Un autre oiseau dit à la huppe : « Ô toi qui connais le chemin dont tu parles et où tu veux nous accompagner ! la vue doit s’obscurcir dans cette route, car, en effet, elle paraît très-pénible et longue de bien des parasanges. »
« Nous avons, répondit la huppe, sept vallées à franchir, et ce n’est qu’après ces vallées qu’on découvre le palais du Simorg. Personne n’est revenu dans le monde après avoir parcouru cette route ; on ne saurait connaître de combien de parasanges en est l’étendue. Puisqu’il en est ainsi, comment veux-tu qu’on puisse t’instruire à ce sujet et calmer ton impatience ? Insensé que tu es, tous ceux qui sont entrés dans cette route s’y étant égarés pour toujours, comment pourront-ils t’en donner des nouvelles ?
« La première vallée qui se présente est celle de la recherche (talab) ; celle qui vient ensuite est celle de l’amour (’ischc), laquelle est sans limite ; la troisième est celle de la connaissance (ma’rifat), la quatrième celle de l’indépendance (istigna), la cinquième celle de la pure unité (tauhéd), la sixième celle de la terrible stupéfaction (hairat), la septième enfin celle de la pauvreté (fucr) et de l’anéantissement (fana), vallée au delà de laquelle on ne peut avancer. Là tu seras attiré et cependant tu ne pourras continuer ta route ; une seule goutte d’eau sera pour toi comme un océan.
« Nous avons, répondit la huppe, sept vallées à franchir, et ce n’est qu’après ces vallées qu’on découvre le palais du Simorg. Personne n’est revenu dans le monde après avoir parcouru cette route ; on ne saurait connaître de combien de parasanges en est l’étendue. Puisqu’il en est ainsi, comment veux-tu qu’on puisse t’instruire à ce sujet et calmer ton impatience ? Insensé que tu es, tous ceux qui sont entrés dans cette route s’y étant égarés pour toujours, comment pourront-ils t’en donner des nouvelles ?
« La première vallée qui se présente est celle de la recherche (talab) ; celle qui vient ensuite est celle de l’amour (’ischc), laquelle est sans limite ; la troisième est celle de la connaissance (ma’rifat), la quatrième celle de l’indépendance (istigna), la cinquième celle de la pure unité (tauhéd), la sixième celle de la terrible stupéfaction (hairat), la septième enfin celle de la pauvreté (fucr) et de l’anéantissement (fana), vallée au delà de laquelle on ne peut avancer. Là tu seras attiré et cependant tu ne pourras continuer ta route ; une seule goutte d’eau sera pour toi comme un océan.
« Aussitôt que tu seras entré dans la première vallée, celle de la recherche (talab), cent choses pénibles t’assailliront sans cesse. À chaque instant tu auras à éprouver en ce lieu cent épreuves ; le perroquet du ciel n’est qu’une mouche. Il te faudra passer plusieurs années dans cette vallée à faire de pénibles efforts et y changer d’état. Il te faudra abandonner en effet tes richesses et te jouer de tout ce que tu possèdes. Il te faudra entrer dans une mare de sang en renonçant à tout ; et quand tu auras la certitude que tu ne possèdes plus rien, il te restera encore à détacher ton cœur de tout ce qui existe. Lorsque ton cœur sera ainsi sauvé de la perdition, tu verras briller la pure lumière de la majesté divine, et, lorsqu’elle se manifestera à ton esprit, tes désirs se multiplieront à l’infini. Y aurait-il alors du feu sur la route du voyageur spirituel et mille nouvelles vallées plus pénibles à traverser les unes que les autres, que, poussé par son amour, il s’engagerait comme un fou dans ces vallées et se précipiterait comme le papillon au milieu de la flamme. Poussé par son délire, il se livrera à la recherche figurée par cette vallée ; il en demandera à son échanson une gorgée. Lorsqu’il aura bu quelques gouttes de ce vin, il oubliera les deux mondes. Submergé dans l’océan de l’immensité, il aura cependant les lèvres sèches, et il ne pourra demander qu’à son propre cœur le secret de l’éternelle beauté. Dans son désir de connaître ce secret, il ne craindra pas les dragons qui cherchent à le dévorer. Si, en ce moment, la foi et l’infidélité se présentaient ensemble à lui, il les recevrait également volontiers, pourvu qu’elles lui ouvrissent la porte qui devrait le faire parvenir à son but. En effet, quand cette porte lui est ouverte, qu’est alors la foi ou l’infidélité, puisque de l’autre côté de cette porte il n’y a ni l’une ni l’autre chose ? »
Amrû d'Osmän, le Mecquois, dit dans son Gan-nâma (livre du trésor), qu'il écrivit à la Mecque : « Lorsque Dieu mit le souffle pur de la vie dans le corps d'Adam, qui n'était que terre et eau, il désira que la troupe entière des anges n'eût aucune connaissance de la chose et ne la soupçonnât même pas. » Il dit donc : « Prosternez-vous actuellement devant Adam, ô esprits célestes ! » Tous courbèrent alors la tête sur la face de la terre, et nécessairement aucun d'eux ne vit le secret que Dieu voulait leur cacher. Mais Iblis vint et dit en lui-même : « Personne ne me verra en ce moment fléchir le genou. Quand même on ferait tomber ma tête de mon corps, ce ne serait pas pour moi une affliction pareille à celle qui résulterait de cette action si je la faisais. Je sais bien qu’Adam n’est pas seulement de la terre, et il n’y a pas de danger que je baisse la tête pour ne pas voir ce secret. » Ainsi, comme Iblis ne baissa pas la tête, il vit le secret qu’il épiait. Alors Dieu lui dit : « Ô toi qui t’es mis en embuscade dans le chemin ! tu as dérobé même mon secret ; mais, puisque tu as vu ce secret que j’avais caché, je vais te faire mourir, pour que tu ne le divulgues pas dans le monde ; car, toutes les fois qu’un roi dépose quelque part un trésor en secret pour le cacher à son armée, il fait nécessairement périr la personne devant qui la chose s’est accomplie, et il tire une ligne sur sa vie. Tu es cet homme du trésor ; comme lui tu as vu un trésor caché, il faut donc que tu te résignes à avoir la tête tranchée. En effet, si en ce moment même je ne te tranche pas la tête, tu seras libre de dévoiler ce secret à tout le monde. »
« Seigneur, dit Iblis, donne du répit à ton serviteur, indique un moyen d’expiation à celui qui est tombé dans ta disgrâce. » — « Je veux bien, répliqua Dieu, te donner du répit ! toutefois je mets dès ce moment à ton cou le collier de la malédiction, et je t’impose le nom de menteur, afin qu’on se méfie de toi jusqu’au jour de la résurrection. »
Iblis dit ensuite : « Qu’ai-je à craindre de ta malédiction, puisque ce pur trésor a été manifeste pour moi ? Si la malédiction vient de toi, tu as aussi en partage la miséricorde ; la créature dépend de toi, car le destin t’appartient. Si la malédiction est mon partage, je n’éprouve pas de crainte ; s’il y a du poison, il y a aussi de la thériaque. Lorsque j’ai vu les créatures demander miséricorde, alors moi (dans mon ignorance) j’ai pris ta malédiction. Tu maudis certaines de tes créatures et tu en bénis d’autres. Je suis la créature de ta malédiction puisque j’ai failli.
Iblis dit ensuite : « Qu’ai-je à craindre de ta malédiction, puisque ce pur trésor a été manifeste pour moi ? Si la malédiction vient de toi, tu as aussi en partage la miséricorde ; la créature dépend de toi, car le destin t’appartient. Si la malédiction est mon partage, je n’éprouve pas de crainte ; s’il y a du poison, il y a aussi de la thériaque. Lorsque j’ai vu les créatures demander miséricorde, alors moi (dans mon ignorance) j’ai pris ta malédiction. Tu maudis certaines de tes créatures et tu en bénis d’autres. Je suis la créature de ta malédiction puisque j’ai failli.
Si tu veux atteindre au mystère que je t’annonce, il faut agir ainsi ; mais tu ne recherches pas le vrai sens des choses ; tu n’en as que la prétention. Si tu ne peux le trouver ni jour ni nuit, ce n’est pas parce qu’il n’existe pas, mais parce que ta recherche est défectueuse.
AUTRE ANECDOTE SUR LE SCHAÏKH SCHABLI. V. 39254.
Au moment de mourir, Schabli était agité ; il avait les yeux voilés et le cœur plein d’attente. Il avait les reins ceints par la ceinture de la stupéfaction et il était assis sur la cendre. Tantôt il mouillait de ses pleurs cette cendre, tantôt il en jetait sur sa tête. Quelqu’un lui fit alors cette demande : « Dans un pareil moment, as-tu vu quelqu’un se servir du zunnar qui entoure tes reins ? » Il répondit : « Je brûle, que dois-je faire et comment agir ? Que ferais-je, puisque je laisse la vie par l’effet de la jalousie ? Mon âme, qui a détaché sa vue des deux mondes, brûle en ce moment par la jalousie qu’elle éprouve envers Iblis. Puisqu’il s’est contenté de la parole de malédiction, j’espère que ma plainte arrivera pleinement aussi à son but. Schabli ayant donc le cœur altéré et brûlé, transmettra-t-il à un autre quelque chose de ce qu’il ressent ? »
AUTRE ANECDOTE SUR LE SCHAÏKH SCHABLI. V. 39254.
Au moment de mourir, Schabli était agité ; il avait les yeux voilés et le cœur plein d’attente. Il avait les reins ceints par la ceinture de la stupéfaction et il était assis sur la cendre. Tantôt il mouillait de ses pleurs cette cendre, tantôt il en jetait sur sa tête. Quelqu’un lui fit alors cette demande : « Dans un pareil moment, as-tu vu quelqu’un se servir du zunnar qui entoure tes reins ? » Il répondit : « Je brûle, que dois-je faire et comment agir ? Que ferais-je, puisque je laisse la vie par l’effet de la jalousie ? Mon âme, qui a détaché sa vue des deux mondes, brûle en ce moment par la jalousie qu’elle éprouve envers Iblis. Puisqu’il s’est contenté de la parole de malédiction, j’espère que ma plainte arrivera pleinement aussi à son but. Schabli ayant donc le cœur altéré et brûlé, transmettra-t-il à un autre quelque chose de ce qu’il ressent ? »
Si tu mets de la différence entre ce qui te vient de la part de Dieu, que ce soit pierre ou diamant, tu n’es pas homme de la voie spirituelle. Si tu te trouves honoré par le diamant et déshonoré par la pierre, Dieu n’est pas avec toi. Il ne faut pas plus aimer le diamant que détester la pierre, fais bien attention à cela, car tous les deux viennent de Dieu. Si ta maîtresse, dans un moment d’égarement, te jette une pierre, cela vaut mieux que de recevoir un bijou d’une autre femme. Animé par un ardent désir et par l’espérance, l’homme doit exposer sans cesse sa vie dans le chemin spirituel. Il ne doit pas s’arrêter un instant dans cette recherche ; il ne doit pas demeurer un instant dans l’inaction. S’il reste un seul moment sans s’occuper de sa poursuite, il sera violemment repoussé loin de ce chemin.
Un homme distingué qui aimait Dieu vit Majnûn tamisant de la terre au milieu du chemin, et il lui dit : « Ô Majnûn ! que cherches-tu ainsi ? » — « Je cherche Laïla », répondit-il. — « Peux-tu espérer de trouver ainsi Laïla ? reprit l’interlocuteur ; une perle si pure serait-elle dans cette poussière ? » — « Je cherche Laïla partout, dit Majnûn, dans l’espoir de la trouver un jour quelque part. »
Yûçuf de Hamdan, célèbre imâm de son siècle, qui possédait les secrets du monde et était clairvoyant dans ces choses, disait : « Tout ce qu’on aperçoit en haut et en bas dans l’existence, chaque atome enfin est un autre Jacob qui demande des nouvelles de Joseph, qu’il a perdu. »
Yûçuf de Hamdan, célèbre imâm de son siècle, qui possédait les secrets du monde et était clairvoyant dans ces choses, disait : « Tout ce qu’on aperçoit en haut et en bas dans l’existence, chaque atome enfin est un autre Jacob qui demande des nouvelles de Joseph, qu’il a perdu. »
Il faut dans la voie spirituelle amour et espérance, car le temps doit se passer dans ces deux choses. Si tu n’es pas satisfait par ces deux choses, ne retire pas cependant la tête de ces secrets. L’homme doit être patient dans la recherche ; mais celui qui aime ne sera-t-il pas impatient ? Sois patient, que tu désires ou ne désires pas, dans l’espoir de trouver quelqu’un qui t’indique le chemin que tu dois faire. Accroupi comme l’enfant dans le sein de sa mère, recueille-toi ainsi en toi-même, plongé dans le sang. Ne quitte pas ton intérieur pour te produire à l’extérieur. S’il te faut de la nourriture, sustente-toi de sang, c’est le sang seul qui nourrit l’enfant dans le sein de sa mère ; et ce n’est que de la chaleur de l’intérieur qu’il provient. Nourris-toi donc de sang, et reste patiemment assis à te complaire dans ton amour, en attendant de parvenir à être agréé par l’objet de ton affection, grâce à ta bonne fortune.
Le schaïkh Bû Saïd se trouvait dans une grande perplexité : il était dans la plaine, les yeux pleins de sang et le cœur fendu en deux, lorsqu'il vit de loin un vieux villageois dont l'apparence annonçait la piété, qui cheminait, tandis qu'un éclat lumineux sortait de son corps. Le schaïkh alla de son côté, le salua, et lui fit connaître aussitôt sa position pénible. Lorsque le vieux villageois eut entendu, il dit : « Ô Bû Saïd, si l'on remplissait de millet, non une fois, mais cent fois l'espace qui existe du fond de la terre jusqu'au trône glorieux de Dieu, et s'il y avait un oiseau qui prît un grain de ce millet dans mille ans, puis qui ensuite, pendant autant de temps, volât cent fois loin du monde, pendant tout ce temps l'âme n'aurait pas obtenu des nouvelles de la cour céleste, et Bû Saïd en serait encore éloigné. »
Il faut aux patients beaucoup de patience ; mais toute personne qui étudie les choses spirituelles n'est pas patiente. Tant qu'on ne fouillera pas dans l'intérieur du chevrotin, on ne pourra extraire du milieu du sang la vessie du musc. Lorsque la recherche sort de l'intérieur à l'extérieur, quand même elle aurait tout l'univers pour se produire, elle avancerait dans le sang. Celui qui ne se livre pas à cette noble recherche est un animal, que dis-je ? Il n'existe pas, ou il est une figure sans âme. Si tu devais trouver un trésor, tu serais peut-être plus ardent dans ta poursuite ; mais quand on s'attache à un tel trésor, on en est esclave. Ainsi, lorsqu'une chose vous arrête dans le chemin spirituel, elle devient votre idole et doit être traitée comme telle. Si tu te laisses aller au moindre orgueil, tu n'es plus maître de ton cœur, car tu es comme enivré par la boisson et tu as perdu ton intelligence. Ne te laisse pas enivrer par cette coupe de vin et cherche toujours, quoiqu'il n'y ait pas de terme à ta recherche.
Mahmûd et le chercheur
Une nuit, Mahmûd, s'étant éloigné de son armée, avisa un homme qui tamisait de la terre, la tête courbée sur la poussière du chemin, et qui avait entassé çà et là devant lui des monceaux de terre. Lorsque le roi vit la chose, il jeta son bracelet au milieu de ces monceaux de terre ; puis il poussa en avant son cheval, léger comme le vent. La nuit suivante, le roi revint, et il vit cet homme occupé de la même manière. « Ce que tu as trouvé hier, lui dit-il alors, te suffirait sans doute pour payer dix fois le tribut du monde, et toutefois tu continues à cribler cette terre. Exerce donc la royauté, car tu es indépendant. » — « J'ai trouvé en criblant la terre, répondit cet homme, l'ornement auquel tu fais allusion, et c'est par ce travail que j'ai obtenu un tel trésor caché. Comme par cette porte ma fortune a été manifeste, je dois continuer à m'occuper ainsi tant que je vivrai. »
Une nuit, Mahmûd, s'étant éloigné de son armée, avisa un homme qui tamisait de la terre, la tête courbée sur la poussière du chemin, et qui avait entassé çà et là devant lui des monceaux de terre. Lorsque le roi vit la chose, il jeta son bracelet au milieu de ces monceaux de terre ; puis il poussa en avant son cheval, léger comme le vent. La nuit suivante, le roi revint, et il vit cet homme occupé de la même manière. « Ce que tu as trouvé hier, lui dit-il alors, te suffirait sans doute pour payer dix fois le tribut du monde, et toutefois tu continues à cribler cette terre. Exerce donc la royauté, car tu es indépendant. » — « J'ai trouvé en criblant la terre, répondit cet homme, l'ornement auquel tu fais allusion, et c'est par ce travail que j'ai obtenu un tel trésor caché. Comme par cette porte ma fortune a été manifeste, je dois continuer à m'occuper ainsi tant que je vivrai. »
Sois donc, toi aussi, l'homme de cette porte jusqu'à ce qu'on te l'ouvre ; ne détourne pas la tête de ce chemin, jusqu'à ce qu'on te le montre. Tes deux yeux ne seront pas toujours fermés ; cherche, car cette porte n'est pas fermée.
Un homme hors de lui disait à Dieu : « Ô Dieu ! ouvre-moi enfin cette porte pour parvenir à toi. » Râbiah était assise là par hasard et elle lui dit : « Ô insouciant ! est-ce que cette porte est fermée ? »
Un homme hors de lui disait à Dieu : « Ô Dieu ! ouvre-moi enfin cette porte pour parvenir à toi. » Râbiah était assise là par hasard et elle lui dit : « Ô insouciant ! est-ce que cette porte est fermée ? »