Islam

Jâmî, Salâmân et Absâl, 21

Mais les jours s’écoulaient, et le Shah voyait toujours
Salâmân s’enfoncer dans l’amour d’Absâl,
Sans qu’aucune main l’aidât à mieux agir ;
La couronne qui devait orner sa tête,
Et le trône qui attendait ses pas,
Foulés aux pieds, effacés de sa mémoire par un bas désir
Dont son âme restait insatisfaite —
Alors le chagrin du Shah s’embrasa ;
Il devint implacable envers l’ingrat,
Et, pour briser tout à fait son désir rebelle,
Déchaîna toute sa volonté contre Salâmân.
Et voici ! Salâmân se tourna vers sa maîtresse,
Mais ne put l’atteindre ; il la regarda, la regarda encore,
Et son cœur battit vers elle — en vain !
Ô misère ! Quoi de pire pour le ruiné
Que l’or qu’il ne peut atteindre ? Pour l’assoiffé,
Que la source interdite à ses yeux et à ses lèvres !
Ou que le ciel ouvert aux yeux de ceux qui sont en enfer !
Pourtant, quand l’angoisse de Salâmân fut à son comble,
La porte de la miséricorde s’ouvrit devant lui ;
Il vit et reconnut la main de son père tendue
Pour le tirer de la perdition — timidement,
Timidement, il leva son visage vers celui de son père,
Implorant le pardon, confessant sa faute,
Comme l’oiseau égaré qui un jour retrouvera son nid.
Un disciple demanda à un maître :
« À quel signe un père reconnaît-il
Son fils prétendu ? »
Le maître répondit : « À l’adolescent,
Tôt ou tard,
Qui ressemble à son père prétendu
En grandissant — qu’il soit sage ou fou.
« Voyez l’ivraie méprisée
Qui embellit le champ de blé,
Et, durant toute la belle saison,
Réjouit les yeux du fermier ;
Mais que vienne l’heure de la moisson,
Et un autre grain répondra :
“Je suis de l’ivraie, non du blé.” »

Source Jâmî, Salâmân et Absâl, trad. Edward FitzGerald (1856), gutenberg.org #22535 — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire