Judaïsme

Zohar I, Préliminaires (fol. 9b-12b)

ne signifie pas « dans le désert », mais bien « par le Verbe », ainsi qu’il est écrit : « Ton Verbe (midbarekh) est agréable », et ailleurs : « Parce que vous ne comprenez ni les avertissements venant de l’Orient et de l’Occident, ni ceux venant du Verbe (mi-midbar) sur les montagnes. » De même, les paroles « Olâ min ha-midbar » signifient : « Olâ » est fait de « Midbar », c’est-à-dire le Verbe (Midbar) s’est fait Holocauste (Olâ). Car, venant de la bouche de Dieu, le Verbe s’introduit entre les ailes de la mère, et, sortant de là, il descend sur la tête du saint peuple. La descente de la mère par le Verbe s’opère grâce aux louanges adressées au ciel. Quand l’homme se lève le matin, il doit bénir son maître ; aussitôt qu’il ouvre les yeux, il doit le bénir. Les pieux de l’antiquité procédaient de la manière suivante : ils plaçaient à côté d’eux un vase d’eau et, au moment du réveil, ils se lavaient les mains, se mettaient à étudier la doctrine en disant la prière qui accompagne l’étude. Lorsque le coq chante, c’est-à-dire à minuit, le Saint, béni soit-il, se trouve au paradis en compagnie des Justes, et il convient de le bénir en ce moment. Mais il est défendu de le bénir tant que les mains sont souillées et impures. Ceci ne s’applique pas seulement à l’heure de minuit, mais à toutes les heures ; car, au moment où l’homme dort, son âme le quitte, et lorsqu’il est privé de son âme, un esprit impur apparaît et s’attache à ses mains qu’il souille. C’est pourquoi il est défendu de bénir Dieu, tant qu’elles ne sont pas lavées. Ce précepte trouve une application, même pendant le jour, où l’homme ne dort pas et où, par conséquent, l’âme ne quitte pas le corps pour que l’esprit impur puisse s’attacher à celui-ci : c’est lorsque l’homme se trouve dans un lieu malpropre. Car, en sortant d’un tel endroit, il est défendu de bénir Dieu ou de réciter un seul mot de l’Écriture sans s’être lavé les mains, alors même que celles-ci n’ont touché à rien d’impur. Malheur aux hommes qui dédaignent ces choses, parce qu’ils ne connaissent point l’élévation de leur Maître, ni ne savent sur quoi repose ce monde ! Car il y a un mauvais esprit dans chaque endroit malpropre ; cet esprit se complaît dans la malpropreté et s’attache aux doigts de l’homme qui y passe.
Rabbi Siméon dit : Quiconque se divertit durant les jours de fête sans donner la part à Dieu est un avare ; Satan le hait, requiert contre lui et l’enlève du monde. Ô combien sont terribles les châtiments qui attendent un tel homme ! On donne la part à Dieu en divertissant le pauvre selon ses moyens. Car, durant les jours de fête, le Saint, béni soit-il, vient visiter ses vases brisés, et lorsqu’il voit que ceux-ci sont privés du nécessaire, il les plaint et remonte au ciel, décidé à anéantir le monde. Les âmes des Justes arrivent alors devant Dieu et lui disent : Maître de l’Univers, tu es appelé dans l’Écriture « Compatissant et Clément » ; aie pitié de tes enfants ! Dieu leur répond : Est-ce que la miséricorde n’est pas la seule base sur laquelle j’ai établi le monde, ainsi qu’il est écrit : « Le monde est édifié sur la miséricorde ? » Les Anges célestes disent ensuite à Dieu : Maître de l’Univers, voici un tel qui mange, qui se rassasie et qui a les moyens de faire du bien aux pauvres, mais qui ne le fait pas. Aussitôt l’accusateur se présente et, après avoir demandé la permission d’agir, se met à la poursuite du coupable. Quel homme au monde a dépassé le patriarche Abraham en bienveillance envers toutes les créatures ? Et pourtant, voici ce que la tradition nous apprend : Le jour du festin d’Abraham est décrit dans l’Écriture en ces termes : « Et l’enfant crut, et on le sevra, et Abraham fit un grand festin au jour qu’il fut sevré. » Abraham invita à ce festin tous les grands hommes de l’époque. À chaque festin, nous apprend la tradition, un ange accusateur descend pour s’enquérir si l’amphitryon a d’abord envoyé une partie des mets à la maison des pauvres et s’il
en a invité à sa table. Dans le cas affirmatif, l’ange accusateur s’écarte de la maison et n’y entre pas ; dans le cas contraire, il monte au ciel et requiert contre l’amphitryon. Le jour où Abraham invita les grands hommes de l’époque, l’ange accusateur se présenta à sa porte déguisé en pauvre ; mais personne n’y fit attention. Abraham était occupé à servir ses invités, des rois et des grands hommes, alors que Sara allaitait les enfants de tous ceux qui ne croyaient pas qu’elle venait d’accoucher ; car nombre de personnes prétendaient qu’Isaac était un enfant trouvé dans la rue et apporté chez Sara. C’est pourquoi tous ceux qui n’y croyaient pas apportèrent leurs enfants, pour que Sara les allaitât en leur présence. Aussi l’Écriture a-t-elle dit : « Qui croirait qu’on aurait jamais pu dire à Abraham que Sara allaiterait des fils. » L’Écriture parle de plusieurs fils. C’était au moment où l’ange accusateur se tenait à la porte, que Sara prononça les paroles : « Dieu m’a faite un sujet de rire. » Aussitôt l’ange accusateur se présenta devant le Saint, béni soit-il, et lui dit : Maître de l’Univers, tu appelles Abraham « mon ami » ; or, il vient de faire un festin, sans t’en accorder aucune part, puisqu’il n’a rien donné aux pauvres et ne t’a pas même offert le sacrifice d’une tourterelle ; en plus, Sara a dit que tu t’es raillé d’elle. Le Saint, béni soit-il, répondit à l’ange : Quel homme au monde est aussi charitable qu’Abraham ! Mais l’accusateur ne se tint pour satisfait que lorsqu’il eut obtenu la promesse que tout ce festin serait bientôt troublé. Aussi, peu de temps après ce festin, Dieu ordonna-t-il à Abraham d’offrir Isaac en holocauste, et décréta-t-il la mort de Sara, survenue à la suite de la frayeur qu’elle éprouva en apprenant l’ordre de Dieu concernant l’immolation de son fils. Toutes ces peines ont eu pour seule cause un manque de charité envers les pauvres.
Rabbi Siméon ouvrit une de ses conférences de cette façon : Il est écrit : « Alors Ézéchias tourna le visage du côté de la muraille et pria le Seigneur. » Remarquez combien grand est le mérite de celui qui étudie la doctrine, et combien celle-ci est supérieure à toutes les œuvres ! Quiconque se consacre à l’étude de la doctrine ne craint rien, ni des êtres célestes, ni des êtres terrestres, ni aucun des maux qui accablent les hommes, attendu qu’il est attaché à l’arbre de la vie, qui l’instruit tous les jours. Car la doctrine apprend à l’homme à marcher dans la voie de la vérité ; elle lui apprend la manière de revenir au Maître, pour détourner les maux que celui-ci a décrétés. C’est pourquoi il convient à l’homme de se consacrer à l’étude de la doctrine jour et nuit et de ne jamais s’en écarter, ainsi qu’il est écrit : « Méditez-la jour et nuit. » Quiconque néglige l’étude de la doctrine ou l’abandonne est aussi coupable que s’il se séparait de l’arbre de la vie. Remarquez que le verset précité, relatif à la prière d’Ézéchias, nous sert d’avertissement. Quand, la nuit, l’homme se met au lit, il doit se soumettre de tout son cœur le royaume du ciel et confier son âme à la garde de Dieu ; en agissant ainsi, il sera préservé de visions impures, et aucun mauvais esprit n’aura de pouvoir sur lui. Et le matin, quand l’homme sort du lit, il doit bénir son maître, entrer dans la maison de celui-ci, se prosterner avec beaucoup de recueillement et faire ensuite sa prière. Il doit aussi prendre conseil des saints patriarches, ainsi qu’il est écrit : « Et, me confiant dans l’abondance de votre miséricorde, j’entrerai dans votre maison ; je me prosternerai devant votre saint palais, dans votre crainte. » La tradition nous apprend ce qui suit : L’homme ne doit jamais entrer dans la maison de prières, sans avoir préalablement consulté Abraham, Isaac et Jacob, qui instituèrent les prières à adresser au Saint, béni soit-il. C’est pourquoi il est écrit : « Et, me confiant dans l’abondance de ta miséricorde, j’entrerai dans ta maison » ; ces paroles désignent Abraham ; « je me prosternerai devant ton saint palais », désignent Isaac ; « dans ta crainte » désignent Jacob. L’invocation des patriarches doit avoir lieu avant d’entrer dans la maison de prières, ainsi qu’il est écrit : « Et il m’a dit : Israël, tu es mon serviteur, et je me glorifierai en toi. »
Rabbi Pinhas avait coutume de fréquenter Rabbi Rehoumaï, demeurant au bord de la mer de Génésareth. Rabbi Rehoumaï était un grand homme. Accablé par les ans, il perdit la vue. Il dit à Rabbi Pinhas : « Ayant entendu dire que le fils de Jochaï, notre collègue, possédait une perle précieuse, j’éprouvais le désir de la voir. Elle répandait une lumière éclatante, pareille à celle du soleil, lorsque le matin, sortant de son fourreau, il éclaire le monde. Cette lumière descend du ciel sur la terre, et elle éclairera tout le monde jusqu’au jour où l’Ancien des temps s’assiéra sur le trône, ainsi que cela doit s’accomplir. Le dépositaire de cette perle, dont la lumière éclairera tout le monde, est de ma famille ; heureux ton sort ! Pars donc, mon fils, pars à la recherche de cette perle qui éclaire le monde, car l’heure t’est propice. »
Rabbi Pinhas quitta Rabbi Rehoumaï et s’embarqua sur un vaisseau en compagnie de deux autres hommes. Voyant deux oiseaux planer dans les airs au-dessus des eaux de la mer, il leur cria : « Oiseaux, oiseaux, vous qui traversez les mers, pouvez-vous m’indiquer le séjour du fils de Jochaï ? » Après une courte pause, il reprit : « Oiseaux, oiseaux, allez et apportez-moi ce renseignement. » Prenant leur vol, les oiseaux s’éloignèrent. Au bout de peu de temps, Rabbi Pinhas vit revenir les oiseaux, dont l’un tenait dans son bec un billet sur lequel étaient écrits ces mots : « Le fils de Jochaï a déjà quitté la grotte avec Rabbi Éléazar, son fils. »
Se rendant alors auprès de Rabbi Siméon et le trouvant changé et le corps couvert de plaies, Rabbi Pinhas se mit à pleurer avec Rabbi Siméon, à qui il dit : « Que je suis malheureux de te trouver dans un tel état ! » Rabbi Siméon répondit : « Que je suis heureux que tu m’aies vu dans cet état, car si tu ne m’eusses vu dans un pareil état, je ne serais ce que je suis. » Rabbi Siméon fit alors une conférence touchant les commandements de la loi, en démontrant que les commandements que le Saint, béni soit-il, a prescrits aux Israélites se trouvent tous résumés dans l’histoire de la Genèse. Voici sa conférence :
Il est écrit : « Au commencement créa Dieu. » Ces paroles résument le premier commandement, qui est appelé « la crainte du Seigneur » ; car la crainte du Seigneur est désignée dans l’Écriture par le mot « commencement », ainsi qu’il est écrit : « Le commencement de la Sagesse, c’est la crainte du Seigneur », et ailleurs : « La crainte du Seigneur est le commencement de la Sagesse. » Elle est appelée « commencement » parce qu’elle est la porte qui donne accès à la foi, et parce qu’elle est le fondement sur lequel repose le monde. Il y a trois genres de crainte du Seigneur, dont deux sont blâmables et un seul louable. Il y a des hommes dont la crainte du Seigneur n’a d’autres motifs que le désir de conserver la vie de leurs enfants et de les préserver d’une mort prématurée, ou bien la crainte des souffrances corporelles ou de pertes d’argent. Une crainte du Seigneur motivée par de telles raisons n’est point méritoire. Il y a d’autres hommes qui craignent le Saint, béni soit-il, parce qu’ils ont peur des châtiments de ce monde et des peines de l’enfer. Ces deux genres de crainte du Seigneur ne sont point méritoires. La seule crainte méritoire, c’est celle de l’homme qui craint son Maître parce qu’il est grand et tout-puissant, parce qu’il est la racine de tous les mondes et parce que tout ce qui existe est nul à ses yeux, ainsi qu’il est écrit : « Tous les habitants de la terre sont devant lui comme un néant. » Quand la crainte du Seigneur est de cette nature, elle a pour effet de hâter l’heure où, de même qu’au ciel, la volonté de Dieu sera faite dans les régions inférieures appelées « crainte ».
En prononçant ces paroles, Rabbi Siméon s’écria en pleurant :
J’ai de la peine à parler et j’ai de la peine à garder le silence. Si je parle, les méchants sauront comment servir leur Maître. Et en gardant le silence, je priverai mes collègues de la connaissance de ce fait que, de même que dans les régions supérieures il y a une crainte de Dieu, de même il y a en bas une crainte mauvaise. L’homme, dont la crainte du Seigneur est motivée par la crainte des peines, tombe au pouvoir des démons qui deviendront ses bourreaux. Une telle crainte n’est pas appelée une crainte du Seigneur, mais une crainte du mal. C’est pourquoi l’Écriture spécifie le genre de crainte qui est le commencement de la Sagesse : la crainte du Seigneur. Dans le premier verset de la Genèse se trouve résumé ce commandement, qui est la base de tous les autres. Quiconque observe ce commandement arrive à observer tous les autres ; et celui qui l’enfreint enfreindra tous les autres, attendu qu’il constitue la porte d’entrée de tous les commandements. C’est pourquoi il est écrit : « Be-reschith », c’est-à-dire « avec le commencement », qui est la crainte véritable du Seigneur : « Créa Dieu, les cieux et la terre ». Celui qui viole l’un (la loi de la crainte) viole les commandements de la loi, et sa punition est désignée par les mots : « Et la terre était thohou et bohou ; et les ténèbres couvraient la face de l’abîme ; et l’esprit de Dieu planait sur les eaux. » Dans ce verset sont indiqués les quatre genres de peine capitale que l’on inflige aux coupables. Le mot « thohou » désigne la peine de la strangulation, ainsi qu’il est écrit : « Le cordeau de thohou. » Le mot « bohou » désigne la peine de la lapidation, parce que les pierres s’enfoncent dans le grand abîme pour la punition des coupables. Les mots « et les ténèbres » désignent la
« peine de la combustion, ainsi qu’il est écrit : « Et lorsque vous avez entendu sa voix du milieu des ténèbres et que vous avez vu la montagne tout en feu », et un peu plus loin : « Nous avons entendu sa voix du milieu du feu. » Nous voyons donc que l’Écriture identifie ces deux mots « feu » et « ténèbres ». Les mots « et l’esprit de Dieu planait sur les eaux » désignent la peine de la décapitation par l’épée, parce que le vent de tempête est une épée aiguisée qui flamboie, ainsi qu’il est écrit : « Et l’en ayant chassé, il mit des chérubins devant le jardin de l’Éden, qui faisaient étinceler une épée de feu, pour garder le chemin qui conduisait à l’arbre de vie. » Or, cette épée de feu porte le nom d’« Esprit ». Cette peine est destinée au châtiment des coupables qui ont violé les commandements de la Loi. Après avoir résumé le commandement de la crainte du Seigneur, appelé « commencement », commandement qui embrasse tous les autres, l’Écriture passe aux suivants.
Le second commandement est intimement lié avec celui de la crainte du Seigneur et n’en est jamais séparé ; c’est l’amour parfait dont l’homme doit être pénétré à l’égard de son Maître. Et quel est l’amour parfait ? C’est l’amour de la perfection, qui est appelé le grand amour, ainsi qu’il est écrit : « Marchez devant moi, et soyez parfait », c’est-à-dire soyez parfait dans votre amour. C’est pourquoi il est écrit : « Et Dieu dit : Que la lumière soit faite. » Par le mot « lumière » l’Écriture désigne l’amour parfait qui est l’amour de la perfection. Ce commandement concerne donc l’amour dont l’homme doit être pénétré envers son Maître. Interrompant la conférence de Rabbi Siméon, Rabbi Éléazar s’écria : Mon père, j’ai entendu une définition de l’amour parfait. Rabbi Siméon lui répondit : Mon fils, fais entendre ta définition pendant que Rabbi Pinhas est présent, car il pratique l’amour parfait. Rabbi Éléazar dit : L’amour parfait est celui qui se manifeste en deux circonstances différentes ; car l’amour qui ne se manifeste pas également dans ces deux circonstances n’est point un amour méritant le nom de parfait. C’est pourquoi il a été enseigné que l’amour du Saint, béni soit-il, se manifeste en deux circonstances
différentes. Il y a des hommes qui aiment Dieu parce qu’il leur a accordé richesse, longévité, descendance mâle, autorité sur leurs ennemis, succès dans leurs entreprises. Ces mêmes hommes haïraient Dieu, si la roue de la destinée tournait et qu’ils fussent accablés de maux. Un tel amour de Dieu n’est pas méritoire. L’amour parfait est celui qui se manifeste également dans les deux circonstances différentes : dans l’affliction et dans la joie. C’est pourquoi la tradition nous apprend qu’il faut aimer Dieu même quand il nous ôte la vie. C’est aussi pourquoi la lumière répandue au moment de la création a été aussitôt cachée. Lorsqu’elle fut cachée, apparut la rigueur ; et les deux contraires furent réunis pour qu’il y eût perfection (en aimant Dieu malgré sa rigueur) ; c’est en cela que se montre l’amour. Ayant entendu ces paroles de Rabbi Éléazar, Rabbi Siméon l’embrassa ; Rabbi Pinhas en fit autant et, après l’avoir béni, il s’écria : En vérité, c’est le Saint, béni soit-il, qui m’a conduit ici ; car il m’a été annoncé qu’un membre de ma famille possède une perle précieuse, dont la lumière parviendra au bout d’un certain temps à éclairer le monde entier. Reprenant le fil de son discours, Rabbi Éléazar dit : Évidemment, le commandement de la crainte du Seigneur ne peut être séparé d’aucun autre commandement, et encore bien moins de celui de l’amour parfait ; car de même que l’amour du Seigneur doit se manifester alors même qu’on est accablé de maux, de même la crainte du Seigneur doit être pratiquée alors même qu’on est comblé de richesses, d’une santé florissante, d’une descendance mâle et d’abondance. C’est pourquoi il est écrit : « Heureux l’homme qui est toujours dans la crainte », c’est-à-dire dont la crainte du Seigneur est comprise dans l’amour. Celui qui est l’objet de la rigueur (qui est malheureux) doit être animé de crainte et redouter son Maître, mais non endurcir son cœur. Voilà pourquoi il est écrit : Celui qui endurcit son cœur tombera dans le malheur, c’est-à-dire dans l’autre alternative qui s’appelle malheur. Ainsi, la crainte est associée aux deux alternatives et y est comprise en elle ; et c’est là l’amour parfait. C’est pourquoi l’Écriture ajoute : « Mais celui qui a le cœur dur, tombera dans le mal. »
Rabbi Siméon continua sa conférence de la manière suivante : Le troisième commandement est de reconnaître qu’il y a un Dieu tout-puissant et maître de l’univers, de proclamer chaque jour son unité dans les six directions célestes et d’en faire une unité, en disant les six mots du Schéma ; en outre, il faut, en les prononçant, manifester l’intention d’accomplir la volonté céleste. Dans la récitation de ce verset, il faut appuyer sur le mot « un », en prolongeant la voix pendant une durée pareille à celle qu’il faut pour prononcer six mots. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Que les eaux de dessous le ciel se rassemblent en un endroit un », c’est-à-dire que les eaux des fleuves qui se réunissent toutes dans l’océan, malgré les directions opposées de leur courant, servent de témoignage de l’unité des six directions célestes. C’est sur la lettre finale du mot « Éhad » qu’il faut appuyer ; la lettre « d », ayant la valeur numérique de quatre, indique les quatre directions des fleuves qui témoignent de l’unité des six directions célestes. C’est pourquoi la lettre « d » du mot « Éhad » est, dans ce passage, plus grande que les autres lettres. L’Écriture ajoute : « Et que la terre ferme apparaisse », c’est-à-dire que la lettre « d », symbole de la terre ferme, démontre l’unité des six directions célestes. Car les antonymes que présente l’affirmation de l’unité des six directions se réduisent, en effet, à trois seulement : la direction sud étant le prolongement de celle du nord, celle de l’ouest de celle de l’est, celle d’en bas de celle d’en haut. Restent donc trois directions opposées en apparence : celles du nord au sud, de l’est à l’ouest et du haut en bas. Or, suivant sa position, la lettre « d » figure ces trois directions, et pourtant elle ne forme qu’une unité. Après avoir attesté l’unité des six directions célestes, l’homme doit aussi proclamer l’unité de celles d’en bas, par la récitation d’un autre verset également composé de six mots : « Béni soit le nom glorieux de son règne en toute éternité. » C’est en reconnaissant l’unité des trois directions symbolisées par la lettre « d » que l’homme marchera sur la « terre ferme » féconde en fruits et en arbres. Voilà pourquoi il est écrit : « Dieu appela le continent terre. » L’unité d’en bas est attestée par la terre, qui lui plaît complètement. Aussi est-il dit à propos de la terre deux fois : « Dieu vit que c’était bien », une fois pour l’unité d’en haut, et une fois pour l’unité d’en bas. Étant ainsi constituée, la terre pouvait produire des fruits et des fleurs, comme il le fallait.
Le quatrième commandement est de reconnaître que Jéhova (Dieu) est Élohim (Seigneur), ainsi qu’il est écrit : « Reconnaissez donc en ce jour, et que cette vérité soit toujours gravée dans votre cœur, que Jéhova est Élohim. » C’est donc le devoir de l’homme de reconnaître qu’Élohim et Jéhova ne sont qu’un et ne constituent aucune dualité. Ce mystère est résumé dans les paroles de l’Écriture : « Que des lumières (M’oroth) soient faites dans le firmament des cieux. » L’Écriture désigne les deux essences divines (Jéhova et Élohim) qui n’en forment qu’une seule et ne présentent aucune dualité. Le mot « lumières » (M’oroth) est écrit sans « vav », ce qui indique un singulier pour nous dire que les deux ne font qu’une unité indivisible. De même que la lumière vue à travers le prisme paraît être composée de blanc et de couleurs foncées, bien qu’en réalité elle soit une, de même les essences divines ne forment qu’une unité.
C’est aussi le vrai sens de la colonne de fumée blanche, pendant le jour, et celle de feu pendant la nuit, marchant devant Israël dans le désert. Ces deux colonnes étaient le symbole des deux essences divines, qui correspondent au jour et à la nuit ; et l’une se confond avec l’autre pour éclairer le monde, ainsi que nous avons expliqué précédemment les mots : « Afin qu’elles éclairent la terre. » C’est en quoi consiste le péché du premier serpent. Celui-ci a proclamé l’unité en bas et la diversité en haut. C’est par cette doctrine qu’il attira sur les hommes les maux dont ils souffrent, attendu que l’homme doit au contraire proclamer la séparation en bas et l’unité en haut, c’est-à-dire qu’il doit proclamer l’unité de la lumière céleste à couleurs variées, et la distinction de l’essence de Dieu d’avec les choses matérielles qui forment le mauvais côté, c’est-à-dire le côté accessible aux démons. C’est pourquoi l’homme doit reconnaître l’unité absolue d’Élohim et de Jéhova ; et lorsqu’il aura reconnu cette vérité, le démon disparaîtra également de ce monde matériel et n’aura aucun pouvoir même ici-bas. Tel est le mystère renfermé dans les mots : « Et quelles luisent dans le firmament du ciel. » De même que les méninges enveloppent le cerveau, de même les démons, qui sont la mort, enveloppent la lumière. Le mot « lumière » (Or) est le symbole de l’unité, en ce sens que les lettres dont il est composé sont dans l’ordre alphabétique (d’abord K, ensuite i et enfin n) ; alors que le mot mort (Moth) (mû) est le symbole de la séparation, en ce que l’ordre alphabétique se trouve interverti dans la disposition des lettres qui le composent (d’abord û, ensuite i et enfin n). Or, le mot « M’oroth » est composé de deux mots : « Or » et « Moth ». Si on supprime du mot « M’oroth » les lettres formant le mot « Or », qui désigne la lumière et symbolise l’unité, il ne reste que le mot « Moth », qui désigne la mort et qui symbolise la séparation. C’est par ces lettres qu’Ève a été cause du mal dans le monde, comme il est écrit : « Et la femme jugea que c’était bon. » Elle a pris les lettres de M’oroth à rebours, et il est resté mm. Ces deux lettres ont emporté avec elles le taw et c’est ainsi qu’elle a été cause de la mort dans le monde.
Interrompant le discours de Rabbi Siméon, Rabbi Éléazar lui dit : Mon Père, nous avons appris par la tradition que lorsque la lettre « m » est restée seule — car la lettre « v », qui est le symbole de la vie, s’en alla d’elle-même — Ève y ajouta « th », ainsi qu’il est écrit : « Et ayant pris », et plus loin : « Et en donna à son mari. » C’est ainsi que fut formé le mot « moth », qui désigne la mort. Pour guérir du péché originel, il suffit d’ajouter à ce mot la lettre « a » (k), dont la valeur numérique est un, symbole de l’unité des essences divines, pour former le mot « Emeth », qui signifie vérité. Rabbi Siméon lui dit : Sois béni, mon fils, car c’est ainsi en effet que l’explication de ce mot nous a été transmise.
Le cinquième commandement se trouve résumé dans ce verset : « Que les eaux produisent des esprits vivants. » Ce verset renferme trois commandements : l’un de se consacrer à l’étude de la doctrine, l’autre de pratiquer les paroles divines : « Croissez et multipliez-vous », et enfin le troisième de procéder à la circoncision le huitième jour après la naissance de l’enfant mâle et d’enlever le prépuce. Le cinquième commandement est donc de se consacrer à l’étude de la doctrine ésotérique, de l’approfondir et d’y faire des progrès chaque jour. Car l’homme qui se consacre à l’étude de la doctrine ésotérique s’ennoblit grâce à l’âme supplémentaire dont le ciel le pourvoit, ainsi qu’il est écrit : « Des esprits vivants », c’est-à-dire des esprits émanant de la région céleste appelée « vivant » (Hayâ). L’homme qui ne cultive pas la science ésotérique est dépourvu de la sainte âme supplémentaire ; la sainteté d’en haut ne repose pas sur lui. C’est la voix de l’homme qui étudie la doctrine qui opère la descente de l’âme vivante émanant de la région céleste appelée « vivant » (Hayâ) ; et, grâce à elle, l’homme devient l’égal des anges, ainsi qu’il est écrit : « Bénissez le Seigneur, vous qui êtes ses anges », c’est-à-dire les
hommes qui étudient la doctrine et qui sont appelés « ses anges » sur la terre. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et les oiseaux qui volent sur la terre. » Nous avons appris, en effet, que les hommes qui, durant leur vie sur la terre, ont étudié la doctrine, seront pourvus par le Saint, béni soit-il, d’ailes comme des aigles, à l’aide desquelles ils parcourront la terre, ainsi qu’il est écrit : « Ceux qui espèrent au Seigneur trouveront des forces toujours nouvelles ; ils prendront des ailes et voleront comme des aigles. » Les paroles de l’Écriture : « Et des oiseaux qui volent sur la terre », signifient donc que l’homme qui se consacre à l’étude de la doctrine ésotérique, appelée « eaux », sera pourvu d’une sainte âme supplémentaire émanant de la région céleste, appelée « vivant ». C’est pourquoi David a dit : « Créez en moi, ô Dieu, un cœur pur », c’est-à-dire ouvrez mon cœur, ô Dieu, à l’étude de vos mystères, et ainsi : « Créez en moi un esprit sûr », c’est-à-dire, favorisez-moi de la sainte âme supplémentaire.
Le sixième commandement est relatif à la pratique des paroles divines : « Croissez et multipliez-vous. » Quiconque pratique le précepte de « croissez et multipliez-vous » contribue à ce que les eaux du fleuve céleste coulent toujours sans jamais tarir et aillent remplir l’océan. Car, à chaque naissance d’enfants, des âmes
Grâce à ces âmes nouvelles, les légions célestes s’accroissent. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Que les eaux produisent des esprits vivants », c’est-à-dire que les eaux du fleuve céleste, qui prend sa source à la sainte et éternelle alliance, produisent toujours, ce qui équivaut à dire que ses eaux coulent toujours sans jamais tarir, et cela grâce aux esprits vivants, ou, en d’autres termes, grâce aux âmes nouvelles, créées au moment de la naissance d’enfants. L’Écriture ajoute : « Et des oiseaux qui volent sur la terre », parce que, au moment où l’âme nouvellement créée traverse la région céleste appelée « vivant » (Hayâ), plusieurs anges l’accompagnent ; et quand elle descend sur la terre, elle est accompagnée de ces anges qui l’ont suivie dès le moment où elle fut détachée de l’arbre céleste. Combien d’anges accompagnent chaque âme ? Deux, dont l’un se tient à droite, l’autre à gauche. Si l’homme est digne, ces anges sont ses gardiens, ainsi qu’il est écrit : « Car il a commandé à ses anges de te garder dans toutes tes voies. » Si l’homme est indigne, ces anges deviennent ses accusateurs. Rabbi Pinhas dit : Le nombre des anges qui protègent l’homme quand il est digne est de trois, ainsi qu’il est écrit : « Si un ange protecteur choisi entre mille plaide l’équité de l’homme,... » Les paroles « si un ange » désignent le premier ange ; « protecteur », le second ; et « choisi entre mille plaide l’équité de l’homme », le troisième. Rabbi Siméon dit : Les anges protecteurs sont au nombre de cinq, car l’Écriture ajoute : « ...Il aura compassion de lui, et il dira. » « Il aura compassion de lui » désigne un quatrième ange ; « et il dira » en désigne un cinquième. Rabbi Pinhas dit à Rabbi Siméon : Tes paroles sont inexactes ; car les paroles : « Il aura compassion de lui » désignent le Saint, béni soit-il, attendu que c’est à lui seul qu’est réservée la compassion. Rabbi Siméon lui répondit : Tu as raison. Celui qui s’abstient de pratiquer le précepte de « croissez et multipliez-vous » diminue — s’il est permis de s’exprimer ainsi — la figure céleste, centralisatrice de toutes les figures, arrête le cours du fleuve céleste et souille l’alliance sainte. C’est à des hommes agissant ainsi que font allusion les paroles de l’Écriture : « Ils sortiront pour voir les corps morts de ceux qui ont péché contre moi. » L’Écriture dit « contre moi », parce que ce péché est contre Dieu lui-même. L’âme d’un tel homme ne pénétrera jamais dans le vestibule du paradis et sera repoussée du monde céleste.
Le septième commandement est de circoncire les enfants mâles le huitième jour de leur naissance et d’enlever la souillure du prépuce. Car la région céleste appelée « vivant » (Hayâ), d’où émanent les âmes, forme le huitième des contrées célestes ; c’est pourquoi tout enfant mâle ne doit être circoncis qu’au huitième jour de la naissance. Les nouveau-nés dont les âmes, au lieu d’émaner de la région céleste appelée « vivant » (Hayâ), proviennent des régions des démons, meurent dans les huit jours de leur naissance. Tel est le sens de ces mots : « Que les eaux produisent des esprits vivants. » Dans le livre d’Hénoch se trouve décrite la configuration du fleuve céleste dont les eaux constituent la semence sacrée des âmes. Ce fleuve a la forme de la lettre Yod ; c’est pourquoi la chair sainte est marquée de la même lettre. L’Écriture ajoute : « Et oiseau qui vole sur la terre. » Ces paroles font allusion à Élie qui franchit l’espace en quatre vols pour assister à chaque circoncision. Avant l’opération, il faut installer un trône à Élie et le lui destiner verbalement en disant : « C’est le trône d’Élie » ; sinon, celui-ci n’y vient pas. L’Écriture ajoute ensuite : « Dieu créa les grands poissons. » Ces paroles font allusion aux deux poissons, mâle et femelle, appelés Leviathan. Ces deux poissons sont le symbole de la forme mâle et femelle qui se manifeste dans toute l’œuvre de la création. Or, la circoncision consiste également en deux opérations : le retranchement du prépuce, emblème du mâle, et la mise à nu du gland, emblème de la femelle. Les paroles « et tout être vivant qui a mouvement » font allusion au signe sacré dont sont marqués tous les enfants qui possèdent des âmes émanant de la région appelée « vivant » (Hayâ), ainsi que cela a été dit précédemment. Les paroles : « Que les eaux produisent selon son espèce » font allusion au signe de la lettre Yod, qui est le symbole de la configuration du fleuve céleste, source de toutes les âmes, et qui constitue le sceau sacré et pur des Israélites, ici-bas, afin qu’il y ait une distinction entre le côté saint et le côté des démons qui est profane. De même que les Israélites sont marqués, afin qu’il y ait une distinction entre eux qui sont saints, et les païens dont les âmes émanent toutes des démons qui sont profanes, de même le bétail et les volailles des Israélites sont marqués pour être distingués de ceux des païens. Heureux le sort des Israélites !
Le huitième commandement est d’aimer le converti qui vient se faire circoncire pour entrer sous les ailes de la Schekhina ; car celle-ci prend sous ses ailes tous ceux qui se séparent du côté des démons pour venir à elle, ainsi qu’il est écrit : « Que la terre produise des esprits vivants selon son espèce. » L’Écriture veut nous indiquer que les âmes des convertis ne retourneront pas dans la voie des démons.
C’est pourquoi l’Écriture dit « selon son espèce ». Car chacune des ailes de la Schekhina embrasse plusieurs compartiments ; l’aile droite en contient deux qui servent de passage aux âmes des Israélites lorsque, après leur séparation du corps, elles montent pour retourner dans la région céleste appelée « vivant ». L’aile gauche en renferme deux autres, qui sont destinées à « Amon » et « Moab ». De ces deux compartiments émanent les âmes dont sont pourvus les convertis. Toutes les âmes, celles émanant de la région céleste appelée « vivant » (Hayâ), aussi bien que celles provenant de sous les ailes de la Schekhina, sont désignées sous le nom d’« esprits vivants » ; seulement ces dernières sont d’une espèce différente. Aussi l’Écriture, en parlant des âmes des convertis, dit-elle : « selon son espèce » ; car ces âmes, étant d’une espèce différente, ne parviendront, après leur séparation du corps, que jusque sous les ailes de la Schekhina, mais non pas plus loin. Tandis que les âmes des Israélites, qui émanent du corps même de l’arbre céleste, y retourneront après leur séparation des corps. C’est à ce mystère que font allusion les paroles de l’Écriture : « Et vous serez une terre de délices », c’est-à-dire : la région où retourneront les âmes des Israélites sera beaucoup plus délicieuse que celle où vont reposer les âmes des convertis. C’est pourquoi Israël est appelé « Fils chéri », parce que Dieu lui a donné une meilleure part qu’aux convertis. Les Israélites sont également appelés : « Ceux que je porte dans mon sein, que je renferme dans mes entrailles », parce que les âmes des Israélites retournent, après leur séparation des corps, dans l’intérieur de l’arbre céleste même, d’où elles émanent et d’où elles ne sortiront jamais plus. Mais les âmes des convertis n’ont aucune part de l’arbre céleste, et à plus forte raison elles n’y rentreront pas ; elles n’ont qu’une part des ailes, et pas plus ; aussi ne parviendront-elles pas plus loin que sous les ailes de la Schekhina. L’Écriture parle des convertis sincères ; ce sont les âmes de ceux-ci qui parviendront au séjour céleste que nous venons d’indiquer. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Que la terre produise des esprits vivants selon son espèce », c’est-à-dire, la part des âmes des convertis sera, au ciel, inférieure à celle des âmes des Israélites. Et l’Écriture ajoute : « Les animaux, les reptiles et les bêtes de la terre selon leurs espèces », c’est-à-dire, de même que les animaux diffèrent les uns des autres, bien qu’ils soient tous animés d’un même souffle de vie, de même les âmes humaines diffèrent les unes des autres, bien qu’elles émanent toutes du ciel.
Le neuvième commandement est d’avoir compassion du pauvre et de lui accorder la nourriture, ainsi qu’il est écrit : « Faisons l’homme à notre ressemblance. » L’Écriture se sert du pluriel : « Faisons », pour nous indiquer que la création de l’homme a été opérée par les deux essences divines qui sont symbolisées par le mâle et la femelle. « À notre image » veut dire les riches ; « à notre ressemblance » veut dire les pauvres ; car le mâle, c’est la richesse, et la femelle, c’est la pauvreté. Or, de même que les deux essences divines ne forment qu’une seule, parce que l’une protège l’autre, se l’assimile et la comble de bienfaits, de même parmi les hommes, ici-bas, le riche et le pauvre, symboles du mâle et de la femelle, ne doivent former qu’un, en donnant l’un à l’autre et en faisant
du bien l’un à l’autre. L’Écriture ajoute : « Et qu’il commande aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux bêtes, à toute la terre et à tous les reptiles qui se meuvent sur la terre. » Dans le livre du roi Salomon, nous avons vu le mystère suivant : Quiconque assiste un pauvre par un sentiment de commisération conservera toujours sur son visage le sceau dont était marqué le visage du premier homme. Tant que l’homme porte sur son visage l’empreinte d’Adam, il en impose à tous les animaux du monde, ainsi qu’il est écrit : « Que tous les animaux de la terre et tous les oiseaux du ciel soient frappés de terreur et tremblent devant vous. » Car c’est la seule loi imposée par le Créateur à tous les animaux, et observée par ceux-ci instinctivement : craindre tout homme qui porte sur son visage le sceau dont fut marqué le visage d’Adam. Tant que l’homme compatit avec le pauvre, il conserve ce sceau sur son visage. D’où le savons-nous ? Nous le savons de Nabuchodonosor. Bien qu’il ait eu le songe que l’on sait, aucun mal ne lui est arrivé et le songe ne s’est pas réalisé tant qu’il a pratiqué les œuvres de miséricorde envers les pauvres ; mais aussitôt qu’il eut cessé de secourir les pauvres, il arriva ce qui est exprimé dans les paroles de l’Écriture : « À peine le roi avait prononcé cette parole, qu’on entendit cette voix du ciel, etc. », c’est-à-dire, le sceau d’Adam fut effacé de son visage et il cessa d’être homme. C’est pourquoi l’Écriture se sert, pour exprimer la création de l’homme, du mot « faire », ainsi qu’il est écrit : « Faisons l’homme », afin de nous indiquer que pour conserver l’empreinte du premier homme, il faut être charitable, le mot « faire » exprimant la charité, ainsi qu’il est écrit : « Le nom de l’homme avec qui j’ai fait aujourd’hui est Booz. »

Source Sepher ha-Zohar, tome I, trad. Jean de Pauly (1906), archive.org SepherHaZoharLeLivre1 (OCR corrigé) · Sommaire