Islam

Jâmî, Salâmân et Absâl, 14

Le Roi parla le premier : « Salâmân, ô mon âme,
Ô cierge du banquet de ma demeure,
Lumière des yeux de ma prospérité,
Et fleurissant de roses la cour de l’Espérance ;
Des années durant, j’ai dévoré mon propre sang, bouton de rose,
Jusqu’à te porter dans ma main, ô ma rose ;
Oh, ne déchire pas mon vêtement de ma main,
Ne blesse pas ton père d’une épine de poignard.
Des années durant, pour toi, la couronne a ceint mon front,
Et des années durant, mon pied a grandi jusqu’au trône,
Pour toi seule — oh, ne les repousse pas de la tienne ;
Détourne ton visage de ces folles amours,
Ne pose pas la main de ton cœur sur une favorite !
Quel est donc ton passe-temps véritable ? N’est-ce pas
Monter Rakhsh et le mener à travers la plaine ;
Non pas, sans arme plus forte qu’une boucle de cheveux,
Te prélasser, oisif, sur une poitrine d’argent.
Va, décoche ta flèche contre l’antilope
Et le lion — ne me laisse pas voir mon lion
Abattu par les flèches des yeux d’une gazelle.
Va, fais briller ton acier dans les rangs des hommes,
Et frappe au cou les guerriers ; ne les fuyant pas,
Ne dépose pas le tien aux pieds d’une femme.
Cesse d’agir ainsi, au nom de Dieu,
Et ne fais pas tomber ton père en pleurs ;
Des années durant, je me suis tenu haut, et tout cela
Pour toi — honte à toi si tu prépares ma chute ! »
Quand, devant les pieds de Shirûyeh,
Kai Khusrau tomba, baigné dans son sang,
Il déclara cette parabole :
« Misérable ! Il était une Branche qui, croissant
Dans l’insolence au-dessus de la Racine dont elle se nourrissait,
D’un trait vida l’Eau vive
Dont elle voulait se couronner !
La Racine mourut, et avec elle mourut
La Branche, qui s’abattit stérile ! »

Source Jâmî, Salâmân et Absâl, trad. Edward FitzGerald (1856), gutenberg.org #22535 — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire