Judaïsme

Zohar I, Préliminaires (fol. 7a-9b)

et haut placés », sachez que le Maître, pareil à une figure en couleurs qui tranche sur le fond d’une tapisserie, vient de monter sur son trône. Montez donc au ciel et assemblez-vous. Au même instant, les voyageurs entendirent une voix forte et puissante produite par les branches des arbres, qui fit entendre ces paroles de l’Écriture : « La voix du Seigneur brise les cèdres. » Rabbi Éléazar et Rabbi Abba se prosternèrent et furent saisis d’une grande peur ; ils se levèrent précipitamment et s’en allèrent de là, sans rien entendre de plus.
Après avoir quitté cette montagne, ils continuèrent leur chemin. Arrivés chez Rabbi Yossé, fils de Rabbi Siméon, fils de Laqounya, ils y trouvèrent Rabbi Siméon, fils de Jochaï. Ils en éprouvèrent une grande joie, et Rabbi Siméon, à son tour, en fut charmé. Rabbi Siméon leur dit : « Je suis sûr que pendant votre voyage vous avez été témoins de miracles, et que vous avez joui de la vue de merveilles célestes. Car, dans le moment où vous étiez en voyage, j’ai dormi et j’ai vu en songe Banaïas, fils de Joïada, en votre compagnie ; je l’ai vu vous envoyer, par l’intermédiaire d’un vieillard, deux couronnes pour vous en parer. Il est certain que le Saint, béni soit-il, se trouvait sur votre chemin. D’ailleurs, quand même je n’aurais pas eu ce songe, j’aurais pu deviner ce qui vous est arrivé par l’altération de vos visages. »
Rabbi Yossé dit à Rabbi Siméon : « Tes paroles sont justes, car un sage vaut mieux qu’un prophète. » Rabbi Éléazar vint alors poser sa tête sur les genoux de son père. Il lui raconta tout ce qui lui était arrivé. Rabbi Siméon, saisi de crainte, se mit à pleurer et s’écria : « Il est écrit : “Seigneur, j’ai entendu ta parole et j’ai été saisi de crainte.” » Ce verset a été prononcé par Habacuc au moment où, après avoir vu la mort, il fut ressuscité par Élisée. Pourquoi avait-il nom Habacuc ? En raison des paroles d’Élisée qui dit à la Sunamite : « Dans un an, en ce même temps, tu embrasseras un fils. » Or, embrasser s’exprime en hébreu par le mot « Habach » ; de là le nom du prophète Habacuc. Le prophète Habacuc était donc le fils de la Sunamite, et s’il porte le nom de « Habacuc », qui est une forme du pluriel, c’est parce qu’il a été embrassé deux fois, d’abord par sa mère et ensuite par Élisée, ainsi qu’il est écrit : « Il mit sa bouche sur sa bouche. »
Rabbi Siméon continua : « J’ai trouvé dans le livre du roi Salomon le passage suivant : “Au moment de mourir, le fils de la Sunamite fut privé des soixante-douze noms sacrés de Dieu qui sont gravés sur chaque homme vivant et qui s’effacent à l’heure de la mort. Ainsi les soixante-douze noms sacrés de Dieu, qui étaient gravés sur l’enfant dès le moment où son père l’avait procréé, s’envolèrent à l’instant de sa mort. En embrassant l’enfant mort, Élisée grava de nouveau sur son corps les soixante-douze noms sacrés de Dieu ; c’est ce qui le fit ressusciter. Les lettres qui composent ces noms sacrés sont au nombre de deux cent seize, et toutes ces lettres furent gravées par le souffle d’Élisée. C’est pourquoi il lui donna le nom de ‘Habaqouq’, dont les lettres présentent la valeur numérique de deux cent seize. C’est pourquoi le prophète Habacuc s’écria : ‘Seigneur, j’ai entendu ta parole et j’ai été saisi de ta crainte’, c’est-à-dire : j’ai entendu ce que je dois goûter dans ce monde et j’ai tremblé. Voulant prier pour lui-même, il dit : ‘Seigneur, faites que l’œuvre dont j’ai été témoin s’accomplisse par sa vie’, c’est-à-dire pendant la vie terrestre de celui qui est le principe de la vie de toutes les générations passées et futures et sans lequel il n’y a point de vie.” »
Après avoir récité ce passage du livre du roi Salomon, Rabbi Siméon se mit à pleurer en disant : « Après ce que je viens d’entendre, moi aussi, je tremble devant le Saint, béni soit-il. » Il leva les mains au-dessus de sa tête et s’écria : « Combien est grande la faveur céleste dont vous étiez l’objet, de regarder face à face Rab Hammenouna, le Vieillard, ce flambeau de la doctrine ésotérique, alors que le ciel ne m’a pas jugé digne de cette faveur. »
Rabbi Siméon, se prosternant face contre terre, eut une vision. Il vit Rab Hammenouna, le Vieillard, qui, déplaçant des montagnes, accourait vers le palais du Roi Messie pour l’éclairer de ses lumières. Rab Hammenouna, le Vieillard, dit à Rabbi Siméon : « Maître, en ce monde, tu seras le voisin des maîtres de la doctrine, assis devant le Saint, béni soit-il. »
À partir de ce jour, Rabbi Siméon appela Rabbi Éléazar, son fils, et Rabbi Abba du nom de « Peniel », en raison des paroles de l’Écriture : « Jacob donna à ce lieu le nom de Peniel, en disant : J’ai vu Dieu face à face. »
Il est écrit : « Au commencement », Rabbi Hiyâ a ainsi ouvert une de ses conférences : L’Écriture dit : « Le commencement de la “Sagesse” est la crainte du Seigneur ; tous ceux qui agissent conformément à la crainte du Seigneur et à la “Sagesse” sont remplis de l’esprit salutaire ; sa louange subsiste dans tous les siècles. » Pourquoi l’Écriture dit-elle : « Le commencement de la “Sagesse”, c’est la crainte du Seigneur », alors qu’elle aurait dû dire : « La fin de la “Sagesse”, c’est la crainte du Seigneur », attendu qu’on n’arrive à la crainte de Dieu qu’à la fin de la “Sagesse” ? L’Écriture parle ici de la « Sagesse suprême » qu’on atteint seulement après la crainte de Dieu, comme le dit le verset : « Ouvrez-moi les portes de la “Justice”, afin que j’y entre et que je rende grâces au Seigneur. » Et l’Écriture ajoute : « C’est là la porte du Seigneur » ; car quiconque ne passe pas par la porte n’arrivera jamais auprès du Roi céleste qui est caché et mystérieux. Pour y arriver il faut passer par plusieurs palais, élevés les uns au-dessus des autres, pourvus d’un grand nombre de portes avec des serrures, de sorte que, pour arriver à la « Sagesse suprême », il faut passer par la crainte de Dieu, qui est la porte qui y donne accès. Et voici la signification de « Be » Reschith : il y a deux (Beth = deux) Reschith, deux commencements unis ensemble. Ce sont deux points, l’un caché, l’autre visible et connu. Il n’y a pas de séparation entre eux ; c’est pourquoi on emploie le singulier « Reschith ». Et tout est un, la crainte de Dieu et la Sagesse suprême, comme le verset dit : « Et ils sauront que ton nom Jéhova est seul. » Pourquoi l’Écriture appelle-t-elle la première porte du nom de « la crainte du Seigneur » ? Parce qu’elle forme l’arbre du bien et du mal : quand l’homme le mérite, l’arbre est bon, sinon il est mauvais.
C’est pourquoi la porte de la crainte repose à cet endroit, et c’est la porte qui donne accès à tous les biens de l’autre monde. Par l’expression « Esprit salutaire », l’Écriture désigne ces deux portes qui n’en forment qu’une seule. Rabbi Yossé dit : C’est l’arbre de la vie qui ne contient que le Bien, sans aucun alliage de mal. Et c’est précisément à cause de l’absence du mal que l’Écriture se sert du mot « Tob », qui veut dire « bon » pour nous indiquer qu’il est exempt de tout mal. L’Écriture dit : « Tous ceux qui agissent conformément à la crainte du Seigneur et à la Sagesse. » Elle fait allusion à ceux qui ajoutent foi aux paroles du Seigneur, qui a dit : « Je ferai une alliance éternelle, selon la miséricorde promise à David. » Tous ceux qui soutiennent l’étude de la Tora — s’il est permis de s’exprimer ainsi — agissent. Ceux qui se consacrent à l’étude n’agissent pas, puisqu’ils étudient. C’est de ceux seuls qui la soutiennent qu’il est dit qu’ils agissent. Et c’est pour cela que l’Écriture ajoute enfin : « Sa louange subsiste dans tous les siècles » ; c’est-à-dire que le trône de Dieu subsiste sur ses bases dans toute l’éternité.
Rabbi Siméon consacrait à l’étude de la doctrine ésotérique toute la nuit dans laquelle l’épouse céleste s’unit à son époux céleste ; car, comme il a été enseigné, tous les membres du palais de l’épouse céleste doivent passer avec celle-ci toute la nuit et la conduire le lendemain sous le dais nuptial, auprès de son époux, et se réjouir avec elle. Ils doivent consacrer la veille de l’union céleste à l’étude du Pentateuque, des Prophètes, des Hagiographes, aux explications des versets et aux mystères ; car la science ésotérique constitue en quelque sorte les joyaux de l’épouse céleste. Elle et ses jeunes filles, qui se tiennent autour d’elle, se réjouissent toute la nuit ; et le lendemain, elle se rend sous le dais nuptial, entourée de celles-ci, justement appelées « les invitées de la noce ». Au moment où l’épouse se rend sous le dais nuptial, le Saint, béni soit-il, salue les compagnes de l’épouse, les bénit et les pare de couronnes tressées par l’épouse ; heureux le sort des compagnes de l’épouse.
Rabbi Siméon et ses collègues chantèrent des hymnes et prononcèrent des paroles renfermant des idées nouvelles concernant la doctrine ésotérique. Aussi, s’adressant à ses collègues, Rabbi Siméon s’écria : Mes enfants, heureux votre sort, car demain l’épouse céleste ne se rendra sous le dais nuptial qu’accompagnée de vous, parce que vous vous êtes réjouis avec elle la veille de l’union. Tous, vous serez inscrits sur le livre céleste ; et le Saint, béni soit-il, vous comblera de soixante-dix bénédictions et vous parera de couronnes du monde supérieur.
Rabbi Siméon ensuite commença : Il est écrit : « Les deux racontent la gloire de Dieu, etc. » Ce verset a déjà été interprété par nous d’une certaine façon ; mais il renferme encore un sens anagogique. Au moment où l’épouse céleste se prépare pour se rendre le lendemain sous le dais nuptial, elle se pare de couronnes célestes éblouissantes de lumière en compagnie des docteurs qui se réjouissent avec elle toute la nuit, de même qu’elle se réjouit avec eux. Le lendemain, combien de légions, d’armées et de troupes se réunissent près d’elle ! Elle et eux attendent ceux qui l’ont préparée pendant la nuit. Dès qu’ils sont tous réunis et qu’elle aperçoit son mari : « Les cieux racontent la gloire de Dieu. » Par « les cieux », il faut entendre le fiancé qui entre dans la chambre nuptiale ; le mot « mesaperim » (racontent) signifie : éclairent comme un saphir brillant d’un bout du monde à l’autre ; « la gloire de Dieu », c’est la gloire de la fiancée, qui s’appelle « El » (Dieu), ainsi qu’il est écrit : « Dieu juge le Juste et Dieu se met en colère tous les jours. » Durant tous les jours de l’année, qui précèdent l’union céleste, l’épouse ne portait que le nom de « El » (= Dieu), mais à partir du jour de l’union céleste, l’épouse porte celui de « Cabod » (= Gloire). Ces deux noms de l’épouse céleste sont superposés l’un sur l’autre, tel un joyau sur l’autre, une lumière sur l’autre, un pouvoir sur l’autre. À partir de cette union céleste, c’est une ère de grâce et de miséricorde qui commence, sans rigueur et sans colère. Après avoir dit qu’au moment de la céleste union l’époux fait briller la gloire de l’épouse divine, l’Écriture ajoute : « Et le firmament publie les ouvrages de ses mains. » Par le terme « les ouvrages de ses mains », l’Écriture désigne les hommes fidèles à l’alliance que l’époux céleste a faite avec son épouse ; car les fidèles à l’alliance sont appelés « les ouvrages de ses mains », ainsi qu’il est écrit : « Que la lumière du Seigneur notre Dieu se répande sur nous : conduis d’en haut les ouvrages de nos mains, et que les ouvrages de nos mains soient conduits par toi-même. » Par l’expression « et que les ouvrages de nos mains soient conduits par toi-même », l’Écriture désigne l’œuvre de la circoncision, qui est une marque gravée dans la chair de l’homme. Rab Hammenouna, le Vieillard, a dit ce qui suit : Il est écrit : « Que la légèreté de votre bouche ne soit pas à votre chair une occasion de tomber dans le péché. » L’Écriture nous exhorte ici à ne jamais prononcer des paroles susceptibles de nous inspirer de mauvaises pensées de nature à souiller la chair sacrée, marquée du sceau de l’alliance sacrée ; car quiconque s’en rend coupable sera jeté dans l’enfer (Gehinom). Toutes les âmes montant aux régions célestes sont obligées de passer devant la porte de l’enfer. L’ange préposé à l’enfer a nom « Douma » ; il est toujours entouré de plusieurs centaines de mille d’anges exterminateurs. « Douma » se tient constamment à la porte de l’enfer (Gehinom) pour arrêter les âmes qui passent. Mais il lui est défendu d’approcher d’une âme ayant appartenu à un homme qui, durant sa vie, a conservé intact le sceau de
l’alliance sacrée. Après avoir commis le crime d’adultère, le roi David fut saisi de crainte. Alors Douma monta vers le Saint, béni soit-il, et lui dit : Maître de l’univers, il est écrit dans le Pentateuque : « Si quelqu’un abuse de la femme d’un autre et commet un adultère avec la femme de son prochain, que l’homme adultère et la femme adultère meurent tous deux », et il est écrit en outre : « Vous ne vous approcherez point de la femme de votre prochain, et vous ne vous souillerez point par cette union honteuse et illégitime. » Or David vient de commettre le crime d’adultère ; comment dois-je me comporter à son égard ? Le Saint, béni soit-il, lui répondit : David n’est pas coupable ; il n’a jamais détruit le sceau de l’alliance sacrée, attendu qu’il est manifeste devant moi que Bethsabée lui était destinée dès la création du monde. Douma reprit : Si ce fait était manifeste pour vous, il ne l’était pas pourtant aux yeux de David ; donc il est coupable. Dieu lui répondit : D’ailleurs l’acte de David était licite, attendu qu’aucun de ceux qui allaient à la guerre ne partait de chez lui sans remettre préalablement un acte de divorce à sa femme. Douma objecta : Il aurait dû alors attendre trois mois avant de faire venir Bethsabée chez lui, délai fixé par la loi pour tous ceux qui veulent épouser une veuve ou une femme divorcée. Dieu lui répondit : Quel est donc le motif de cette prescription d’attendre trois mois ? N’est-ce pas pour que, dans le cas où la femme se trouve enceinte, l’on puisse savoir si l’enfant est du premier ou du second mari ? Or, je savais qu’Urie ne s’est jamais approché de sa femme ; et c’est pour cela que son nom s’écrit parfois « Uriyà » (אריה) et parfois « Uriyahou » (אוריהו), mot où l’on retrouve toutes les lettres formant mon nom (יהוה), afin d’indiquer qu’il n’a jamais cohabité avec sa femme. Douma répliqua : Maître de l’univers, si le fait que vous me communiquez est manifeste pour vous, est-ce qu’il l’était aussi pour David ? Donc, il devait attendre trois mois. Du reste, si David eût su qu’Urie n’avait jamais cohabité avec sa femme, il ne lui aurait pas dit : « Va t’en chez toi et lave tes pieds. »
Dieu répondit : « Certes, David ignorait ce fait ; mais pour ce qui est du délai de trois mois, David en fit passer un plus long entre le départ d’Urie et le jour où il fit venir Bethsabée chez lui ; il n’a pas seulement attendu trois mois, mais quatre. Il a été enseigné que le vingt-cinq Nissan David fit appeler tout Israël sous les armes. Et il se trouva le sept Sivan, avec Joab, au moment de la guerre avec les Ammonites. Il y resta les mois de Sivan, Tamouz, Ab, Eloul, et c’est le 24 Eloul seulement qu’il connut Bethsabée. Et c’est le jour de Kippour que Dieu lui pardonna. D’autres disent que c’est le 7 Adar que David appela les Israélites sous les armes. Ils se réunirent le 15 Iyar, et c’est le 15 Eloul qu’il connut Bethsabée. Et c’est le jour de Kippour que Nathan lui annonça : « Le Seigneur aussi a fait disparaître votre péché ; vous ne mourrez point. » Que signifient les mots « vous ne mourrez point » ? Vous ne mourrez point par la main de Douma. Enfin Douma s’écria : Maître de l’univers, j’ai encore un mot à dire au sujet de David. N’a-t-il pas prononcé sa propre condamnation en répondant au prophète Nathan : « Je jure au nom du Seigneur que celui qui a commis cette mauvaise action est digne de mort. » Donc, j’ai maintenant un pouvoir sur lui. Dieu lui répondit : Non, tu n’as aucun droit sur lui, car il s’est confessé à moi en disant : « J’ai péché contre le Seigneur », bien qu’en réalité il ne fût pas coupable. Son seul péché était d’avoir fait exposer Urie à la mort ; mais en expiation de ce péché, je l’ai puni en le faisant passer, dans l’Écriture, comme coupable, punition qu’il a acceptée avec résignation. Aussitôt que Dieu eut fini de parler, Douma retourna désappointé à son poste. C’est pourquoi David a dit : « Si le Seigneur ne m’eût assisté, peu s’en serait fallu que mon âme ne tombât à Douma. » Les mots « Si le Seigneur ne m’eût assisté » signifient : Si Dieu ne se fût institué mon défenseur.
(pas de titre de division : le texte commence au milieu de la section)
fient les mots « peu s’en serait fallu » ? David voulait dire qu’il s’en serait fallu, pour que son âme tombât entre les mains de Douma, d’un instant aussi court que celui pendant lequel l’homme le plus saint peut perdre son âme. C’est pourquoi l’homme doit se garder de ne jamais prononcer sa propre condamnation, à l’exemple de David, pour que Douma ne puisse la faire valoir comme preuve de la faute. Aussi l’Écriture dit-elle : « Ne dites pas devant l’ange : c’est ma faute », c’est-à-dire ne dites rien dont l’ange Douma puisse conclure à votre faute. L’Écriture a ajouté : « Pourquoi irriter Dieu contre tes paroles et faire détruire les ouvrages de tes mains », c’est-à-dire pourquoi irriter Dieu par votre propre condamnation, qui permettrait à Douma de vous considérer comme des hommes qui, ayant souillé leur corps, ont, par ce fait, détruit le sceau de l’alliance sacrée empreint sur une chair sainte. Les paroles « les ouvrages de tes mains » désignent le sceau de l’alliance sacrée. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Et le firmament publie les ouvrages de ses mains. » « Les ouvrages de ses mains », ce sont les hommes qui forment la suite de l’épouse céleste et dont les noms sont publiés par le firmament.
Qu’est-ce que l’Écriture entend par l’expression « firmament » ? C’est cette voûte éthérée ornée du soleil, de la lune, des étoiles et de toutes les constellations. Ce firmament constitue le livre de Dieu. Dans ce livre, Dieu inscrit les noms de tous les saints qui, durant leur vie, ont conservé intact le sceau de l’alliance sacrée. Cette inscription se fait à l’aide de la création de nouveaux astres ; l’arrivée de chaque âme nouvelle au ciel fait naître un astre nouveau. L’Écriture nous apprend donc que le firmament publie les noms des saints qui ont vécu dans la chasteté, afin que nous invoquions l’intercession de ces saints auprès de Dieu ; car Dieu les exauce toujours. L’Écriture continue : « Un jour annonce à un autre jour la Parole », c’est le jour le plus sacré des jours célestes du roi, qui loue ses compagnons et répète les paroles que chacun des doctes a dites à son compagnon. L’Écriture a ajouté : « Et une nuit apprend à l’autre nuit le Savoir », c’est-à-dire une nuit communique à l’autre le mystère de « savoir » qui — s’il est permis de s’exprimer ainsi — est né la nuit de l’union entre les époux célestes et qui éclaire toutes les intelligences. « Il n’y a point de discours, point de paroles qui y soient entendus », dit l’Écriture ; c’est-à-dire, il n’y a point de discours ni de paroles touchant les choses profanes qui parviennent jusqu’au Roi saint ; car il ne veut pas les entendre.
Puis l’Écriture ajoute : « Leur mesure s’est répandue sur toute la terre », c’est-à-dire les œuvres faites avec une mesure, c’est-à-dire les habitations célestes et les habitations terrestres ; et c’est à l’aide de ces paroles que furent créés les cieux et la terre. Et pour que l’on n’imagine pas que ces paroles ne sont qu’en un seul point, l’Écriture ajoute : « Et leurs paroles se font entendre d’un bout de l’univers à l’autre. » Mais puisque les cieux furent créés à l’aide de ces paroles, qui est-ce donc qui réside dans les cieux ? L’Écriture répond : « Il fit des cieux une tente pour le Soleil », c’est-à-dire le Soleil sacré a établi sa résidence dans les cieux qui lui servent de dais. Dès qu’il est dans les cieux et s’en pare, « il est comme un époux qui sort de dessous son dais ». Il se réjouit et il parcourt les cieux. De là il s’en va et monte dans une autre tour qui se trouve dans un autre endroit. Telle est la signification des paroles de l’Écriture : « Il sort de l’extrémité du ciel, et son orbite est à l’autre extrémité », c’est-à-dire il part du monde supérieur et arrive en ce bas monde. Le mot « Outhqouphatho » exprime l’idée de rondeur, c’est-à-dire la terre. C’est pour la même raison qu’on appelle la durée d’une année « thqouphath ha sanâ », parce que, dans cet espace de temps, la terre a vu tous les rayons de la circonférence solaire, qu’elle entoure de tous côtés. « Et il n’y a personne qui se cache à sa chaleur », dit l’Écriture. De même que le soleil, qu’il soit visible sur la terre ou non, ne cesse de chauffer celle-ci par ses rayons, de même il n’y a rien qui puisse se cacher de lui. Par le mot « sa chaleur », on désigne la doctrine ésotérique ; c’est pourquoi l’Écriture ajoute : « La loi du Seigneur est parfaite. » À partir de ce verset, l’Écriture répète six fois consécutives le nom (tétragramme) de « Jéhova » ; il y a en outre six versets depuis le commencement du chapitre jusqu’au verset précité. C’est pour nous indiquer le mystère renfermé dans le mot « Bereschith » qui a six lettres, « Bara sith », c’est-à-dire il créa les six. Car c’est par les six lettres du mot « Bereschith » que Dieu créa les cieux et la terre. C’est également pour cette raison qu’après le mot Bereschith toute l’œuvre de la création est exprimée en six mots : « Créa Dieu, les cieux et la terre. »
Pendant que Rabbi Siméon faisait cette conférence, Rabbi Éléazar, son fils, et Rabbi Abba venaient d’entrer. Rabbi Siméon leur dit : En vérité, la face de la « Schekhina » arrive ; c’est pourquoi je vous ai appelés « Peniél », parce que vous avez vu la « Schekhina » face à face. Et maintenant que je vous ai dévoilé le mystère renfermé dans les versets concernant Banaïas, fils de Joïada, qui désigne manifestement l’Ancien sacré ; et après vous avoir dévoilé le vrai sens du verset qui vient après et d’autres versets mystérieux, je vais vous donner également l’explication d’un autre passage biblique. Il commença : Il est écrit : « Et il tua l’Égyptien haut de cinq coudées. » Ce verset renferme le même mystère que nous avons indiqué précédemment au sujet de Banaïas, fils de Joïada. Par le mot « Égyptien », l’Écriture désigne celui dont nous avons parlé, c’est-à-dire Moïse. En disant qu’il était haut de cinq coudées, l’Écriture fait allusion au verset : « Moïse était devenu très grand dans toute l’Égypte, tant aux yeux des serviteurs de Pharaon que de tout son peuple. » Le mot « haut » désigne moins la hauteur du corps que l’élévation de l’âme ; c’est ainsi qu’il faut entendre la tradition qui dit qu’Adam mesurait en hauteur un nombre de coudées équivalent à celui qui sépare les deux extrémités de la terre. La tradition veut dire qu’Adam dominait toute la terre. De même, en disant que Moïse mesurait cinq coudées, l’Écriture entend que Moïse pratiquait les cinq vertus qui mènent à la perfection. L’Écriture ajoute : « Et l’Égyptien portait une lance comme la navette du tisserand. » L’Écriture fait allusion au sceptre de Moïse, sur lequel étaient gravées les lettres formant le nom sacré ; ces mêmes lettres, au nombre de quarante-deux, étaient gravées sur la navette de Beseléel, ainsi qu’il est écrit : « Il les remplit tous deux de sagesse, pour faire toutes sortes d’ouvrages qui peuvent se faire en bois, en étoffes de différentes couleurs et en broderie. » Les lettres formant le nom sacré se lisaient sur toutes les faces du sceptre de Moïse ; chacune des quarante-deux lettres répandait une lumière d’une couleur différente. Le reste du verset a déjà été expliqué précédemment. Heureux le sort de Moïse. Venez, chers amis, venez et laissons-nous émettre des idées nouvelles relatives à la doctrine ésotérique, idées qui formeront les joyaux de l’épouse céleste ; car, quiconque suivra l’épouse céleste durant cette nuit de l’union, sera préservé de tout mal au ciel et sur la terre à jamais ; il jouira de la paix céleste jusqu’à la consommation des temps, ainsi qu’il est écrit : « L’ange du Seigneur environnera ceux qui le craignent, et il les délivrera. Goûtez, et voyez combien le Seigneur est doux ; heureux l’homme qui espère en lui ! »
Rabbi Siméon ouvrit une de ses conférences par l’exorde suivant : Il est écrit : « Au commencement créa Dieu. » Ce verset demande méditation. Quiconque dit qu’il y a un autre Dieu s’exclut de tous les mondes, ainsi qu’il est écrit : « Vous leur parlerez de la sorte : Les dieux qui n’ont point fait les cieux et la terre seront exterminés de la terre et périront sous les cieux ; cela. » Car il n’y a point d’autres dieux hors du Saint, béni soit-il, qui est le Dieu unique. Ce verset est rédigé dans l’Écriture, en langue chaldaïque, sauf le dernier mot « cela » (Éléh), qui est écrit en langue hébraïque. Pourquoi ? On pourrait répondre que le verset a été rédigé en langue chaldaïque afin qu’il ne soit pas compris des anges qui ne comprennent pas cette langue. Mais pourquoi ne pas l’avoir rédigé en langue hébraïque, pour que les anges le comprennent et témoignent de l’unité de Dieu ? La vraie raison pour laquelle ce verset a été rédigé en langue chaldaïque est celle-ci : « Afin que les anges ne portassent pas envie aux hommes et ne leur fissent pas de mal. » Car, par l’expression « les dieux qui n’ont point fait les cieux et la terre », l’Écriture désigne certains anges qui, révoltés contre le ciel, se font passer pour des dieux. L’Écriture se sert du mot « arqa » pour désigner la terre, alors que la terre, en langue chaldaïque, est appelée « area ». Pourquoi ? C’est pour faire allusion à « Arqa », qui est une des sept terres existantes en bas ; là habitent les petits-fils de Caïn. Après avoir été chassé de la terre, Caïn descendit à « Arqa », où il engendra des enfants. Caïn se trouva soudainement sur « Arqa », sans savoir par qui il y avait été transporté. La terre « Arqa » est formée de deux parties, dont l’une est constamment inondée de lumière, et l’autre toujours plongée dans les ténèbres. Il y a là deux chefs, dont l’un règne sur la partie éclairée, et l’autre sur la partie privée de lumière. Ces deux chefs étaient constamment en guerre l’un contre l’autre. À l’époque où Caïn descendit à « Arqa », il opéra l’union de ces deux chefs, en complétant l’un par l’autre. C’est sous cette forme unie qu’ils s’aperçurent que c’est à Caïn qu’ils devaient leur existence, et que, partant, ils étaient ses en-
C’est pourquoi, bien qu’unis, ils ont deux têtes, comme s’ils avaient deux corps. Au lieu d’être réparties entre les deux différentes parties de l’« Arqa », la lumière et les ténèbres se succèdent alternativement sur l’« Arqa » ; seulement, quand il fait jour, c’est la tête du chef de la partie de l’« Arqa » précédemment toujours éclairée qui domine ; et quand il fait nuit, c’est la tête de l’autre chef qui domine. Ce changement dans la répartition de la lumière et des ténèbres sur l’« Arqa » est survenu à la suite de l’union des deux chefs en un seul. Mais ces deux têtes étant réunies sur un seul corps, il s’ensuit que la lumière n’est pas pure de tout alliage ténébreux, et les ténèbres ne sont pas entièrement dépourvues de lumière. Ainsi furent unis ces deux chefs, dont l’un s’appelle « Aphrira » et l’autre « Qastimon ». Avant leur union, ils étaient semblables aux anges, pourvus de six ailes ; l’un avait la forme d’un bœuf, l’autre celle d’un aigle. Quand ils furent réunis ensemble, ils prirent la forme d’un homme, et c’est sous cette forme qu’ils engendrèrent d’autres êtres semblables à eux. Lorsqu’ils se trouvent dans les ténèbres, ils se métamorphosent en un serpent à deux têtes ; ils rampent comme un serpent ; ils se plongent dans le grand océan et descendent à l’Abîme, séjour des démons. Lorsqu’ils atteignent le repaire d’« Aza » et d’« Azaël », ils irritent ceux-ci et les narguent au point de leur faire prendre la fuite. « Aza » et « Azaël » se sauvent vers les montagnes obscures, craignant que l’heure ne soit déjà venue de rendre compte de leur conduite au Saint, béni soit-il.
Les deux chefs traversent ensuite le grand océan à la nage, s’élèvent dans les airs et vont visiter, pendant la nuit, « Naàmâ », la mère des démons, celle qui a séduit les premiers anges. Celle-ci parcourt d’un bond six mille parasanges, en prenant successivement diverses formes humaines, pour séduire et corrompre les hommes. Les deux chefs s’élèvent enfin dans les airs, parcourent toute la terre et retournent à « Arqa », où ils vont exciter les petits-fils de Caïn, en leur suggérant des pensées de luxure, à engendrer dans le péché. Vue de l’« Arqa », la disposition des constellations est différente de celle que nous apercevons de notre terre. Les saisons des semailles et des récoltes y sont également différentes des nôtres ; elles ne s’y renouvellent qu’au bout d’un nombre considérable d’années et de siècles. En disant : « Les dieux qui n’ont point fait les cieux et la terre seront exterminés de la terre et périront sous les cieux ; cela », l’Écriture veut dire que les deux chefs de l’« Arqa », qui se font passer pour des dieux, mais qui, en vérité, n’ont point fait ni les cieux ni l’« Arqa », seront exterminés de la terre, c’est-à-dire de notre terre appelée « Thèbel », et qui est supérieure aux six autres. Par les mots « seront exterminés », l’Écriture entend que ces deux chefs n’auront aucun pouvoir sur les habitants de notre terre, qu’ils ne pourront plus parcourir les régions placées sous nos cieux, c’est-à-dire les régions d’où la disposition des constellations paraît exactement telle que nous la voyons de notre terre, qu’ils seront enfin impuissants à souiller les corps des hommes, en provoquant, pendant la nuit, chez ceux-ci, des pertes séminales. Et l’Écriture ajoute : « Cela », c’est-à-dire le bannissement de ces deux chefs s’opérera par « Cela » (Éléh), au nom de qui les cieux et la terre furent créés, ainsi que nous l’avons déjà dit précédemment. C’est pourquoi ce verset biblique a été rédigé en langue chaldaïque, afin que les anges supérieurs ne se méprissent sur le mot « dieux » et ne crussent que ce mot les désignât ; car ils n’auraient pas manqué, dans ce cas, de requérir contre les humains. C’est pourquoi également le mot « Cela » (Éléh) est écrit en langue hébraïque, parce qu’il désigne le nom sacré, qui ne peut pas se traduire en langue chaldaïque, s’écrivant identiquement dans toutes les langues.
Rabbi Éléazar dit à son père : « Que signifient les paroles de l’Écriture : “Qui ne te craindra, ô Roi des gentils ? Pourtant, tout t’appartient.” Quel éloge est-ce d’être le roi des gentils ? »
Rabbi Siméon lui répondit : « Sache, Éléazar mon fils, sache que ce verset a été interprété de diverses façons ; mais il est certain qu’aucune des interprétations données ne correspond au sens véritable de l’Écriture ; et ce qui le prouve, c’est la suite du verset : “Car, parmi tous les sages des gentils et parmi tous leurs royaumes, nul n’est semblable à toi.” Ce verset a pour but de fermer la bouche aux coupables qui s’imaginent que le Saint, béni soit-il, ne connaît rien de leurs pensées et de leurs méditations. Aussi le moment me semble-t-il opportun de te faire connaître leur démence.
« Un philosophe des gentils vint un jour me trouver et me dit : “Vous dites que votre Dieu réside au plus haut des deux et qu’aucune légion d’anges ne peut l’approcher, ni connaître son essence. Or, le verset : ‘Car, parmi tous les sages des gentils et parmi tous leurs royaumes, nul n’est semblable à toi’, n’exprime pas une glorification digne d’un tel Dieu ; car quelle gloire est-ce pour un Dieu de ne pas trouver parmi les hommes, êtres périssables, quelqu’un qui lui soit semblable ? En outre, vous enseignez que de ce que l’Écriture dit : ‘Il ne s’éleva plus dans Israël de prophète semblable à Moïse’, on peut conclure que c’est seulement parmi Israël que Moïse n’avait pas son semblable, mais qu’il l’avait bien parmi les autres peuples du monde. Or, faisant valoir une pareille façon de déduction, je pourrais conclure du verset de Jérémie précité que ce n’est que parmi les sages des gentils que Dieu n’a pas son semblable, mais qu’il l’a bien parmi les sages d’Israël ; il s’ensuivrait que parmi ces derniers il y a des sages semblables à Dieu ; donc celui-ci ne serait plus le maître ! Examine ce verset et tu verras que j’argumente judicieusement.”
« Je répondis à ce philosophe : “En effet, tu as raison de dire que parmi les sages d’Israël il y en a qui sont semblables à Dieu. Qui ressuscite les morts ? N’est-ce pas le Saint, béni soit-il ? Et pourtant Élie et Élisée ont ressuscité des morts. Qui fait pleuvoir ? N’est-ce pas le Saint, béni soit-il ? Et pourtant, grâce à la prière, Élie put empêcher la pluie et la faire tomber ensuite. Qui a créé les cieux et la terre ? N’est-ce pas le Saint, béni soit-il ? Et pourtant ce fut Abraham qui les fit subsister, grâce à son mérite. Qui règle le cours du soleil ? N’est-ce pas le Saint, béni soit-il ? Et pourtant Josué fit taire le soleil et lui ordonna de s’arrêter, ainsi qu’il est écrit : ‘Et le soleil se tut et la lune s’arrêta.’ Le Saint, béni soit-il, décrète des châtiments, et Moïse aussi en décréta un certain nombre, et ces décrets se réalisèrent. En outre, le Saint, béni soit-il, décrète des châtiments, et les Justes d’Israël en détournent l’effet, ainsi qu’il est écrit : ‘La domination appartient à l’homme ; le Juste domine la crainte du Seigneur.’ Il y a plus ; Dieu lui-même commande aux Justes d’Israël de marcher dans sa voie et de s’assimiler à lui en tout.”
« Après cet entretien, ce philosophe, me quittant, alla se convertir dans le village de Sehalim, où on le dénomma Yossé Qatina (l’Humble). Dans ce village, ce philosophe s’appliqua à l’étude de la doctrine et devint un des sages et des méritants de la contrée.
« Maintenant revenons à examiner le verset précité, qui offre d’autant plus de difficultés que l’Écriture même dit ailleurs : “Tous les gentils du monde sont devant lui comme s’ils n’étaient point, et il les considère comme un vide et comme un néant.” Quelle gloire est-ce donc pour Dieu de ne pas trouver son semblable parmi les sages des gentils ? Et, en outre, que signifient les paroles : “Qui ne te craindra, ô Roi des gentils ?” Dieu est-il donc le roi des gentils, et non pas le roi d’Israël ? Mais
la vérité est que partout, le Saint, béni soit-il, veut être glorifié par Israël, et n’attache son nom qu’à Israël seul, ainsi qu’il est écrit : « Le Dieu d’Israël, le Dieu des Hébreux », et ailleurs : « Voici ce que dit le Seigneur, le Roi d’Israël. » Ainsi Dieu est appelé Roi d’Israël. Mais les autres peuples du monde disent : Nous avons d’autres patrons au ciel, attendu que le Roi des Israélites ne règne que sur ceux-ci seuls, et non sur nous. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Qui ne te craindra, Roi des gentils », c'est-à-dire quel est ce roi des gentils qui ne te craindra pas ? L’Écriture fait allusion aux grands chefs célestes qui régissent les gentils. Car il y a au ciel quatre anges régnant, qui gouvernent tous les autres peuples ; mais, malgré cela, il ne leur est pas permis d’accomplir le moindre acte sans que celui-ci leur ait été commandé, ainsi qu’il est écrit : « Tous les habitants de la terre sont devant lui comme un néant ; et à l’aide des armées célestes, il accomplit tout ce qui lui plaît parmi les habitants de la terre. » Par l’expression « les sages des gentils », l’Écriture désigne les chefs célestes des gentils, dont émane toute la sagesse des gentils ; et par l’expression « parmi tous leurs royaumes », l’Écriture désigne également ces règnes des chefs des gentils, ainsi que nous venons de le dire. Tel est le sens du verset précité. J’ai trouvé dans les livres anciens le passage suivant : « Bien que les chefs célestes aient sous leurs ordres des légions et des armées d’anges chargés chacun d’une mission particulière sur la terre, il n’y en a aucun qui soit semblable à vous, ô Seigneur ; car vous êtes manifeste en haut et manifeste dans votre œuvre. » Telle est la signification des paroles « nul n’est semblable à toi », c'est-à-dire, nul n’est semblable au Mystérieux sacré, qui fasse en sorte d’être en même temps aux cieux et sur la terre. Nul n’est semblable à toi, ô Seigneur, dans toute cette œuvre sublime établissant le Roi saint aux cieux et sur la terre. Car, des chefs des gentils, il est dit : « Ils sont le néant, et leurs ouvrages les plus estimés ne serviront de rien. » Du Saint, béni soit-il, l’Écriture dit : « Au commencement. Dieu créa les cieux et la terre » ; tandis que, de leur règne, l’Écriture dit : « Et la terre était informe et chaotique. »
Rabbi Siméon dit à ses collègues : À l’occasion de l’union céleste, que chacun de vous pare l’épouse céleste d’un joyau. S’adressant ensuite à Rabbi Éléazar, son fils, il lui dit : Éléazar, offre une parure à l’épouse céleste en récompense de quoi tu seras jugé digne, demain, de contempler l’épouse céleste lorsque, accompagnée des hymnes et des louanges de sa suite céleste, elle se rendra sous le dais nuptial. Rabbi Éléazar commença de cette façon : Il est écrit : « Qui est celle-ci qui s’élève du désert ? » Les mots « qui » et « celle-ci » désignent les deux saintes hypostases qui sont unies par un trait d’union unique, par un lien unique ; et ce trait d’union, ce lien, c’est l’hypostase appelée « Holocauste » (Olâ) ; car le mot « Olâ », qui signifie au sens littéral « s’élève », désigne en réalité l’« Olâ » (Holocauste) proprement dit, qui est le Saint des saints. Ainsi « Qui » (Mi) s’unit à « Celle-ci » (Zoth), pour que « Holocauste » (Olâ), qui est le Saint des saints, vienne du désert ; car c’est du désert que, selon la tradition, cette épouse céleste doit venir en se rendant sous le dais nuptial. Les paroles de l’Écriture « Olâ min ha-midbar », qui signifient, d’après le sens littéral, « s’élève du désert », ont encore un autre sens analogique. « Olâ » (Holocauste) est fait de « Midbar » (Verbe) ; car le mot « Midbar » signifie aussi le Verbe, ainsi qu’il est écrit : « Ton Verbe (midbarekh) est agréable. » L’Écriture nous apprend que le Verbe sorti de la bouche de Dieu est devenu Holocauste (Olâ).
Nous avons appris par la tradition ce qui suit : Que signifient les paroles de l’Écriture : « Qui nous sauvera de la main de ce Dieu puissant ? C’est ce Dieu qui a frappé l’Égypte de tant de plaies dans le désert (ba-midbar). » Pourquoi dans le désert ? Est-ce dans le désert que le Saint, béni soit-il, frappa les Égyptiens de plaies ? C’était pourtant dans leur propre pays que les Égyptiens furent frappés de plaies. Le mot « ba-midbar »

Source Sepher ha-Zohar, tome I, trad. Jean de Pauly (1906), archive.org SepherHaZoharLeLivre1 (OCR corrigé) · Sommaire