Islam

Gulistan, Chapitre III — Les mérites du contentement

Si, au lieu de pain sec, le soleil reposait sur sa nappe, nul, dans le monde entier, ne reverrait la lumière du jour.
Le guerrier répondit : « Si je lui demande le remède, il peut me le donner ou non ; et, s’il me le donne, il peut me faire du bien ou non. Quoi qu’il arrive, le lui demander est un poison mortel. »
Qui s’abaisse à mendier auprès de gens sordides
Peut nourrir son corps, mais son âme dépérit.
Et les sages ont dit : « Si, par exemple, l’eau de vie était vendue au prix de l’honneur, un homme sage ne l’achèterait pas, car mourir avec honneur vaut mieux que vivre dans la honte. »
La coloquinte offerte par des amis est bien plus savoureuse
Que les douceurs de ceux dont le visage est renfrogné.
Un homme de savoir avait une famille nombreuse et peu de moyens. Il exposa sa situation à un personnage important qui avait de lui une opinion favorable. Ce grand personnage fut contrarié par sa requête et vit d’un mauvais œil qu’un homme de bonne tenue s’adonnât à cette importune mendicité.
Cherches-tu ton ami ? Que ton visage ne s’assombrisse pas
Sous le poids de tes malheurs, de peur de troubler sa joie ;
Lorsque tu demandes une faveur, garde un air réjoui,
Car la fortune ne se montre pas plus farouche aux visages souriants.
On raconte qu’il augmenta quelque peu son allocation, mais diminua beaucoup l’estime qu’il lui portait. Quelques jours plus tard, voyant que le grand personnage ne lui témoignait plus son amitié habituelle, le savant lui dit :
« Que me soit maudite cette nourriture que vous goûtez par de vils moyens !
Le chaudron est bien rempli, mais votre valeur s’est abaissée.
Mon pain augmente, mais mon nom est déprécié :
Mieux vaut assurément le dénuement qu’une requête avilissante. »
Un derviche était accablé par un besoin pressant. Quelqu’un lui dit : « Un tel possède une fortune incalculable. S’il était informé de vos besoins, il ne tarderait probablement pas à vous secourir. » Il répondit : « Je ne le connais pas. » L’autre reprit : « Je vais vous conduire auprès de lui. » Il le prit par la main et le mena jusqu’à la porte de cet homme. Le derviche aperçut un homme à la lèvre pendante, assis dans une posture maussade ; il ne dit mot et s’en retourna. L’autre lui demanda : « Qu’as-tu fait ? » Il répondit : « J’ai renoncé à son don à cause de son apparence. »
Ne confie pas tes peines à qui fait grise mine, de peur que son mauvais caractère ne t’afflige ;
mais si tu dois révéler tes chagrins, fais-le à quelqu’un dont tu puisses obtenir, dans son visage bienveillant, un prompt réconfort.

Source Sa'di, The Gulistan or Rose Garden, trans. E. B. Eastwick (1880), archive.org gulistanorrosega00sadiuoft (OCR corrigé) — traduction I Choose Peace depuis l’anglais · Sommaire