Judaïsme

Zohar I, Préliminaires (fol. 12b-14b)

Le dixième commandement est de porter des phylactères et de reproduire ainsi l’image céleste, car « Dieu créa l’homme à son image ». Rabbi Siméon continua : Il est écrit : « Ta tête est comme le Carmel. » Ce verset a déjà été interprété d’une certaine façon ; mais il a encore un autre sens. « Ta tête est comme le Carmel » désigne le phylactère de la tête qui présente l’image de la tête céleste, c’est-à-dire du nom sacré du Roi céleste : Jéhova (יהוה). Chacune de ces lettres du nom sacré est représentée, dans le phylactère de la tête, par une section biblique. Les quatre sections bibliques renfermées dans les quatre compartiments du phylactère de la tête sont les commentaires des quatre lettres du nom sacré, dans l’ordre où elles se suivent. C’est pourquoi la tradition nous apprend que les paroles de l’Écriture : « Tous les peuples de la terre verront que tu portes le nom du Seigneur, et ils te craindront » désignent le phylactère de la tête, parce que les sections renfermées dans ce phylactère sont les commentaires des quatre lettres du nom divin. La première section : « Sanctifiez-moi tout aîné qui ouvre le sein » est le commentaire de la lettre Yod (י), l’aînée de toutes les saintetés célestes. Cette lettre ouvre le sein de la seconde lettre pour provoquer la fécondité. La lettre Yod est pourvue à sa base d’un délié qui symbolise l’ouverture du sein. C’est cette lettre qui constitue la première des saintetés. La seconde section : « Et lorsque le Seigneur vous aura fait entrer » est le commentaire de la lettre Hé (ה), dont le sein s’ouvre par Yod. C’est par cinquante ouvertures des palais célestes et mystérieux que le Verbe de Yod pénètre à Hé pour faire entendre la voix du cor (Schophar). Le Schophar (cor) est fermé de tous côtés ; et le Yod vient l’ouvrir pour faire entendre le son, signe de la liberté, qui annonce l’affranchissement des esclaves. C’est par le son du Schophar que les Israélites sont sortis de l’Égypte ; et c’est aussi au son du Schophar que se fera la délivrance, à la fin des jours. Toute délivrance est annoncée par le Schophar. Et c’est pourquoi il est question, dans la seconde section, de la sortie d’Égypte qui s’est opérée au son du Schophar. Telle est l’interprétation de Hé, seconde lettre du nom sacré. La troisième
La section renfermant le mystère de l’Unité : « Écoutez, Israël, le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est un », est le commentaire de la lettre Vav. Celle-ci procède des deux précédentes qu’elle unit ; elle en forme le trait d’union. La quatrième section est : « Si vous obéissez aux commandements. » Cette section, renfermant des paroles de deux natures différentes : paroles de consolation et paroles d’avertissements comminatoires, se rapporte à la communauté d’Israël, auquel est confié tout pouvoir en ce bas monde, et qui est désigné par le Hé final, quatrième lettre du nom sacré, qui contient les lettres précédentes et est formée par elles. Ainsi, les phylactères sont les commentaires des lettres qui constituent le nom sacré. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Ta tête est comme le Carmel », c’est-à-dire le phylactère de la tête. L’Écriture ajoute : « Et les cheveux de ta tête sont comme la pourpre. » Or, au lieu de se servir du mot « Saàr » pour désigner les cheveux, elle emploie le mot « Dalath », dérivant de « Dal » et exprimant la pauvreté. C’est qu’elle veut nous indiquer le phylactère du bras qui symbolise la pauvreté, alors que celui de la tête symbolise la richesse. L’Écriture ajoute ensuite : « Le roi lié dans des plis », c’est-à-dire, le nom sacré du Roi céleste se trouve exposé dans les quatre compartiments du phylactère. Quiconque porte les phylactères est un homme « fait à l’image de Dieu » ; car, de même que l’essence de Dieu se trouve unie dans les quatre lettres du nom sacré, de même cet homme en unit l’explication dans les quatre compartiments du phylactère. C’est pourquoi l’Écriture ajoute : « Il les créa mâle et femelle. » Les phylactères de la tête et du bras sont également le symbole de mâle et de femelle ; et pourtant, leur contenu étant identique, ils ne forment qu’un seul.
Le onzième commandement est de prélever la dîme sur les produits de la terre. Le verset de la Genèse qui fait allusion à ce commandement en renferme, en réalité, deux : celui de la dîme des produits de la terre et celui de la dîme des prémices des arbres. Le premier commandement est résumé dans les paroles : « Je vous ai donné toutes les herbes qui portent leur graine sur la terre. » L’Écriture se sert ici du mot « donné » ; et ailleurs il est dit : « Et aux enfants de Lévi j’ai donné toutes les dîmes d’Israël » ; et autre part encore : « Toutes les dîmes de la terre, soit des grains, soit des fruits des arbres, appartiennent au Seigneur et lui sont consacrées. »
Le douzième commandement est d’apporter les prémices des arbres, ainsi qu’il est écrit : « Et tous les arbres qui renferment en eux-mêmes leur semence, chacun selon son espèce, afin qu’ils vous servent de nourriture. » Dieu a dit : Bien que tout ce qui m’est consacré soit défendu à manger, je vous permets de manger toutes les dîmes des produits de la terre et des prémices des arbres ; c’est pourquoi l’Écriture dit : « Afin qu’ils vous servent de nourriture » : à vous et non aux générations futures.
Le treizième commandement est de racheter l’enfant premier-né et de l’attacher ainsi à la vie. Car il y a deux anges, dont l’un est préposé à la vie, l’autre à la mort, qui se tiennent toujours près de l’homme. Et lorsque l’homme rachète son fils, il le soustrait aux mains de l’ange préposé à la mort et empêche celui-ci d’exercer son pouvoir sur l’enfant. Ce mystère est renfermé dans les paroles : « Et Dieu vit que tout ce qu’il avait fait était très bon. » Le mot « bon » désigne l’ange de la vie ; le mot « très », l’ange de la mort. En rachetant le premier-né, l’homme confère la prédominance à l’ange de la vie, alors que l’ange de la mort faiblit à la suite du rachat, ainsi que nous l’avons dit, et ne s’attache plus à l’enfant.
Le quatorzième commandement est d’observer le repos du jour du Sabbat, attendu que Dieu s’est reposé en ce jour de la création.
Le commandement relatif au jour du Sabbat se subdivise en deux : l’un est d’observer le repos en ce jour et de s’abstenir de tout travail, et l’autre de le sanctifier. Pour ce qui est du repos sabbatique, nous avons déjà dit qu’il a été ordonné à la suite du repos que Dieu a observé en ce jour après la création. Toutes les œuvres de la création furent achevées avant le jour du Sabbat. Lorsqu’arriva l’heure sacrée du Sabbat, plusieurs esprits sont restés inachevés, le temps ayant manqué de les pourvoir de corps. Ces esprits forment la légion des démons. On pourrait se demander : Le Saint, béni soit-il, ne pouvait-il donc pas reculer l’heure sacrée du Sabbat, pour avoir le temps de pourvoir de corps ces esprits ? Mais la vérité est que l’arbre du bien et du mal a incité à la révolte plusieurs esprits avant même qu’ils fussent pourvus de corps. Ces esprits ont conçu le plan de descendre sur la terre, une fois pourvus de corps, et de s’emparer du monde. Dieu classa alors les esprits en deux catégories : les bons furent placés à côté de l’arbre de la vie et les mauvais à côté de l’arbre du bien et du mal. Il commença ensuite par pourvoir de corps les esprits de la première catégorie ; et lorsque le moment fut arrivé d’en pourvoir ceux de la seconde, le Sabbat vint interrompre l’œuvre de la création. Si ces esprits eussent été pourvus de corps, le monde n’aurait pu exister, pas même la durée d’un clin d’œil. Mais le Saint, béni soit-il, a créé le remède avant le mal, en faisant devancer l’heure du Sabbat ; grâce à ce remède, le monde subsiste. Contrairement au plan qu’ils avaient conçu de peupler le monde avec leur descendance, les mauvais esprits éprouvaient la mortification de voir les bons esprits, revêtus de corps, accomplir, dès la nuit du premier Sabbat, le devoir de la procréation, alors que, dépourvus de corps, ils étaient impuissants à en faire autant. C’est pourquoi les sages, qui connaissent le fait relaté, bornent leurs relations conjugales au jour du Sabbat, afin de montrer aux esprits du mauvais côté combien sont supérieurs les esprits du côté saint, qui, pourvus de corps, peuvent accomplir le devoir de la procréation. Les mauvais esprits sortent en foule et font le tour du monde, dans l’espoir de surprendre quelqu’un qui, nu, entretient des relations conjugales à la lumière d’une lampe ; car les enfants nés de ces relations seront épileptiques, parce que les esprits démoniaques s’attachent à ces enfants dès leur naissance. Ceux qui sont atteints de cette infirmité finissent par être possédés de la femelle des démons, appelée « Lillith », qui les tue.
Aussitôt le jour sacré du Sabbat arrivé et la sainteté céleste répandue dans le monde, les démons, saisis de terreur, vont se cacher pendant la nuit et le jour du Sabbat, excepté « Assimon », qui est autorisé à parcourir le monde, accompagné de son escorte, pendant la nuit du Sabbat, pour rechercher ceux qui, nus, entretiennent des relations conjugales. Mais, la nuit passée, ils sont obligés d’aller se cacher dans le profond abîme. Lorsque le jour du Sabbat est passé, de nombreuses légions de démons reparaissent dans le monde qu’elles parcourent dans tous les sens. C’est pourquoi on a institué la récitation du Psaume XCI contre les démons, psaume que le saint peuple récite à la fin du sabbat, afin d’être préservé des mauvais esprits. Vers quel endroit les démons se dirigent-ils d’abord à la fin du Sabbat, quand ils fuient précipitamment et que, tandis qu’ils comptaient dominer dans le monde sur le peuple saint, ils voient les Israélites réciter des prières et ce Psaume, puis la liturgie de « séparation » qu’on prononce en tenant en main une coupe de vin ? Ils s’envolent précipitamment et vont se cacher dans le désert. Que Dieu nous préserve des démons ainsi que de tous ceux qui émanent du mauvais côté.
Nos maîtres, d’heureuse mémoire, nous ont transmis l’enseignement suivant : par trois mauvaises actions l’homme s’attire le mal. D’abord l’homme qui se maudit lui-même ; ensuite, celui qui jette par terre du pain ou des miettes
de la grandeur d’une olive, et enfin celui qui, à la fin du Sabbat, allume une chandelle avant que les Israélites aient récité la liturgie de la « séparation ». En allumant, le samedi soir, une chandelle avant l’heure réglementaire, on est cause que les feux de l’enfer sont allumés avant l’heure. Car il y a en enfer un endroit réservé, où ceux qui ont profané le Sabbat, comme tous les autres damnés, sont à l’abri du feu de l’enfer pendant toute la durée du Sabbat. Tous ces damnés chargent de malédictions celui qui, à la fin du Sabbat, allume la chandelle avant l’heure réglementaire ; ils disent : « Le Seigneur va te faire transporter ici, comme un coq les pieds liés, et il t’enlèvera aussi facilement qu’un manteau qu’on met sur soi. Il te couronnera d’une couronne de maux ; il te jettera comme on jette une balle dans un champ large et spacieux. »
Ainsi, il ne convient pas d’allumer une chandelle, à la fin du Sabbat, avant que les Israélites n’aient fait leurs prières et récité, sur une coupe de vin, la liturgie de « séparation ». Tant que dure le Sabbat, la sainteté de ce jour impose un repos absolu au ciel aussi bien qu’à l’enfer ; les châtiments des coupables sont suspendus et les esprits célestes préposés aux diverses fonctions demeurent inactifs. Toute l’activité reprend dès que les Israélites ont récité cette formule : « Sois béni, Seigneur, qui sépares le saint du profane. » À ce moment, la sainteté céleste se retire de ce monde, et les esprits retournent chacun à sa fonction. Aussi, les préposés de l’enfer ne sont-ils autorisés à y allumer les feux avant de voir la lumière chez les Israélites. C’est pourquoi ces préposés sont appelés « les Veilleurs du feu », parce qu’ils sont obligés de voir si les Israélites ont déjà allumé. Telle est la raison pour laquelle celui qui, à la fin du Sabbat, allume la chandelle trop tôt, s’attire la malédiction des damnés de l’enfer. Mais celui, au contraire, qui tarde, en ce jour, d’allumer la chandelle, s’attire de ces mêmes damnés toutes les bénédictions du Saint, béni soit-il ; ils disent à cet homme : « Que Dieu te donne une abondance de la rosée du ciel et de la graisse de la terre. Sois béni dans la ville, et sois béni dans les champs, etc. Heureux l’homme qui a de l’intelligence sur le pauvre : le Seigneur le délivrera dans le jour du mal. » Pourquoi l’Écriture n’emploie-t-elle pas le terme « dans le mauvais jour », au lieu de « dans le jour du mal » ? Parce que l’Écriture parle du jour où le démon voudrait s’emparer de l’âme d’un homme ; c’est alors que le Seigneur l’en délivrera. Par le terme « pauvre », l’Écriture désigne une âme malade par suite des péchés contre le Saint, béni soit-il. D’après une autre interprétation, les paroles « le Seigneur le délivrera dans le jour du mal » font allusion au dernier jugement du monde ; c’est alors que le Seigneur saura délivrer l’homme ; « le jour du mal » signifie : quand le dernier jugement sévira dans le monde.

Source Sepher ha-Zohar, tome I, trad. Jean de Pauly (1906), archive.org SepherHaZoharLeLivre1 (OCR corrigé) · Sommaire