Mais, en réalité, l’essence divine est une ; il n’y a ni association ni nombre. C’est pourquoi Dieu a dit : « Voyez que moi je suis moi et qu’Élohim n’est point avec moi. » C’est-à-dire : Élohim n’est point « avec moi », mais moi je suis Élohim, et Élohim c’est moi. Tous les collègues de Rabbi Siméon se levèrent, se prosternèrent devant le Maître et s’écrièrent : Heureux l’homme à qui le Seigneur a permis de dévoiler des mystères qui n’ont pas été dévoilés même aux Anges.
Rabbi Siméon leur dit : Nous devons terminer l’interprétation de ce verset, car il renferme encore beaucoup de mystères. Il est écrit : « C’est moi qui fais mourir et c’est moi qui fais vivre ; c’est moi qui blesse et c’est moi qui guéris ; et nul ne peut rien soustraire à ma main. » Par les mots : « C’est moi qui fais mourir et c’est moi qui fais vivre », l’Écriture entend que les Séphiroth qui font vivre se trouvent au côté droit de l’arbre séphirothique, et les Séphiroth qui font mourir se trouvent au côté gauche. Si ces deux côtés n’étaient pas unis à l’aide de la Colonne du milieu, il n’y aurait pas de justice céleste, attendu que tout tribunal se compose de trois juges réunis.
Lorsque les trois hypostases se constituent en tribunal, la main droite est tendue pour accueillir les pénitents. Cette main est appelée, dans l’arbre séphirothique, « Jéhovah » ; c’est la Schekhina qui est la main droite de Dieu ; elle se trouve du côté de la Séphira appelée « Hésed ». La main gauche se trouve du côté de la Séphira appelée « Gueboura ». La main, appelée dans l’arbre séphirothique Jéhovah, appartient à la Colonne du milieu. Quand un homme est repentant, cette main lui est tendue pour le sauver de la rigueur du tribunal. Mais quand c’est « la Cause de toutes les causes » qui juge seule, alors l’Écriture dit : « Et nul ne peut rien soustraire à ma main. » En outre, ce verset renferme trois fois le mot « ani » (אני) (moi, ou je) ; donc, trois fois la lettre Aleph et trois fois la lettre Yod, lettres contenues dans le nom Jéhovah écrit en pleines lettres. Ce verset renferme en outre trois fois la lettre Vav : « Va-ahayeh, va-ani, v’en », qui sont également contenues dans le nom Jéhovah. Les collègues ont interprété le mot Élohim de ce verset dans le sens d’« Élohim aherim », c’est-à-dire les faux-dieux. D’après cette interprétation, la signification du verset est celle-ci : « Voyez que moi je suis moi », c’est-à-dire que moi, le Saint, béni soit-il, je suis la Schekhina dont il est dit « ani vaho », et Élohim n’est point avec moi, c’est-à-dire les démons appelés Samaël et Nahasch ne sont point avec moi ; « c’est moi qui fais mourir, et c’est moi qui fais vivre », c’est-à-dire : c’est par la Schekhina que je fais mourir les coupables, et c’est par elle que je fais vivre les justes ; « et nul ne peut rien soustraire à ma main », c’est-à-dire : aucune puissance ne peut rien soustraire aux trois hypostases dont les noms se composent de quatorze lettres : Jéhovah, Élohénou, Jéhovah, lettres qui se transforment en : Couzou, Bemoucsaz, Couzou. Telle est la
vérité ; et ce que nous avons expliqué plus haut au sujet de l’Être suprême, « Cause de toutes les causes », est un mystère qui n’avait pas encore été dévoilé à aucun sage ni à aucun prophète. Remarquez combien les degrés de l’essence divine sont mystérieux ; ils sont enveloppés dans les Séphiroth, et les Séphiroth leur servent de chars ; mais l’essence même de ces degrés est inaccessible à l’entendement de l’homme ; c’est d’eux que dit l’Écriture : « Car celui qui est élevé a un autre au-dessus de lui, et il y en a d’autres qui sont élevés au-dessus d’eux » ; ce sont des lumières éclatantes superposées les unes sur les autres, et celles des Séphiroth qui reçoivent leur lumière des Séphiroth supérieures paraissent obscures en comparaison de celles-ci. Mais « la Cause de toutes les causes » n’a point de lumière qui puisse luire en sa présence, tant son éclat est immense, et toutes les lumières paraissent obscures en sa présence.