Islam

Mantic uttaïr, Sentence de l’ingénieur d’un canal

Un homme dénué de ressources et qui demeurait dans un fossé creusé pour un canal, emprunta un âne à un voisin ; puis il s'endormit profondément sur la meule d'un moulin, et l'âne s’échappa. Alors un loup déchira cet âne et le dévora. Le lendemain, celui à qui l’âne avait été emprunté en réclama le prix du premier. Ces deux hommes arrivèrent en courant par la route jusqu’à l'ingénieur du fossé ; ils lui racontèrent la chose, et lui demandèrent qui est-ce qui devait rembourser le prix de l'âne prêté. « C'est à tout loup affamé, répondit l'ingénieur, qui se montrera dans la plaine déserte, qu'il incombe justement de donner le prix de cet âne, et vous devez le lui réclamer tous les deux. »
Ô Dieu ! que le loup fera bien cette rétribution, car tout ce qu’il fait n'est-ce pas rétribution ?
Que n’arriva-t-il pas aux femmes d'Égypte parce qu'une belle créature passa auprès d'elles ? Qu'y a-t-il donc d'étonnant qu'un fou éprouve une sensation extraordinaire en voyant un palais ? Tant qu'il sera dans cet état exceptionnel, il ne regardera rien ni devant ni derrière. Il dira tout de lui-même et par lui-même ; il cherchera tout de lui-même et par lui-même.

Source Attar, Mantic uttaïr ou le Langage des oiseaux, trad. Garcin de Tassy (1863), archive.org manticuttaroule00goog (OCR corrigé) · Sommaire