Islam

Mantic uttaïr, La sixième vallée, ou vallée de l’étonnement

Après la vallée de l'unité vient celle de l'étonnement, où l'on est en proie à la tristesse et aux gémissements. Là les soupirs sont comme des épées, et chaque souffle est une amère plainte. Ce ne sont que lamentations, que douleurs, qu'ardeur brûlante ; c'est à la fois le jour et la nuit, et ce n'est ni le jour ni la nuit. Là, de l'extrémité de chaque cheveu, sans qu'il soit même coupé, on voit dégoutter du sang. Là il y a du feu, et l’homme en est abattu, brûlé et consumé. Comment, dans son étonnement, l’homme pourra-t-il avancer jusqu'en cet endroit ? Il restera stupéfait et se perdra dans ce chemin. Mais celui qui a l'unité gravée dans le cœur oublie tout et s’oublie lui-même. Si on lui
« Es-tu ou n’es-tu pas ; as-tu ou n’as-tu pas le sentiment de l’existence ; es-tu au milieu ou n’y es-tu pas, ou es-tu sur le bord ; es-tu visible ou caché ; es-tu périssable ou immortel ; es-tu l’un et l’autre ou ni l’un ni l’autre ; existes-tu enfin ou n’existes-tu pas ? » Il répondra positivement : « Je n’en sais rien, je l’ignore et je m’ignore moi-même. Je suis amoureux, mais je ne sais de qui ; je ne suis ni fidèle ni infidèle. Que suis-je donc ? J’ignore même mon amour ; j’ai à la fois le cœur plein et vide d’amour. »

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire