Islam

Mantic uttaïr, Le Vizir compatissant

Il y avait un roi qui possédait le monde entier ; les sept climats, en effet, lui obéissaient. Il était un autre Alexandre par son pouvoir : ses armées remplissaient le monde de l’un à l’autre Caf. Son éclat donnait à la lune celui de ses deux faces, qu’elle courbait vers la terre devant ce roi, lequel avait un ministre distingué par son mérite, qui s’étendait aux plus petites choses. Cet excellent ministre avait un enfant, sur le visage duquel toute la beauté du monde semblait s’être fixée. Personne ne vit jamais un être aussi charmant ni ayant autant de dignité. Cet enfant, qui donnait de l’éclat au jour même, ne pouvait sortir de jour, à cause de l’effet que produisait sa grande beauté. Si par hasard cette lune se montrait en effet de jour, l’agitation du moment de la résurrection se manifestait. Il n’a jamais paru dans le monde un être aussi parfait ; on ne vit jamais dans le laps des siècles une créature plus aimable. Le visage de cet enfant était pareil au soleil, et les boucles de ses cheveux avaient l’odeur et la couleur du musc : elles étaient comme une ombrelle noire pour son soleil. N’eussent été ses lèvres, l’eau de la vie aurait été tarie. Au milieu de ce soleil qui charmait les cœurs, sa bouche était aussi petite qu’un atome, et jetait ainsi le trouble parmi les hommes. Trente étoiles s’y cachaient dans l’intérieur. Lorsqu’une telle étoile se montrait dans le monde, comment trente étoiles pouvaient-elles se cacher dans un atome ? Ses boucles de cheveux retombaient sur l’élégant coussin sur lequel il se reposait, et descendaient gracieusement sur ses épaules ; la frisure (schikan) de la chevelure de cet enfant au corps d’argent mettait instantanément en déroute (schikan) les rangs des hommes de cent mondes. Ses boucles de cheveux ombrageaient aussi ses joues, et chaque cheveu en particulier offrait cent merveilles. Ses sourcils avaient la forme d’un arc, jamais bras n’en souleva un pareil. Ses narcisses (yeux) étaient ravissants ; et pour charmer les cœurs ils avaient exécuté cent sorcelleries par chaque cil. Ses rubis (lèvres) étaient la source de la fontaine de la vie, doux comme du sucre et plus frais que l’herbe verte. La beauté vermeille de son visage et ses moustaches naissantes représentaient le perroquet de la source de l’océan de la perfection. Quel est l’insensé qui oserait parler de ses dents ? Qui est-ce qui a préféré le diamant de la mine à leur excellence ? Son éphélide musquée était le point du * de jamâl (beauté) ; le passé et le futur avaient fait de lui le présent. Si je faisais la description de la beauté de ce charmant enfant pendant une vie entière…

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire