Islam

Mantic uttaïr, Anecdote sur Joseph et Zalikha

À l'époque où Zalikha était en possession de son rang et de sa dignité, elle fit mettre un jour Joseph en prison, et elle dit à un de ses esclaves : « Place-le là à l'instant et donne-lui cinquante coups de bâton. Déploie une telle force sur le corps de Joseph que j'entende ses plaintes de loin. » Cet esclave ne se soucia pas d'exécuter sa mission, car il vit le visage de Joseph, et son cœur ne lui permit pas d'agir. Cet excellent homme avait aperçu une peau d'animal, et ce fut sur cette peau qu'il frappa avec énergie. À chaque coup que frappait manifestement l'esclave, Joseph pleurait abondamment. Lorsque Zalikha entendit de loin ces cris, elle dit : « Frappe plus fort, car tu es trop indulgent. » Alors l'esclave dit à Joseph : « Ô toi qui es aussi brillant que le soleil ! si Zalikha te regarde, comme elle ne verra sur toi aucune blessure de bâton, nul doute qu'elle ne me punisse sévèrement : découvre donc tes épaules et affermis ton cœur, puis supporte les coups de bâton que je t'appliquerai. Si tu éprouves de la douleur de ces coups, elle verra du moins les marques qui en résulteront. » Joseph découvrit alors son corps, et ses cris parvinrent jusqu’au ciel. L'esclave éleva la main et lui donna des coups de bâton tels que Joseph tomba par terre. Lorsque, cette fois, Zalikha eut entendu ses cris, elle dit : « C’est assez, car ces cris ont produit leur effet. Auparavant, ses soupirs n'étaient rien ; mais, cette fois, ils sont bien réels. »
Quand même il y aurait pour un deuil cent pleureurs mercenaires, le soupir de l’homme affligé serait seul effectif. S’il y avait un cercle de cent personnes affligées formant un anneau, l’homme vraiment affligé en serait le chaton. Tant que tu ne posséderas pas le véritable amour, tu ne seras pas digne de figurer dans le rang des hommes spirituels ; mais celui qui participe au tourment et à l’ardeur de l’amour, trouvera-t-il du repos jour et nuit ?

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire