D’autres expliquent la composition de ces noms ainsi : Dieu prit « Mi » et, l’ajoutant à « Éléh », forma Élohim, puis il prit « Ma » et, l’ajoutant à « Eber », en forma Abraham. Et voici l’explication du verset cité : Éléh (Cela) a produit les enfants du ciel et de la terre, behibaram, c’est-à-dire lorsque le nom d’Abraham fut créé. Et ce n’est qu’à partir de ce jour que le nom saint fut complet, comme il est dit : « Du jour où Élohim-Dieu créa le ciel et la terre. »
Rabbi Hiyâ se prosterna et, baisant la terre, il s’écria en pleurant : Ô terre, terre, combien tu es opiniâtre et insolente, de réduire en poussière ceux qui ont fait les charmes des yeux ; tu consumes et anéantis toutes les colonnes magnifiques du monde ; ô combien tu es insolente ! La lampe sainte (Rabbi Siméon) qui, jadis, éclairait tout le monde, et grâce au mérite de laquelle le monde existe, est réduite en poussière par toi. Ô Rabbi Siméon ! Comment se peut-il que toi, qui es le phare éclairant les mondes, toi qui soutiens et gouvernes le monde, tu sois réduit en poussière dans la terre ? Après un moment de silence et d’anéantissement, Rabbi Hiyâ reprit : Ô terre, terre ! Ne t’enorgueillis pas ; les colonnes du monde ne seront pas livrées à ta voracité, puisque Rabbi Siméon n’est pas réduit en poussière dans ton sein.
Rabbi Hiyâ se prosterna et, baisant la terre, il s’écria en pleurant : Ô terre, terre, combien tu es opiniâtre et insolente, de réduire en poussière ceux qui ont fait les charmes des yeux ; tu consumes et anéantis toutes les colonnes magnifiques du monde ; ô combien tu es insolente ! La lampe sainte (Rabbi Siméon) qui, jadis, éclairait tout le monde, et grâce au mérite de laquelle le monde existe, est réduite en poussière par toi. Ô Rabbi Siméon ! Comment se peut-il que toi, qui es le phare éclairant les mondes, toi qui soutiens et gouvernes le monde, tu sois réduit en poussière dans la terre ? Après un moment de silence et d’anéantissement, Rabbi Hiyâ reprit : Ô terre, terre ! Ne t’enorgueillis pas ; les colonnes du monde ne seront pas livrées à ta voracité, puisque Rabbi Siméon n’est pas réduit en poussière dans ton sein.
Rabbi Hiyâ se leva et, continuant à pleurer, il se remit en route en compagnie de Rabbi Yossé. À partir de ce jour il jeûna quarante jours, afin de voir Rabbi Siméon. Il lui fut répondu : Tu n’es pas digne d’une telle vision. Il se mit à pleurer et jeûna quarante autres jours. Alors Rabbi Siméon ainsi que son fils Rabbi Éléazar lui apparurent en vision. Ils étaient occupés à interpréter le verset biblique précité ; plusieurs milliers d’auditeurs étaient attentifs à leurs paroles. Pendant ce temps, il vit arriver de nombreux anges ailés qui, prenant Rabbi Siméon et son fils Rabbi Éléazar sur
leurs ailes, s’élevèrent dans les airs et se rendirent à l’école céleste. Tous ces anges ailés les attendaient à la porte de l’école. Il vit aussi que les anges prenaient alors des couleurs de plus en plus brillantes et répandaient autour d’eux une lumière plus éclatante que la lumière du soleil. Rabbi Siméon prit le premier la parole et dit : « Que Rabbi Hiyâ entre ici et voie combien grandes sont les joies que le Saint, béni soit-il, a réservées pour réjouir les Justes dans le monde futur. Heureux celui qui entre ici sans honte, et heureux celui qui arrive à ce monde ferme comme une colonne sans défaillance. »
leurs ailes, s’élevèrent dans les airs et se rendirent à l’école céleste. Tous ces anges ailés les attendaient à la porte de l’école. Il vit aussi que les anges prenaient alors des couleurs de plus en plus brillantes et répandaient autour d’eux une lumière plus éclatante que la lumière du soleil. Rabbi Siméon prit le premier la parole et dit : « Que Rabbi Hiyâ entre ici et voie combien grandes sont les joies que le Saint, béni soit-il, a réservées pour réjouir les Justes dans le monde futur. Heureux celui qui entre ici sans honte, et heureux celui qui arrive à ce monde ferme comme une colonne sans défaillance. »
Voyant Rabbi Éléazar et les autres colonnes (Justes) se lever à son entrée, il se troubla et alla s’asseoir aux pieds de Rabbi Siméon. Une voix fit alors retentir ces paroles : « Baisse les yeux, ne lève point la tête et ne regarde pas. » Il vit à ce moment une lumière éclairant au loin. Et une voix céleste retentit de nouveau et fit entendre ces mots : « Êtres célestes, bien que cachés et invisibles, qui avez les yeux ouverts et parcourez le monde entier, regardez et voyez. Vous, êtres d’en bas, qui êtes plongés dans le sommeil, réveillez-vous. Vous qui, avant de monter ici, aviez transformé l’obscurité en clarté et l’amer en doux ; vous tous qui, durant votre vie, aviez espéré après la lumière qui se répandra à l’époque où le Roi visitera sa biche, par laquelle il sera glorifié et appelé le Roi de tous les rois du monde. Mais ceux qui, durant leur passage sur la terre, n’ont pas espéré après cette lumière n’ont aucune part ici. »
En même temps, il aperçut plusieurs de ses collègues qui faisaient cercle autour des (saints) colonnes du monde. Il en vit monter dans l’école céleste ; les uns y montaient, les autres en descendaient. En tête de tous, il vit arriver le chef des anges ailés (Metatron), qui disait avoir entendu derrière le trône de Dieu que le Roi visite chaque jour sa biche et se souvient qu’elle est abaissée jusqu’à terre. Le Roi frappe les trois cent quatre-vingt-dix cieux qui s’ébranlent tous et tremblent d’effroi. Là-dessus, le Roi verse des larmes brûlantes comme le feu, qui tombent dans le grand océan. Ce sont ces larmes qui ont fait naître l’ange préposé à la mer et qui le font subsister. Il sanctifie le nom du Roi saint et s’engage à absorber toutes les eaux de la création et à les réunir dans son intérieur, à l’époque où se réuniront tous les peuples de la terre contre le peuple sacré. À cette époque, les eaux de la mer tariront et l’océan sera traversé à sec.
Pendant le temps que le chef des anges ailés parlait ainsi, Rabbi Hiyâ entendit une voix céleste prononcer les paroles suivantes : « Faites place, faites place, car le Roi-Messie arrive à l’école de Rabbi Siméon. » Tous les bienheureux présents à l’école de Rabbi Siméon sont des chefs d’écoles ; et ce n’est qu’après avoir accompli leur mission comme chefs d’écoles qu’ils sont autorisés à monter, en qualité d’auditeurs, à l’École supérieure de Rabbi Siméon. Le Messie visite toutes les écoles célestes et écoute les explications des mystères données par les docteurs de la loi.
Au même instant, le Messie entra, portant plusieurs couronnes célestes que les chefs d’écoles lui avaient mises sur la tête. Tous les docteurs de la loi présents, ainsi que Rabbi Siméon, se levèrent, et la lumière que ce dernier répandait s’éleva jusqu’au faîte des cieux. S’adressant à Rabbi Siméon, le Messie dit : « Maître, tu es favorisé par le ciel ; car les mystères que tu énonces montent vers Dieu sous la forme de trois cent et soixante-dix lumières ; et chacune de ces lumières se subdivise en six cent treize motifs qui se baignent dans des fleuves de baume pur. Le Saint, béni soit-il, ne visite que trois écoles célestes, pour y écouter les explications des mystères : la tienne, celle d’Ézéchias, roi de
Au même instant, le Messie entra, portant plusieurs couronnes célestes que les chefs d’écoles lui avaient mises sur la tête. Tous les docteurs de la loi présents, ainsi que Rabbi Siméon, se levèrent, et la lumière que ce dernier répandait s’éleva jusqu’au faîte des cieux. S’adressant à Rabbi Siméon, le Messie dit : « Maître, tu es favorisé par le ciel ; car les mystères que tu énonces montent vers Dieu sous la forme de trois cent et soixante-dix lumières ; et chacune de ces lumières se subdivise en six cent treize motifs qui se baignent dans des fleuves de baume pur. Le Saint, béni soit-il, ne visite que trois écoles célestes, pour y écouter les explications des mystères : la tienne, celle d’Ézéchias, roi de
Juda et celle d’Ahias de Silo. Aussi ne suis-je entré ici écouter tes explications des mystères que parce que j’y ai vu pénétrer le chef des anges ailés, car je sais que ce chef n’entre dans aucune autre école, sauf la tienne. Lorsque le Messie cessa de parler, Rabbi Siméon lui rapporta le serment prononcé par le chef des anges ailés. Le Messie trembla et éleva la voix avec une telle force que les cieux, le grand océan et le léviathan en furent ébranlés ; et il semblait un moment que le monde allait s’effondrer. À ce moment, le Messie, apercevant Rabbi Hiyâ assis aux pieds de Rabbi Siméon, s’écria : Qui est-ce qui a introduit dans ce monde céleste un homme habillé d’un vêtement de ce monde terrestre ? Rabbi Siméon répondit : C’est Rabbi Hiyâ, le flambeau de la Loi. S’il en est ainsi, dit le Messie, qu’il entre, lui ainsi que son fils, pour pouvoir faire partie de ton école. Rabbi Siméon répliqua : Qu’on lui accorde un délai. On lui accorda un délai et il quitta le ciel en tremblant, les yeux pleins de larmes. Rabbi Hiyâ fut vivement ému, et il s’écria en pleurant : Heureux le sort des Justes dans le monde céleste, et heureux le sort du fils de Jochal qui a mérité tant de gloire. C’est à lui que font allusion les paroles de l’Écriture : « Je marche dans les voies de la justice au milieu des sentiers de la prudence, pour enrichir ceux qui m’aiment et pour remplir leurs trésors. » Sentant sa fin prochaine, Rabbi Hiyâ prononça ces paroles : « O mon âme, retourne à ta demeure. Divine étincelle d’une flamme céleste, quitte ce corps mortel et vil. Jouet de la crainte, de l’espérance et de la douleur, il est temps que tu t’élèves vers les régions de la vie. J’entends déjà la voix harmonieuse des anges qui appelle mon âme. Je me trouble, ma force me quitte, ma vue s’éteint, je cesse de respirer. La terre disparaît sous mes pieds et le ciel s’ouvre à mes yeux ; mes oreilles sont frappées du chant des anges ailés. Que vois-je ? Quel est cet arbre magnifique, resplendissant de lumière et embaumant la voûte azurée, et au sommet duquel vient de descendre la colombe céleste ? Je le reconnais ; c’est le Messie-Roi, que j’ai déjà vu à l’école céleste de Rabbi Siméon. O ailés ! prêtez-moi vos ailes, pour que je monte d’un vol plus rapide vers le Messie-Roi. Quoi ! mon âme, est-ce là mourir ? O quelle folie que de craindre un pareil ravissement ! O sépulcre, où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ? » Rabbi Hiyâ cessa de parler, et son âme s’envola.
Il est écrit : « Au commencement. » Rabbi Siméon ouvrit une de ces conférences par l’exorde suivant : « J’ai mis mes paroles dans ta bouche et je t’ai mis à couvert sous l’ombre de ma main, afin d’établir des cieux et de fonder la terre. » Ces paroles de l’Écriture nous font voir combien il importe à l’homme de s’appliquer jour et nuit à l’étude de la doctrine ésotérique. Car le Saint, béni soit-il, écoute la voix de ceux qui s’appliquent à l’étude de la doctrine ésotérique et crée un ciel nouveau à l’aide de chaque mot comportant une idée nouvelle dans l’explication de cette doctrine. Nous avons appris qu’au moment où la parole renfermant une idée nouvelle concernant la doctrine sort de la bouche de l’homme, cette parole s’élève et comparaît devant le Saint, béni soit-il ; et le Saint, béni soit-il, la saisit, la baise et la pare de soixante-dix couronnes composées de lettres gravées dans le nom divin. Mais la parole renfermant une explication nouvelle de la Sagesse mystique (Hokmâ) va se placer sur la tête du Juste, vivant de toute éternité ; et, de là, elle s’envole, parcourt soixante-dix mille mondes et monte auprès de l’Ancien des temps. Or,
comme toutes les paroles de l’Ancien des temps sont de la Sagesse mystique et sont dans les trésors cachés, la parole prononcée par l’homme et renfermant une idée nouvelle concernant la doctrine ésotérique va se réunir aux paroles de l’Ancien des temps. Elle prend son vol ensuite et monte dans les dix-huit mondes mystérieux dont il est dit dans l’Écriture : « L’œil n’a point vu, hors vous seul, ô Dieu ! » Elles sortent de là, volent et viennent pleines et complètes devant l’Ancien des jours. Alors Celui-ci flaire cette parole qui lui plaît plus que tout le reste ; il la prend et la pare de trois cent et soixante-dix mille couronnes. La parole s’envole alors hors de la présence de l’Ancien des temps, et en redescendant, elle devient un ciel. Et ainsi, toutes les paroles renfermant des idées nouvelles concernant la doctrine ésotérique et conçues par l’homme se métamorphosent en autant de cieux nouveaux fermement établis devant l’Ancien des temps, qui les nomme « Cieux nouveaux », c’est-à-dire cieux créés à l’aide d’idées nouvelles émanant de la science ésotérique. Quant aux paroles renfermant des idées nouvelles concernant la doctrine ésotérique, aussitôt sorties de la bouche de l’homme, elles paraissent devant l’Ancien des temps et, sortant de là, elles se métamorphosent en autant de « terres de vie » ; mais, au lieu de former divers corps séparés, elles s’unissent en un seul corps au moment où elles quittent le séjour céleste du Saint, béni soit-il, et enveloppent notre terre unique, qui se trouve ainsi renouvelée et recréée, grâce à une parole renfermant une idée nouvelle concernant la doctrine ésotérique. C’est à ces cieux nouveaux que font allusion les paroles de l’Écriture : « Car comme les cieux nouveaux et la terre nouvelle que je crée subsistent devant moi, dit le Seigneur, ainsi subsisteront vos descendants et votre nom. » L’Écriture ne dit point : « que j’ai créés », au passé, mais « que je crée », parce que la création continue et le renouvellement de la terre est ininterrompu, grâce aux paroles prononcées par l’homme, qui renferment des conceptions nouvelles touchant la doctrine. Tel est également le sens du verset précité de l’Écriture : « J’ai mis mes paroles dans ta bouche, et je t’ai mis à couvert sous l’ombre de ma main, afin d’établir des cieux et de fonder la terre. » L’Écriture ne dit point : afin d’établir « les cieux », c’est-à-dire déjà existants, mais « des cieux », c’est-à-dire nouveaux. Rabbi Éléazar demanda à Rabbi Siméon : Que signifient les paroles de l’Écriture : « et je t’ai mis à couvert sous l’ombre de ta main » ? Rabbi Siméon lui répondit : Au moment où Moïse reçut, au mont Sinaï, la Loi, plusieurs centaines de mille d’anges célestes, jaloux de la faveur que Dieu daignait accorder à Moïse, s’apprêtaient à brûler celui-ci au moyen de leur souffle brûlant, lorsque Dieu le couvrit pour le protéger. Chaque fois que la parole de l’homme monte vers le Saint, béni soit-il, celui-ci la couvre et protège celui qui l’a dite, pour que les anges ne soient pas jaloux de cet homme. Il la couvre ainsi jusqu’à ce qu’elle soit devenue ciel nouveau ou terre nouvelle ; voilà pourquoi il est dit : « Je t’ai abrité sous l’ombre de ma main pour établir un ciel et fonder une terre. » Il résulte de là que toute parole qui est cachée au regard a une utilité supérieure ; c’est ce que disent les mots : « Je t’ai abrité sous l’ombre de ma main. » Et pourquoi est-elle ainsi couverte et soustraite aux regards ? Pour une utilité supérieure, comme il est écrit : « Pour établir un ciel et fonder une terre. » C’est d’ailleurs ce qu’on a déjà dit. L’Écriture ajoute : « et pour dire à Sion : vous êtes mon peuple. » Ce n’est pas « Ammi » qu’il faut lire, mais « Immi » : vous devenez mes associés ; de même que moi je crée des cieux par ma parole, ainsi qu’il est écrit : « C’est par la parole du Seigneur que les cieux ont été faits », de même vous créez des cieux nouveaux. Heureux le sort de ceux qui se consacrent à l’étude de la doctrine ésotérique !
Mais que l’on ne pense pas que toute parole renfermant une idée nouvelle relative à la doctrine ésotérique crée un ciel nouveau, alors même qu’elle émane d’un ignorant. Remarquez que toute parole qui sort de la bouche d’un homme non initié dans la doctrine s’envole, si elle est inexacte. Alors le démon appelé le « rusé aux paroles mensongères » va à elle du fond de l’abîme et s’avance de cinq cents lieues à sa rencontre, s’en empare, redescend au fond de l’abîme et y crée, à l’aide de cette parole, un ciel de mensonges, appelé « Tohou ». Le démon parcourt ensuite ce ciel, dont l’étendue est de six mille parasanges, en un clin d’œil. Lorsque ce ciel est affermi, il en sort la femelle des démons, appelée « femme luxurieuse », à laquelle il s’unit. Après cette union, la femelle quitte le fond de l’abîme et tue des milliers et des centaines de milliers d’hommes ; car tant que le ciel de mensonges existe, la femelle des démons a le pouvoir de parcourir la terre en un instant. C’est pourquoi l’Écriture dit : « Malheur à vous qui tirez l’iniquité (Avon) à l’aide des cordes du mensonge et qui tirez après vous le péché (Hataah) comme les traits emportent le chariot. » « Avon » (= Iniquité), qui est du genre masculin, désigne le démon qui attire à lui la parole de l’ignorant à l’aide du ciel des mensonges. « Hataah » (= Péché), qui est du genre féminin, désigne la femelle du démon, qui attire à elle les hommes par le péché et les tue ensuite. Telle est aussi la signification des paroles de l’Écriture : « Car elle a blessé et renversé plusieurs », c’est-à-dire la Hataah a blessé plusieurs hommes par le péché et les a tués ensuite. Et qui est-ce qui cause tant de malheurs ? C’est un disciple qui prononce des sentences sans être arrivé au grade de maître ; que Dieu nous en préserve.
S’adressant à ses auditeurs, Rabbi Siméon dit : Je vous prie de ne jamais prononcer une parole touchant la doctrine, sans être tout à fait certains de son exactitude et sans l’avoir déjà entendue d’un arbre puissant, c’est-à-dire d’un maître éminent, afin de ne pas être la cause que la Hataah tue, par le péché, tant de légions d’hommes. Tous les auditeurs s’écrièrent alors à l’unisson : Que Dieu nous en préserve, que Dieu nous en préserve !
Remarquez que c’est par la doctrine que le Saint, béni soit-il, a créé le monde, ainsi qu’on l’a déjà déduit du verset : « J’étais avec lui et je réglais toute chose ; j’étais chaque jour dans ses délices. » Le Saint, béni soit-il, examina d’abord la doctrine, une fois, deux fois, trois fois et quatre fois ; ensuite il la prononça ; et enfin il s’en servit pour créer. Dieu agissait ainsi afin d’apprendre aux hommes que l’on doit examiner attentivement la doctrine ésotérique avant de l’enseigner, pour éviter toute erreur, ainsi qu’il est écrit : « C’est alors qu’il l’a vue, qu’il l’a découverte, qu’il l’a préparée et qu’il en a sondé la profondeur, et il dit à l’homme, etc. » Dans ce verset, on trouve quatre termes : vue, découverte, préparée et sondé, qui correspondent aux quatre mots du commencement de la Genèse, précédant les mots « cieux et terre », c’est-à-dire aux quatre mots : « Au commencement créa Dieu les… » Ce nombre de quatre correspond aux quatre examens auxquels le Saint, béni soit-il, a soumis la doctrine avant de s’en servir pour opérer l’œuvre de la création.
Rabbi Éléazar allait une fois rendre visite à Rabbi Yossé, fils de Rabbi Siméon, fils de Laqounya, son beau-père. Il fit ce voyage accompagné de Rabbi Abba et suivi d’un porteur. S’adressant à Rabbi Éléazar, Rabbi Abba dit : Prenons la doctrine pour sujet de notre conversation, puisque le temps et le lieu s’y prêtent.
Rabbi Éléazar commença ainsi : Il est écrit : « Observez mes Sabbats. » Remarquez que le Saint, béni soit-il, a opéré l’œuvre de la création en six jours, dont chacun constituait une période distincte dans la création. Mais quel était le premier jour qui marqua la phase de la fécondité de cette création ? C’était le quatrième jour. Car tout ce qui a été créé pendant les trois jours précédents ne formait qu’une œuvre cachée. Ce n’est qu’au quatrième jour que la fécondité des créations précédentes s’est mani
Rabbi Éléazar commença ainsi : Il est écrit : « Observez mes Sabbats. » Remarquez que le Saint, béni soit-il, a opéré l’œuvre de la création en six jours, dont chacun constituait une période distincte dans la création. Mais quel était le premier jour qui marqua la phase de la fécondité de cette création ? C’était le quatrième jour. Car tout ce qui a été créé pendant les trois jours précédents ne formait qu’une œuvre cachée. Ce n’est qu’au quatrième jour que la fécondité des créations précédentes s’est mani
etée. Car, bien que le feu, l’eau et l’air constituent les trois éléments principaux de la création, leur fécondité ne s’était manifestée qu’au jour où la terre se couvrit de végétations ; c’est alors seulement que fut connue la fonction de chacun d’eux. Mais, dira-t-on, c’est cependant au troisième jour de la création que Dieu a dit : « Que la terre produise de l’herbe », et c’est pendant ce même jour que cela a été fait, ainsi qu’il est dit : « La terre produisit de l’herbe ! » À cette objection on peut répondre ceci : bien que l’Écriture assigne la création de la végétation au troisième jour, elle eut lieu, en réalité, au quatrième jour, symbole du quatrième pied du trône. Mais toutes les œuvres de la création, celles des premiers jours aussi bien que celles des derniers, ne furent affermies qu’au jour du Sabbat, ainsi qu’il est écrit : « Dieu termina au septième jour l’ouvrage qu’il avait fait. » Comme le sabbat forme le quatrième jour de la manifestation de la fécondité dans l’œuvre de la création, il est également le symbole du quatrième pied du trône céleste. Mais, dira-t-on, s’il en est ainsi, pourquoi l’Écriture dit-elle : « Observez mes Sabbats », comme s’il y en avait deux ? L’Écriture désigne par ce terme au pluriel la veille du Sabbat et le jour du Sabbat même, qui ne sont pas séparés.
Interrompant ce discours, le négociant qui les suivait, monté à dos d’âne, dit : Que signifient les paroles suivantes de l’Écriture : « et craignez mon sanctuaire » ? Rabbi Éléazar lui répondit : Par le terme « mon sanctuaire », l’Écriture désigne la sainteté du Sabbat. L’inconnu reprit : Et quelle est cette sainteté du Sabbat ? Rabbi Éléazar lui répondit : C’est la sainteté céleste qui, en ce jour, est attirée sur la terre. L’autre reprit : Dans ce cas, le jour du Sabbat n’a en lui-même aucune sainteté, puisque ce qui le fait qualifier de saint, c’est la sainteté céleste. Intervenant dans la controverse, Rabbi Abba dit : La parole de Rabbi Éléazar est pourtant exacte, puisqu’il est écrit : « Et vous appellerez le jour du Sabbat jour de délices, et le Saint de Dieu le glorieux » ; donc, l’Écriture fait une distinction entre le « jour du Sabbat » et le « Saint de Dieu ».
L’inconnu demanda : Mais qu’est-ce que vous entendez par les termes « le Saint de Dieu » ? Rabbi Abba répondit : C’est la sainteté céleste qui descend et s’attache à ce jour. S’il en était ainsi, répliqua l’inconnu, il s’ensuivrait que seule la sainteté céleste est glorieuse, mais non pas la journée du Sabbat ; et pourtant l’Écriture dit : « Glorifiez le jour du Sabbat. » Rabbi Éléazar dit alors à Rabbi Abba : Laisse parler cet homme, car il est certain qu’il sait quelque chose concernant la doctrine ésotérique que nous ignorons. Tous les deux, s’adressant alors à l’inconnu, lui dirent : Dis-nous ton opinion. Il commença ainsi : Il est écrit : « Observez mes Sabbats. » La particule « Eth » vient ajouter l’espace qu’il est défendu d’outrepasser le jour du Sabbat. L’étendue de cet espace est de deux mille dans toutes les directions. Le terme « mes Sabbats » désigne les deux sabbats célestes, le supérieur et l’inférieur, qui ne forment qu’un seul, tant leur union est étroite. Mais il y a encore un troisième Sabbat que l’Écriture ne mentionne pas, et qui était honteux. Ce Sabbat dit à Dieu : Maître de l’Univers, depuis que tu m’as créé, je suis appelé « jour du Sabbat ». Or, il n’y a point de jour qui ne soit accompagné d’une nuit ; que l’on dise donc également : la nuit du Sabbat. Dieu lui répondit : Ma fille, tu es Sabbat, et je t’appellerai toujours « jour du Sabbat » ; mais je te réserve une plus grande gloire. Alors Dieu proclama : « Et craignez mon sanctuaire », c’est-à-dire, craignez le Sabbat de la veille, sujet de crainte et sur lequel repose la crainte. Le nom du Saint, béni soit-il, se trouve ainsi renfermé dans le mot Sabbat : Voici ce que j’ai entendu à ce sujet de mon père : Que l’on imagine un carré tracé dans un cercle ;
telles sont les deux premières hypostases divines, auxquelles correspondent les deux sections de la liturgie sabbatique, dont chacune est composée de trente-cinq mots, correspondant aux soixante-dix noms du Saint, béni soit-il. La communauté d’Israël en est parée. C’est à ces deux hypostases que répondent les deux termes différents employés par l’Écriture au sujet du Sabbat : « Observez le jour du Sabbat », et « Souvenez-vous du jour du Sabbat ». De même que le carré est inséparable du cercle, de même, les deux hypostases sont inséparables ; car il n’y a point de séparation dans l’essence divine. Pareille union existe ici-bas entre Jacob et Joseph. C’est pourquoi l’Écriture répète deux fois le mot « paix » (schalom) dans le verset : « Paix, paix à celui qui est éloigné et à celui qui est proche. » Les paroles « à celui qui est éloigné » désignent Jacob et « à celui qui est proche » désignent Joseph. Du premier il est dit : « De loin, Dieu m’est apparu », car le mot « Mérahoq » exprime l’éloignement, ainsi qu’il est écrit : « Et sa sœur se tenait loin de là. » Du second, il est dit : « À de nouveaux arrivés de près. » Le mot « de loin » désigne le point suprême qui se trouve dans son palais. Voilà pourquoi il est écrit : « Vous observerez » ; il est enfermé dans schamor (observe). Les mots « et vous craindrez mon sanctuaire » désignent le point qui est au milieu et qu’il faut craindre plus que tout le reste, parce que celui qui enfreint ce commandement est passible de mort, comme le dit le verset : « Celui qui le violera sera mis à mort. » Qui le viole ? Celui qui entre dans le cercle et le carré, là où réside le point, et qui le souille. Celui-là est passible de mort. Voilà pourquoi il est dit : « Vous craindrez. » Ce point s’appelle « Ani » (moi) ; c’est sur lui que repose celui qui est caché en haut et n’est pas découvert, à savoir Dieu, et tout est un.
Rabbi Éléazar et Rabbi Abba ayant entendu ces paroles, embrassèrent l’inconnu en lui disant : Un homme versé dans la science ésotérique, comme toi, ne doit pas marcher à notre suite, mais devant nous. Dis-nous qui tu es. Il leur répondit : « Ne me demandez pas qui je suis ; mais, vous et moi, allons et occupons-nous de la doctrine. Que chacun prononce des paroles de sagesse mystique pour illuminer le chemin. » Ils lui dirent : « Qui t’a imposé d’aller ainsi sur un âne ? » Il répondit : « Le Yod fit la guerre contre deux lettres, le Kaph et le Samekh, pour qu’ils s’attachassent à moi. Le Kaph ne voulut pas s’attacher là où il ne pouvait subsister un seul instant sans son assistance. Le Samekh ne voulut pas non plus quitter sa place afin de soutenir ceux qui chancellent ; car sans le Samekh ils ne peuvent se maintenir. Le Yod vint donc près de moi, tout seul ; il m’embrassa, me caressa, pleura avec moi et me dit : Mon fils, que faire pour toi ? Voici : je vais aller me remplir de quantité de biens et de lettres cachées, supérieures et précieuses ; ensuite je reviendrai vers toi, et je t’assisterai et te donnerai la possession de deux lettres supérieures valant plus que celles qui sont parties, à savoir Yesch (biens), formé du Yod suprême et du Schin suprême, qui formeront pour toi des trésors remplis de tous biens. Voilà pourquoi, mon fils, va et monte sur un âne. » C’est pour cette raison que je marche ainsi.
Rabbi Éléazar et Rabbi Abba se mirent à rire et à pleurer, puis dirent : « Va, monte à cheval, et nous irons à âne derrière toi. » Il leur répondit : « Ne vous ai-je pas averti que c’est un ordre du Roi que j’agisse ainsi jusqu’à ce qu’arrive celui qui sera monté sur un âne ? »
Ils lui dirent : « Mais tu ne nous as toujours révélé ton nom, ni le lieu où tu résides. » Il répondit : « Mon lieu d’habitation est beau et il entre chez moi ; c’est une tour qui vole dans l’air, forte et imposante. Elle a pour habitants le Saint, béni soit-il, et un pauvre. Telle est ma résidence ; mais je l’ai quittée et je vais à âne. Rabbi Abba et Rabbi Éléazar le considérèrent, et ses paroles leur parurent douces comme la manne et le ciel. Ils ajoutèrent : Si tu nous dis le nom de ton père, nous baiserons la poussière de tes pieds. — Pourquoi ? répliqua-t-il. Telle n’est pas mon habitude, de tirer gloire de ma science. Mon père demeure dans la grande mer ; c’était un grand poisson qui embrassait la grande mer d’un bout à l’autre. Il est grand et ancien de jours ; aussi avale-t-il tous les autres poissons de la mer, puis il les rend vivants, remplis de tous les biens du monde. Il parcourt la mer en un instant, grâce à sa puissance. Il m’a fait sortir « comme une flèche dans la main du héros », puissant, et m’a caché dans l’endroit que je vous ai dit. Quant à lui, il est retourné chez lui et s’est caché dans la mer.
R. Éléazar réfléchit sur ses paroles et lui dit : Tu es le fils de la Lampe sainte, tu es le fils de Rab Hammenouna, le Vieux. Réfléchissant sur les paroles de l’inconnu, Rabbi Éléazar s’écria : C’est toi qui es le fils de la Lampe sacrée, c’est toi qui es le fils de Rab Hammenouna, le Vieillard, tu es le fils de celui qui est la lumière de la loi, et c’est nous qui marchons devant toi ! Ils pleurèrent, l’embrassèrent et continuèrent leur chemin. Ils lui dirent : Qu’il te plaise de nous faire connaître ton nom. Il leur répondit : Il est écrit : « Banaïas, fils de Joïada » ; ce verset a déjà été expliqué correctement ; mais il renferme aussi un sens anagogique des plus sublimes. En indiquant que Banaïas était le fils de Joïada, l’Écriture veut nous apprendre que le nom influe sur la vie de l’homme. Ceci est motivé par le grand mystère de la (Hocmâ) « Sagesse ». Le verset continue : « Fils d’un homme vivant », ce qui veut dire : Fils du Juste qui vit de toute éternité. Ensuite il dit : « Qui fit de très grandes actions », c’est-à-dire le Maître de toutes les œuvres et de toutes les armées célestes ; car toutes les armées célestes sont marquées des lettres constituant le nom divin de « Jéhova Çébaoth » (צבאות יהוה). « Le Maître des grandes actions » veut dire : Le Maître de l’ange appelé « Miqabçéél ». C’est l’arbre le plus puissant et magnifique. D’où sort-il et de quel degré vient-il ? Le verset le dit ensuite : De Qabçéél, degré supérieur inaccessible que « l’œil n’a point vu, hors vous seul, ô Dieu », et où est concentrée toute la lumière céleste. C’est dans ce palais qu’est enfermée cette essence divine qui fait vivre et subsister tous les mondes et toutes les armées célestes. « Il tua les deux lions de Moab. » Ces paroles signifient qu’il a fait subsister le premier et le deuxième temple de Jérusalem ; mais, après qu’il se fut retiré, la lumière céleste qui les illuminait s’est retirée. C’est lui-même, s’il est permis de s’exprimer ainsi, qui frappa et détruisit les temples, et le trône sacré fut renversé, ainsi qu’il est écrit : « Et je suis dans la captivité », c’est-à-dire, cette essence divine qui est appelée « Je » est dans la captivité. Pourquoi l’Écriture dit-elle : « Près du fleuve C’bar ? » « C’bar », c’est le fleuve céleste qui répandait des lumières. Depuis que l’essence divine appelée « Je » est dans l’exil, les eaux de ce fleuve ont tari et ne répandent plus de lumières comme précédemment. C’est à ce fleuve que font allusion les paroles de l’Écriture : « Le fleuve tarira et séchera. » Les deux expressions « tarir » et « sécher » désignent le premier et le second temples de Jérusalem. Dans les paroles précitées : « Il tua les deux lions de Moab », au lieu de « Moab » il faut lire « Méab », c’est-à-dire « du Père céleste ». À partir de ce moment toutes les lumières qui éclairaient Israël s’éteignirent. L’Écriture dit ensuite : « Il descendit dans une citerne et tua un lion, en un jour où il y avait de la neige. » Jadis, lorsque ce fleuve, dont il a été parlé ci-dessus, répandait ses eaux en bas, les Israélites existaient grâce aux sacrifices qu’ils offraient sur l’autel en expiation de leurs péchés. Alors un être céleste ayant la figure d’un lion descendait, au moment des sacrifices, sur l’autel ; on le voyait accroupi sur l’autel, consommant la chair des sacrifices avec l’avidité d’un homme affamé ; tous les chiens se cachaient et craignaient de paraître devant lui. Mais par suite des péchés, l’essence divine quitta le temple, et Dieu lui-même, s’il est permis de s’exprimer ainsi, tua le lion. L’Écriture dit qu’il tua le lion dans une citerne, c’est-à-dire en présence des démons qui habitent dans les mondes inférieurs, afin de montrer à ceux-ci que, le lion étant tué, c’était à eux de s’emparer dorénavant de tous les sacrifices que les hommes pourraient offrir. Dieu n’en voulant plus, c’est aux chiens de s’en emparer. Le nom du lion susnommé est « Ouriel », parce qu’il a la figure d’un lion, et le nom du chien est « Baladan », ce qui veut dire « non homme », mais chien, car il a la figure d’un chien. L’Écriture ajoute également : « En un jour où il y avait de la neige », c’est-à-dire lorsqu’Israël eut péché et eut été condamné par la justice céleste. Telle est également la signification des paroles de l’Écriture : « Elle ne craindra point pour sa maison la neige », c’est-à-dire, elle ne craindra pas la justice céleste, « parce que toute la maisonnée est habillée de pourpre », de façon à pouvoir braver le feu puissant. Tel est le sens anagogique du verset précité. L’Écriture continue : « Et il tua un Égyptien qui avait l’aspect clair. » Dans ce verset nous apprenons que chaque fois qu’Israël se rend coupable, Dieu le prive de tous les biens et de toutes les lumières qui l’éclairaient autrefois. Si l’Écriture dit : « Il tua un Égyptien », elle veut dire : Il ôta à Israël cette lumière céleste qui est Moïse, car Moïse est appelé
« Égyptien », ainsi qu’il est écrit : « Un Égyptien nous a délivrés », etc. C’est là, en Égypte, qu’il est né, c’est là qu’il a grandi, et c’est là qu’il monta vers la lumière céleste. « Un homme d’aspect clair », parce qu’il est écrit : « Il voit le Seigneur clairement, et non sous des énigmes. » L’Écriture se sert en outre pour désigner Moïse du mot « Isch » (איש), qui signifie « homme » aussi bien que « mari », ainsi qu’il est écrit : « L’homme de Dieu », parce que Moïse était le mari de la divinité et la conduisit selon sa volonté, faveur dont jamais homme n’a joui. L’Écriture dit : « L’Égyptien tenait en main une lance » ; c’est le sceptre de Dieu qui avait été confié à Moïse, ainsi qu’il est écrit : « Et le sceptre de Dieu est entre mes mains. » Ce sceptre a été créé au moment du crépuscule du sixième jour de la création ; il était orné de l’inscription du nom sacré, gravé en lettres célestes. Mais au moment où Moïse se rendit coupable par ce même sceptre, ainsi qu’il est dit : « Et il frappa deux fois la pierre avec son sceptre », le Saint, béni soit-il, lui dit : « Moïse ! ce n’est pas pour agir de la sorte que je t’ai confié mon sceptre ; je jure par ta vie qu’à partir de ce moment tu ne l’auras plus. » Aussi l’Écriture dit : « Il descendit avec sa verge. » Le mot « verge » (Schebet) fait allusion à la rigueur de la justice ; c’est pourquoi, à partir de ce moment, le sceptre lui fut enlevé. « Et il ravit la lance de la main de l’Égyptien », c’est-à-dire Moïse a perdu le sceptre en raison du péché commis à l’aide du sceptre. Puis il est dit : « Il le tua avec sa lance », c’est-à-dire pour le péché commis avec cette lance, il fut empêché d’arriver à la Terre-Sainte, et cette lumière fut enlevée à Israël. L’Écriture dit ensuite : « Il était le plus honoré des trente, mais il n’a pas atteint les trois. » « Il était le plus honoré des trente », ce sont les trente années supérieures pendant lesquelles il était détaché d’eux et qu’il était en bas, et c’est d’eux qu’il fut ravi ; ensuite il se rapprocha d’eux. « Mais il n’a pas atteint les trois », les trois viennent chez lui et lui donnent tout ce que son cœur désire, mais lui ne va pas aux trois. Bien qu’il ne rentre pas dans le compte des trois, « David l’a pourtant pris à son service ». Il ne le détacha pas de son cœur et à jamais il ne se séparera de lui. David tourne son cœur vers lui, non lui vers David, de même que la lune adresse des louanges et des hymnes au Soleil, parce qu’il l’attire à lui et en forme le centre d’attraction. Telle est la signification des paroles de l’Écriture : « Et David le prit à son service. »
Rabbi Éléazar et Rabbi Abba se prosternèrent devant leur interlocuteur, mais au même instant celui-ci devint invisible. En vain regardèrent-ils de tous côtés, ils ne le virent plus. Ils s’assirent, versèrent des larmes, et il leur fut impossible de s’entretenir. Au bout d’un certain temps, Rabbi Abba rompit le silence en disant : Ainsi se vérifie la tradition qui nous apprend que, chaque fois que les justes voyagent ensemble et s’entretiennent de sujets relatifs à la doctrine, ils sont favorisés des visites des saints qui séjournent dans l’autre monde ; car il est manifeste que notre interlocuteur n’est autre que Rab Hamnouna, le Vieillard, qui, étant venu de l’autre monde pour nous révéler ces paroles, se déroba à nos regards avant que nous eussions le temps de le reconnaître. Ils se levèrent et voulurent charger leurs ânes ; mais ils ne purent y parvenir. Ils ressayèrent de nouveau, mais avec un égal insuccès. Ils prirent peur et abandonnèrent leurs ânes. Aujourd’hui encore on appelle cet endroit : « L’endroit des ânes. »
Rabbi Éléazar commença : Il est écrit : « Combien est grande l’abondance de ta bonté que tu as cachée pour ceux qui te craignent ! » Combien cette bonté céleste que le Saint, béni soit-il, a réservée aux hommes dignes du ciel, qui craignent le péché et qui se consacrent à l’étude de la doctrine, est immense lorsqu’on arrive à l’autre monde ! L’Écriture ne dit pas : « Combien est
Combien est grande l’abondance de ta bonté ! Et quelle est cette abondance de bonté ? C’est celle dont l’Écriture dit : Ils proclameront l’abondance de ta bonté. C’est elle qui constitue les délices des Saints qui, dans l’autre monde, paraissent devant l’Éternel, appelé « attestation de l’abondance de bonté ». C’est de lui que parle l’Écriture en disant : « Et l’abondance de bonté est à la maison d’Israël. » De plus, les paroles de l’Écriture : « Combien (Mâ) est grande l’abondance de votre bonté » renferment le mystère de la « Sagesse », dont dépendent tous les autres mystères. Ce mystère est désigné par « Mâ ». Ainsi qu’il a été dit, « Ma » forme le plus grand et le plus puissant arbre céleste ; car il y a encore un autre arbre plus petit qu’il a placé au faîte des cieux. Le mot « bonté » désigne la lumière créée au premier jour de la création. Les paroles « que tu as cachées pour ceux qui te craignent » désignent la lumière que Dieu a cachée dans ce monde, pour en faire jouir les Justes. Les paroles : « Tu l’as rendue parfaite pour ceux qui espèrent en toi » désignent le paradis supérieur, ainsi qu’il est écrit : « Sur cette demeure ferme que tu t’es préparée toi-même » ; or, on retrouve le mot « paàltha », « tu t’es préparée », dans l’un et l’autre des versets précités. L’Écriture dit enfin : « À la vue des enfants des hommes. » Ces paroles désignent le paradis inférieur, où tous les Justes accèdent, leurs âmes revêtues d’enveloppes éthérées ayant la ressemblance avec les corps qu’ils possédaient en ce bas monde. C’est pourquoi l’Écriture dit : « À la vue des enfants des hommes », parce que dans le paradis inférieur les âmes des Justes ressemblent aux hommes revêtus de leurs corps. Dans ce paradis les Justes s’arrêtent quelque temps, ils planent dans les airs, de là ils s’élèvent vers l’école céleste située dans le paradis supérieur ; de là ils s’envolent et se plongent dans des rivières parfumées, d’où ils sortent et descendent en bas ; parfois ils apparaissent aux hommes, en faveur desquels ils opèrent des miracles, semblables aux anges célestes. Tel est le cas qui vient de nous arriver maintenant. Nous venons de voir la lumière de la Lampe sacrée ; mais, hélas ! il ne nous a pas été donné de contempler et d’apprendre plus de choses de la « Sagesse ».
Rabbi Abba a ainsi ouvert sa conférence : Il est écrit : « Et Manué dit à sa femme : Nous mourrons certainement parce que nous avons vu Dieu. » Bien que Manué ignorât l’essence de l’être qui lui était apparu, il pensait cependant avoir vu l’essence divine appelée « Je ». Or, dit-il, puisque l’Écriture dit : « Nul homme ne me verra sans mourir », il est certain que nous mourrons, puisque nous avons vu l’essence divine. Or, nous ajouta Rabbi Abba, nous avons été favorisés de la lumière céleste qui nous a accompagnés et que le Saint, béni soit-il, nous a envoyée pour nous dévoiler les mystères de la « Sagesse », Hôcmâ.
Rabbi Éléazar et Rabbi Abba, poursuivant leur chemin, arrivèrent près d’une montagne à l’heure du coucher du soleil. Les arbres plantés au pied de cette montagne faisaient, à l’unisson, monter vers le ciel leurs hymnes qu’on pouvait entendre, grâce au bruit que produisait le choc des branches, causé par la brise du soir. À ce moment, les deux voyageurs entendirent une voix puissante prononçant les paroles suivantes : Enfants du Dieu Saint, vous qui descendez parfois parmi les mortels sur la terre, vous qui êtes les lampes célestes de l’École céleste, assemblez-vous dans votre demeure habituelle pour jouir des paroles du maître relativement à l’explication de la doctrine. Les voyageurs furent saisis de frayeur, s’arrêtèrent et s’assirent. En même temps la voix céleste retentit de nouveau en disant : Rochers puissants
Rabbi Éléazar et Rabbi Abba, poursuivant leur chemin, arrivèrent près d’une montagne à l’heure du coucher du soleil. Les arbres plantés au pied de cette montagne faisaient, à l’unisson, monter vers le ciel leurs hymnes qu’on pouvait entendre, grâce au bruit que produisait le choc des branches, causé par la brise du soir. À ce moment, les deux voyageurs entendirent une voix puissante prononçant les paroles suivantes : Enfants du Dieu Saint, vous qui descendez parfois parmi les mortels sur la terre, vous qui êtes les lampes célestes de l’École céleste, assemblez-vous dans votre demeure habituelle pour jouir des paroles du maître relativement à l’explication de la doctrine. Les voyageurs furent saisis de frayeur, s’arrêtèrent et s’assirent. En même temps la voix céleste retentit de nouveau en disant : Rochers puissants