Judaïsme

Zohar I, Section Bereschith (fol. 15a-18b)

Il est écrit : « Bereschith », par le commencement. Avant toutes choses, le Roi a permis la transformation du vide en un éther transparent, fluide impondérable, pareil à la lumière provenant des corps phosphorescents. Ensuite, par un mystère des plus secrets de l’Infini, ce fluide se métamorphosa en un gaz dépourvu de toute configuration aériforme, ni blanc, ni noir, ni rouge, ni vert, ni d’aucune couleur. Ce n’est que quand Dieu fit prendre à la matière des contours qu’il donna naissance à cette variété de couleurs qui, en réalité, n’existent pas dans la matière, n’étant dues qu’aux modifications que subit la lumière, selon les corps qu’elle éclaire. Dans la lumière il existe une onde qui est la cause efficiente de la variété des couleurs en ce bas monde. Ainsi, par un mystère des plus secrets, l’Infini frappa avec le son du Verbe le vide, bien que les ondes sonores ne soient point transmissibles dans le vide. Le son du Verbe constituait donc le commencement de la matérialisation du vide. Mais cette matérialisation serait toujours demeurée à l’état d’impondérabilité, si, au moment de frapper le vide, le son du Verbe n’eût fait jaillir le point étincelant, origine de la lumière, qui constitue le mystère suprême et dont l’essence est inconcevable. C’est pour cette raison que le Verbe est appelé « Commencement », attendu qu’il est l’origine de toute la création.
Il est écrit : « Ceux qui auront été savants brilleront comme la lueur du ciel, et ceux qui en auront instruit plusieurs dans la voie de la justice luiront comme des étoiles dans toute l’éternité. » Le mot « lueur » (Zohar) désigne l’étincelle que le Mystérieux fit jaillir au moment de frapper le vide et qui constitue l’origine de l’univers, qui est un palais construit pour la gloire du Mystérieux. Cette étincelle constitue en quelque sorte la semence sacrée du monde. Ce mystère est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Et la semence à laquelle elle doit son existence est sacrée. » Ainsi le mot « lueur » (Zohar) désigne la semence qu’il a jetée pour sa gloire, puisque la création a pour but la glorification de Dieu. Tel un mollusque dont on extrait la pourpre, revêtu de sa coquille, la semence divine est entourée de la matière qui lui sert de palais édifié pour la gloire de Dieu et le bien du monde. Ce palais, dont s’est entourée la semence divine, est appelé « Élohim » (Seigneur). Tel est le sens mystique des paroles : « Avec le Commencement il créa Élohim », c’est-à-dire, à l’aide de la « lueur » (Zohar), origine de tous les Verbes (Maamaroth), Dieu créa « Élohim » (Seigneur). Que l’on ne s’étonne pas que l’Écriture ait employé le terme « créa » pour désigner la manifestation d’Élohim, bien que celui-ci soit d’essence divine, attendu que l’Écriture dit également : « Et créa Élohim à son image l’homme ». Par le mot « lueur » (Zohar), l’Écriture désigne le Mystérieux appelé « Bereschith » (Commencement), parce qu’il est le commencement de toutes choses. Lorsque Moïse demanda à Dieu quel était son nom, celui-ci lui répondit : « Ehïé ascher Ehïé » (= Je suis celui qui suis). Le nom sacré d’« Ehïé » figure des deux côtés, alors que le nom d’« Élohim » forme la couronne, puisqu’il figure au milieu ; car « Ascher » est synonyme d’« Élohim », attendu que le nom « Ascher » est formé des mêmes lettres qui composent le mot « Rosch » (tête, couronne). « Ascher », qui est le même que « Élohim », procède de « Bereschith ». Tant que l’étincelle divine était enfermée dans le palais sublime, c’est-à-dire avant de se manifester, elle ne formait aucune particularité propre à être désignée dans l’essence divine par un nom quelconque ; le Tout ne formait qu’Un, sous le nom de « Rosch ». Mais lorsque Dieu créa, à l’aide de la semence sacrée (« Ascher »), le palais de la matière, « Ascher » se dessina dans l’essence divine ; c’est alors seulement qu’« Ascher » prit, dans l’essence divine, la forme d’une tête de couronne (« Rosch »), étant situé au milieu (Ehïé ascher Ehïé). Or, le mot « Bereschith » (בראשית) renferme le mot « Rosch » (ראש), synonyme d’« Ascher » ; il forme les mots « Rosch » et « Baïth » (בית), c’est-à-dire « Rosch » enfermé dans un palais (« Baïth »). Les paroles : « Bereschith bara Élohim » signifient donc : lorsque « Rosch », synonyme d’« Ascher », servit de semence divine au palais de la matière, fut créé « Élohim » ; c’est-à-dire Élohim se dessina dans l’essence de Dieu. De même que celle-ci est l’origine de toute fécondité, de même les savants sont féconds. Et de quelle nature est cette fécondité ? Elle est semblable à un point qui donne naissance à toutes les lettres. Lorsque le point étincelant, qui est la semence du palais de la matière, se dessina, le Tout prit la forme de trois points, représentés par les points-voyelles : Holem (ֹ), Schoureq (ּ) et Hireq (ִ), qui se confondent l’un dans l’autre
et ne forment qu’un seul mystère. Au moment où le son du Verbe de Dieu retentit, l’essence génératrice, qui embrasse toutes les lettres, de l’Aleph jusqu’au Thau, ainsi qu’il est écrit : « Eth ha-schamaïm », où le mot Eth, composé d’Aleph et de Thav, désigne l’essence génératrice, se manifesta également. De sorte que le Verbe, formant la semence divine, et appelé « Ascher », se trouve au milieu, entre l’essence fécondante, le premier « Ehïé », et l’essence génératrice, le dernier « Ehïé » (« Ehïé ascher Ehïé »). La « lueur » (Zohar) désigne également l’essence génératrice, qui embrasse toutes les lettres. C’est pourquoi l’Écriture compare les savants à cette lueur, parce que ceux-ci embrassent également toute la doctrine. Telle est également la signification du verset : « Écoute, Israël, Jéhova, Élohénou, Jéhova est un. » Ces trois noms divins désignent les trois échelles de l’essence divine exprimées dans le premier verset de la Genèse : « Bereschith bara Élohim eth ha-schamaïm. » « Bereschith » désigne la première hypostase mystérieuse ; « bara » indique le mystère de la création ; « Élohim » désigne la mystérieuse hypostase qui est la base de toute la création ; « eth ha-schamaïm » désigne l’essence génératrice. L’hypostase « Élohim » forme le trait d’union entre les deux autres, la fécondante et la génératrice, qui ne sont jamais séparées et ne forment qu’un Tout.
Élohim suivi du mot « eth », parce qu’il est le commencement et la fin de toutes choses, semblable au mot « eth », composé de la première et de la dernière lettre de l’alphabet. Si l’on ajoute au mot « eth » la lettre « hé », qui forme l’article du mot suivant (« ha-schamaïm »), on obtient le mot « Atha » (tu). C’est à l’hypostase appelée « Élohim » ou « Atha » que font allusion les paroles de l’Écriture : « Tu (Atha) donnes la vie à toutes les créatures. » C’est pourquoi l’Écriture dit : « Eth ha-schamaïm v’eth ha-areç » (les cieux et la terre), afin d’indiquer que l’hypostase désignée par le mot « eth » et servant de trait d’union entre les deux autres hypostases, la fécondante et la génératrice, sert aussi de trait d’union entre les cieux et la terre. « Eth » a de commun avec les cieux qu’il est d’essence divine, et avec la terre qu’il est aussi fécond que celle-ci ; car des trois éléments que l’œil aperçoit, le firmament, la terre et l’eau, la terre seule produit des plantes et des fruits. Ce que l’on vient d’exposer constitue le mystère suprême de la création. Mais, continuons : « Bereschith » est formé des lettres constituant les mots « bara schith » (créa six), pour faire allusion au mystère renfermé dans les paroles de l’Écriture « d’une extrémité du ciel jusqu’à l’autre extrémité du ciel ». Car il y a six directions célestes auxquelles correspondent les six directions d’ici-bas ; toutes convergent vers les trois points représentant l’essence divine, qui à leur tour ne sont qu’un. C’est ce mystère qui est renfermé dans le nom divin de quarante-deux lettres.
Il est écrit : « Les savants brilleront comme la lueur du ciel. » L’Écriture compare les savants aux accents bibliques qui servent au chant des mots. De même que les lettres et les points-voyelles obéissent aux accents servant au chant et se plient aux exigences de la mélodie, telles des armées se réglant sous le commandement de leur roi — les lettres ne formant que le corps des mots et les points-voyelles n’en constituant que la vie, sont nécessairement assujettis aux accents du chant qui en sont l’âme — de même les savants animent, par leur intelligence, les lettres et les points-voyelles. Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « Les savants font luire, comme la lueur du ciel », c’est-à-dire, ils font luire, par leur intelligence, les lettres et les points-voyelles, comme la mélodie, appelée « lueur du ciel ». L’Écriture ajoute : « Et ceux qui instruisent plusieurs dans la voie de la justice luiront comme des étoiles dans toute l’éternité. » Par le mot « étoiles » l’Écriture désigne les signes de ponctuation servant à séparer les membres d’une phrase et qui rendent les mots intelligibles. L’Écriture dit que les savants qui instruisent plusieurs personnes dans la voie de la justice, c’est-à-dire, qui les guident à travers les sentiers secrets de la doctrine ésotérique, jettent sur celle-ci autant de clarté que les signes de ponctuation, appelés « étoiles », en jettent sur le texte. Ainsi, les savants sont, ici-bas, les colonnes du palais céleste ; et c’est grâce à leur intelligence que les profanes peuvent entrevoir les splendeurs du monde céleste. Le mot « savants » ou « intelligents » (maskilim) exprime aussi l’idée de « bienfaiteurs », ainsi qu’il est écrit : « Heureux l’homme qui a de l’intelligence sur les pauvres. » L’Écriture dit que les savants font luire les splendeurs du ciel, car, sans leur enseignement, aucun œil ne saurait en entrevoir les beautés. L’Écriture ajoute : « Comme la lueur du ciel », c’est-à-dire, comme la lueur du firmament étendu sur ces savants, ainsi qu’il est écrit : « Au-dessus des têtes de la Hayà, on voyait étendu un firmament qui paraissait comme un cristal étincelant et terrible à voir. » La lumière étincelante qu’Ézéchiel a vue dans sa vision sert à éclairer la doctrine ésotérique, et les têtes de la Hayà éclairées sont les savants que le firmament entrevu par Ézéchiel éclaire toujours sans discontinuer.
Il est écrit : « Et la terre était thohou et bohou. » L’Écriture se sert d’un prétérit, « était », pour nous indiquer l’état primitif de la création. À l’état de neige, l’eau est confondue avec l’ordure ; fondue, l’ordure la plus apparente se sépare de l’eau, mais la fonte n’achève pas encore la clarification complète. Ce n’est que sous l’action d’un grand feu que l’ordure se sépare complètement de l’eau. « Thohou » désigne les démons qui constituent l’ordure du monde. « Bohou » désigne la partie pure du monde débarrassée des démons. En disant que la terre était « thohou » et « bohou », l’Écriture nous apprend que, d’abord, la matière créée était à l’état de « thohou », c’est-à-dire que l’esprit du démon était tellement confondu avec la matière qu’ils ne formaient qu’un corps, telle une boule de neige renfermant des ordures.
Ce n’est qu’à la suite que la partie pure de la matière fut détachée des démons. Cet état de la matière est désigné sous le nom de « bohou ». Mais sous l’action de quelle puissance cette clarification s’opéra-t-elle ? L’Écriture répond : « Les ténèbres couvraient l’abîme. » Par le mot « ténèbres », l’Écriture désigne le feu sacré qui, bien que d’origine céleste, n’était que nébuleux et obscurci aux temps primitifs de la création. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Les ténèbres couvraient l’abîme » (thehom) ; le mot (thehom) est composé des lettres formant le mot « thohou », plus la lettre « m » (ovin = vin + û ou d), pour nous indiquer que le feu sacré, mais nébuleux, qui dominait aux temps primitifs de la création, couvrait les démons, désignés par le mot « thohou », aussi bien que la partie pure de la matière, désignée par la lettre « m ». Pour arriver à la clarification complète de la matière, il a fallu que l’Esprit-Saint, qui procède d’Élohim vivant en toute éternité, planât sur la face des eaux. Aussi l’Écriture dit-elle : « Et l’Esprit d’Élohim planait sur la face des eaux. » Après que cet esprit eut soufflé sur le monde, l’esprit des démons se sépara de la matière, semblable à l’écume enlevée à la surface des liquides échauffés. Ainsi, l’esprit du démon a passé par plusieurs phases avant d’être définitivement maîtrisé. D’abord, il se manifestait sous la forme d’un vent terrible qui soufflait autour de la sainteté céleste ; car primitivement il était dépourvu de tout corps et de toute couleur. Au moment de la création, il a été confondu avec la matière ; il la dominait complètement et la faisait trembler sous sa domination. Il a fallu ensuite que le feu sacré, mais nébuleux, se manifestât, pour que, sous son action, l’esprit du démon se détachât de la matière. Mais la purification complète de la matière n’était pas encore faite et l’esprit du démon s’interposait encore entre le ciel et la matière, pour priver l’homme de la vision pure de Dieu. Ce n’est que lorsque l’Esprit-Saint d’Élohim planait sur la face des eaux que l’esprit du démon fut entièrement maîtrisé. Telle est la signification de la vision d’Élie : « En même temps Jéhova passa, et devant Jéhova souffla un vent violent et impétueux, capable de renverser les montagnes et de briser les rochers ; Jéhova n’était point dans ce vent. » Ce vent violent et impétueux désigne l’esprit du démon avant la création. « Après le vent, il se fit un tremblement ; Jéhova n’était point dans ce tremblement. » Ce tremblement désigne l’esprit du démon après la création, confondu avec la matière, où il fit trembler celle-ci sous sa domination. Le monde était alors à l’état de « thohou ». Après le tremblement, il s’alluma un feu ; Jéhova n’était point dans ce feu. Ce feu désigne le feu sacré, mais nébuleux, qui sépara l’esprit du démon de la matière, mais qui n’a pas encore purifié celle-ci d’une manière complète. Ce feu sacré, appelé « ténèbres », transforma le monde de l’état de « thohou » en celui de « bohou ». « Après ce feu, on entendit une voix douce et harmonieuse. Élie, l’ayant entendue, se couvrit le visage de son manteau. » Cette voix douce et harmonieuse désigne l’Esprit-Saint d’Élohim planant sur la face des eaux. Pourquoi sur la face des eaux ? Parce que, quand le monde était à l’état de « bohou », l’esprit du démon ressemblait à ces rochers à fleur d’eau qui, cachés sous les vagues tant que la mer est agitée, reparaissent au-dessus de la surface des eaux aussitôt la mer calmée. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et l’Esprit d’Élohim planait sur la face des eaux », c’est-à-dire, aussitôt que la voix douce et harmonieuse se fit entendre, l’Esprit-Saint d’Élohim plana sur la face des eaux et mit ainsi les rochers dans l’impossibilité de sortir de l’abîme où il les a relégués. Si l’Écriture désigne le feu sacré, mais nébuleux, qui précédait dans le monde l’Esprit-Saint d’Élohim sous le nom de « ténèbres », c’est parce que, parmi les quatre couleurs qu’on distingue dans le feu : le noir, le rouge, le jaune et le blanc, c’est le noir qui domine. L’Écriture désigne ainsi le feu sacré par le mot « ténèbres », d’abord parce que le feu, en raison de la prédominance de sa
couleur noire, est l’image des ténèbres ; et ensuite, pour nous indiquer que le feu sacré ne paraissait nébuleux que parce qu’il couvrait à la fois le pur et l’impur. Tel est aussi le sens des paroles de l’Écriture : « Isaac étant devenu vieux, ses yeux s’obscurcirent, et il appela Ésaü », c’est-à-dire, c’est parce qu’Isaac embrassait de son amour paternel le bien et le mal à la fois — Ésaü étant le symbole du mal — que ses yeux s’obscurcirent et ne furent éclairés que d’une lumière nébuleuse, image des ténèbres. C’est pourquoi également l’Écriture désigne le visage d’un avare par l’expression de « visage ténébreux du méchant ».
Par les paroles : « Et l’Esprit d’Élohim planait sur la face des eaux », l’Écriture désigne cette voix douce et harmonieuse entendue par Élie, ainsi qu’il est écrit : « La voix de Jéhovah se fit entendre sur les eaux » ; cette voix, c’est l’Esprit d’Élohim. Tant que le monde était dans l’état de « thobou », Dieu se manifesta sous l’hypostase Schadaï. Il se manifesta sous l’hypostase Cebaoth lorsque le monde se transforma de l’état de « thohou » en celui de « bohou » ; ce n’est que quand les ténèbres disparurent complètement que Dieu se manifesta sous l’hypostase d’Élohim ; et ce n’est que quand la voix douce et harmonieuse se fit entendre que le nom Jéhovah fut complet. C’est pourquoi, dans la vision d’Élie, l’Écriture dit : « Jéhovah n’était point dans le tremblement » ; c’était Schadaï. « Jéhovah n’était point dans le feu » ; c’était Cebaoth. Mais après le feu nébuleux, image des ténèbres, Dieu se manifesta sous l’hypostase Élohim ; et c’est alors seulement que la voix douce et harmonieuse, qui est l’Esprit d’Élohim, se fit entendre, et que le nom Jéhovah fut complet. Le nom Jéhovah est formé de quatre lettres qui sont en quelque sorte pour l’essence divine ce que les membres sont pour le corps humain. Mais, étant donné le nombre de trois hypostases, ces quatre lettres sont douze. C’est donc le nom sacré de douze lettres qui a été dévoilé à Élie dans la caverne.
Il est écrit : « Et Élohim dit : Que la lumière soit faite. » À partir de ce verset, l’Écriture expose en détail les mystères de la création, qui n’ont été qu’indiqués d’une manière générale dans les versets précédents. L’Écriture commence par indiquer la création d’une façon générale ; ensuite, elle expose les œuvres de la création en détail ; et, à la fin, elle indique la création d’une manière générale. Cette spécification des œuvres de la création précédée et suivie d’une généralisation a pour but de faire au récit de la création l’application de la règle herméneutique qui veut que, chaque fois que l’on trouve dans l’Écriture une espèce précédée et suivie d’un genre (c’est-à-dire que l’Écriture indique quelque chose de façon générale, qu’elle spécifie après et qu’elle généralise de nouveau à la fin), ce soit l’espèce qui détermine le genre. La création s’opéra par la volonté du mystérieux Infini. Ce n’est que pour la création des œuvres en détail qu’est prononcé le mot « parole » pour la première fois, ainsi qu’il est écrit : « Et Élohim dit : Que la lumière soit. » Donc, le Verbe n’apparaît que pour la création des détails, alors que la création de la matière générale fut opérée avant la manifestation du Verbe. C’est pourquoi on ne trouve pas dans les deux premiers versets de la Genèse, où est exposée la création de la matière en général, le mot « Vayomer », « dit ». Bien que les mots « Bereschith bara Élohim » signifient : « Par le Verbe Élohim créa les cieux et la terre », on ne doit point conclure de ce que la matière a été créée par le Verbe que celui-ci se fût déjà manifesté avant la création. Certes, il existe de toute éternité, mais il ne se manifesta pour la première fois que quand la matière eut été créée. Avant, le mystérieux Infini manifestait son omnipotence et son immense bonté à l’aide de la mystérieuse Pensée, même essence que le mystérieux Verbe, mais silencieuse. Le Verbe, manifesté à l’époque de la création de la matière, existait avant sous forme de Pensée ; car, si la parole est capable d’exprimer tout ce qui est matériel, elle est impuissante à manifester l’immatélu
C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et Élohim dit » (va-yomer Élohim), c’est-à-dire Élohim se manifesta sous la forme du Verbe ; cette semence divine, par laquelle la création a été opérée, venait de germer, et, en se transformant de Pensée en Verbe, elle fit entendre un bruit qui s’entendit au dehors. L’Écriture ajoute : « Que la lumière soit » (yehi or) ; car toute lumière procède du mystère du Verbe. Le mot « yehi » se compose de trois lettres : un yod au commencement et à la fin et un Hé au milieu. Ce mot est le symbole du Père et de la Mère célestes, désignés par les lettres Yod et Hé, et de la troisième essence divine qui procède des deux précédentes et qui est désignée par le dernier yod du mot « yehi », lettre identique à la première, pour nous indiquer que toutes les trois hypostases ne sont qu’une. Le Père, désigné par le premier Yod, est le dispensateur de toutes les lumières célestes. Lorsque la matérialisation du vide fut opérée par le son du Verbe, désigné par le Hé, la lumière céleste se cacha, étant incompatible avec la matière. Le Verbe, par le son duquel la création de la matière eut lieu, n’était pas encore articulé, puisqu’il ne s’est manifesté que pour la création des œuvres diverses énoncées dans l’Écriture. Quand le Verbe se manifesta, il s’unit au Père pour la dispensation de la lumière qui, incompatible avec la matière tant qu’elle procédait du Père seulement, devint accessible à la matière dès qu’elle procéda du Père et du Verbe. Le premier Yod du mot « yehi » désigne le Père ; le dernier Yod désigne la lumière céleste ; ce yod fut placé après le Hé, parce que, pour que la lumière céleste qu’il désigne devînt accessible à la matière, il a fallu qu’elle procédât du Père et du Verbe : du premier Yod et du Hé. Comme les trois points-voyelles désignent également les trois hypostases divines : le Holem, désignant le Père, le Soureq, le Verbe, et le Hireq, la Lumière céleste, il s’ensuit que cette dernière hypostase procède des deux premières avec lesquelles elle ne forme qu’une. C’est pourquoi le mot « or » est pourvu du point-voyelle Holem, point suspendu au-dessus de la lettre sans la toucher, afin de nous indiquer que, la lumière procédant du Père symbolisé par le point-voyelle Holem, ayant été inaccessible à la matière, il a fallu qu’elle procédât du Père et du Verbe. Avant la manifestation du Verbe, la lumière procédant du Père a formé sept lettres ; mais ces lettres étaient inaccessibles à la matière. Lorsque le feu sacré, mais nébuleux, parut, pour transformer la matière de l’état de « tholiou » en celui de « bohou », sept autres lettres furent formées qui, constituées de lumière pure comme les précédentes, demeuraient, elles aussi, inaccessibles à la matière. Ce n’est que quand le Verbe se manifesta que les huit autres lettres de l’alphabet furent formées. C’est le Verbe qui a rendu les lettres accessibles à la matière en faisant disparaître la barrière qui séparait celle-ci de la lumière céleste. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et Élohim dit : Que le firmament soit fait, et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux », c’est-à-dire qu’une limite soit faite entre la lumière régnant en haut et celle d’en bas. Car, en rendant la lumière céleste accessible à la matière, le Verbe, qui est désigné par le mot Élohim, n’a pas rendu la matière susceptible de toute la lumière céleste ; il lui a assigné certaines limites. Le firmament qu’Élohim forma entre la matière et la lumière céleste sert de limite entre l’une et l’autre : la matière peut y monter et la lumière céleste peut descendre jusque-là. Mais, en même temps que limite, le firmament sert de trait d’union entre l’une et l’autre ; et c’est grâce à ce trait d’union que l’une et l’autre sont unies en Élohim. Comme « El » est devenu « Élohim », il en résulte une transposition pour la lumière céleste et la matière. La première se trouvait d’abord à la droite d’« El », et la seconde à sa gauche. Mais, dès qu’« El » est devenu « Élohim », c’est la matière qui est à sa droite et la lumière céleste à sa gauche. Telle est la signification des paroles de l’Écriture : « Et Élohim vit que la lumière était bonne ; et il sépara la lumière d’avec les ténèbres. » L’hypostase qui forme dans l’essence divine la Colonne du milieu est bonne, parce qu’elle sert de trait d’union entre le monde supérieur et le monde d’ici-bas, et rend ainsi le nom de Jéhovah complet. En donnant aux ténèbres de la matière la faculté de se transformer en lumière jusqu’à une certaine limite, et en traçant cette même limite à la lumière céleste, jusqu’à laquelle celle-ci peut descendre, Élohim a formé ainsi le trait d’union entre le ciel et la terre.
Il est écrit : « Et Élohim appela la lumière jour. » Pourquoi l’Écriture se sert-elle du terme « appeler » ? Élohim fit venir, c’est-à-dire fit sortir cette lumière parfaite qui se dégage de l’hypostase du milieu, hypostase qui constitue la base du monde et sur laquelle sont fondés tous les mondes. C’est de cette lumière parfaite émanant de la Colonne du milieu qu’est fait le fondement de Celui qui vit en toute éternité ; cette lumière constitue le « jour » du côté droit. L’Écriture ajoute : « Et il appela l’obscurité nuit. » Il fit venir, c’est-à-dire fit sortir du côté de l’obscurité une lumière passive, telle la lumière de la lune visible pendant la nuit ; cette lumière passive est appelée « nuit ». Ce mystère est renfermé dans les mots : « Mon maître, maître de toute la terre. » La lumière de la Colonne du côté droit rentre dans la Colonne parfaite du milieu ; la lumière passive de la Colonne du côté gauche se concentre également dans la Colonne du milieu ; c’est ainsi que la lumière passive du côté gauche vient en contact, dans la Colonne du milieu, avec la lumière émanant du Point suprême ; et, ces deux lumières unies, le Verbe en sort. Tel est le mystère symbolisé par les trois points-voyelles : Holem (•), Shoureq (•••) et Hireq (.). Le Point du milieu constitue la semence sacrée, sans laquelle la fécondité ne serait pas possible. Ainsi, par l’union de la lumière active du côté droit avec la lumière passive du côté gauche, union qui s’opère dans la Colonne du milieu, apparaît la base du monde, qui est appelée « Tout », parce qu’elle unit toutes les lumières, celles du côté droit avec celles du côté gauche. La lumière du côté gauche est faite de reflets, et c’est de pareille nature qu’est faite la lumière passive de la lune ; cette lumière est appelée obscurité parce qu’elle vient d’un corps obscur. Ainsi les deux lumières de l’essence divine ont ceci de particulier que l’une, la lumière active, est mâle, et l’autre, la lumière passive, est femelle. Et lorsque, unie dans la Colonne du milieu, la lumière mâle comble de son excédent d’activité la lacune formée par la passivité de la lumière femelle, l’équilibre s’établit ; et, toutes les fois que l’équilibre s’établit entre activité et passivité, cet équilibre fait les délices et de l’être qui donne son excédent, et de l’être qui le reçoit pour combler son passif ; et de ces délices naît un troisième être. De même l’union des deux lumières célestes a provoqué une joie immense ; et de cette joie immense émana une troisième lumière formant la base des mondes et appelée « Augmentation » (Moussaph). C’est de cette dernière lumière qu’émanent toutes les puissances inférieures, tous les esprits et toutes les âmes saintes. C’est ce mystère qui est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Jéhovah Çebaoth, Dieu et maître des esprits, maître de toute la terre. » Le jour et la nuit sont l’image des lumières célestes. Tant que la lumière domine, l’obscurité qui est passive se tient à l’écart. Mais lorsque, à la fin du jour, la lumière, affaiblie, s’unit à l’obscurité dans le crépuscule, l’équilibre étant établi, la nuit prend la place du jour. C’est donc de l’union entre le jour et la nuit, dans le crépuscule qui constitue la semence, qu’est né le lendemain ; sans nuit, il n’y aurait pas de lendemain. La seule différence entre les parties du jour et les lumières célestes est celle-ci : alors que les parties du jour arrivent successivement, le crépuscule succède au jour, et la nuit au crépuscule ; les trois lumières célestes se manifestent simultanément. Mais comme il faut, pour provoquer la fécondité, que la contribution du mâle excède celle de la femelle, Élohim, qui forme la Colonne du milieu, est de la même essence que la lumière active du côté droit et la lumière passive du côté gauche, mais il participe plus de la première que de la seconde. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et Élohim appela », c’est-à-dire, il fit venir d’un côté la lumière symbolisée par le jour, c’est-à-dire la lumière active du côté droit, et il appela, c’est-à-dire il fit venir de l’autre côté l’obscurité, c’est-à-dire la lumière passive appelée « obscurité », symbolisée par la nuit, c’est-à-dire Élohim forma la Colonne du milieu dans laquelle furent unies la lumière du côté droit avec celle du côté gauche. Mais comme Élohim participe davantage de la lumière du côté droit, l’Écriture emploie le mot « Vaïkra » et il appela pour exprimer l’appel qu’Élohim fit au jour, alors qu’elle se sert d’un mot qui compte deux lettres de moins, c’est-à-dire du mot « Qara », pour exprimer l’appel qu’Élohim fit à la nuit. C’est dans ce mystère que se trouve la raison des soixante-douze lettres sacrées gravées dans la couronne supérieure.
Il est écrit : « Et Élohim dit : Que le firmament soit au milieu des eaux, et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux. » Ici, l’Écriture expose la création d’une façon détaillée, pour donner lieu à la règle herméneutique concernant l’espèce précédée et suivie du genre. Le mystère de la séparation des eaux s’explique de cette façon : la discorde venait du côté gauche ; car, tant qu’il n’y avait que le côté droit, la discorde était impossible. Mais aussitôt que, par la mise en relief du milieu, deux côtés furent formés, un droit et un gauche, c’est ce dernier qui donne lieu à la discorde et c’est de lui qu’émane l’enfer (le Gehinom). Dans sa sagesse, Moïse a déjà vu cette discorde en étudiant l’œuvre de la création. Dans l’œuvre de la création, il y avait une discorde entre le côté gauche et le côté droit ; et c’est le côté gauche qui l’a provoquée. C’est de cette discorde qu’est né l’enfer. Alors la colonne du milieu, symbolisée par le troisième jour de la création, s’interposa entre le côté droit et le côté gauche, fit disparaître la discorde et unit les deux parties adverses. L’enfer descendit en bas, et le côté gauche se confondit avec le côté droit, et la paix parfaite fut ainsi accomplie. La querelle que, au moment de la création, le côté gauche cherchait au côté droit, a été imitée dans la querelle que Coré chercha à Aaron. Ayant pénétré le mystère de la création, Moïse se dit : Il me convient de faire disparaître la discorde entre le côté droit et le côté gauche en imitant le procédé observé au moment de la création, c’est-à-dire en s’interposant entre les parties adverses. Mais lorsque, rencontrant une résistance opiniâtre du côté gauche, Moïse n’eut pu y parvenir, il se dit : Il est certain que la querelle que Coré cherchait à Aaron n’est pas de la nature de celle que, au moment de la création, le côté gauche cherchait au côté droit. Aussi, le côté de Coré, destiné à retomber en bas dans l’enfer, lieu de discordes, ne pouvait-il jamais être uni au côté droit. En se refusant à la paix proposée par Moïse, Coré a prouvé que sa querelle n’avait point pour but de contribuer à la gloire du ciel ; il se révoltait, au contraire, contre l’autorité du ciel, et de cette façon niait la paix qui, au moment de la création, a été faite entre le côté gauche et le côté droit par la Colonne du milieu interposée entre les parties adverses. C’est en voyant que Coré niait ce mystère de la création que Moïse entra en colère, ainsi qu’il est écrit : « Moïse entra dans une grande colère. » Il entra en colère pour ne pas avoir pu parvenir à apaiser la querelle, mais aussi à cause de la négation du mystère de la création manifestée par Coré. C’est pourquoi l’Écriture ajoute le mot « grande » pour indiquer que la colère de Moïse avait deux causes. Car Coré a tout nié et la paix d’en haut et la paix d’en bas, ainsi qu’il est écrit : « Lorsqu’ils se révoltèrent contre le Seigneur. » C’est précisément parce que Coré niait et la paix d’en bas et la paix d’en haut qu’il persista dans sa querelle. La querelle de Schamaï et de Hillel avait pour but la gloire du ciel et ressemblait à la querelle que, au moment de la création, le côté gauche cherchait au côté droit. Aussi le Saint, béni soit-il, approuva-t-il leur dispute, ce qui amena la paix entre eux. C’est pourquoi également leurs œuvres leur ont survécu, de même que l’œuvre de la création. Mais Coré se révoltait contre le ciel même en prétendant que la paix entre le côté gauche et le côté droit n’a jamais été faite, et que le côté de l’enfer est aussi puissant que le côté droit ; c’est pourquoi, s’attachant au côté gauche, il tomba dans l’enfer.
Le mystère suivant se trouve dans le livre d’Adam : Lorsque la lumière passive du côté gauche, désignée dans l’Écriture par le mot « obscurité », s’unit à la lumière active du côté droit, dans la Colonne du milieu, de nombreuses légions célestes, croyant à un antagonisme entre une lumière et l’autre, se déclarèrent pour la lumière du côté gauche et s’apprêtèrent à se révolter contre la lumière du côté droit. Lorsque la Colonne du milieu rendait manifeste l’unité parfaite de Dieu, les bonnes légions abandonnèrent la lutte et se soumirent. Mais les mauvaises légions persistèrent dans leur querelle et donnèrent naissance à l’enfer. Comme la querelle existait primitivement, même chez les bonnes légions célestes, la discorde fut introduite dans le monde. Mais comme,
d’autre part, la querelle primitive des bonnes légions n’était inspirée par aucun sentiment de révolte, celle qu’elle a introduite dans le monde lui ressemble, en ce sens qu’elle n’a pour but que la gloire du ciel et que, par conséquent, elle finit toujours par disparaître, à l’exemple de celle des légions célestes qui la fait naître. Mais il y a dans le monde un autre genre de querelle à laquelle donna naissance la révolte des mauvaises légions célestes, qui persistèrent dans leur querelle malgré l’évidence. Cette querelle ressemble également à celle des légions célestes qui la fait naître, en ce sens qu’elle est en révolte contre le ciel et que, par conséquent, elle ne disparaîtra jamais. C’est par ces deux genres de discordes que les justes sont distingués des méchants ; la discorde entre les justes est toujours de la première catégorie, et celle des méchants de la seconde. La querelle de Coré a été inspirée par la colère, et elle finit par le conduire à l’enfer ; alors que la querelle entre Schammaï et Hillel avait pour raison la gloire du ciel, et elle finit par disparaître. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et Élohim fit le firmament, et il sépara les eaux qui étaient sous le firmament d’avec celles qui étaient au-dessous du firmament », c’est-à-dire, il sépara la discorde à laquelle donnèrent lieu les légions célestes restées en haut, de la discorde qu’ont introduite dans le monde les mauvaises légions célestes rejetées dans l’abîme, ou, en d’autres termes, entre la querelle motivée par l’amour de Dieu, telle que la querelle entre Schammaï et Hillel, et la querelle inspirée par l’orgueil et la colère, telle que la querelle de Coré. Ce dernier genre de querelle émane toujours du côté gauche.
Ici, l’Écriture se sert du mot « sépara » dans « et il sépara les eaux », etc., et pour la querelle de Coré l’Écriture emploie également le mot « séparés » dans « est-ce peu de chose pour vous que le Dieu d’Israël vous ait séparés de tout le peuple », et ailleurs l’Écriture dit : « À cette époque Dieu sépara la tribu de Lévi. » L’Écriture nous indique ainsi que la querelle vient toujours du côté gauche, de même que le mot exprimant la « Séparation » n’est mentionné dans la Genèse qu’à propos de la création du second jour, symbole du côté gauche. On pourrait se demander : puisque la séparation est née au deuxième jour de la création, symbole du côté gauche, comment se fait-il que ce soit la tribu de Lévi, qui est la troisième, qui ait provoqué la querelle ? Ce devrait être plutôt la tribu de Siméon qui est la seconde ? Mais la vérité, c’est que la tribu de Lévi, bien qu’en réalité la troisième, n’était aux yeux de Jacob que la deuxième. La formule liturgique de la « séparation » qu’on récite à la fin du Sabbat a pour but de séparer l’esprit qui domine pendant les jours ouvrables de l’esprit qui règne le jour du Sabbat. À la fin du Sabbat, une partie des mauvais esprits quitte l’enfer avec le désir de s’emparer des Israélites. Mais au moment où ces derniers récitent le verset : « Et que l’œuvre de nos mains soit affermie par toi-même », le mauvais esprit du côté gauche se sépare d’eux ; et lorsque, tenant en main le myrte et la coupe de vin, les Israélites récitent la formule liturgique de « Séparation », le mauvais esprit du côté gauche s’enfuit et retourne au « Scheol », sa demeure, qui est également la demeure de Coré et de ses complices, ainsi qu’il est écrit : « Ils descendirent tout vivants, eux et tous les leurs, dans le Scheol. » De même que la descente de Coré dans le Scheol n’a pas eu lieu avant la séparation des Israélites, ainsi qu’il est écrit : « Retirez-vous des tentes de ces hommes impies », de même la descente des
anges révoltés contre leur Maître s'opère après que les Israélites ont prononcé à la fin du Sabbat la formule liturgique de la « Séparation » ; car le Scheol supérieur, où sont éternellement brûlés les anges révoltés, ressemble au Scheol inférieur où descendit Coré ; le Scheol d’en bas étant fait d’après le modèle de celui d’en haut. L’Écriture dit : « Que le firmament soit fait au milieu des eaux. » Le mot « Élohim » est composé de « El » et « haïam », ce qui signifie « Dieu » et « mer ». Comme le mot « haïam » est constitué des mêmes lettres que le mot « yamah », l’Écriture nous indique par là que toute querelle, qui est symbolisée par la mer, vient de Dieu quand elle a pour but la gloire du ciel ; car « El » étant mêlé à « haïam », on obtient « Élohim » ; mais lorsque la gloire de Dieu n’a aucune part à la querelle, « El » se détache d’« Élohim », et il ne reste que « yamah », qui désigne le grand océan dont l’abîme cache le Scheol, séjour des mauvais esprits. Lorsque la séparation des eaux a eu lieu, la querelle a cessé ; car, en s’interposant entre elles, Élohim leur sert de trait d’union. Les eaux d’en haut forment la partie mâle ; celles d’en bas, la partie femelle. Les premières sont appelées « Élohim » ; les secondes, « Adonaï » ; les premières sont symbolisées par la première lettre « Hé » du nom sacré Jéhovah, et les secondes par la seconde lettre « Hé ». Pour que l’union fût faite entre les eaux d’en haut appelées du nom d’« Élohim » et celles d’en bas appelées du nom d’« Adonaï », Élohim s’interposa entre les eaux mâles et les eaux femelles et s’en constitua le trait d’union. Bien que cette interposition ait eu lieu le deuxième jour de la création, la discorde ne cessa qu’au troisième jour. Et c’est parce que la discorde existait encore pendant le deuxième jour de la création qu’en ce jour l’Écriture ne dit pas : « Et Dieu vit que cela était bon », comme c’est le cas pour tous les autres jours de la création. Comme ce n’est qu’au troisième jour que l’œuvre du deuxième, c’est-à-dire la cessation complète de la discorde, a été achevée, le mot « bon » n’est employé qu’au troisième jour, où, la lettre « Vav » s’étant interposée entre les deux lettres « Hé » du nom sacré de Jéhovah, l’union du nom sacré et gravé est devenue parfaite. Cette interposition d’Élohim entre les eaux d’en haut et celles d’en bas est symbolisée par la séparation de l’eau du Jourdain, dont « les eaux qui venaient d’en haut s’arrêtèrent en un même lieu, alors que celles d’en bas s’écoulèrent dans la mer, pour livrer, au milieu, passage aux Israélites ». Pour indiquer la séparation des eaux, l’Écriture répète cinq fois le mot « firmament », parce que Celui qui vit en toute éternité les parcourt et les dirige ; car si la Colonne du milieu ne s’était pas interposée entre elles, l’union, et partant la fécondité, des eaux d’en haut et de celles d’en bas n’auraient jamais pu avoir lieu. Or, le temps nécessaire pour rendre cette union féconde est de cinq cents ans, pendant lesquels les eaux d’en haut et celles d’en bas doivent rester attachées à l’arbre de vie qui leur sert de trait d’union. Toutes les eaux de la création ont pris le cours et les directions qui leur ont été tracées par l’arbre de la vie. Avant de procéder au partage des eaux, il a fallu d’abord les unir, puisqu’on ne partage qu’une chose unie ; de même que David réunit d’abord toutes les provisions entre ses mains, et ne procéda au partage qu’ensuite, ainsi qu’il est écrit : « Et il partagea parmi toute cette troupe d’Israélites », etc., et ailleurs : « Lorsque vous la leur donnez, elles la recueillent », et enfin il est écrit : « Elle se lève pendant la nuit et partage le butin entre les membres de sa maisonnée. » Lorsqu’une querelle émanant du côté gauche se produit dans le monde, la rigueur céleste se fait sentir dans le monde ; et les eaux du côté gauche, se transformant en un élément sec, dépourvu de toute humidité, donnent naissance à deux esprits démoniaques, un mâle et une femelle, qui engendrent des légions de démons pour entourer les fauteurs de cette mauvaise querelle.
Ces deux démons sont symbolisés par le prépuce qu’il faut retrancher par la circoncision. L’un de ces esprits est appelé « Épheh » (Vipère), l’autre « Nahasch » (Serpent) ; tous les deux ne forment qu’un. Après son union avec Nahasch, Épheh met bas sa descendance au bout de sept ans de gestation. Ici est également le mystère des sept noms que porte l’enfer ainsi que l’Esprit tentateur. Ainsi, tout ce qui émane du côté gauche est un mélange de bien et de mal ; pour que le bien soit pur, sans aucun alliage de mal, il faut qu’il émane du côté qui constitue la base du monde, du nom gravé de dix-huit lettres, dont émanent la rosée de la grâce et toutes les bénédictions de ce monde.
Il est écrit : « Et Élohim dit : Que les eaux qui sont sous le ciel se rassemblent en un seul lieu. » Pour exprimer l’idée de rassemblement, l’Écriture emploie le mot « iqavvou », qui veut également dire : « soient tracées au cordeau ». Par le mot « les eaux », l’Écriture désigne les degrés séphirothiques qui mènent au palais supérieur où réside le Point suprême renfermant en lui le mâle et la femelle. Et qui est-ce ? C’est Celui qui vit en toute éternité. L’Écriture parle des eaux au-dessous du ciel, ce qui désigne les degrés séphirothiques qui émanent de la seconde lettre « Hé » du nom sacré de Jéhovah. Et comme, pour arriver jusqu’au Point suprême, il faut passer par les degrés séphirothiques émanant de la première lettre « Hé » aussi bien que de la seconde, l’Écriture se sert du mot « iqavvou », qui renferme deux lettres « Vav » pour correspondre aux degrés séphirothiques de la première et de la seconde lettre « Hé ». Le sens de l’Écriture est donc celui-ci : Quand les degrés séphirothiques auront été tracés au cordeau, c’est-à-dire lorsqu’ils auront été suivis dans l’ordre établi, le point suprême caché à tous les regards sera entrevu ; c’est ce que l’Écriture entend par l’expression « à un seul lieu », c’est-à-dire en suivant les degrés séphirothiques, on arrive à cet endroit suprême où tout est uni et, partant, où tout n’est qu’Un.
Il est écrit : « En ce jour-là le Seigneur sera “Un”, et son nom sera “Un”. » L’Écriture parle de deux unités, l’une en haut et l’autre en bas. En haut, l’unité de Celui qui vit en toute éternité est manifeste, puisque c’est là qu’est concentré tout ce qui existe en haut et en bas. Mais comme l’essence divine n’est visible qu’à travers les degrés séphirothiques, l’esprit peut être égaré par la variété des Séphiroth et croire à une séparation quelconque dans l’essence suprême. Mais cette erreur ne peut se produire qu’autant que le degré suprême des Séphiroth demeure caché ici-bas ; car, aussitôt que ce degré sera dévoilé, l’unité de l’essence divine sera aussi manifeste en bas qu’en haut. Tel est le sens de l’Écriture : « En ce jour-là le Seigneur sera Un et son nom sera Un », c’est-à-dire l’essence divine sera aussi manifestement Un en bas qu’elle l’est en haut. Tel est également le sens de l’Écriture : « et j’ai vu le Seigneur », et ailleurs : « et ils voient le Dieu d’Israël », et ailleurs : « la gloire du Seigneur parut », et ailleurs : « la gloire du Seigneur apparut à tous », et encore : « et comme l’arc-en-ciel dans une nuée en un jour de pluie, telle est la lumière qui brille tout autour de la gloire du Seigneur », c’est-à-dire, de même que la lumière de l’arc-en-ciel n’est qu’en apparence composée de diverses couleurs, de même la lumière des degrés séphirothiques qui entoure le Point suprême est unique. Tel est le mystère des paroles de l’Écriture : « et que le sol paraisse » ; par le mot le « sol » (Yabascha), on entend Celui qui vit en toute éternité.
L’Écriture dit : « J’ai mis mon arc dans les nuées. » Par le terme « arc », l’Écriture désigne le degré séphirothique « Malcouth ». « J’ai mis mon arc », c’est-à-dire je l’ai mis dès la création du monde. En un jour nuageux où paraît l’arc-en-ciel, le côté gauche s’apprête à la révolte. Alors apparaît la Gloire de Dieu. Mais le côté gauche persistant dans son désir de prééminence, il lui arrive ce que dit l’Écriture : « Et Rachel eut grande peine à accoucher. » L’ange Michaël se tient d’un côté du degré séphirothique suprême, l’ange Raphaël d’un autre côté et l’ange Gabriel d’un troisième côté. De là viennent les trois couleurs principales qu’on distingue dans l’arc-en-ciel : le blanc, le rouge et le vert. De même que la pupille est entourée de cercles de diverses couleurs, de même l’image de la
ZOHAR, I. — 18 b
Gloire de Dieu est entourée des dites trois couleurs principales, qui ne sont que le reflet de l’unique Lumière suprême désignée par les mots : « Jéhovah Élohénou Jéhovah. » Ces trois degrés supérieurs de lumière sont cachés et invisibles et ne forment qu’une unité en haut. Les dites trois couleurs principales de l’arc-en-ciel symbolisent, par leur diversité malgré leur unité, l’unité de la Lumière suprême ; le blanc, le rouge et le vert correspondent aux trois degrés mystérieux de la Lumière suprême. L’unité de ces trois degrés en bas est renfermée dans le verset : « Béni soit le nom de son règne glorieux en toute éternité », alors que l’unité de ces trois degrés en haut est renfermée dans le verset : « Écoute, Israël, Jéhovah, Élohénou, Jéhovah est Un. » L’Unité en bas est formulée d’après le modèle d’en haut. C’est pourquoi l’Écriture se sert du mot « iqqavou » qui dérive du mot « qav », désignant le cordeau, pour indiquer la symétrie qui existe entre l’union en bas et celle en haut. Le verset renfermant l’unité en haut est composé de six mots, et le verset renfermant l’unité en bas est également composé de six mots. C’est là que l’on aperçoit le cordeau de la lumière transparente, ainsi qu’il est écrit : « Qui a mesuré les eaux dans le creux de sa main. » Tel est le sens des mots : « Que les eaux soient tracées » (Iqqavou ha-maïm). Ici est exprimé le mystère du cordeau du Créateur des mondes : « Yod, lié, Vav, Hé ; Qadosch, Qadosch, Qadosch. » Tel est le sens des mots : « Que les eaux soient tracées », c’est-à-dire que les noms « Jéhovah » et « Çebaoth » soient unis dans le mystère renfermé dans le nom précité ; alors « toute la terre sera remplie de la gloire de Dieu ». C’est alors également que « le sol apparaîtra », c’est-à-dire le mystère gravé dans le nom exprimant l’unité : « Couzou bemoucsaz couzou. »
L’Écriture dit ensuite : « Que la terre produise du gazon et de l’herbe, etc. » Après que les eaux célestes furent rassemblées en
un seul lieu, une lumière éclatante en jaillit qui donna naissance à de nombreuses légions sacrées qui composent l’armée des enfants fidèles, créés dans le but d’accomplir fidèlement les missions de leur Maître. Ce mystère est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « Il produit le foin pour les bêtes. » (Behèma.) C’est « Behèma » qui est accroupi sur mille montagnes et à l’intention de qui le foin pousse tous les jours. Par le mot « foin » (hacir) sont désignés les anges créés le deuxième jour de la création, qui n’ont été créés que pour une mission déterminée et qui sont destinés à la nourriture de ce « Behèma », car le feu consume le feu. Les mots : « Et l’herbe pour servir à l’ouvrage de l’homme » désignent les anges appelés « Ophanim, Hayoth et Cheroubim », qui ont pour mission de faire parvenir à leur Maître les œuvres des hommes, tels que les sacrifices et les prières, car ce sont ces œuvres que l’Écriture entend par les mots : « L’ouvrage de l’homme. » Ces anges appelés « herbe » ont également pour mission de procurer aux hommes dont les œuvres ont été agréées ce dont ils ont besoin ; car ce sont ces anges qui font parvenir au monde la nourriture et tous les moyens d’existence, ainsi qu’il est écrit : « Pour faire sortir le pain de la terre. » Tel est le sens des paroles de l’Écriture : « De l’herbe qui porte de la semence. » L’Écriture ne parle pas de « foin » (hacir) qui porte de la semence, parce que les anges appelés « foin » (hacir) ou « gazon » (desché) sont destinés à être consumés par le feu sacré, alors que les anges appelés « herbe » (éseb) sont créés pour l’utilité du monde. C’est pourquoi l’Écriture dit de l’herbe seule « qu’elle porte de la semence ». Tous ces anges ont reçu mission de leur Maître de donner en abondance aux hommes les moyens d’existence en ce monde, et de faire en sorte qu’ils soient bénis des bénédictions d’en haut.
L’Écriture dit : « Les arbres fruitiers qui portent du fruit... » La répétition du mot « fruit » indique le mâle et la femelle. De même qu’un arbre fruitier est fécondé par un arbre fruitier, de même la femelle est fécondée par le mâle. Qui sont ces mâles et femelles parmi les anges ? Ce sont les anges appelés « Cheroubim » et « Thimroth ». Que signifie Thimroth ? Ce sont les anges qui montent dans la fumée des sacrifices ; c’est pourquoi ils sont appelés « Thimroth aschan » (colonnes de fumée). Ces anges sont utiles à l’homme. Il n’en est pas de même des anges appelés « foin » (hacir), qui sont destinés à être consumés, ainsi qu’il est écrit : « Voici le Behèmoth que j’ai fait avec toi ; il mangera le hacir comme le bœuf. » L’Écriture dit : « Des arbres fruitiers qui portent des fruits », c’est-à-dire des anges aux figures de mâles et de femelles. Bien que les figures des anges ressemblent à celle de l’homme, elles ne sont pas toutes semblables ; ainsi, les anges susnommés ont de grandes figures pourvues de barbes, alors que les « Cheroubim » ont de petites figures d’enfants. L’Écriture dit : « Ils avaient la figure d’un homme », c’est-à-dire la figure d’un homme adulte, qui est la synthèse de toutes les figures, puisqu’elle porte l’empreinte du saint Nom, gravé en quatre lettres correspondant aux quatre points cardinaux du monde : Est, Ouest, Sud et Nord. L’ange Michel se tient au Nord, et toutes les faces des anges sont tournées vers lui. L’Écriture dit que les anges avaient des figures d’homme, des figures de lion, des figures de bœuf et des figures d’aigle. Par le terme « figures d’homme », l’Écriture entend les figures du mâle et de la femelle ensemble ; car, sans cette union, le nom d’« homme » ne s’applique pas à un individu. C’est également la figure d’homme, composée de mâle et femelle, qui est gravée sur le char de Dieu, environné de plusieurs fois dix mille anges, ainsi qu’il est écrit : « Le char de Dieu est environné de plusieurs fois dix mille anges (schinan). » Par le mot « schinan » l’Écriture désigne les quatre figures des anges : la première lettre du mot forme l’initiale du mot « schor » (figure de bœuf) ; la seconde lettre forme l’initiale du mot « néscher » (figure d’aigle) ; la troisième lettre forme l’initiale

Source Sepher ha-Zohar, tome I, trad. Jean de Pauly (1906), archive.org SepherHaZoharLeLivre1 (OCR corrigé) · Sommaire